‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 120 sur 210 · LK MONT VEN^TOÜX · texte numérisé non relu

LK MONT VEN^TOÜX

entourée des plantes qui ne se trouvent 'que dans le voisinage des neiges éternelles. Mais ce ii’est pas au sud du sommet terminal de la montagne que le botaniste cherchera les plantes alpines caractéristiques de la région élevée d'on son œil ein- , brasse tout le panorama des Alpes françaises, du Mont-Blanc à la mer; c’est dans les escarpements du nord, dans les rochers exposés aux bises glaciales, privés de soleil pendant de longs

mois et couverts de neige jusqu’en juin. C’est là que j’ai revu,

comme on revoit une amie, la saxifrage à feuilles opposées, que j’avais cueillie au sommet du Recule.!, la cime la plus éle- . vée du Jura, et sur tous les sommets des Alpes qui atteignent ou dépassent la limite des neiges perpétuelles. Quand je mis le pied pour la première fois sur les rivages glacés du Spitzherg, la saxifrage à feuilles opposées fut encore la première plante que j’aperçus, car ici elle retrouvait au bord de la nier les étés froids et les neiges fondantes des sommets qui couronnent les Alpes et les Pyrénées. Sur le Ventoux, d’autres saxifrages, également alpines, environnaient la première; les clocbeltes bleues de la canqianule d’.AIlioni se dégageaient du milieu des pierres, et des plantes naines, comme elles le sont toutes à ces hauteurs, le Phi/teuma à capitules arrondis, r.4rfro».snce villeux, YOnfmis du mont Cenis, et trois espèces d.’Arenaria, se collaient contre les rochers ou pointaient à travers les pierres (1).

Nous avons vu combien le Ventoux était heureusement placé et' favorablement orienté pour mettre en évidence l’influence

(t) Voici la li(te complète des plantes que j'ai observées au sommet du Ventoux. Au nord, entre 1720 et 19tl mètres, ce sont: Hanunculus Columnœ, Ail.; Alytsum monlanum, I..; Iberh iiana, Ail.; Arenaha slriala, Vill.; A. mucronala, DC. ; A, telraguctra, fi. aggregata, Gay; Oxytropis cyanta, Gaud. ; As(raj/alus arislalus, Lher.; Ononis cenisia, L, ; AlchemUla alpina, L. ; Saasifraga oppotili folia, L. ; 5. muscoidfs, Wulf. ; S. cespilosa, Scop. ; S . aijoon, Jacq. ; Athamanta cretensis, L. ; Gaiium Villarsii, Reij. ; Taleriana sahanca, AU. ; .tmico scorpioidot , L. ; Carduus carliiutfoiius, Lam.; Campannta .iUionii, Vill. ; Phyleuma orbicalare, var. kanutn; Tkymus angusti-

ZONES VEGETALES.

des versans sur la végétation; nulle part cette influence n’est plus marquée que dans la région alpine. Sur le versant sud, elle s’étend des derniers pins rabougris au sommet, sur une hauteur de IH mètres, savoir de 1800 à 1911 mètres. Sur le versant nord au contraire, la région alpine est comprise entre 1700 et 1911 mètres; sa hauteur est donc de 211 mètres. Ainsi les plantes alpines se montrent plus bas au nord qu’au midi, parce qu’elles trouvent à une moindre hauteur, à 1700 au lieu de 1800 mètres, les conditions climatologiques qui leur conviennent.

lin autre phénomène de végétation trahit l’influence des versants. Le sapin, qui n’existe pas sur le versant sud, s’élève dans les escarpements du nord, mêlé au pin de montagne, jusqu’à la hauteur de 1720 mètres: il forme une région qui correspond à la zone que le pin caractérise seul sur le versant méridional; mais cette région est plus étendue au nord, les conifères y sont déjà prédominantes à la hauteur de 1380 mètres. Sur les pentes presque verticales qui plongent vers le village de Brantes, les sapins mêlés aux hêtres descendent jusqu’à 1000 mètres environ. Le pin de montagne obéit aux mêmes influences : sur le versant sud, il commence à se montrer à la hauteur de là8ü mètres pour cesser à 1810 mètres. Sur le versant nord, il commence plus bas : on le rencontre déjà à 1350 mètres et, il monte moins haut qu’au sud, caril ne dépasse pas 1623 mètres.

La région des hêtres existe au nord comme au midi du Ventoux; mais au midi ils occupent la région comprise entre 1130

folius, Pers. ; Globularia cordifolia, L. ; Vrlica dioca, L. ; Allium narcissi- /lorum, Vill.; Avena selacca, Vill. ; Festuca duriuseula, I..; Carex rupestris. Ail.

Dans la régioir alpine, au versant sud, comprUe entre ISIO et 1911 mètres, on remarque : Fapaœr aurantiacum, Lod. ; Viola cenisia. Ail. ; Bisculella coronopifolia. AU. ; Thymus serpyllum, L. ; Euphorbia saxatitis Lois. ; Poa alpina, var. ; brevifoUa, Gaud., et Avena sedenensù, DC. , qui n'existent pas sur le versant septentrional.

LE MONT VENTOrx.

et 1670 mètres. Au nord, la zone entière se trouve abaissée, car cet arbre se montre à 920 mètres de hauteur et cesse à 1580. Au-dessous de 900 mètres, même au nord, les étés sont trop chauds pour que le hêtre, qui appartient aux essences de l’Europe moyenne, puisse prospérer. Dans la plaine du Rhône, il ne commence à apparaître qu’aux environs de Lyon, et il faut s’avancer jusque dans le nord de la France pour le trouver dans toute sa beauté, qu’il conserve en Belgique, en Allemagne et en Danemark, où il a de tout temps excité l’admiration des peintres et inspiré les poètes. La limite septentrionale de cet arbre, déterminée avec beaucoup de soin par Alphoi^se de Candolle, forme une courbe qui, commençant un peu au nord d’Edimbourg, atteint son point culminant à Alvesund (latitude 61° 31'), près de Bergen en Norvège, redescend en Suède, au sud des lacs Wettern et Wenern, coupe la côte de Poméranie prés de Koenigsberg, pour se diriger au sud-est à travers la Wolhynie, jusqu’en Crimée (latitude û5°), où elle atteint sa limite méridionale. On voit que, dans la plaine (mmme sur la montagne, le hêtre craint les fortes chaleurs; mais il redoute également les hivers trop rudes, puisqu’il s’arrête en deçà du cercle polaire. Sa limite septentrionale s’abaisse dans l’est, où les hivers, comme on sait, .sont d’autant plus rigoureux, qu’on s’éloigne plus de l’Océan. Au contraire, la modération des hivers et des étés lui permet de s’avancer dans la France occidentale jusqu’au pied des Pyrénées.

De la région des hêtres, on descend dans celle du buis, du thym et des lavandes, qui est excessivement étroite sur le versant nord du Ventoux, car elle est comprise entre 800 et 910 mètres. La zone végétale placée immédiatement au-dessous rie celle-ci est canictérisée par un arbre qûc nous cher- < lierions vainement sur le versant méridional. Le noyer est cultivé sur les pentes septentrionales du Ventoux. Le dernier auquel j’aie siisprmdn mon baromètre pour mesurer son alti-

ilb

ZONKS VÉriÉTAUiS.

tude se trouvait près de la chapelle de Saint-Sidoine, à 797 mètres au-dessus de la Médilerranée. Le noyer est originaire de la Perse et spontané dans les régions au sud du Caucase. Dans l’Europe occidentale, il ne dépasse pas le 56' degré de latitude, savoir, la latitude d’Édimbourg et de Copenhague; il ne faut donc pas s’étonner s’il ne s’élève pas davantage sur le flanc septentrional du Ventoux. Plus haut d’ailleurs sa culture serait illusoire, car, n’^tant plus protégé par les contre-forts des montagnes opposées, le vent abattrait ses fruits avant leur maturité.

La région la plus basse du versant nord du Ventoux çsl caractérisée par la présence du chêne vert. Il ne dépasse pas l’altitude de 620 mètres. Plus haut le climat serait trop rudè pour lui. Sur les côtes océaniques de la France, où les hivers sont si doux, le dernier bois de chênes verts se trouve dans l’ile «le Noirmoutiers, près de l’embouchure de la Loire, par le degré de latitude.

La région des oliviers manque sur le versant septentrional

du Ventoux, ce qui réduit à six le nombre des régions végétales de ce côté, tandis qu’il est de sept au midi. Cette différence s’explique : au nord, le pied de la montagne est moins bas qu’au midi, la ville de Malaucène étant à 600 mètres au-dessus de la mer, tandis que le village de Bédouin n’est qu’à 190. Aussi l’olivier ne saurait-il mûrir ses fruits sur des pentes tournées vers le nord à des altitudes supérieures à 600 mètres. Cela est si vrai, que sur les contre-forts des basses montagnes opposées au Ventoux, il monte au-dessus de 500 mètres dans les vallons abrités qui séparent les deux chaînes. Originaire de l’Asie Mineure et de la Grèce, l’olivier est un arbre délicat, très-sensible aux gelées printanières, et qui ne s’élève pas à une grande hauteur sur les montagnes. Dans la vallée du Rhône, les derniers oliviers sont au pied des rochers volcaniques de Rochemaure, un peu au nord de Montélimart. Jadis les oliviers étaient

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LE MONT VENTOIIX.

communs jusqu’à Valence; mais l’extension delà culture du mûrier à la fin du xvr siècle les a refoulés vers le midi.

Le lecteur connaît maintenant la topographie botanique du mont Ventoux; il a vu comment les zones de végétation s’échelonnent sur scs flancs, et représentent en miniature la succession des végétaux depuis les plaines de la Provence jusqu’aux extrémités de la péninsule Scandinave. Sur toutes les grandes montagnes on trouve des étages semblables; mais nulle part on ne rencontre une montagne géographiquement mieux placée, plus détachée du groupe principal et mieux orientée pour que l’influence de l’exposition se traduise par la végétation. Espérons que les travaux de reboisement si bien commencés seront couronnés de succès, et qu’un jour une large ceinture de forêts entourera d’une écharpe de verdure les flancs encore dénudés du Ventoux. Ce résultat si désirable obtenu sur une montagne isolée encouragera les essais de repeuplement, toujours plus faciles sur des pentes abritées contre le vent. Du reste, cette montagne n’est pas la seule qui ait fait le

sujet d’une monographie botanique, et, sans sortir de l’Europe, je me contenterai de citer les travaux de Philippi sur l’Etna, de Boissier sur la Sierra-Nevada, de Ramond et de Charles Desmoulins sur les Pyrénées, de Lecoq sur l’Auvergne, de 'fhurmann sur le Jura, de Wahlenberg et de Heer sur les Alpes et les montagnes de la Scandinavie. La Géographie botanique, raisonnée d’Alphonse deCandolle résume admirablement toutes ces données : elle présente un tableau tidèle de l’état de cette science à notre époque, et sera le point de départ de travaux ultérieurs et d’explorations nouvelles qui achèveront de nous faire connaître la distribution géographique et topographique des végétaux à la surface du globe.

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