DESCRIPTION PHYSIQUE
du mont Sorein, à 1A50 mètres au-dessus de la mer; celui de Saint-Sidoine, à 780; mais les pentes sont toujours trèsfortes et rendent l’ascension e.xtrémement fatigante. Un ne s’en étonnera pas, quand on saura que la pente générale du * versant méridional est de 10°, et celle du versant septentrional de 19“ 30'.
Vu d’Avignon, le Venteux a une teinte brune qui ne dépare pas le paysage; mais de près l’aspect de ses flancs dénudés est désolant. Depuis les déboisements irréfléebis de la dn du siècle dernier, la terre végétale a été emportée par les eaux ou balayée par les vents. La roche calcaire s’est réduite en fragments de grosseur médiocre qui recouvrent toute la montagne. Vu de Bédouin, le Ventoux ressemble à un gigantesque amas de macadam : il semble que ce mont pelé soit dépourvu de toute végétation ; mais à la base la végétation s’est réfugiée dans les dépressions où le passage des eaux en automne et au printemps entretient toujours une certaine fraîcheur dans le sol. A partir de 1000 mètres environ, les chênes et les hêtres trouvent un climat moins chaud qui favorise leur croissance; mais la violence extrême des vents, qui justifie si bien le nom de la montagne, ne permet pas à ces arbres d’acquérir une grande taille, sauf dans les ravins. Ces vents, surtout celui du nord-ouest ou miitrai, sont d’une violence dont il est difiieile de se faire une idée quand on ne l’a pas éprouvée : les hommes, les chevaux mêmes sont jetés à terre lorsque ce vent est dans toute sa force. La puissance du mistral soufflant dans la plaine du Rhône est généralement connue ; elle peut faire présumer quelle doit être sa violence sur la montagne, lorsqu’il vient la frapper directement sans que rien ait ralenti sa course ou brisé son élan. Les anciens le connaissaient : a La Grau, dit Strabon (1), est ravagée par le . vent appelé en grec meiatnboréas, vent impétueux, terrible, qui
(l) (ieographie, liv. IV.
L1-: MONT \tNTüüX.
déplace et roule des pierres, précipite les hommes du haut de leurs chars, broie leurs membres et les dépouille de leurs vêtements et de leurs armes. » Sa violence n’u pas diminué * depuis Straboii; il renverse des murs, de lourdes charrettes chargées de foin, des wagons de chemin de fer, soulève le' sable et même des cailloux. C'est au point qu’on a renoncé à remettre des carreaux à la façade septentrionale du cliAteau de (rrignan, situé non loin de Montélimart et habité si longtemps par la fille de M“' de Sévigné; ils étaient toujours cassés par les cailloux enlevés sur les terrasses voisines. L’abbé Portalis fut emporté pur un coup de mistral du sommet de la montagne de Sainte-Victoire, près d’Aix, et se tua dans sa chute. Moimême, dans une ascension au Ventoux, je fus obligé de me cramponner à un rocher pour ne pas éprouver le niCme sort, et je gagnai en rampant une crête qui me mit un peu à l'abri des rafales; elles étaient intermittentes, mais furieuses, accompagnées d’un bruit semblable aux détonations de l’artillerie, et paraissaient ébranler la montagne jusque dans ses fondements.
Le mistral rentre dans la catégorie de ces vents que M. Fournet a désignés sous le nom de brises de montagnes. C’est un vent local propre aux vallées du Khêne et de la Durance, et qui rarement dépasse de beaucoup les côtes de la Provence et du {..anguedoc. En mer, il abandonne, par le travers des Baléares, les navires qui comptent sur lui pour gagner mpidement les côtes septentrionales de l’.Afrique; d’un autre côté, il arrête quelquefois en vue de la terre ceux qui veulent entrer dans les ports de Marseille ou de Cette, et les force à s’abriter derrière les lies d’Hyères ou à gagner les côtes d'Espagne. La génération du mistral s’explique parfaitement par la configuration des côtes méditerranéennes de la France. L’embouchure du Rhône forme un grand delta Sablonneux dont la base a une longueur de 65 kilomètres. .A l'est, ce dcHii louche à la C.rau, vaste plaine couverfe de gros cailloux destcndiis jadis par Li
DESCRIPTION PHYSiytE.
valiée lie la Durance; à l’ouest, s’étend une succession- de plages sablonneuses, de marais salants et de montagnes liasses et dénudées. Ces plages s’échaudent prodigieusement sous les rayons du soleil méridional ; l’air qui les recouvre se dilate et s’élève, il se forme donc un vide; mais l’air froid qui remplit les hautes vallées des .Mpes ou recouvre les plateaux des Cévennes et de la montagne Noire se précipite pour remplir ce vide: cet air qui se précipite, c’est le mistral. Chaque jour nous sommes témoins du même phénomène quand nous allumons le feu de nos cheminées ; dès que l’air échauffé par la flamme s’élève par le tuyau, l’air froid se précipite de tous les côtés vers ce foyer d’appel ; il pénètre par les jointures des portes et des fenêtres, alimente le feu et s’échappe avec la fumée par le haut de la cheminée. Les choses se passent de même en Provence et en Languedoc. Lorsque les .\lpes et les Cévennes sont couvertes de neige, la plage s’échauffe, et le mistral souffle avec une violence incroyable, surtout pendant le jour; la nuit, le rivage se refroidit par rayonnement, la différence de température entre l’air chaud de la plaine et l’air froid de la montagne tend à s’égaliser, et le vent tombe, pour recommencer le lendemain. Le foyer d’appel de ce courant d’air étant sur la côte, on conçoit qu’il ne se prolonge pas en mer à de très-grandes distances. On conçoit également pourquoi l’hiver et le printemps sont les époques de l’année où il acquiert la plus grande force et dure le plus longtemps, car c’est pendant ces deux saisons que le contraste entre la température de l’air des montagnes et celui du rivage est le plus marqué.
De pareils vents, qui soufflent souvent pendant une semaine tout entière, sont hostiles à toute végétation : ils courbent, dépriment et brisent les arbres et les arbustes, déchirent les feuilles des plantes herbacées les plus humbles, emportent lu terre végétale, et dessèchent le sol qui les nourrit, l.es pluies torrentielles du printemps et de l’automne, les averses ora-
LE MONT VENTOÜX.
geuses de l'été, sont impuissantes pour compenser le mal, car ces eaux s’écoulent rapidement en torrents éphémères. Cependant, grâce à la couche de fragments brisés qui revêt les flancs de la montagne, l’eau s’infiltre jusqu’aux racines, et sous ce macadam naturel la terre végétale conserve une certaine fraîcheur.
Si le Venloux'était un massif granitique ou schisteux , de nombreuses sources filtrant à travers les fissures de la roche compenseraient l’action desséchante du soleil et du vent; mais leVentoux est calcaire, et dans toutes les montagnes appartenant â cette formation les sources sont abondantes, mais rares. Les eaux pluviales pénètrent entre les tranches des couches, s’arrêtent sur des bancs argileux qui en font partie, et viennent se réunir en un même point, où elles donnent naissance à des rivières qui semblent sortir brusquement de terre : telle est la célèbre fontaine de Vaucluse, non loin du Ventoux; telles sont la Birse, dans le Jura, et la Vis, dans les Cévennes. On ne connaît que cinq sources sur le mont Ventoux. La source du Groseau, au pied du versant occidental de la montagne; miniature de la fontaine de Vaucluse, elle arrose les prés verdoyants qui entourent la jolie ville deMalaucène. Sur la montagne même, les puits du mont Serein, situés sur le versant septentrional, à 1455 mètres d’élévation, abreuvent les troupeaux de moutons qui passent l’été sur cc plateau. On cite encore la source d’Angel, à 1164 mètres; celle de Lagrave, et surtout la Fontfiliole, â 1788 mètres au-dessus de la mer, et par conséquent à 123 mètres .seulement au-dessous du sommet. C’est un mince, mais intarissable filet d’eau qui se fraye un passage entre les pierres, et qui se maintient toujours à une température de 5 degrés centigrades. La Fontfiliole est évidemment le produit des eaux provenant de la fonte des neiges. Quoique le sommet du Yentoux en soit dépourvu pendant quatre mois de l’année, ces eaux, circulant dans Iqs méandres formés parles intervalles
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