‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 183 sur 210 · I.A VIE Ali DESERT · texte numérisé non relu

I.A VIE Ali DESERT

notes sur les objets vus dans la matinée, et nous repartions. Dans la saison où nous étions en voyage, le désert est animé; plusieurs fois par jour nous apercevions à l’horizon les chameaux d’une caravane grands comme des moutons. La caravane approchait, les chameaux grandissaient. Ils étaient suivis d’Arabes marchant jambes et pieds nus, couverts de leurs hournous attachés avec une corde roulée autour de la tête, et portant de longs fusils et de vieux sabres. Des femmes avec de petits enfants à la mamelle, des groupes de petits garçons et de petites filles presque nus, étaient souvent juchés au-dessus de la chaîne du dromadaire. Dans les caravanes composées d’une famille riche ou appartenant à un chef, les femmes elles enfants étaient cachés dans ces énormes palanquins formés d'étoffes aux vives couleurs, garnis de tapis et de coussins, qu’HoraceVernet a popularisés dans son tablefiu de la Smala.

Nous n’avons point rencontré de tribu entière en voyage. C’est un tableau pittoresque. M. Eugène Fromentin, qui se sert de la plume aussi bien que de sa brosse, l’a peint de main de maître (f). La -plupart des chameaux sont chargés de marchandises, de blé, de farine, de dattes, de tabac, de cannes faites avec la nervure moyenne de feuilles de palmier, de quelques étofl'es, et d’outres pleines d’eau. Plusieurs fois nous avons vu des chamelles qui avaient mis bas pendant le voyage porter sur leur dos le petit dromadaire nouveau-né. Plus lard il suivra sa mère comme un poulain, jusqu’à l’âge où il sera assez fort pour être chargé lui-même d’un fardeau. Dans le désert, les chameaux ne marchent pas à la file, mais de front ou sans ordre. Continuellement ils balancent leurs longs cous et broutent les herbes (jui'sont à leur portée ; aussi, sauf dans le sable, le trajet des caravanes est-il marqué par des sentiers parallèles, souvent au nombre de huit ou dix. Les dromadaires suivent

(1) Un Été dan» le Sahara, p. 235.

LE SAHARA ORIENTAL

ces sentiers, ou en créent d’autres lorsque les plantes sont complètement rongées. Quand nous croisions ces caravanes, nos Arabes échangeaient quelques paroles avec les nomades; puis les deux caravanes, arrêtées pendant quelques instants, s’éloignaient l’une de l’autre, comme deux convois de chemin de fer qui se séparent après avoir séjourné quelques instants ensemble à la même station. Il n’est pas rare de rencontrer un Arabe monté sur son chamean, et s’enfonçant seul dans le désert. Portant dans un sac sa piTte de dattes sèches, il s’arrêtera le soir près d’un puits qu’il connaît, s'enveloppera dans son bournous, et dormira à côté de son dromadaire accroupi. Demandez-lui où il va, il vous ré|>ondra. Mais le motif qui lui fait entreprendre son voyage est quelquefois des plus futiles : savoir des nouvelles, assister ii un marché où il n’a rien à vendre et rien ii acheter, visiter un marabout; il voyage pour voyager, il est nomade : errer est son étal normal. Kt dans le Tell, où l’on voit tant d’.\rabes sur les chemins et si peu dans les champs, on serait tenté de dire qu’ils obéissent à un besoin de se déplacer, mais ne vont en réalité nulle part.

Dans le Souf, ou désert de sable, les rencontres étaient plus rares, et les caravanes moins nombreuses. Presque toutes se dirigeaient vers 'Punis. Nous les rencontrions le plus souvent près des puits creusés de loin en loin entre les dunes, puits peu profonds et munis presque toujours d'un arbre à bascule et d’une auge. Us me rappelaient les puits finlandais sur les bords du neuve Torneo; mais quelle dilPérence dans l’aspect du pays, et surtout dans le coslume et la physionomie des hommes qui entouraient ces puits ! Dans le ilésert, nous avions sous les yeux les scènes de la Bible. Les chameaux entouraient l’auge qu’un jeune Arabe remplissait avec une outre de peau de chèvre attachée à la corde qui plongeait dans le puits. Les animaux buvaient lentement, et quand ils avaient fini, ils relevaient lu tète; mais si le conducteur jugeait que leur panse ne fût pas

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