LA VIE AU DÉSERT
On s’est demandé peut-être quelles fatigues nous avions supportées, quels dangers nous avons courus pendant notre course dans le désert. Nous n’avons point supporté de fatigues, nous n’avons pas couru de dangers. Grûce à la prévoyance du capitaine Zickel et k la protection du général Desvaux, ce voyage dans le Sabara pendant l’hiver n’a été qu’un voyage d’agrément. Voici l’emploi de nos journées. Levés avant le jour, nous sortions de nos tentes. Le zouave qui remplissait les importantes fonctions de cuisinier avait déjà allumé le feu où chauffait notre café. Nous l’avalions sans le déguster, car l’eau saumâtre qui servait à l’infuser ôtait à la fève de Moka l’arome et le goilt qui l’ont rendue si chère à toutes les nations. En môme temps nos soldats, aidés des Arabes, abattaient les tentes et chargeaient les chameaux accroupis. Le spahi Bechir, orné du bournous rouge, emblème de son autorité, donnait ses ordres aux Arabes, dont le parlage incessant et la maladresse impatientaient nos hommes. On détachait les chevaux et les mulets, qui avaient passé la nuit au piquet, et quand le disque du soleil commençait à s’élever au-dessus de l’horizon, nous montions à cheval. L’air était frais, entre 6 et 10 degrés au-dessus de zéro. On partait, les chameaux suivaient de loin. Nous marchions au pas. Souvent l’un do nous descendait: une pierre, une plante, un insecte avait attiré ses regards. Son cheval l’attendait, la bride pendante à terre, comme s’il eût été attaché. C’est une
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LE SAHARA ORIENTAL
habitude des chevaux arabes dont le voyatteur sent tout le prix. Souvent nous nous hélions pour nous montrer un objet curieux, les débris d’un u'uf d’aulruebe, une couche géologique, une plante, une coquille nouvelles; chacun faisait ses remarques, émettait ses doutes : une discussion scientifique s’engageait et SC continuait à cheval. Vers dix heures, on faisait halte : c’était presque toujours dans un endroit remarquable, sur un monticule, près d’un puits artésien ou dans une localité intéressante pour le géologue ou le botaniste. On etdevnit la bride des chevaux et des mulets, qui broutaient philosophiquement l’herbe ou l’arbuste qu’ils voyaient h leurs pieds. Je ne parlenii pas de ces chevaux une troisième fois s.ms rendre hommage à toutes les qualités qui les distinguent. (,hii n’a pas vu la jument arabe dans le désert ne peut se faire une idée de la résistance à la fatigue, de la sobriété, de la douceur et de l’intelligence de ces animaux. Passer la nuit en plein air avec le froid ou la pluie, après avoir mangé un peu d’orge, brouté les plantes vertes ou sèches qui se trouvent aux environs; boire de l’eau saumfttre, ou s’en passer (piand il n’y en a pas; marcher tout le jour dans le sable sans (jue jamais ces jarrets d’acier trahissent la moindre fatigue, sont les qualités ordinaires de ces chevaux. Il y a plus: le soir, après une longue journée, que les Arabes fassent cla- (|uer leur langue et les excitent ])ar leurs cris, ils s’élancent pleins d’ardeur, cherchant à se dépasser mutuellement. Ces chevaux si ardents sont néanmoins très-dociles; ils réunissent, en un mot, toutes les qualités qu’on peut exiger de ce noble animal, supérieur mille fois h ces coursiers factices, maigres comme Kossinante, et qui, comm»* elle, galopent une fois dans leur vie, gagnent un prix, et puis après ne sont plus bons à rien qu’à orner comme des reli(jues les éoaes tl’une écurie en renom. Kevenons à notre halte du matin. Un de nos zouaves lirait de son bissac quelques provisions, presque toujours du mouton rôti et des dattes. Le repas ne durait j>as longtemps; chacun prenait ses