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sombre ruine par leur fraîche verdure. Comme celui d’un récif, comme celui d’une muraille, le peuplement végétal du globe a été l’œuvre des siècles. A l’embouchure du Mississipi, les alluvions déposées par le fleuve ont 200 mètres d'épaisseur; dans ces alluvions sont ensevelies des couches distinctes, composées de végétauxactuels. D’abord on trouve un lit de graminées et de plantes herbacées indiquant l'ancienne existence de prairies analogues à celles qui s’étendent encore Sur les rives des grands lacs américains et du golfe du Mexique. M. Ch. Lyell assigne à la période ainsi représentée une durée qui ne peut pas être inférieure à 1500 ans. Au-dessus sont des accumulations de cyprès chauves séparées par des masses de sable ; puis viennent des lits formés exclusivement de chênes semblables à ceux qui croissent actuellement sur les bords du fleuve. Sur les troncs de ces arbres on a pu compter les couches annuelles de bois. Chacune d’elles correspondant à une année, on en déduit l’àge de la forêt ; or, on trouve dix lits de ces chênes superposés, et en additionnant l’àgc de tous ces arbres accumulés, on arrive au nombre effrayant de 158 000 ans. Tel serait le temps qui s’est écoulé entre les prairies primitives du delta du Mississipi et l’époque présente.
L’.Amérique n’est pas le seul pays où l'on trouve les restes de végétations difiérentes qui se sont succédé sur la même place. Des troncs de pins et do sapins sont ensevelis dans les tourbières des Alpes, élevées bien au-dessus de la limite actuelle des arbres. Dans celles de la plaine, ou déterre également des troncs d’espèces étrangères à la contrée : c’est ainsi qu’en Angleterre on trouve le sapin, qui n’est point spontané dans les îles Britanniques. La végétation actuelle a donc traversé dos phases successives qui remontent au delà de toutes les traditions historiques. A l’apparition des végétaux qui vivent autour de nous, la surface du globe n’était point ce qu’elle est aujourd’hui : la distribution des terres et des eaux, la délimitation des continents,