‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 116 sur 210 · I.K MONT VENTOL'X · texte numérisé non relu

I.K MONT VENTOL'X

en tranches minces, que l’on fait sécher. II s’en exporte annuellement 200000 kilogrammes environ. Aux quatre espèces précitées, il taut ajouter la truffe blanche du Piémont, que Napoléon préférait aux espèces noires. Les autres ne sont pas comestibles. Les truffes viennent en général dans des sols calcaires ou argilocalcaires. De même que beaucoup de champignons épigés, c’est-à-dire aériens, ne poussent jamais que sur le bois mort et même sur certains bois, de môme les truffes noires ne peuvent végéter qu’au milieu du chevelu des arbres en général, et en particulier des trois espèces de chênes répandues en France : le chêne ordinaire, appelé chêne blanc dansleMidi, dontlesfcuilles sèchent sur l’arbre pendant l’hiver, et les deux espèces à feuilles vertes et pèrsistantes, le chêne vert ou yeuse, et le chêne kermès. C’est entre les racines de ces essences que les tubercules se multiplient le plus, et acquièrent un parfum qui les fait rechercher dans le monde entier. Quand les arbres sont trop grand.s et ombragent fortement le sol, la récolte diminue; mais elle va en augmentant à mesure que le taillis grandit.

Le mode de reproduction des truffes est celui de tous les champignons : à leur maturité, elles contiennent des spores d’une ténuité extrême, car élis n’ont qu’un dixième de millimètre de diamètre. Lorsque la truffe pourrit dans le sol, ces spores produisent des filaments blancs analogues au blanc du champignon de couche; ce mycélium, comme l’appellent les botanistes, donne naissance aux truffes elles-mêmes, qui sont pour ainsi dire le fruit de cette trame souterraine. Quoique ces faits soient acquis à la science, mille préjugés bizarres sont encore en vogue parmi les chercheurs ou les cultivateurs de truffes. Les uns s’imaginent que la truffe est une. excroissance naturelle de la racine du chêne, les autres y voient le résultat de la piqûre d’une mouché ou d’un autre insecte. La plupart sont convaincus qu’il existe des chênes au pied desquels on trouve des truffes, et que pour cela on appelle chênes trufliers, tandis

KORÊTS ET CULTURES.

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que d’autres sont frappes de stérilité. Autant d’erreurs, autant d’illusions : la truffe est un champignon souterrain qui se reproduit comme ses congénères, mais ne prospère que dans les terrains calcaires et au milieu du chevelu des arbres, et surtout des chênes. Les pluies de juillet ou d’août favorisent son accroissement et assurent une belle récolte.

Les chercheurs de truffes avaient depuis longtemps observé que les vignes et les champs cultivés bordés de chênes verts rabougris étaient des localités fertiles en truffes. De là à l'idée de cultiver ces tubercules, il n’y avait qu’un pas : M. Auguste Rousseau, de Carpentras, l’a franchi. Sur un terrain de deux hectares formé par du calcaire siliceux, il sema des glands de chênes blancs et de chênes verts truffiers, c’est-à-dire au pied desquels on avait déjà trouvé des truffes. Le semis réussit : au bout de huit ans, en 1856, un illustre agronome dont la science déplore la perte récente, de Gasparin, constatait une récolte de 8 kilogrammes de truffes par hectare, ce qui, au prix de la truffe à cette époque, 6 francs le kilogramme, représentait un produit de à5 francs par hectare; mais, depuis cette époque le rendement de la truffière a augmenté, et le prix de la truffe s’est élevé. Aujourd'hui M. Auguste Rousseau obtient une récolte moyenne de 260 kilos par an sur une superficie de 5 hectares, ce qui élève le produit à 52 kilos par hectare, et le prix moyen de la truffe ayant été dans ces dernières années de 15 francs le kilo sur le marché de Carpentras, il en résulte qu’un hectare de mauvais terrain planté d’un taillis de chênes de quinze ans produit annuellement 780 francs. Retranchant de cette somme 10 francs pour le labour, et 30 francs pour les journées de récolte et la rente du terrain, il reste un produit net de 7Ù0 francs par hectare. Peu de cultures donnent des résultats semblables avec aussi peu de soins. Deux remarques intéressantes ont été faites dans la truffière de M. Rousseau. La première, c’est que les truffes se trouvaient plus abondantes,

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