KE JARDIN D'ACCLIMATATION
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gigantesques. Deux arbres inconnus à nos climats s’élèvent devant la grille (1) ; un arbrisseau grimpant, originaire de l’Inde, la couvre de ses magnifiques grappes jaunes (2). C’est l’entrée du Jardin d’acclimatation, ou pépiaière centrale de l’Algérie ; c’est la réalisation la plus complète de l’idée la plus judicieuse et la plus féconde que le gouvernement ait conçue pour assurer l’avenir de la.colonie.
LE JARDIN D’aCCUMATATION EN 1852.
Il y a vingt-trois ans, quand l’armée française débarquait à Sidi-Ferruch, la terre d’Afrique ne portait que les végétaux indigènes, ou ceux qui, depuis les Romains, s’étaient maintenus malgré l’incurie des Turcs et l’esprit destructeur des Arabes nomades. Or, le pays le plus favorisé du ciel, réduit aux seules plantes qu’il engendre naturellement et que la culture n’a pas améliorées, peut à peine nourrir ses habitants. L’introduction des végétaux utiles, abandonnée aux efforts individuels des colons, est une œuvre séculaire que le hasard et l’ignorance peuvent prolonger indéfiniment : il fallait l’abréger. On fonda donc un jardin destiné à recevoir les végétaux de tous les pays du monde qui présentent des chances d’acclimatation en Algérie. On y constate d’abord que le climat et le sol leur conviennent, puis on cherche quel est le mode de culture, le terraiOj l’exposition les plus convenables ; on s’assure, enfin, que cette culture est possible et profitable pour un cultivateur abandonné à sa propre intelligence et à ses seules ressources. La sollicitude du gouvernement ne s’arrête pas là. Pour encourager une nouvelle culture, des graines, des plantes sont livrées au colon, et les produits lui sont achetés à un prix qui le
(1) Le bel-tombra (Phytolacca dioica, L.), de l’Amérique méridionale.
(2) CcesalpMa sappan.
DE HAUMA PRÈS D'ALDER. SSS
dédommage de scs peines; on lui fournit donc les moyens de production, et il a la certitude de vendre ses récoltes avec bénéfice. Voilà le but. Pour l’atteindre, il fallait un horticulteur et un agriculteur dévoué à la colonie, également instruit dans la théorie et la pratique de son art, persévérant dans ses recherches, également inaccessible à un enthousiasme prématuré et à un découragement iiréfiéchi. Toutes ces qualités, le gouvernement les a trouvées réunies chez le directeur du Jardin d’essai, M. Hardy. L’affection et l’estime de tous les habitants de l’Algérie ont devancé pour lui le jugement de la postérité, qui lui assignera le premier rang parmi les conquérants pacifiques de l’Afrique française.
Le préfet actuel, M. Lautour-Mézeray, horticulteur passionné et agriculteur instruit, a jugé, en homme pratique et en administrateur compétent, l’importance du Jardin d’essai, à la fondation duquel M. de Soubeyran avait puissamment contribué. Par sa présence, par ses avis, par ses encouragements, par ses conseils, M. Lautour-Mézeray favorise le progrès agricole de la colonie, et prend ainsi le moyen efficace d’assurer la conquête : car le soldat campe momentanément, le colon reste; le soldat a conquis le sol africain à la France, mais le colon le lui conserve.
Cette double conquête par l’épée et par la charrue, inaugurée par le maréchal Bugeaud, était aussi le système du général Daumas, qui dirigeait à Paris les affaires de l’Algérie. Un long séjour dans la colonie lui avait appris à juger avec sûreté les moyens les plus propres à en accroître la prospérité.
Jetons d’abord un coup d’œil dans l’intérieur du jardin, nous parlerons ensuite de ses résultats agronomiques. Des abris formés d’un double rang de cyprès le divisent en quadrilatères, et défendent les plantes délicates contre les vents de mer, si hostiles à la végétation, à cause des particules salines qu’ils entraînent, et contre les vents de terre, parmi lesquels le siroco brû-
LE JAKÜIN U ACCLIMATATION
lant du désert est un cnnetnin on moins redoutable. La partie qui avoisine la maison du directeur est spécialement consacrée aux arbres, arbustes et plantes exotiques qu’on essaye de naturaliser et de multiplier. Pour un botaniste qui n’a point visité les pays chauds, tout est nouveau, ou plutôt il admire en pleine terre, dans tout le luxe d’une végétation vigoureuse, les arbres dont il n’a vu jusqu’ici que des individus déformés, languissants et atrophiés, dans les serres des pays froids. Pour un amateur d’horticulture, c'est un spectacle réjouissant que de contempler ces végétaux rassemblés des quatre parties du monde et se développant comme sous leur ciel natal. C’est un congrès végétal qui ne peut se n'-aliser que dans un pays où la température ne descend jamais au-dessous du point de congélation, et so soutient pendantquatm mois entre 20 et 3.» degrés. Ainsi on y voit réunies des espèces de iiguiers de l'Inde, dont quelques-uns ont jusqu’à 15 mètres de haut. Le figuier élastique {Ficus clastica) nous montre son tronc entouré do racines qui, partant de diverses hauteurs, viennent se fixer dans le sol; d'autres racines partent des branches, et ces racines aériennes, semblables aux haubans qui soutiennent les niôts des navires, donnent.au tronc de ces figuiers une solidité qui leur fait braver les plus violentes tempêtes. Aussi les brahmines plantent-ils ces arbres dans le voisinage de leurs pagodes, dont ils égalent la durée.
Un admirable buisson de Huphiolepis de l’Inde était en pleine floraison, au commencement d’avril, à côté d’une carmantine {Juslicia adhaloda) du même pays, également fleurie. Le Cocculus laurifolius, aux feuilles luisantes, s’élève en arbre, et la pomme-rose {Jambosa vulgaris) mûrit ses fruits.
Un groupe d’arbres voisins nous transporte dans un autre hémisphère, en Australie, nature exceptionnelle qui ditfère de celle du reste de la terre autant que les créations antédiluviennes dilîèrenl de la création actuelle. On admire au Jardin d’essai une rangée de Cnsum'irm equisctifolin. dont les feuilles