‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 19 sur 210 · LA GÉOGRAPHIE BOTANIQDE. SI · texte numérisé non relu

LA GÉOGRAPHIE BOTANIQDE. SI

affaissements du sol ont séparé ces pays ; mais malgré le changement de climat qui en a été la suite nécessaire, l’Irlande a conservé quelques plantes espagnoles, témoins muets de l'ancienne union des deux terres.

Les études de M. Alph. de Candolle sur les espèces disjointes prouvent que ces singularités ne sont pas particulières à l’Irlande. Une espèce disjointe est celle qui se montre çà et là d’une manière bizarre et inexplicable par la géographie et la climatologie actuelles. Je choisis deux exemples. Le palmier nain {Chamarops humilis) existe dans le midi du Portugal, dans toute la partie méridionale et orientale de l’Espagne; il manque dans le Roussillon et le Languedoç, la Corse, le nord de la Sardaigne, mais apparaît sur un espace restreint de la côte de Nice età l’ile de Capraia, près de Livourne; puis il manque de nouveau dans tout le nord de la péninsule italique : il ne reparaît qu’aux environs de Terracine, sur les limites du royaume de Naples et des États du pape, devient commun dans l’tle de Caprée, et surtout en Sicile. Dans la partie orientale de la péninsule italique, il se trouve à Tarente, puis en face sur la côte de Dalmatie, où il descend jusqu’au golfe de Corinthe ; mais il n’existe ni en Grèce, ni dans les lies de Zante et de Corfou. Trop commun en Algérie, où il est le plus grand obstacle aux défrichements, on ne le rencontre pas en Égypte, mais seulement en Nubie. Aucune considération géologique ou météorologique n’explique une distribution aussi singulière. Pourquoi le palmier nain manque-t-il dans la Corse et dans la partie septentrionale de la Sardaigne, tandis qu’il se trouve au nord, près de Nice; à l’est, dans la petite lie de Capraia; à l’ouest, sur toute la côte d’Espagne? D’anciennes connexions de terres séparées maintenant par la mer peuvent seules rendre compte de cette dispersion capricieuse.

Le bel arbrisseau connu sous le nom de Rhododendron pontiewn nous fournit un second exemple. Sa patrie originelle, c’est

INTROnrCTlON.

le littoral de la mer Noire, au pied du Caucase, et les environs du mont Olympe, de Smyrne à Nicomédfe. Inconnu dans tout l’archipel grec, la Morée, la Turquie d’Europe, l’Italie, la Sicile, les Baléares, l’Algérie, il forme une colonie lointaine dans les montagnes du sud de l’Espagne appelées la sierra de Moncliique, et dans les Algarves du Portugal. Je pourrais, avec M. de Candolle, multiplier ces exemples : les deux que je viens de citer me paraissent sutlisants, sinon pour convaincre, du moins pour faire réfléchir les botanistes et les géologues.

Un autre fait n’est pas moins caractéristique. Certaines plantes vivant dans les étangs et les marais, telles que le nénuphar, le Villarsia nymphoides, la châtaigne d’eau ( Tropa natant), la sagittaire, sont extrêmement répandues en Europe, mais manquent généralement dans le pourtour des Alpes de la Suisse et de la Savoie; elles y vivraient comme ailleurs, on s’en est assuré positivement : jetées dans des marais, elles s’y sont multipliées au point de devenir incommodes. 11 a donc fallu qu’à l’époque où elles se sont répandues en Europe, un obstacle quelconque les empêchât de s’établir dans le bassin suisse. Cet obstacle, c’étaient les glaciers qui remplissaient alors toute la vallée comprise entre les Alpes et le Jura. On sait, en etfet, que cette ancienne extension des glaciers, dont les blocs erratiques sont les témoins irrécusables, est le dernier grand fait géologique antérieur à l’ère actuelle. lia coïncidé avec l’époque de la dispersion des plantes aquatiques, qui n’ont pu se répandre dans des contrées couvertes d’un épais manteau de glace.

Existe-t-il" un ou plusieurs centres de création végétale? Est-il probable qu’une espèce ait d’abord paru sur un point du globe, et se soit répandue de là dans toutes les contrées où nous la rencontrons actuellement? ou bien devons-nous admettre des centres de création multiples? Donnons d’abord la parole aux faits. Trois espèces (1) n’ont été observées jusqu’ici qu’en

(l) A'riocaafon uptangu'.arc, Sityi-inchium anceps, Spiranihes remua.

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