I.K >.\H AR V ORIENTAI
n’exct*(Jpnt p;is U c<*ntimêlrP'< de longueur. Ce >onl des inalaeoplérygiens ressemblant à nos ableltcs. Ils sont identiques avee une espèce (1) des eaux douces de Biskra, décrite par M. le docteurGuichenot. Le mâle estdiffcrent de la femelle, en ce qu’il est barré transversalement; aussi quelques auteurs l’ont-ils pris pour une espèce différente (2). Les yeux de ces petits êtres sont très-bien conformés, quoiqu’ils passent une partie de leur existence dans l’obscurité. Du reste, le fait n’est pas unique dans la science, et M. Aymé, gouverneur des oasis de Thèbes et de Garbe en Égypte, écrivait en 1849, à M.M. Degousée et Ch. Laurent, qu’un puits artésien antique, de 105 mètres de profondeur, qu’il avait nettoyé, lui fournissait pour sa labié des poissons qui provenaient probablement du Nil, le sable qu’il avait extrait de ce puits artésien étant identique avec celui du fleuve. Dans le Sabara comme en Égypte, ces poissons seraient donc entraînés par les eaux qui s’infiltrent dans le sol jusqu’à la nappe souterraine, dont les puits artésiens sont les évents.
Les conséquences de ces forages artésiens dépassent toutes les prévisions. Exécutés dans le désert sur des points convenablement choisis, ils serviront d’étapes et de lieux de bivac aux voyageurs et aux colonnes qui pénètrent dans ces solitudes : tels sont les puits de Saada, de Chegga, d’Om-el-Tiour et d'Ourir, sur la route de liiskra à Tougourt. Des essais de culture faits autour de ces puits ont assez bien réu.ssi (3). Les puits artésiens forés dans les oasis par les Français en augmentent l’étendue : les nouveaux terrains qu’ils arrosent sont d’abord
(1) Cyprinodon cyanoffatler.
(2) Cyprinodon doliatus.
(’i) Un pauvre nègre du Bnurnou avait ûlé pris comme esclave, amené par ton maître rlica les Touaregs et vendu successivement quatre fois. Etant arrivé enliii dans les potsessions franç.vises, il apprit qu'il étiit lihre, et on lui donna, prés des puits de Chegga, des terres où il cultive de l’orge, du millet, des pastèques, det navets, et élève quelques volailles, achetées par les voyageurs.
LES OASIS
■dessalés, puis plantés en palmiers, qui produisent au bout de huit ans. Le nombre des palmiers plantés depuis 1856 s'élève à 150 000. Sous cet ombrage, d’autres arbres fruitiers prospéreront, et la culture hibernale de l’orge et des légumes d’Europe s’accroîtra et contribuera notablement au bien-être des habitants. Sans être taxé d’exagération, on peut prévoir l'époque où une forêt de palmiers non interrompue s’étendra d’El-Kantara jusqu’à Uuargla, la dernière oasis dans le sud soumise à la domination française. Sous le règne des Turcs ou des sultans indigènes, les oasis diminuaient en nombre et en étendue. Des guerres sans cesse renaissantes, des razzias continuelles, désolaient le pays. L’agresseur abattait les palmiers, comblait les puits ou détournait les eaux. Ainsi, en 1788, Salah, bey de Constantine, assiège Tougourt : la ville résiste ; alors les soldats se mettent à couper les palmiers en vue des assiégés. Le cheikh Ferhat, pour éviter la ruine complète du pays, se soumit à toutes les conditions. On voit encore au nord-est de la ville une immense plaine sablonneuse au milieu de laquelle s’élève le village presque miné d’El-Balouch ; jadis il était entouré de palmiers : depuis un siècle, le déserta repris-possession du terrain. Dans la direction de Tcmmaçin, quelques palmiers épars çà et là dans le sable sont les seuls survivants d’une immense forêt qui réunissait les deux villes, dont la longue rivalité a permis au désert de se reformer entre elles. En 18àà, la prise de Biskra amena la soumission de Tougourt, où régnait alors le cheikh Ben-Djellab. A sa mort, en 185ù, un usurpateur, du nom de Sliman, se déclara l’ennemi de la France; mais, au mois de novembre de la même année, le colonel Desvaux fut envoyé contre Sliman avec une petite colonne; il le battit à Mgarin-Kedima, et entra à Tougourt le 2 décembre. Mgarin, le théâtre du combat, est une oasis détruite pendant les discordes civiles des Arabes. Sur un mamelon, on apèrçoit les ruines d’une mosquée. De petites protubérances éparses dans la plaine marquent encore la place
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(les palinion abattus dans ces guerres dé'plorables. Depuis que ces contrées appartiennent à la France, la paix règne entre les peuplades. Grâce aux puits artésiens, le Berbère cultivateur et sédentaire n’est plus opprimé par l’Arabe nomad» et paresseux. Celui-ci, par droit de conquête, reste propriétaire des oasis, et n’accorde au Berbère que la moitié du produit. Chaque automne, à l’époque de la récolte des dattes, le nomade arrive, plante ses tentes près do l’oasis, vient exiger sa part des récoltes’; et s,i moitié était jadis .toujoui’s plus grande que colle du pauvre métayer, aux dépens duquel il vivait souvent pendant une partie de l’hiver. Ces abus ont cessé. L’autorité française ne pi-étend pas déposséder le nomade; mais les puits artésiens permettent de donner des terres au Berbère : celui-ci devient propriétaire à son tour, plante des palmiers exempts d’impôts pendant huit ans, et s’affranchit peu à peu de la misère et du nomade en lui rachetant le sol. Ainsi se poursuit l’œuvre civilisatrice inaugurée par la sonde artésienne. Grâce à elle, la culture s’étend, et c’est le cultivateur qui en profite; le nomade, nublemmt oisif, sera peu à peu dépossédé. J’ai vu ses tentes noires assiéger l’oasis de Mraier comme une bande de corbeaux affamés abattue sur un champ de blé. Entourés de leurs chiens jaunes hurlant jour et nuit, ces vagabonds croupissent dans la paresse et la saleté. Chez eux, la femme est méprisée, opprimée, maltraitée, chargée de tous les fardeaux, assujettie à tous les travaux, tandis que son seigneur et maitre fume majestueusement son éternel chibouck. La malheureuse créature a le sentiment de son abjection; elle se caclie comme une bête fauve, et n’ose pas mémo regarder furtivement l’étranger qui passe devant le camp. A sa vue, elle disparait et va se blottir dans un réduit de toile caché derrière la tente, tandis que son mari trône sur les piles de coussins qu’elle a disposés pour lui. Chez le Berbère de l’Oued- Rir et du Souf, la femme est moins opprimée, plus propre et moins sauvage; elle se voile, mais elle ose regarder un homme.
LES OASIS
sinon en facp, du moins à Iravorsla fente d’une porte ou l’embrasure d’une fenêtre. Sa condition est supportable, et là comme ailleurs cette condition donne la mesure du degré do civilisation du peuple dont elle fait partie.
Il nous reste à faire connaître les oasis du désert de sable, c’est-à-dire du Souf, district compris entre l’Oued-Hir et les frontières de la Tunisie. J’ai décrit’ l’aspect désolé de ces contrées où une dune aride succède à l’autre, et où le sol, formé de sable fin, semble participer de la fluidité de l’eau. Nous avions déjà passé deux jours, le 2 et le 3 décembre, dans ce désert. Toute végétation avait disparu. J’étais monté sur un dromadaire pour embrasser du haut de cet obsen’atoire mobile une plus grande surface de la contrée. Marcbant d’un pas égal et mesuré, l’animal balançait sa petite tête au bout de son long cou, et coupait sans s’arrêter les longues feuilles des touffes «le drin (t) qui se trouvaient à sa portée. Dans les intervalles des dunes, je ne voyais rien; mais, arrivé au sommet, le désert sans limites s’étendait devant moi. Le soleil, suspendu au-dessus d’un horizon circulaire comme celui de la mer, semblait seul vivant au milieu de cette nature inanimée, 'fout à coup j’aperçois dei cimes de palmiers dont je ne distinguais pas les troncs; je crois à une illusion, à un mirage. Nous avançons: les cimes se dessinent mieux, mais les troncs n’apparaissent pas. La caravane s’arrête prés d’un puitsà bascule; je cours vers les palmiers : ils étaient j)lantés au fond d’un trou conique de 8 mètres de profondeur environ. Le sable avait été relevé de tous côtés; de faibles palissades de feuilles de palmier plantées sur la crête le retenaient sur certains points; sur d’autres, des cristaux de sulfate de chaux de toutes les formes et tle toutes les grosseurs, alignés comme dans une galerie de minéralogie, contribuaient aussi à tixer un peu le sable mobile. Au fond de ces trous, les
(t) Arhtiila pvngeiis.
LE SAHARA ORIENTAL
(lattieri^ étaient plantés sans ordre. Mais ce n’était plus le pat mier grêle et élancé des oasis, le palmier idéal des peintres; c’étaient des arbres au tronc cylindritiue, court et gros, portant à quelques mètres du sol des ipatmes de 5 mètres de long et une couronne de régimes de dattes, chapiteaux de ces fûts d’un mètre d’épaisseur. Il me semblait voir les colonnes bassc>s et massives d’un temple égyptien ou de la mosquée de Cordouc. Des racines adventives, partant de la. base du tronc et s’enfonçant dans le sol, formaient à ces colonnes un piédestal conique, et les grandes palmes s’entrecroisant en ogive rappelaient ces longues colonnades si habituelles dans les monuments dont je viens de parler. Le soir, en pénétrant sous ces voûtes sombres, j’étais saisi d’un véritable sentiment de respect, et ces palmiers majestueux et immobiles au fond de leur cratère de sable étaient bien l’emblème de la civilisation africaine, immobile, comme eux, au milieu du monde agité qui l’entoure. Ces dattiers sont l’objet de soins tout particuliers. Le laborieux habitant du Souf creuse d’abord dans le sable le trou, appelé ritan, dans lequel il les plantera : seul, ou aidé d’un de ces petits ânes gris de perle qu’on ne voit que dans cette partie du désert, il remonte le sable, et forme ainsi un déblai circulaire de 6 à i2 mètres de haut. La crête est consolidée, comme nous l’avons dit, par des feuilles de palmieret des rangées de cristaux de gypse. LeS racines des dattiers plongent directement dans la nappe d'eau peu profonde qui règne sous toute la contrée. (Juand l’arbre, devenu grand, dépérit faute de pouvoir atteindre la surface de l’eau qui le nourrit, le Berbère intelligent l’attache aux arbres voisins avec des cordes, le déchausse, creuse le .sable au-dessous de la motte conservée, puis descend l'arbre ilans le trou iju’il a approfondi afin que les racines puissent descendre jusqu’à la nappe artésienne.
1-à ne se bornent |)as les .soins dont ces arbres sont l’objet. Les habitants vont partout sur le trajet des caravanes ramasser
LES OASIS
la fiente des chameaux, qu’ils mettent au pied de leurs palmiers. Üe là la végétation vigoureuse dont nous avons parlé . Dans le Souf le dattier est, réellement cultivé comme un arbre à fruits, aussi se charge-t-il de régimes énormes. Les dattes mûrissent dans ces cavités, à l’abri du vent et des rayons du soleil, sous l’influence d’une chaleur sans lumière, mais d’autant plus efficace qu’elle est réfléchie de tous côtés par les talus sablonneux environnants. Le fruit grossit sans se flétrir ni se dessécher: il reste charnu, onctueux et couvert de sucre; mais que de peines pour obtenir cette unique récolte! Un seul coup de vent suffit pour combler le ritan et ensevelir les palmiers dans le sable. Le pauvre cultivateur, descendant pacifique • des Gétules etdes Numides,seremetà l’œuvre, creuse de nouveau son jardin, et dégage ses dattiers en rejetant le sable au dehors. Il recommence ce travail do Sisyphe chaque fois que le vent du nord ou celui du sud ensable son verger et les planches de légumes qu’il cultive à l’ombre de ses arbres. En effet, un puits est creusé un peu au-dessus du fond de la cavité; sa ■ profondeur ne dépasse pas 6 mètres. Au moyen d'une bascule, on tire une outre qui verse l’eau dans une rigole de plâtre, et cette eau est conduite à de petits carrés où végètent, soigneusement débarrassés de toute mauvaise herbe, des navets, des choux, des carottes, du millet, du piment, des pastèques et du tabac. Quelques figuiers, grenadiers ou abricotiers croissent aussi dans ces jardins creux. Les dattes et Içs légumes que je viens d’énumérer sont l’unique nourriture des habitants du Souf; ces fruits remplacent même la monnaie : les ouvriers sont payés en dattes, qui sont en outre le seul objet d’exportation. De temps immémorial, elles sont portées par des caravanes à Tunis, d’où elles partent pour l’Europe.
Tunis est une ville essentiellejuient orientale, ville de fabrique et de commerce, ville de marchands vendant tous les objets imaginables, tous les chiffons, toutes les loques, toutes