Chapitre II. — Page 18. On les trouve à regret
Voyez dans les Pensées diverses de Bayle des citations qui prouvent cette assertion, pages 76, 296-311. On comprendra le danger de cette opinion en voyant avec quelle ardeur Bayle la recueille.
Chap. III. — Page 27. Mais on a exagéré Voyez dans
les Pensées diverses, pages 112, 113, 117.
Chap. IV. — L'athéisme, en passant par l'Allemagne
Voyez un excellent article de M. Emile Saisset dans la Revue des Deux-Mondes, du 15 février 1846, Sur la philosophie allemande , et le rapport de M. de Rémusat Sur la philosophie allemande.
Chap. VIII. — Les quelques pages de Fénelon il est
temps de lever nos yeux vers le ciel... La succession régulière des jours et des nuits que fait-elle entendre? Le soleil éclaire tour à tour les deux côtés du monde, et visite tous ceux auxquels il doit ses rayons. Le jour est le temps de la société et du travail : la nuit, en enveloppant de ses ombres la terre , finit tour à tour toutes les fatigues et adoucit toutes peines ; elle suspend et calme tout ; elle répand le silence
et le sommeil; en délassant les corps, elle renouvelle les esprits
Mais, outre ce cours si constant qui forme les jours et les nuits, le soleil nous en montre un autre par lequel il s'approche pendant six mois d'un pôle, et au bout de six mois revient avec la même diligence sur ses pas pour visiter l'autre. Ce bel ordre fait qu'un seul soleil suffit à toute la terre. S'il étoit plus grand, dans la même distance, il embraseroit tout le monde; la terre s'en irait en poudre : si, dans la même distance, il étoit moins grand, la terre seroit toute glacée et inhabitable ; si, dans la même grandeur , il étoit plus voisin de nous, il nous enflammeroit ; si, dans la même grandeur, il étoit plus éloigné de nous, nous ne pourrions subsister dans le globe terrestre, faute de chaleur. Quel compas, dont le tour embrasse le ciel et la terre, a pris des mesures si justes? Cet astre ne fait pas moins de bien à la partie dont il
s'éloigne pour la tempérer, qu'à celle dont il s'approche pour la favoriser de ses rayons. Ses regards bienfaisants fertilisent tout ce qu'il voit. Ce changement fait celui des saisons dont la variété et si agréable. Le printemps fait taire les vents glacés, montre les Heurs et promet les fruits. L'été donne les riches moissons. L'automne répand les fruits promis par le printemps ; et l'hiver, qui est une espèce de nuit où l'homme se délasse , ne concentre tous les trésors de la terre qu'afin que le printemps suivant les déploie avec toutes les grâces de la nouveauté. Ainsi la nature, diversement parée , donne tour à tour tant de beaux spectacles, qu'elle ne laisse jamais à l'homme le temps de se dégoûter de ce qu'il possède.
Mais parmi les astres j'aperçois la lune qui semble partager avec le soleil le soin de nous éclairer. Elle se montre à point nommé avec toutes les étoiles, quand le soleil est obligé d'aller ramener le jour dans l'autre hémisphère.
Mais tournons nos regards vers les animaux encore plus dignes d'admiration que les deux et les astres... Certains animaux paroissent faits pour l'homme : le chien est né pour le caresser, pour se dresser comme il lui plaît, pour lui donner' une image agréable de société, d'amitié, de fidélité et de tendresse, pour garder tout ce qu'on lui confie, pour prendre à la course beaucoup d'autres bêtes avec ardeur, et pour les laisser ensuite à l'homme, sans en rien retenir. Le cheval et les autres animaux semblables se trouvent sous la main de l'homme, pour le soulager dans son travail et pour se charger de mille fardeaux. Les bœufs ont la force et la patience en partage, pour traîner la charrue et pour labourer. Les vaches donnent des ruisseaux de lait. Les
moutons ont, dans leur toison, un superflu qui n'est pas pour eux
Pendant que les moutons font croître leur laine pour nous, les vers à soie nous filent, à i'envi, de riches étoffes, et se consument pour nous les donner, etc., etc.
Chap. VIII. — Page 108. Voltaire déplore Voyez les
vers de Voltaire sur le désastre de Lisbonne, et la lettre de Rousseau à Voltaire pour le réfuter. {Correspondance, 1. 1.)
Chap. VIII. — Page 129. Dites, si vous voulez
Montaigne se récrie contre la prétention que l'homme a d'être centre. « Qui * luy a persuadé que ce branle admirable de la Voûte Céleste,
' Essais, liv. II, ch. ta:
la lumière éternelle de ces flambeau* roulans si fièrement sur sa teste, les mouvemens espouventables de cette mer infinie, soyent establis et >e continuent tant de siècles, pour sa commodité et pour son service?» la pensée de Sénèque ' : a Nous nous priserions trop si nous pen- • être si importants que pour notre respect de si grandes choses se remuassent. » Bayle 2 vient à leur secours, en ajoutant les motifs de cette répugnance : « Il est de la sagesse d'un ouvrier de mettre une juste proportion entre les moïens et la fin, de ne point faire de trèsgrands préparatifs pour l'exécution d'une très-petite chose ; mais, au contraire, d'exécuter de grandes choses avec fort peu d'instrumens. Trouve-t-on cette justesse dans la nature, en cas que la vaste et l'immense machine des deux et des élémens ne se remue que pour faire croître sur la terre ce de quoi l'homme a besoin? »
Les faits confirment le raisonnement. Écoutez Montaigne3 : « Pourquoi ne dira un oyson ainsi : « Toutes les pièces de l'Univers me regardent, la Terre me sert a marcher, le Soleil à m'esclairer, lesEstoiles a (n'inspirer leurs influences : j'av telle commodité des Vents, telle des Eaux : il n'est rien que cette voûte regarde si favorablement que moy : je suis le mignon de Nature. Est-ce pas l'homme qui me traicte, qui me loge, qui me sert? C'est pour moy qu'il fait et semer et moudre. S'il me mange, aussi fait-il bien l'homme son compagnon; et si fay je moy les vers qui le tuent et qui le mangent. » Autant en diroit une grue, et plus magnifiquement encore pour la liberté de son vol et la possession de cette belle et haulte région. »
Bossuet le réprimande 4. « C'est un jeu à l'homme de plaider contre lui-même la cause des bêtes. Ce jeu seroit supportable s'il n'y entroit trop de sérieux; mais, comme nous avons dit, l'homme cherche dans ces jeux des excuses à ses désirs sensuels, et ressemble à quelqu'un de grande naissance, qui, ayant le courage bas, ne voudroit point se souvenir de sa dignité, de peur d'être obligé à vivre dans les exercices qu'elle demande. »
Le mot de Bossuet est admirable. Mais il confond ceux qui contestent à l'homme la royauté sur les autres êtres, non ceux qui contestent qu'il soit centre de la création.
1 De la colère, liv. Il, ch. xxvu.
- Pensées sur les comètes, cinquième volume, p. z6o.
'■ Essais, liv, II, ch. in.
* De la connaissance de Dieu et de soi-même, eh. v.
2li
Chap. VIII. — Page 129. Quoi qu'en dise Voltaire.;.. Voyez la charmante pièce de vers intitulée le Marseillais et le Lion.
CHAP. X. — Page 149. A l'appui de la doctrine qui admet que Dieu a créé éternellement, on cite volontiers > les paroles suivantes de saint Augustin : « Dieu a toujours été 2 avant les créatures sans ja- » mais exister sans elles , parce qu'il ne les précède point par un in- » tervalle de temps, mais par une éternité fixe. » Ces paroles sont, en effet, de saint Augustin; mais il ne faudrait pas pourtant en exagérer la portée. Il est impossible de les comprendre si on les prend isolées, sans les rapporter à l'ensemble des idées de l'auteur sur ce grave sujet. Dans les Confessions et dans la Cité de Dieu, saint Augustin étudie la nature du temps a>ec une opiniâtreté singulière. Ce n'est pas chez lui une curiosité de psychologue, mais de métaphysicien : il entend de toutes parts demander pourquoi Dieu n"a pas toujours créé, et ce qu'il faisait avant la création. Or pour répondre à cette question sérieusement et non à l'aventure, il faut connaître exactement les termes qu'on emploie. Toujours créé, dit-on, cela signifie créer dans tous les temps. Qu'est-ce donc que le temps ? Parlez-vous de l'éternité, vous entendez une chose sans parties, sans mouvement, une éternité fixe; là il n'y a ni avant ni après; et ainsi on ne peut pas demander pourquoi dans cette éternité Dieu a créé plus tôt ou plus tard. Parlez-vous non plus de l'éternité, mais du temps, de la durée, aussitôt toutes ces expressions ont un sens ; le temps se mesure, il est plus ou moins long; dans son sein des faits sont avant ou après d'autres faits ; il y a des jours et des nuits , des saisons , des années , des siècles. A quelle époque a donc commencé le temps? Quand a commencé la succession? quand il y a eu des jours , des nuits , des saisons , des années , des siècles, quand quelque chose a été créé. Or, si le temps n'était pas alors que Dieu n'avait pas créé, il s'ensuit avec une parfaite évidence qu'il n'y a eu aucun temps où Dieu ne créât point ; et ainsi Dieu a toujours créé.
Cette réponse pourrait contenter un esprit moins sévère que celui de saint Augustin. Il la propose, il y insiste même, mais sans croire que le problème soit résolu. Au-dessus de cette question, en effet, où s'exerce la subtilité de l'esprit, s'élève une autre question bien autrement re-
4 Voyez Traduction de Spinosa, par M. Saisset; introduction. ' Cité de Dieu, liv. ni, ck. y,
doutable : « Dieu a-t-il créé, non pas dans tous les temps, mais dans toute son éternité ? Mieux encore : Dieu a-t-il été éternellement Seigneur, c'est-à-dire a-t-il été ou non éternellement dans la plénitude de son être, de sa puissance et de sa bonté, puissance et bonté imparfaites tant qu'il n'y a pas un objet sur lequel elles s'exercent ? » Il voit le problème, et ne consent pas à le dissimuler : la candeur, par où il est aussi grand peut-être que par l'intelligence, lui dicte l'aveu de ses perplexités.
« Si Dieu a toujours été Seigneur, il a toujours eu une créature pour » le servir, et cette créature n'était pas faite de sa substance, mais faite » par lui de rien, et elle ne lui était pas coéternelle ; car il était avant » elle, quoiqu'il n'ait été en aucun temps sans elle, la précédant non » par une durée mobile, mais par une éternité fixe. Mais si je fais cette » réponse à ceux qui demandent comment Dieu a été toujours créateur, » toujours Seigneur, s'il n'y a pas eu toujours une créature pour le » servir; ou comment cette créature a été créée, et si elle n'est pas » plutôt coéternelle au créateur, au cas où elle aurait toujours été, » je paraîtrais, je le crains, affirmer ce que j'ignore plutôt qu'en- » seigner ce que je sais. Je reviens donc à la science que notre Créateur » nous a permise. Quant à ces secrets qu'il a livrés dès cette vie aux » plus sages ou qu'il a réservés pour une autre vie aux parfaits, je con- » fesse qu'ils sont au-dessus de mes forces. Et je me suis abtenu dans » cette matière de toute affirmation , afin que ceux qui liront ceci re- » connaissent les difficultés d« pareilles questions , et s'arrêtent, per- » suadés qu'il est des vérités qui les dépassent, et qu'ils se soumette^ » au précepte si sage de l'apôtre : « Je le dis à vous tous , au nom de » la grâce qui m'a été donnée : ne soyez pas plus savants qu'il ne faut » l'être ; soyez savants avec mesure, comme Dieu a mesuré à chacun » la foi. » Car si un enfant prend des aliments selon ses forces, il » croîtra, et en croissant, il sera capable d'en prendre davantage; » mais s'il excède sa capacité, avant de croître, il mourra. »
On voit jusqu'à quel point saint Augustin était partisan de la création éternelle. Il ne demandait pas mieux que d'y croire, considérant l'infinité de Dieu, sa puissance ej, sa bonté, imparfaites, tant qu'elles n'ont pas d'objets où elles s'appliquent; il ne veut pas de roi sans sujets ; mais il lui semble qu'un être éternellement créé ne se distingue plus en rien de Dieu lui-même, que cette infinilé dans le temps emporte toute autre infinité, et il n'est point homme à partager sur plusieurs
êtres la perfection qui ne revient qu'à un seul. Il s'effrayait, je ouis, d'un obstacle qui n'existait point, et il se serait estimé heureux si un philosophe ou un théologien, dissipant cette difficulté prétendue, lui eût permis de se reposer en toute sécurité dans la croyance que Dieu a toujours été Seigneur, manifestant toujours dans toute leur étendue sa puissance, sa sagesse, sa bonté.
SECONDE PARTIE
CUAP. VI. — Page 282 Voyez des travaux récents et d'une
grande importance sur le mysticisme. M. Cousin, Cours de l'histoire de la philosophie moderne, t. n, p. 94-120. Ladrange, Didier, 1846; M. Barthélémy Saint-Hilaire, De l'école d'Alexandrie, Rapport à l'Académie des sciences morales et politiques, précédé d'un Essai sur la méthode des alexandrins et le mysticisme. Ladrange, 184o; M. Jules Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie. M. Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote, tome II.