I.E SAHAHA OH I ENTAI
même, connaissant le pays et connu des populations, le capitaine appelait notre .attention sur tous les faits, sur tous les phénomènes qui l’avaient Frappé, et nous communiquait les . résultats de ses observations antérieures. Nous formions ainsi une petite commission scientifique, cherchant, examinant, collectionnant et discutant. Quatre soldais français, dont trois zouaves, un spahi ou gendarme indigène, sept Arabes conduisant six chameaux qui portaient trois lentes avec nos provisions, enfin les mulets qui nous servaient de monture, complétaient notre caravane. Nous avons parcouru le désert pendant l’hiver de 1863, du 9 novembre au 14 décembre. A la monotomie d’un journal de voyage je substitue un tableau physique du Sahara, résultat de nos recherches communes, complétées par celles des voyageurs qui nous ont précédés : MM. Fournel, Dubocq, Ch. Laurent, Ville, Vatonne, Coquand, Tissot et Paul Marès, géologues ; Cosson, Durieu de Maisonneuve, Letourneux, Hénon, Loche, .\ucapilaine et Heboud, botanistes et ifbologistes.
C'est à l’exploration d’un fond de mer mis à sec que le lecteur est convié. L’événement est récent, géologiquement parlant; il remonte peut-être à cent mille ans seulement. Le nombre des années, on ne saurait le préciser; mais l’événement a une date relative, il est postérieur au dépût des terrains tertiaires. Quand il a eu lieu, la Méditerranée existait dtijà, car on trouve dans le Sabara des coquilles de mollusques qui habitent encore le. littoral; le sol est imprégné de sel marin; il est formé de gypse, ou sulfate de chaux, qui se dépose probablement dans les mers actuelles, et des sables amenés par les rivières qui sc versaient dans le golfe saharien : maintenant ces rivières se perdent dans le désert, et leurs eaux disparaissent en s’infiltrant dans le sol. Des rholts, ou lacs salés, dont le niveau est plus bas de quelques mètres que celui de la Méditerranée, sont les lais de cette mer intérieure. Une série de ces lacs salés nous conduit jusqu’au golfe déUabcs, lu petite Syrie
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(It3s ancieji^, sur les cAtes de la Tunisie. Le dernier de ees eholts, rimniense lac Fejej, s’arrête à 10 kilomètres seulement de la mer : que cet isthme se rompe, et le Sahara redevient une mer, une Baltique de la Méditerranée. Un phénomène , semblable se produit dans le .Nord : le fond du golfe de Bothnie s’élève sans .cesse, et, avec le temps, un Sahara septentrional * séparera la Suède de la Finlande ; d’immenses steppes s'étendront de Stockholm à Tornéo, et les lies d’Aland apparaîtront comme un groupe de montagnes isolées entre l’ancienne presqu’île Scandinave et le continent européen. Le petit nombre d’espèces de mollusques dont les coquilles se trouvent dans le Sahara africain est une analogie de plus avec ces golfes, dont la faune s’appauvrit à mesure que leur profondeur diminue. L’une d’elles, le Cardium edule, est des plus communes dans les marais salants qui bordent la côte orientale du Languedoc.
On conçoit la disparition de la mer saharienne même sans supposer que le fond se soit soulevé comme celui du golfe de Bothnie, où la sonde constate depuis plusieurs siècles une diminution progressive de la profondeur. Les torrents éphémères qui se jetaient dans le golfe saharien n’y versaient qu’une faible quantité d’eau, cause de la rareté des pluies et du peu d’élévation des montagnes, dont les sommets seuls se chargent de neige pendant quelques mois. Cette eau, ajoutée chaque hiver à la masse existante, s’évaporait bien vite sous l’influence d’un soleil tropical, d’une sécheresse de huit mois et de vents violents soufflant du nord au sud ; mais ces mêmes torrents, dont le faible tribut était inc.apable de maintenir le niveau de ce golfe, s’il n’avait pas communiqué directement avec la Méditerranée, déposaient chaque année, dans ses eaux peu profondes, les quantités immenses de sahle, d’argile et de cailloux roulés que nous voyons aujourd’hui à découvert. Ces sables s’accumulaient à l’embouchure du golfe saharien dans la Méditerranée, au fond de la petite Syrte, près de Gabès en Tunisie.
LE SAHARA ORIENTAL
Sous rinduence des courants qui riignaient alors, l’ouverture s’est peu à piu rétrécie, et enfin un cordon littoral, une dune de 16 kilomètres de large s’est interposée entre la Méditerranée et son appendice saharien. N’étant plus en communication avec la Méditerranée, les eaux, soumises à une évaporation continue,
• se sont abaissées au-dessous du niveau de cette mei*', comme elles le sont encore aujourd’hui ; des cordons littoraux et des hauts-fonds intérieurs ont séparé les différents bassins, qui sont devenus les chotts ou lacs salés, appelés chott Melrir, chott et Hadjila, chott el Grnrnis, et enfin le chott el Faroun et le chott cl Fejej, qui communiquent entre eux, et forment un immense lac, le pnlu» Tritorih des anciens, étendu de 176 kilomètres en longitude et dessinant très-bien, avec le chott cl llrarnis, le contour de l'extrémité orientale du golfe saharien. .
Si l’.\tlas avait la hauteur et la largeur des Alpes ou de niimalaya, des neiges éternelles blanchiraient pendant une grande partie de l’année tous les sommets élevés au-dessus de 3500 mètres; de puissants glaciers rempliraient les cirques voisins des crêtes et descendraient dans les vallées; les torrents éphémères seraient des fleuves roulant des eaux d’autant plus abondantes, que la chaleur serait plus forte et la fusion des glaces plus active. Les nuages amenés de la Méditerranée par les vents du nord-ouest, arrêtés par ces sommets neigeux, se résoudraient en pluie; les pertes causées par l’évaporation eussent été réparées, le golfe saharien ne se serait pas desséché, et le désert n’existerait pas. Les mers ont leurs conditions d’existence comme les êtres organisés. Qu’elles viennent à être supprimées, la plante ou l’animal meurent ou la mer s’évapore, et le désert la remplace. La physionomie mobile de la terre ne reste jamais la même; mais la vie des peuples est si courte, la science est si jeune, on étudie ces changements depuis si peu de temps, qu’ils passent inaperçus sous les yeux de l’humanité.