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lt!s vieilles ferrailles, tous les rebuts les plus infimes. Il existe Tunis un bazar, un marché du Temple, dont la description défierait les plumes et le.s pinceaux les plus romantiques. C’est là que l'habitant du Souf trouve ce qui lui convient, le nécessaire, pour son âne, et pour lui le superflu, représenté par des porcelaines ou des miroirs invendables en Europe, et qui seront le plus bel ornement de sa pauvre maison. Tant que des commerçants intelligents n’établiront pas dans une ville algérienne des bazars de cette espèce, les caravanes, la douane aidant, continueront à se diriger vers Tunis, où le Berbère trouve à la fois les acheteur.^ pour ses dattes et des marchands achalandés des objets nécessaires à ses besoins. Grâce à leur ordre, à leur économie, les habitants du Souf sont plus riches, plus propres, mieux vôtus que leurs voisins des fertiles oasis de l’üued-Kir. Leurs maisons, bien tenues, ne sont pas vides comme dans l’Oued-Rir; ils renferment leurs vêlements dans des coffres multicolores, et la chambre de la femme, qui n’e.st point murée comme chez l’Arabe, est plus ornée que les autres. Les hommes sont affables, les enfants gais et rieurs. Ces populations aiment la France, qui les protège contre les incursions des brigands tunisiens. Leurs petites mosquées à minarets peu élevés trahissent la tiédeur de leurs croyances musulmanes; aussi les voyons-nous rester paisibles malgré les agitations de la Tunisie et les révoltes du Sahara occidental. Entre ces deux foyers de soulèvement, le Sahara oriental demeure calme, témoignant ainsi de la justice et de la fermeté des officiers qui le gouvernent. Les lions habitants du Souf recueilleront les fruits de cette sagesse, et si ma faible voix pouvait être entendue, je réclamerais pour eux les bienfaits dont jouissent déjà les oasis de l'Oued-Kir, des puits artésiens. •!! serait digne du gouvernement français de les affranchir du travail de Sisyphe que nécessitent léursjardins creusés dans le sable, et de faire jaillir à la surface du sol ces eaux souterraines qui sont la vie de leurs dattiers. Que la sonde artésienne
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altrigiic coi nappes l)ienl'aisantes, el les oasis du Souf se multiplieront comme colles de l’Oued-Rir, et formeront un chaipelet continu jusqu’aux frontières de la Tunisie, que la force des choses et le vœu des populations paisibles relieront tôt ou tard à la France africaine.
RÉPARTITION DES POPCLATIONS.
(juels sont les enseignements de la géographie physique et de l’ethnographie sur 1a meilleure répartition à la surface du sol de l’Algérie des populations si diverses qui l’hahitcnt ? Il sutlira d’un bref examen du pays pour répondre à cette question. La région littorale, ou le Tell, prolongement de la France méridionale, est évidemment la portion la plus favorable à la colonisation. Le colon français y retrouve le climat un peu exagéré, mais enfin le climat de la France. Voisin de la mer, il communique facilement avec son pays, et se sent pour ainsi dire plus près du sein de la mère patrie. Les cultures sont les mômes: céréales, idiviers, orangers, tabac, légumes en primeur. Les ports d’embarquement n’étant pas éloignés, les transports ne sont ni longs, ni coûteux. Or, c’est une question capitale dans la lutte qui s’établit nécessairement entre le colon et le cultivateur indigène. Pour celui-ci, le temps n’a point de valeur; ses chameaux, broutant les herbes qui croissent sur le bord de la route, ne lui coûtent rien. L’Arabe lui-môme emporte quelques dattes et la farine dont il fait ses galettes; la nuit, il dort en plein air à côté de ses dromadaires. Un transport, môme lointain, n’augmente pas le prix des objets transportés. Il n’en est pas de môme du colon. S’il est placé dans l’intérieur des terres, ses produits, arrivés au port d’embarquement, sont grevés de frais proportionnels à la longueur du trajet. De là une concur-renee où le colon est vaincu d’autant plus sûrement, qu’il ne saurait produire le blé au môme prix que l’Arabe. Celui-ci, en-
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tamanl à poine le sol avec son araire de bois, va errer au loin pendant que sa récolte mûrit, et revient seulement pour la recueillir et la vendre. Un rendement de trois ou quatre grains pour un est un bénéfice pour lui ; pour le colon ce serait une • perte. D’un autre côté, ne serait-il pas souverainement injuste d’accorder aux Arabes de bonnes terres, qu’ils cultiveront toujours fort mal, et de les refuser au colon, qui en tirerait tous les produits qu'elles peuvent donner? D’ailleurs l’expérience a parlé : c’est dans le Tell que la colonisation a le mieux réussi. La Métidja est une large vallée dont la fertilité égale actuellement celle des plaines les plus renommées de la France. La province d’Oran se peuple d’Européens, et les colons maltais ou espagnols du continent et des Iles Italéares ont réussi partout où ils se sont établis.
Simple naturaliste, je me déclare incompétent pour discuter les mesures administratives propres à favoriser la colonisation. Cependant une chose me parait évidente : la réglementation excessive, et le système de tracasseries involontaires qui en est la conséquence forcée, sont là, comme ailleurs, le vice de l’administration française. Toutes ces conditions imposées aux arrivants, toutes ces concessions provisoires avec lesquelles un colon reste pendant des années sur son terrain sans savoir s’il en sera un jour propriétaire, sont évidemment de fausses mesure.'^. Imitons les pays où la colonisation réussit, les États-Unis. Vendez le sol, et ne cherchez pas à prévenir des abus moindres que ceux dont on se plaint. Ou bien suivez les plans du maréchal liugeaud : favorisez l’établissement en Algérie des soldats libérés de l’armée d’Afrique, donnez-leur des terres avec les bâtiments d’exploitation, rendez-les propriétaires, et ils s’attacheront au sol qu’ils auront conquis et cultivé. Avant tout, que l’administration soit UNE, et que la colonie ne reste pas soumise à deux régimes ,1e régime militaire et le régime civil: c’est là la plaie vive de l’Algérie, et, quand on considère les services que l’armée
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a rendus cl rend encore à la colonie, l’hésitation n'est pas possible. L’armée seule est puissante. Ou’il s’agisse de faire une route, un pont, de fonder une ville, le génie civil n’a point do bras à sa disposition. Les .Arabes ne veulent pas travailler, les Européens sont trop peu nombreux, la main-d’œuvre est hors de prix. L’atelier militaire est immédiatement formé, et les travaux s’achèvent avec une rapidité merverlleuse. La netteté et la promptitude des décisions militaires sont un bien dans un pays à moitié civilisé. Les formalités sans tin de l'administration civile, la circulation si lente des dossiers passant à travers toutes les autorités hiérarchiques et se multipliant indéfiniment pendant le trajet, compliquent et paralysent tout. Nous nous en plaignons en France, dans le pays où nous sommes nés, où nous sommes établis; mais qu’on se figure les angoisses d’un pauvre colon attendant, sur une terreétrangère et en usant ses dernières ressources, une décision qui n'arrive pas. L’administration la plus expéditive est dans ce cas la meilleure, et une réponse prompte et catégoriq'ue préférable à toutes les ambages et à toutes les formalités. Quant aux Arabes, vouloir qu’ils saisissent l’idée abstraite d’une autorité morale, sans armes, sans insignes; vouloir qu’un peuple venu d’ürient comprenne l’adage romain : Cednnt arma togœ, c’est une illusion pardonnable chez ceux qui n’ont jamais mis le pied en Asie ni en Afrique. Pour des peuples qui ne jouissent pas de notre civilisation raffinée, celte notion métaphysique de l’autorité est beaucoup trop subtile. Pour un Africain et un Asiatique, l’autorité est à cheval, porte un sabre et un bournous rouge ou un uniforme chamarré de broderies. L’autorité, c’est la force effective sachant se faire respecter elle-même, un bras vigoureux capable d’exécuter l’arrêt que la bouche a prononcé. Les officiers de notre armée ont reçu notre éducation, ils partagent nos idées, nos opinions sur l’usage du pouvoir; comme nous, ils répugnent ù l’abus de la force. Malgré des méfaits isolés (|ue l’arrnéc désavoue, nous
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pouvons rolucUre le sort dos Arabes entre leurs mains. Vainement d’ailleurs nous chercherions à désabuser les indigènes : pour eux, les cluîfs militaires seront toujours les chefs, et les personnages civils des légistes plus ou moins instruits. Oue le lecteur me pardonne cette excursion dans un domaine qui n’est pas le mien, je reviens à mon sujet.
La région montagneuse appartient aux Kabyles : elle ne saurait être mieux habitée. Quand du haut du fort Napoléon on voit toutes les ci’étes couronnées par des villages, toute la montagne cultivée, le Kabyle labourant des |ientes qui dans d’autres pays seraient considérées comme inaccessibles, on reconnaît que cette population n’a besoin que d’étre encouragée dans ses etforts persévérants pour faire rendre au sol tout ce (|u’il peut produire. En mettant fin aux dissensions civiles, en empêchant les luttes incessantes de village à village, l’administration française a rendu à ces populations le plus grand service qu’elles puissent en attendre. Enseigner aux Kabyles a cultiver 1a vigne pour en faire du vin ; substituer le châtaignier, qui prospère admirablement dans ces terrains siliceux, au chêne, et par conséquent remplacer les glands par des châtaignes; greffer les oliviers, apprendre aux Kabyles h fabriquer do la bonne huile, tels sont les éléments de prospérité que nous avons li développer dans l’intérêt des indigènes, de la colonie et de la métropole.
Nous avons cherché ii donner une idée de la région des hauts plateaux, froids, dénudés, impropres à la culture des céréales, l’orge exceptée : voilà le vrai domaine de l’.Vrabe nomade vivant sous la tente au milieu de ses troupeaux. L’hiver dans le Sahara, l’été sur les plateaux, il se déplace sans cesse et olaiit à son instinct séculaire. Vouloir le fixer immédiatement, c’est méconnaître l’intluence toute-puissante de l’hérédité sur les habitudes des hommes et des animaux. Les Arabes sont nomades depuis l’origine du monde, en faisant remonter cette
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origine ù six mille ans suivant la chronologie biblique, et depuis un nombre de siècles bien ]>lus considérable, si l'on accepte les témoignages des antiquités égyptiennes et les données do la géologie moderne. Errer est devenu pour l’Arabe un besoin impérieux, irrésistible, auquel il ne saurait se soustraire. Ce besoin est plus fort que sa volonté il voudrait se fixer qu’il ne le pourrait pas. L’attrait de la propriété,- le bien-être qui résulte d’une résideuce fixe, la richesse même, ne sauraient compenser pour lui les charmes de cette vie libre, errante, qu’il mène depuis tant de générations. Ayez recours à la force, il périra comme ont péri les Indiens de l’Amérique du Nord, qu’on a voulu fixer en leur créant une vie facile et agréable. L'expérience a prononcé. On a bâti des villages, avec une mosquée au milieu, entourés de champs fertiles: on a appelé les Arabes les plus misérables parmi ces misérables nomades, on leur a donné des instruments de culture et des semences. Us sont venus, ils ont planté leurs tentes près des' maisons, dans lesquelles ils ont parqué leurs moutons : au bout de quelque temps, la nostalgie s’est emparée d’eux, et ils sont partis. Des siècles sont nécessaires pour changer des instincts qui sont l’œuvre des siècles : c’est une loi de l’organisation vraie pour les hommes, vraie pour les animaux. Fixer des 'nomades ou fixer des hirondelles, tentatives du même genre et aussi vaines l'une que l’autre. L’hirondelle se brise la tète contre les barreaux de sa cage quand l’heure de la migration est venue; r.Arabe est de mémo, il faut qu’il parte, et si vous le retenez, il dépérit et il meurt. Abandonhez-lui donc cette vaste région des hauts plateaux et ces portions du Sahara que le manque d’eau condamne à une éternelle stérilité. Qu’il promène librement ses nombreux troupeaux de la montagne à la plaine et de la plaine à la montagne. Une région impropre à la culture sera utilisée autant qu’elle peut l’èlre dans l’état actuel de la colonisation. Les moutons, parleur chair et par leur laine, sont
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une précieuse ressource pour la France et pour l’Algérie, la hase de la nourriture animale dans toute la région méditerranéenne. Peu à peu, avec le temps, au contact prolongé de la civilisation, cette humeur vagabonde pourra se modifier; mais le temps est un élément dont nul progrès ne saurait se passer. Une vérité ne s’établit qu’avec l’aide du temps, et l’oij ne modifie les habitudes d’un peuple qu’en préparant le succès par l’action lente des siècles, la plus puissante de toutes dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique.
Berbère est dans les oasis ce que le Kabyle est sur les montagnes ; sédentaire, cultivateur, ami de la paix, il a besoin de la protection française contre l’.Arabe, qui l'opprimait depuis si longtemps. Habitant la lisière de la région tropicale, accoutumé à la chaleur, il peut ajouter à ses cultures celles que cette zone nous offre dans d’autres contrées. C’est sur les confins du .Sahara que le coton, la cochenille, peut-être même la canne à sucre, pourront être essayes, à la condition de procéder avec prudence et sans précipitation. Toute culture qui prospère au Sénégal a des chances de réussite sur le versant méridional de l’Atlas; mais la salure du sol, la rareté des pluies, l’inconstance des cours d’eau sont des éléments défavorables qui ne doivent pas être oubliés. Les dattes sont et seront toujours le produit principal de cette région et la base de l’alimentation des habitants du Sahara; mais l’exportation n’a pas atteint ses dernières limites, et ce fruit excellent sera d’autant plus recherché en Europe, qu'il deviendra plus commun. La faculté qu’il a de se conserver, pour ainsi dire, indéfiniment le rend précieux pour les régions septentrionales du globe oü les fruits des pays tempérés ne mûrissent plus, et où la santé réclame cependant, comme partout, une certaine proportion de nourriture végétale.
Terminant ici ces remarques sur la répartition des populations algériennes d’après les données de la physique du globe.