‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 115 sur 210 · FORÊTS ET CFI.TI RES · texte numérisé non relu

FORÊTS ET CFI.TI RES

les sens; il a répandu dans les deux mondes, avec un zèle et une générosité sans égale, les plantes qu’il y recueillait. Les échantillons desséchés étaient conservés dans l'herbier qu’il a légué à sa ville natale. Les plantes vivantes étaient placées dans le jardin botanique créé par lui, les animaux déposés dans le musée zoologique également créé et classé par lui, et les fossiles venaient se ranger dans tes collections géologiques. Que les naturalistes qui visitent .\vignon ne s’enquièrent pas de . ces richesses : le jardin botanique n’est plus qu'une avenue qui un jour les mènera en ligne droite du débarcadère du cbemin de fer au centre de la ville. Déplacé une première fois, ce jardin en est à sa troisième migration. Quant aux collections botaniques et zoologiques, entassées dans des greniers, elles se détériorent rapidement. Esprit Kequien a consacré sa vie entière à doter son pays d’un musée d’histoire naturelle, d’une bibliothèque et d’un jardin des plantes. Douze ans après sa. mort, il ne reste plus rien que les livres amassés par lui et le souvenir de son désintéres.sement, de son savoir et de son activité.

KORÉTS ET r.üI.TimES.

Le récit de Pétrarque nous fait soupçonner et la tradition nous enseigne que jadis le Venloux était couvert de bois ; mais les vents violents ont achevé l’œuvre de destruction que l’homme avait commencée en découpant son manteau de verdure. Vers 1795, une bise de nord-est déracina une forêt sitiuie è 1560 mètres d’élévation, sur le ver.sant septentrional. .\n milieu de la pente tournée vers le nord-ouest, on rcconnail, à la hauteur moyenne de 1590 mètres, des souches d’arbres énormes qui sont tombés sous la hache. C’est pendant la révolution que le déboisement s’est opéré jtour ainsi dire sans contrôle; chaque commune faisait son bois sur la montagne, qui peu à peu a pris l’aspect désolé qu’elle présente encore actuel-

LE MONT VENTOÜX.

lement. D’autres obstacles se sont opposés aux efforts de l’État et des particuliers pour favoriser le repeuplement des forêts. Le libre parcours doit être mentionné en première ligne. Les moutons et les chèvres sont les plus grands ennemis du reboisement des montagnes. Les propriétaires de troupeaux se sont toujours opposés aveuglément aux semis et aux plantations qui restreignent les pèturages. Pour leVentoux, la résistance était encore plus ardente que dans d’autres contrés; en effet, partout oü les arbres n’existent pas, le sol se couvre de thym, de

romarin, de lavande, de fines graminées qui non-seulement sont

recherchées des animaux, mais communiquent à leur chair une saveur particulière. Quiconque se rappelle le goût insipide de la chair du mouton, en Angleterre par exemple, oü il ne se nourrit que d’herbes aqueuses sans saveur et sans parfum, et compare cette viande à celle des moutons de l’Auvergne, des Cévennes ou de la Provence, comprendra que les flancs dénudés du Ventoux aient aux yeux des propriétaires de bêtes à laine la même valeur qu’une belle prairie pour un fermier du nord de la France. On comprend également qu’il ne suffise pas (l’interdire le parcours et même de clôturer les terres soumises au reboisement. Le berger, indifférent quand il n'est pas endormi, laisse ses bêtes vaguer oii elles veulent, et leur dent meurtrière choisit de préférence les bourgeons et les feuilles tendres du petit arbre qui comihence à s’élever de quelques décimètres au-dessus de la surface do sol. Vous aurez beau multiplier les gardes forestiers et les procès-verbaux, vous serez vaincus par deux forces passives, mais irrésistibles, l’indifférence et la routine.

11 existe sur le Ventoux une autre industrie plus poétique et moins nuisible, qui repose également sur l’existence des plantes labiées, thym, lavande, romarin, sarriette, mélisse, etc. : c’est celle de la production du miel. Au printemps, tous les villages environnants envoient à la montagne des ruches d’abeilles:

FORÊTS ET CÜLTÜRES.

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placées au pied dés rochers tournés vers le midi, elles forment de véritables hameaux, et la montagne est explorée dans tous les sens par ces ouvrières infatigables qui, butinant le pollen et le nectar des fleurs, fabriquent le miel parfumé connu dans toute l’Europe sous le nom de miel de Narbonne. En automne, on vient chercher les ruches avec leurs habitantes, et elles passent l’hiver dans la plaine, devant un mur exposé au midi, près de la maison du maître, qui sait les abriter, quand le froid prend une intensité exceptionnelle. Si le Ventoux était couvert d’une sombre forêt, thym, lavande et romarin disparaîtraient, et les habitants du pied de la montagne ne porteraient plus leurs ruches pendant l’été sur les flancs du Ventoux. De là encore une objection contre le reboisement, à laquelle se mêlaient celles des pauvres gens, auxquels on avait persuadé que des restrictions seraient apportées à leur droit d’usagè des menus produits de la forêt et à celui de récolter les lavandes, qui sont l’objet d’un commerce assez considérable. Pendant quinze ans, M. Eymard, maire de Bédouin, le principal village au pied du versant méridional du Ventoux, lutta vainement contre ces obstacles. Non moins persévérant et plus heureux que son père, M. Eymard fils a enfin réussi ; le principe du reboisement a été admis. Sur 6399 hectares appartenant à la commune do Bédouin et formant le versant méridional du Ventoux, 1761 ont toujours été boisés: c’est la forêt de hêtres dont nous avons parlé ; 1 000 hectares ne sont susceptibles d’aucune espèce de culture : ils forment la partie culminante du Ventoux ; 3600 hectares au contraire sont propresau reboisement. L’administration des eaux et forêts a pris des mesures pour que 500 hectares par an fussent ensemencés, de telle façon que le travail pût être entièrement terminé dans l’espace de huit à dix ans. Pour les parties basses, on a préféré le chêne ordinaire et le chêne vert (yeuse); dans les parties élevées, le pin maritine ou des Landes, le pin sylvestre et le cèdre. Celte dernière essence prospère

â12 l.E MONT VENTOrX.

à merveille sur un espace de 10 hectares environ; toutes les graines ont levé, et nos arrière-neveux verront peut-être un jour, sur les flancs du Ventoux, un sombre bouquet de cèdres comme ceux qui ombragent encore çii et lii les pentes du Liban, de l’Atlas et de l’Himalaya. l'spérons que des notions plus saines auront alors pénétré dans les populations, convaincues enfin par le temps et l’expérience que ces forêts peuvent seules les protéger contre les inondations périodiques dont elles sont victimes. Le pin maritime semble appelé^ réussir non moins bien que le cèdre sur le Ventoux. Arbre à la fois utile et gracieux, il couvrira les parties les plus apparentes de la montagne. C’est l’espèce qui fournit en France la plus grande quantité de térébenthine, substance dont on retire l’essence de même nom etlapoix, appliquée par l’industrie à tant d’usages divers. Le pin sylvestre est celui de tous les arbres qui résiste le mieux au vent et au froid ; nul autre, excepté le bouleau, ne s’avance aussi loin dans le nord, car en Laponie il atteint le 70* degré de latitude.

Mais les semis les plus précieux sont ceux des chênes dans les parties basses de la montagne, au-dessous de la limite des hêtres. Pogr le forestier du nord de l’Europe, le chêne est un arbre qu’on exploite en taillis pour le chauffage, et dont on réserve les baliveaux pour les constructions. Dans le Midi, on ne cultive pas les chênes en taillis pour eux-mêmes, mais parce (|ue la truffe noire, ce champignon souterrain si cher aux gastrotiomes, croit principalement entre les racines des arbres de ce genre; elle y tacquiert un parfum qui lui manque quand elle végète entre les racines xlu charme, du hêtre, du noisetier, du chAtaignier, du pin d’Alep, du marronnier, du lilas, etc., au pied desquels on la rencontre parfois. Quelques détails sur le champignon lui-même auront peut-être de l’intérêt pour ceux, et le nondire en est grand, qui prisent la truffe sans savoir précisément ce qu’ils mangent.

La tnifl'o est un champignon souterrain dont les spores ou

l'ORÈTS ET CELTI UES.

organes reproducteurs sont intérieurs comme ceux d’un cliampignon blanc sphérique assez commun en automne sur les terrains gazonnés, où il acquiert quelquefois un volume^morme, et que l’on connaît vulgtiirement sous le nom de vesse-de-loup; les botanistes l'appellent Lycopvrdon bovis/a. M. R. Tulasne, de rinslitut, a parfaitement élucidé Thistoire naturelle destrufïes, et leur a consacré un magnifique ouvrage. Il résulte de ses recherches que le genre Tuber, ou trulfe, renferme vingt et une espèces. Quatre d’entre elles sont confondues sous le nom de trutfe ordinaire ou truffe noire. Deux mûrissent en automne et se récoltent au commencement de l’hiver: ce sont la trulfe noire proprement dite et la truffe d’hiver, l.a première, la plus jiarfumée et la plus estimée de toutes, présente une surface couverte de petites aspérités. Le tissu intérieur, d’un noir uniforme tirant sur le rouge, est parcouru par des veines d'abord blanches, puis rougeétres, quand le champignon vieillit. Celte espèce est commune en Italie, en l’rovence et dans le Poitou ; elle SC trouve, mais rarement, aux environs de Paris et en .\ngleterre. üi truffe d’hiver, inférieure à la première, est presque toujours mêlée avec elle. Sa chair est blanche dans sa jeunesse, j)uis noirâtre et parcourue par des veines blanches. Deux autres espèces de trufl’es acquièrent tout leur développement dans le courant même de la belle saison : ce sont la truffe d’été et la Iruffe mésentérique. La première, commune en Allemagne et dans le centre de la France, est parsemée de tubercules assez gros, et sa chair, d’abord blanchâtre, tire plus tard sur le brun et est parcourue par des veines toujours blanches. La seconde, très-répandue en Italie, et dont le tissu est d’un brun grisâtre, offre des sinuosités très-contournées, rappelant celles du mésentère. Les deux espèces se trouvent aussi aux environs de Paris, parexemple sous les pelouses qui tapissaient lecoteau de Beauté et la terrasse de Charenton, dans le bois de Vincennes. A Apt, dans le département de Vaucluse, on les coupe

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