‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 177 sur 210 · I.E SAHARA ORIENTAI · texte numérisé non relu

I.E SAHARA ORIENTAI

Biàkru, toutes situées sur la même rivière qui fournit l’eau nécessaire aux irrigations des jardins; telles sont encore les oasis de Branis, de Zcribed-el-OuedjLiana, Iîou-Saada,etc. Ces oasissonl adossées au pied des montagnes. Il en est de même de celles qui doivent leur existence aux sources abondantes justement appelées üflite/as(ennr.«, qui surgissent du sol au contact des terrains horizontaux du Sahara avec les couches relevées des montagnes : les oasis d'Oumache, de Zaatcha, de Tolga, etc., [wr exemple. Quelquefois ces sources sont thermales, comme celle qui arrose l’oasis de Chelma, voisine de Biskra, dont les eaux ont une température de 35- degrés. .Mais toutes les sources (|iii descendent des hauteurs ne jaillissent pas à leur pied, elles s’infiltrent entre les couches horizontalesde la plaine saharienne, et, arrêtées par des bancs d’argile imperméable, elles forment des cours d’eau souterrains comparables à ceux qui circulent à la surface. Ces eaux, protégées par le sol qui les recouvre, ne s’évaporent pas sous les feux du soleil, et, coulant sur un fond argileux, elles ne se perdent pas dans les profondeurs de la terre. Un réseau de rivières souterraines circule donc sous les couches superficielles du Sahara. Ces eaux tendent sans cessa à reprendre le niveau de leur point d’infiltration. Si donc la couche la plus superficielle du sol se compose de sable ou de terrains meubles, l’eau rejettera ces matériaux au dehors et surgira à la surface : c’est un puits artésien naturel. Les .Arabes lui donnent le nom de schrein (nid). Dans l’Oued-Rir, on voit souvent de loin un monticule conique couronné de quelques palmiers ; le sommet du cône est creusé d'une excavation remplie d’eau : c’est une schrein. Si le débit est abondant, l’.Ardbe creuse un canal de dérivation appelé dirige l’eau vers ses plantations, et

crée une petite oasis.

Dès les temps les plus anciens, les habitants du Sahara ont cherché à imiter la nature et à creuser des sc/ireias artitlciellcs. Olyinpiodore, <|ui écrivait, selon .Niehuhr, à Alc.xandrie vers le

LES OAStS.

milieu du vi* siècle, rapporte qu’on a creusé des puits, dans son pays natal, de 200 à 300 et quelquefois 500 coudées (90 à 230 mètres) de profondeur. Pliotius.cite un passage de üiodore, évêque de Tarse, mort vers l’an 390 après Jésus-Christ; parlant de la grande oasis située dans le ilésert, à une quarantaine de lieues de l’Égypte, il s’exprime en ces termes ; « Pourquoi, ditil, la région intérieure de la Thélinide qu’on nomme oosà n’at-elle ni rivière, ni pluie qui l’arrose, mais n’est-elle vivifiée que par le courant des fontaines ([ui jaillissent du sol, non d’elles-mémes, ni par les pluies qui tombent sur la terre et qui remontent par scs veines, comme chez nous, mais grâce à un grand travail des habitants? Serait-ce l’indice que les lieux qui produisent des fontaines de ce genre, fontaines qui donnent naissance à de vrais fleuves d’une eau aussi douce que limpide, sont dominés par des hauteurs? Mais au contraire ces vastes plaines, très-éloignées des montagnes, sont tout à fait unies et complètement arides, ou tout au moins ne renferment qu’une très-petite quantité d’eau lourde et salée qui ne surgit pas du sein de la terre, mais qui se trouve dans les creux et ne suffit pas pour éüincher la soif pendant l’été. » M. Aymé, chimiste manufacturier, qui avait établi eu 1858 de grandes fabriques d’alun dans deux oasis égyptiennes dont il était gouverneur, a curé plusieurs de ces puits et en a donné la description. Ils étaient munis d’une soupape de pierre de la forme d’une poire, qui s’adaptait au trou dont la roche était percée; attachée une corde, cette soupape permettait de modérer à volonté l’ascension de l’eau, dont l’abondance est telle qu’elle eût saus cela inondé l’oasis. Ces puits étaient profonds. Mais le docteur Griffith, qui a traversé plusieurs fois les déserts de l’Égypte, affirme que l’on rencontre l’eau à de très-petites profondeurs dans le sable : il suffit de percer avec une verge la roche trèspeu épaisse qui relient les eaux captives. Cette verge, c’est celle de Moïse faisant jaillir l’eau du rocher dans le désert du Sinaï !

LK 5AHAKA ORIENTAL.

L’imagination d’un peuple enfant voy<Tit un miracle dai>s ce fait naturel, conséquence nécessaire de l’hydrographie souterraine de la contrée et des lois de l’<^uilibrc des fluides. Un historien arabe du xiv* siècle, Ibn-Khaldoun, nous raconte qu'il existait k cette époque des fontaines jaillissantes dans le Sahara. Pour lui, c’est également un fait miraculeux, et il ajoute : «Dans ce inonde, le possesseur des miracles, c’est Dieu, le créateur et le savant. » 11 en est de même aujourd’hui. Aux yeux de l’.\rabe tout est merveille, et pour lui ce n’est pas le surnaturel, c’est le naturel qui n’existe pas. Dans le Sahara, une légende se rattache à chaque monticule, à chaque trou, à chaque vallée, à chaque fontaine, à chaque mare, et même aux arbres isolés. Le désert fourmille de miracles enfantés p^r l’imagination sémitique.

Les habitants des oasis creusent actuellement encore des puits artésiens. Le travail est très-pénible. A mesure qu’ils foncent, les terres sont soutenues par des blindages de bois de' palmier ; quand l’eau jaillit, le puits est encore obstrué par des sables. Des plongeurs {rtass) munis de paniers descendent le long d’une corde et enlèvent ce sable; ils peuvent rester jusqu’à trois minutes sous l’eau. Quand l’un deux ne remonte pas, les autres plongent pour le seceurir. F.xempts d'impôts, ils formaient une corporation respectée ; car leur vie est courte, la phthisie les emporte avant l’âge. Ces puits arabes durent peu. Le blindage pourrit, les terres s’éboulent, le sable obstrue l’orifice intérieur: alors, faute d’eau, les dattiers déclinent et périssent; les villages se dépeuplent, l’oasis se rétrécit, et finit par disparaître. Le désert reprend possession du domaine que le travail de l’homme lui avait arraché. Avant l’occupation française, beaucouj) d’oasis étaient dans ce cas : les unes n’existaient plus, les autres languissaient, aucune ne pouvait s’étendre. Le général Desvaux, alors colonel, commandait la subdivision de Bathna.ll comprit que les puits artésiens étaient la vie des oasis, et résolut de les multiplier. M. Dubocq, ingé-

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nieur des mines, avait publié en 1853 un mémoire sur lu conslilulion géologique des Ziban et de l’Oued-Hir, montrant que la science conlirme les indications de la pratique, savoir, l'existence d’une nappe souterraine dans certaines régions du Sahara. En 1 855, M. Ch. Laurent, mandé par le général Desvaux, explora le pays au point de vue spécial des sondages artésiens. M. Jus, ingénieur civil attaché à la maison Degousée et Ch. Laurent, arriva en avril 1856 avec un équipage de sonde à Philippeville. Tontes les difticultés de transport sont vaincues : à travers les montagnes, les torrents, les sables, le pesant appareil arrive à Tamerna, non loin de Tougourt, après avoir franchi 340 kilomètres. Le premier coup de sonde fut donné au commencement de mai 1856, et, le 19 juin, une véritable rivière, fournissant 5010 litres d’eau par minute, 610 litres de plus que le puits de Grenelle à Paris, s’élança des entrailles de la terre. . Lajoie des indigènes fut immense. La nouvelle de ce forage se répandit dans le sud avec une rapidité inouïe : on vint de trèsloin pour voir celte merveille. Dans une fête solennelle, le marabout avait béni la fontaine nouvelle, et lui avait donné le nom de fontaine de la Paix.

Une. oasis, celle de Sidi-llached, non loin de Tamerna, dépérissait à vue d'œil. Les puits avaient tari, des dunes formées d’un sable d’une finesse extrême (l) envahissaient les cultures. J’ai vu enterrés dans le sable des dattiers dont la cime seule était encore visible; d'autres, maigres, languissants, présentaient sur les troncs des étranglements qui témoignaient de la sécheresse dont l’arbre avait soulfert. Vainement les habitants avaient élevé des palissades et construit un marabout sur la cime de la dune la plus élevée: la dune marchait toujours, l’oasis était p«>rdue. Les indigènes essayèrent de creuser un puits, mais à

(I) Vn jeune chimisle, M. A. Moilcssicr, a analysé ce sable, dont 100 parties se composent île : silice, SO ; sulfale de chaux, 13; carlionale de chaux, 7.

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