‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 170 sur 210 · LES FORMES OU DESERT · texte numérisé non relu

LES FORMES OU DESERT

sable et entourées (l’une couronne de feuilles linéaires. Dignes de réjouir les yeux des amateurs les plus délicats, ces jolies fleurs vivent et meurent ignorées dans les solitudes du Sahara. Entre Biskra et l’oasis de Chetma, une plante légendaire croit dans les sables les plus arides, la rose de Jéricho (1), petite crucifèi’e à lige basse et ramifiée, qui se dessèche après la floraison. Ses rameaux rapprochés simulent une rose : emportée par les vents, la plante détachée roule au loin sur le sable, et rappelle au voyageur chrétien le désert où vécut saint Jean. Dans les dépressions où le sol conserve un reste d’humidité, la terre se couvre d’un gazon fin du plus beau vert; les jujubiers se garnissent de feuilles; les tamaris, devenant de véritables arbres, balancent leurs panaches de fleurs blanches ou roses, et les tiges rampantes de la coloquinte (2) courent sur le sol chargées de fruits semblables à des boules. C’est dans ces prairies sahariennes que l’.Vrabe nomade mène paître ses moulons et ses chameaux pendant l’iiiver. Sa tente noire et basse simule de loin un tertre arrondi ; mais l’aboiement lointain des chiens • avertit que le désert est habité temporairement par une de ces familles de patriarches dont la vie pastorale, décrite dans la Bible, a charmé notre enfance. .

Cette portion du désert n’est pas complètement inanimée.

On rencontre souvent une jolie alouette (3) d’un jaune cendré, qui vole sans cesse de touffe en touffe; de temps en temps un oiseau de proie plane dans les airs; une troupe de gazelles à peine entrevue disparait à l’horizon ; une gerbille solitaire fuit en sautillant; des lièvres (4) parlent sous les pieds des chevaux, ou des perdrix s’enlèvent bfuyamment; on remarque sur le sol les larges traces du pied de l’autruche, car sa taille élevée

(1) Anaslalica hierocfiunlica.

(2) Cucitinis culocyntliis.

(3) ilalurus SnhariB.

(4) /.epm i.■ia/<e//i»lls.

LE SAHARA ORIENTAL

lui permet d’apercevoir de loin les caravanes et de fuir à leur approche. Cependant ces rencontres sont rares loin des oasis. En hiver, une foute d’animaux, les reptiles en particulier, s’enfouissent sous le sable. Ainsi nous n’avons vu ni le varan (1), ni le fouette-queue (2), ni le céraste (3) ou vipère cornue, si redoutée des Arabes, ni les autres serpents qui habitent le Sahara. La robe des animaux du désert est d’une singulière uniformité. Point de couleurs vives : tous sont gris, d’un jaune pèle, ou d’nn blanc jaunâtre, rappelant les teintes du sol sur lequel ils vivent.. Les insectes sont noirs; ce sont presque tous des coléoptères, qui, au moindre danger, disparaissent dans le sable.

Le désert d'érosion. — De g^nds courants, avons-nous dit, ont sillonné le Sahara. Le point de départ de ces courants est dans les montagnes qui le limitent au nord, les Aurès et les Zibau. Us ont entamé le sol et ont creusé de larges sillons qui se rejoignent, se confondent et forment un réseau dont les plateaux que nous avons décrits occupent les intervalles. Le.s marnes, les argiles, les sables, les gypses peu cohérents, ont été entraînés; le gypse pavimenteux, plus dur que les autres terrains, a résisté, et les plateaux sont les témoins de ces immenses déblais. Les torrents actuels suivent encore ces anciennes lignes d’érosion. Pour l’homme qui s’intéresse aux phénomènes de la physique du globe, c’est un spectacle bien curieux que celui d’un torrent qui descend des Aurès dans le Sahara. Les eaux, produit de la pluie ou de la fonte des neiges, sont d’abord entièrement douces; elles coulent au fond d’un lit j)rofond à parois verticales, creusé comme un sillon dans les terrains sans cohérence de la formation crétacée. Quand le torrent sort des montagnes pour entrer dans la plaine, le lit

(1) V'^aronus arenarius.

(2) Uromastix acanthinurus .

(3) Cerasles cornulus.

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