‹ Du spiritualisme et de la natureChapitre 90 sur 91 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Les religions ■ de l'Italie dérivent en grande partie des vieux cultes pélasgiques, dont le foyer fut chez les Grecs; et c'est surtout dans l'Etrurie et le Latium qu'il faut les chercher pour les retrouver dans leur simplicité primitive, sans les embellissements de la poésie. Les Etrusques, surtout, méritent sous ce rapport notre attention. Le caractère mélancolique et religieux qui les distinguait, suppose en eux celte profondeur de sentiments qui élève la pensée humaine au-dessus des intérêts vulgaires, et la conduit à des vérités nouvelles. Des livres se conservaient chez eux précieusement, attribués aux dieux , où était renfermée toute sagesse. Selon leur cosmogonie, le Démiurge a créé le monde dans l'espace de six mille ans. Dans le premier millénaire, il a fait le ciel et la terre; dans le second, le firmament; dans le troisième, la mer et les eaux qui sont sur la terre ; dans le quatrième, les deux grands flambeaux de la Nature ; dans le cinquième,

1 Religions de l'antiquité, tome II, part. I, p. 389.

les âmes des oiseaux, des reptiles et des autres animaux qui vivent dans l'air, sur la terre et dans l'eau ; dans le sixième, l'homme. Le genre humain doit durer autant qu'a duré l'œuvre de la création. C'est la même croyance que chez les Perses et chez les Hindous , qui assignaient douze mille ans à la durée de chaque monde.

Les divinités des Etrusques étaient ou générales ou particulières. Jupiter et son conseil, composé de six dieux et de six déesses, constituaient les divinités adorées par toute la confédération. Jupiter lui-même passait pour l'âme du monde , la cause des causes , la destinée et la providence. Les Étrusques voyaient en lui la Nature qui produit toutes choses, le premier souffle qui vivifie toutes choses, le conservateur et le directeur de l'univers. Dans la haute doctrine, Janus est identique avec lui. Parmi le peuple il est le dieu de l'armée et le guide des âmes à travers les astres; il est médiateur entre les hommes et les dieux, comme le Mithras de la Perse; il est, comme dans l'Orient, une émanation de l'Eternel, un personnage divin rapproché des hommes pour les civiliser, instituer sur la terre la société, l'industrie , la justice et la religion. Sa sœur et son épouse Camaréné est identique à l'ïsis de l'Egypte, comme Janus à Osiris ; leur union représente l'union de l'esprit et de la matière, l'alliance du principe actif et du principe passif. A côté de ces divinités paraît Tagès, celui qui, comme Hermès, Mithras, Bacchus, etc. , chez d'autres peuples, préside ici à la vie intellectuelle, celui qui a enseigné l'art de deviner l'avenir par le vol des oiseaux, les entrailles des victimes, etc.; les expiations qui agréent au ciel, l'agriculture et toutes les inventions qui attestent la puissance de l'homme. On sait particulièrement quelle était chez les Étrusques l'importance de l'art divinatoire. Ce peuple superstitieux voyait

partout des indices frappants de la volonté céleste; et, porté à la terreur, troublé par la vue des phénomènes d'un sol volcanique et tourmenté, il croyait sentir à tout moment la main de Jupiter qui s'apesantissait sur lui; de là des cérémonies religieuses incessantes pour connaître ou détourner la volonté du ciel ; de là aussi la vénération profonde pour le dieu qui avait enseigné ces cérémonies saintes.

Le monde est peuplé de génies; à chaque homme est attaché un bon génie et un mauvais qui se disputent sa destinée. Chaque dieu, chaque homme, chaque maison a son démon. Ceux des dieux s'appellent pénates ; ce sont des personnifications du pouvoir sacré de la divinité qui nous garantit le triple bienfait d'une patrie, d'une maison, d'un domaine. ïls sont publics ou privés ; publics ils favorisent l'accroissement et la prospérité des villes, des sociétés et des nations; ils ont des temples, des autels, des sanctuaires ; privés, ils sont honorés dans l'intérieur de la maison, sur le foyer où le feu brûle pour eux comme pour Vesta, comprise elle-même au nombre des pénates. Le foyer est le centre d'où la santé et le bonheur se répandent sur tous les membres de la famille.

Les pénates sont donc originairement des dieux; les lares furent jadis des hommes qui vécurent sur cette terre, et qui, après la mort, devenus purs esprits, aiment encore à demeurer autour de cette maison qu'ils habitaient, à veiller sur elle, à la garder, comme le chien vigilant. On distingue le lare familier, âme d'un juste qui favorise sa famille, et le lare, âme d'un homme qui n'a pas mérité le repos; elle est inoffensive pour le bien, redoutable au méchant. Les âmes échappées aux corps, qu'elles fussent justes ou injustes, prenaient le nom de mânes. Quant à celles qui avaient mené ici-bas une vie héroïque

et qui avaient rendu des services remarquables à la grande famille de la cité, ils devenaient, à leur mort, les protecteurs de cette même famiile qu'ils avaient adoptée et défendue, et devenaient des lares publics. Ainsi toutes les réunions, toutes les transactions des hommes, toutes les affaires de l'état et des particuliers étaient sous la surveillance des pénates et des lares. Ainsi dans la religion des Étrusques, les âmes des ancêtres étaient divinisées, révérées à l'égal des dieux, et elles étaient les protectrices de la destinée. Habitantes du monde inférieur, trois fois par an elles remontaient dans le monde supérieur, ve-r naient visiter leurs familles, et c'étaient des joies consacrées, où cessait toute affaire importante, et où l'on se recueillait dans les souvenirs et les affections du passé. Quel avertissement pour l'homme simple et grossier de la nature, de se détacher de la terre, et de porter ses regards vers le ciel comme vers sa patrie véritable! Et sous un autre point de vue, quel lien sacré entre les membres de la famille, que le trépas ne pouvait séparer tout à fait!

Les Ombriens ont avec les Etrusques communauté de mœurs, de langage, d'écriture et de science, de dogmes et de culte religieux. La religion des Sabins est rude et sauvage ; ils offrent de sanglants sacrifices à leur redoutable Mamers (Mars), dignement représenté par une lance. Ils adoraient le soleil et la lune, ces deux grandes divinités que nous retrouvons partout.

Les Latins empruntent leur religion à la Grèce et aux Étrusques; leur dieu national est Saturne, et le culte porte l'empreinte manifeste du caractère pastoral et agricole qui était celui du Latium.

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