‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 125 sur 210 · AA · texte numérisé non relu

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sol, après sa fusion, une puissante moraine médiane, dont les matériaux accumulés forment un petit plateau longitudinal qui s'élève à 10 ou 15 métrés au-dessus des eaux du torrent.

Les blocs offrent tous les caractères de ceux qui ont été transportés par la glace, comparés à ceux que les eaux ont roulés. Je me contenterai d’un petit nombre d’exemples. Vers le haut de la gorge, une cabane est adossée à un bloc de granité gris en forme de parallélipipède à angles aigus et à arêtes vives; il a 8 mètres de long, mètres de haut et 5 mètres de large ; deux autres blocs voisins ont des dimensions qui ne sont pas moin dres. On ne saurait supposer un éboulement de la colline qui domine ces blocs, car elle se compose de schistes micacés et de calcaires cristallins. C’est par cette gorge de Saint-Vincent que descendait le glacier principal: les affluents venaient delà vallée de Casteil, prolongement de celle du Vernet, de la petite gorge de Saint-Jean et de la vallée de Filhol. Partout ces affluents ont laissé des blocs énormes de granité du Canigou, des amas de sable et des fragments anguleux, reposant sur le diluvium de cailloux roulés qui forme le fond de la vallée.

C’est surtout en aval du village du Vernet que ces moraines, réunies en une seule, ont laissé une telle accumulation de blocs, que le sol, impropre à toute culture, est couvert de châtaigniers, ces arbres caractéristiques des moraines siliceuses ; là, sur un espace de 2 kilomètres carrés environ, les blocs anguleux, de toute grosseur, sont empilés les uns sur les autres, et l’on peut, en les comparant à ceux que le torrent a roulés, se convaincre de leurs différences. Un petit nombre de ces blocs se retrouve dans la gorge qui aboutit à la forteresse de Villefranche ; mais en aval de ce bourg, dans la vallée de Prades, on en observe encore .un amas reposant sur le marbre rouge ou sur le diluvium.

S’il pouvait rester quelques doutes quant à l’origine glaciaire de ces masses, ils seraient levés, je crois, par l’examen de quel-

TIHHAINS ÜLACIAIREa.

ques autres blocs erratiques ^pars dans la vallée : ce sont des blocs de quartz blanc visibles de fort loin el originaires de deux filons du Canigou. L’un de ces filons est situé près des arêtes qui s’élèvent au-dessus de la gorge de Saint-Jean; l’autre se trouve à plus de 2000 mètres au-dessus de la mer, vers la partie inférieure du cirque dominé par le sommet du Canigou, et qui s’ouvre dans ia gorge rie Saint-Vincent: en catalan, ce lieu s’appelle Inn Cunqua». L’ancien glacier du Vernet a semé ces blocs remarquables sur plusieurs points. D’abord, sur la colline schisteuse qui sépare le vallon de Saint-Vincent de la vallée de Filhol, une vingtaine se voient de loin, reposant sur l’aréle de la colline, à environ l.i0 mètres au-de.^sus du fond correspondant du vallon; plusieurs se trouvent dans les vignes du penchant occidental de la même colline : l’un d’eux n’a pas moins de 5 mètres de long sur 3 el h en largeur et en hauteur. D’autres blocs ont été jetés sur le versant oriental de cette éminence, et se sont arrêtés au-dessus de Filhol. (Juelques-uns se retrouvent de l’autre côté de cette vallée, vers les mines, dans le voisinage d’une chapelle ruinée, dédiée à saint Pierre, qui s’élève sur un lambeau de moraine granitique; quelques autres gisent au fond des vallons de Saint- Jean et de Saint -Vincent. Enfin, plusieurs de ces blocs caractéristiques se voient sur les collines k l’est de Prades ; l’un d’eux, à 500 mètres en amont de la ville et k gauche de la route, est suspendu sur le plan incliné d’un monticule schisteux, dans une position où un courant d’eau l’aurait infailliblement entraîné ; il a aussi 5 mètres de long, 3 et 5 d:^ns ses autres dimensions. Le temps m'a manqué pour étudier avec soin les terrains glaciaires des environs de Prades ; mais la présence de ces blocs de quartz blanc est un indice que le glacier du Canigou s’étendait jusqu’à 15 kilomètres environ de son lieu d’origine. Au delà de Prades, on ne trouve plus que le diluvium pv rénéen, dont les puissants dépôts sont si visibles en aval dvi village deVinça.

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