‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 188 sur 210 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

près des défiles et au confluent des rivières : ils sont reconnaissables de loin aux pieds-droits des portes encore debout, aux grandes pierres taillées et aux poteries rouges qui jonchent le sol. Le dernier de ces postes, Gemellæ, est dans le Sahara, au sommet d'un monticule de gypse, à trois lieues des Ziban. Les soldats qui les occupaient se nommaient les suncillants {speculatores) du désert, et Tltinérairc d’Antonin désigne une station située au sud-ouest d’El-Kantara, sur les bords de l’oued, sous le nom de flurgus tpeculalorum (1), la forteresse de ceux qui surveillent le désert. Des temples , des portes triomphales, quelques ponts et des postes militaires, voilà ce que les Romains ont laissé en Afrique. Notre dernière station militaire est plus loin que celle des Romains, elle est à Tougourt. Là un sous-lieutenant et un sergent français, commandant soixante tirailleurs indigènes, font régner la paix dans la partie la plus reculée du désert, empêchant la guerre d’oasis à oasis et arrêtant les incursions des brigands tunisiens. Les tranquilles habitants du Souf sont protégés contre les nomades, contre euxmêmes et contre l’étranger. Jusqu’ici nous ne faisons qu’imiter les Romains ; mais où nous les surpassons, c’est en jalonnant la route du désert et en dotant les oasis de puits artésiens qui leur rendent la vie. Notre poste le plus avancé n’est point un poste militaire, c’est le puits de Bardad, sur la route d’Ouargla, la première étape de Tombouctou. Lorsqu’un jour les oasis se seront rejointes, grâce aux fontaines jaillissantes que le général Desvaux a fait surgir de toutes parts, et qu’une forêt du palmiers unira Biskra à Tougourt, alors des rails s’ajouteront bout à bout sur ces plateaux désertiques que la nature semble avoir préparés pour les recevoir. La civilisation pénétrera dans le Sahara, rayonnant d’un côté vers l’Égypte, de l’autre vers le

(1) Lruest Lacroix, Car<« de l'Afrique suut la dommalù/n des Romains, 1861. ,

l,E SAUAKA OKIENTAU

Sénégal : elle achèvera la mission des martyrs de la science cl de l’humanité qui ont péri dans l’Afrique centrale en attaquant dans son repaire le monstre hideux de l’esclavage. Le christianisme a mis fin au servage antique, la France et l’Angleterre mettront fin à l’esclavage moderne. Les deux nations marchant l’une à la rencontre de l’autre, l’Angleterre partant du Cap et de Sierra-Leone, la France de l’.\lgérie et du Sénégal, se donneront la main au centre de l’Afrique, après avoir accompli cette grande œuvre. L’antique civilisation égyptienne, dont les restes imposants forment la majestueuse avenue de monuments qui bordent le Nil depuis la Nubie jusqu’à l’isthme de Suez unissant désormais les deux mers, renaîtra transformée. Jadis hiératique et stationnaire, cette civilisation sera rationnelle et progressive, comme l’esprit humain lui-méme, et comme lui elle s’affranchira lentement, mais sfirement, des entraves politiques et religieuses qui la gênent encore.

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