I.A VAU.ee Üi: VEHNET
AM
transportés; ce n'est ni une aüuvion ni une inontine, comme il semble au premfer aspect, c’est une roche décomposée sur place. Mais, pour s’en convaincre, il faut étudier avec quelque attention la succession des terrains qui forment le fond et les contre-forts de la vallée dont nous parlons.
Du haut duCanigou, massif granitique qui s’élève à 2785 mètres au-dessus de la mer, on découvre vers le nord un demicercle de petites vallées partant toutes du pied de la montagne et divergeant vers la plaine. La vallée du Vernetest de ce nombre; sa longueur totale est de 8 kilomètres de Villefranche à Casteil, village situé au-dessous de l’ancienne abbaye de Saint - Martin du Canigou. Cette vallée n’est pas simple; elle se compose du côté de l’est de quatre branches de longueur inégale. La première et la principale est la vallée de Filhol, qui s’ouvre dans celle du Vernet, à la hauteur du village de Corncilla; sa longueur totale est de 5600 mètres, depuis Corneilla jusqu’au contre-fort du Canigou. A la hauteur du village de Vernet, la vallée de même nom s’élargit considérablement, et offre encore dans l’est deux gorges ou vallons de quelques kilomètres de longueur, qui aboutissent tous deux au pied même du Canigou: l’une est la gorge de Saint-Jean, l’autre celle de Saint-VincenL
A l’ouest, la vallée du Vernet ne présente point de ramifications; elle est longée dans toute son étendue par celle de Sahorre ou de Feuillat, qui descend de la montagne de Roja. En résumé, la vallée du Vernet présente à l’est trois embranchements aboutissant tons au Canigou ; elle n’en offre aucun à . l’ouest.
Ces indications topographiques étaient nécessaires pour faire bien comprendre les détails géologiques dans lesquels je vais entrer.
LA VALLEE Dü VERNET.
Aâl
CONSTITÜTIO» OÉOlOGIOUK DE LA VALLÉE DD VERNET; FA15SF.8 MORAINES.
Le granité gris du (Guigou forme le eontre-fort de l'extrémité 8U|)érieure de la vallée principale et de ses trois ramitications : c’est la base sur laquelle viennent s’ap|)uyer toutes les autres formations. A ce granité s’adossent des schistes argileux plus ou moins micacés, des dolomies, des calcaires cristallins; en un mot, des roches métamorphiques passant l’une à l'autre par mille transitions. Puis vient une large bande de calcaires et de schistes ferrugineux, qui comprend le mamelon sur lequel est bâti le village du Vernet. Cette bande s’étend, eu formant un demi-cercle, dans les vallées voisines de Sahorrc et de Filhol, où le minerai devient très-riche ; on le met en œuvre dans les forges catalanes de Sahorre, de Hia,etde ( jincla dans l'Aude (1). C’est dans les schistes argilo-micacés, mais à la limite de ce ealcaire ferrugineux, que surgissent les nombreuses sources aulfureuses chaudes qui ont amené la création du bel établissement thermal du Vernet. Après les roches ferrugineuses, les schistes recommencent, mais ils ont changé de nature, ne contiennent plus de minerai, et forment deux longues collines de 100 à 150 mètres d’élévation. L'une de ces collines, située à l’ouest, se rattache par l’intermédiaire des ruches ferrugineuses à la montagne de Pêne, qui domine l’établissement Üiermai : elle sépare la vallée du Vernet de celle de Feuillat, et se termine à la montagne de marbre rouge des gorges de V'illefranche. L’autre forme une espèce d’éperon qui, parlant du côté oppose de la vallée, des bases mêmes du Canigou, s’étend en s’abaissant entre les deux vallées du Vernet et de Filhol, et vient aboutir
(1) Voyeï, sur ce sujet, Dufresiioy, M>‘moire sur la position géologique det principales mines de fer de la partie orientale des Pyrénées (Annales des min«i, 183A}.
CONSTITUTION UBOLOUIQUE. Ut
au village de Corneilla. C’est l’extrémité de cette colline dont le voyageur aperçoit l’escarpement en arrivant, et qui simule d’une manière si prodigieuse une ancienne moraine. M. de Collegno a considéré ces deux collines comme composées de terrain meuble faisant partie du terrain diluvien, et il les rattache aux boulements du Canigou. Cependant un examen attentif de l’escarpement près de la route sutlirait déjà seul à éveiller des doutes dans l’esprit du géologue attentif. En effet, tout terrain de transport se com|>ost‘ habituellement de fragments de ruche de nature dill'érente entraînés par la glace ou par les eaux ; or, dans l’escarpement dont nous parlons, tous les fragments sont de même nature: c’est une roche schisteuse brune à feuillets très-minces, contenant du mica et mouchetée de grands cristaux de feldspath dont la longueur est souvent de 3 à à centimètres. Hi, de plus, on traverse la colline en suivant le chemin duVemet à Filliol, ou mieux, si l’on suit la crête tout entière depuis les hases du Canigou jusqu’à l’escarpement voisin du village de Corneilla, alors on comprend très-bien le mode de génération de cette fausse moraine. On voit d’abord les schistes en couches redressées s’élevant au-dessus de l’aréte ou venant affleurer sur les deux pentes. Mais, plus un s’éloigne du Canigou, plus la roche devient feldspathique et désagregeable. Dans plusieurs points, le feldspath est même tellement prédominant, qu’il forme, en se décomposant dans les ravins, de grandes taches de kaolin grisâtre. Bientôt les. têtes des couches se décomposent en blocs à forme de parallélipipèdes. Plus loin, la roche solide est ensevelie sous les fragments de roche et les sabjes résultant de sa propre décomposition, de telle façon que toute la partie de la colline accessible à la vue n’est plus qu’un entasseiiieDl confus de fragments de toute grosseur et de forme variée. Les gros blocs sont souvent à arêtes vives et a angles aigus, parce que le schiste a naturellement une tendance à se séparer en polyèdres à six faces ; c’est ce qu’on voit très-bien dans
LA VALLEE Dl VEHNET.
les nombreux revins creusés par les eaux pluviales, et surtout dans les éboulements qui ont lieu chaque printemps, à la suite des gelées et des dégels de l’hiver. Sur ces points, on reconnaît souvent la structure schisteuse de la montagne, à moins qu’elle ne soit dérobée à l’obsenateur par le sable, les fragments ou l'argile [résultant de la décomposition du feldspath. Un rocher saillant, appelé Camarolas, et situé au-dessus du village de Corneilla, a résisté aux agents atmosphériques, et témoigne par sa présence de la structure schisteuse de l’escarpement morainiforme auquel il appartient.
I.a colline opposée, qui sépare la vallée du Vernet de celle de Feuillat, est d’une apparence encore plus insidieuse : parallèle à l’axe de la vallée, terminée par une arête aiguë, parsemée de blocs anguleux, gigantesques, elle ne montre nulle part la tranche des couches qui forment son squelette intériem’. La décomposition de la roche est telle, que la masse principale de la montagne est formée de sable. Ues noyaux plus durs, qui ont résisté à l’action des agents atmosphériques, simulent des blocs erratiques; c’est seulement en amont de la vallée, au contact du calcaire ferrugineux, que les schistes, moins altérables, ont résisté à l’action combinée de l’air et de l’eau. Toutefois ils montrent, comme leurs congénères de l’autre crtté de la vallée, de profondes traces de décomposition très-propres à expliquer l’état du reste de la colline. Une dernière preuve, enlin, que les matériaux de cette éminence et de celle du côté opposé n’ont point été transportés, c'est que ces schistes micacés bruns, à grands cristaux de feldspath, n’existent point dans tout le massif du Canigou, d’oii ils auraient pourtant dù provenir, s’ils n’étaient pas le résultat de la décomposition d’une roche en place. M. Junquet, médecin au Vernet et excellent observateur, qui a parcouru le Canigou dans tous les sens, n’y H jamais obseiA'é celle roche.
Si nous continuons d'élndiei la coupe longitudinale de laval-
TF.U R ains; OI.aCIAIRKS.
Ine du Vernet, nous trouvons un petit massif formé d’un poudingue de galets quartzeux réunis par un ciment dont la nature est analogue à celle des schistes argileux qui lui succèdent. Ces galets plats, ovoïdes, engagés dans celte pâte, sont redressés sous tous les angles, de façon que leur grand axe devient presque vertical. Us rappellent d’une manière frappante les poudingues de Vallorsirie en Savoie. Ce sont les galets qui couvraient le rivage de la mer dans laquelle se sont déposées les masses énormes de calcaires, dont ils ne sont séparés que par une mince bande de schistes argileux ; un ruisseau a creusé son lit entre ces schistes et le beau marbre rouge à couches redressées, dont la rupture a ouvert la vallée du Vernet, et qui forme le puissant massif de la montagne à laquelle la forteresse de Villefranche est adossée.
TERH.VIN.S GI..\CI.\lllEs liE I.A V.VI.LÉE IlL VBUNKT.
Un .se tromperait si l’on croyait que les grands torrents diluviens et les glaciers qui se sont succédé dans la période dés temps n’ont laissé aucune , trace dans la vallée du Vernet; ces traces existent, quoique moins complètes que dans beaucoup d’autres localités des Alpes et des Pyrénées. Le fond de la vallée est formé d’un diluvium de cailloux et de blocs roulé.s s’élevant à plusieurs mètres au-dessus du niveau du torrent actuel; mais au-dessus de ce diluvium on trouve, comme dans les Alpes, des blocs anguleux qui ont été transportés par la glace. Le petit vallon de Saint-Vincent, ramification de la vallée du Vernet, aboutit à une gorge profonde du Canigoii, qui s’ouvre dans un cirque .dominé par le sommet môme de la montagne. C’est par celte gorge que descendait le plus puissant des trois affluents qui formaient l’ancien glacier de la vallée du Vernet ; aussi n-l-il laissé sur le
L'A VALLÉE DU VSHMET.