DE HAMMA PRÈS D’ALGER
Lorsque l’on sort de la ville d’Alger par la porte de Bab- Azoun, on traverse d’abord le cbainp des manœuvres, théâtre de revues de troupes, des courses de chevaux et de fantasias arabes. La mer est à gauche; de charmantes collines couvertes de maisons de campagne, les unes mauresques, les autres européennes, s’étendent sur la droite. Des Français, des Maures, des Bédouins, des Kabyles, montés sur des chevaux, des Anes, des cliameaux, ou voilures par les omnibus, animent la route. Au bout de quelques instants, on dépasse 'un cimetière mahométan. Si c’est le vendredi, des Mauresques voilées, dont on n’aperçoit que les yeux et les sourcils unis par une raie noire, sont groupées pittoresquement sur ces tombes ; elles causent familièrement entre elles, ou bien racontent au mort les événements survenus dans la famille : car, dans ces croyances naïves, ce mort est un parent momentanément absent qu’elles reverront bientôt. Elles lui parlent avec ce sentiment de plaisir mêlé de regret que nous éprouvons en écrivant un ami dont nous sommes séparés pour longtemps. Après le cimetière maure, la roule s’ombrage et longe le pied des collines couvertes de ricins en arbres et d’autres végétaux étrangers à l’Europe. Mais quelle odeur enivrante se répand dans l’air ! Le doux parfum des orangers, combiné avec des senteurs inconnues, frappe l’odorat. La voiture s’arrête entre une grille à l’européenne et un café maure collé contre un rocher et ombragé de platanes