‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 7 sur 210 · GLOBE · texte numérisé non relu

GLOBE

Quel est le nuiiibre total des espèces répandues à la surface du globe 1 La réponse est difQcile. Beaucoup de règions restent encore inexplorées, d’autres le sont à peine, et même dans les pays les mieux étudiés on découvre tous les ans des plantes nouvelles. Or, le nombre total des espèces existantes ne saurait se déduire que de celui des espèces connues. Les appréciations des naturalistes ont donc nécessairement varié à me.sure que l’inventaire des richesses végétales du globe s’est accru. En 1753, Linné connaissait 6000 espèces; en 1807, Persoon en comptait 26 000 ; en 182è, Sleudel portait le nombre des espèces à 50 000, et en IS'iè à 95 000. Nous ii’cxagérons point en affirmant que les livres et les herbiers en contiennent actuellement 120 000 environ.

CB. SAUTPi». 2

INTROOrCTION.

Du nombre des espèces décrites, les botanistes ont successivement conclu au nombre total des espèces existantes. En 1820, de Candolle l’estimait de 110 000 ,à 120 000. Seize ans plus tard. Meyen le supposait, sans pouvoir être taxé d’exagération, de 200 000 au moins. Par un calcul ingénieux de l’espace occui»é sur le globe terrestre par une espèce, M. Alphonse de Candolle nous prouve, en 1856, que ce nombre ne saurait être au-dessous de ti00 000 à 500 000, chiffre parfaitement en rapport avec celui de l’accroissement continu du nombre des espèces par. l’addition de celles que les voyageurs apportent de tous les pays du monde. Quel champ ouvert à la curiosité humaine, niais aussi quel défi jeté au labeur le plus opiniAtre aidé de la mémoire la plus heureuse !

Le règne végétal se divise naturellement en deux grands emhranchemenU : les végétaux phanérogames, c’est-à-dire portant des Heurs apparentes et présentant, au moment de leur germination, des feuilles primordiales ou séminales, appelées cottjlédom. De là le nom de végétaux cotyiédoius, que de Jussieu leur U imposé. Tous les arbres, tous les arbrisseaux et la grande majorité des plantes herbacées apparliennent à cet embranchement. Les fougères, les mousses, les lichens, les champignons, tous ces humbles végétaux ilépourvus de fleurs, dont la plupart semblent une ébauche imparfaite de la nature, font partie du second embranchement. Dans ces végétaux incomplets, les fleurs existent, mais cachées, ce qui leur a valu le nom de cri/plo(james. Tous germent sans feuilles primordiales ou cotylédons. De là le nom d’acotijlédonés qu’ils ont rc(;u de Jussieu.

Le premier embranchement, celui des végétaux cotylcdonés, , se divise à son tortr en deux grandes clnssca: les végétaux divo~ tyhklonn, qui germent avec deux feuilles primordiales ou cotylédons (cette classe comprend tous les arbres cl arbrisseaux de l’Europe et la plupart des plantes herbacées de toutes les régions); \e& monorolylédonés, qui ne présentent qu’une feuille

LA GEOGRAPHIE BOTAMüL'E.

primordiale au moment où ils sortent de terre. A cette classe appartiennent les palmiers des régions tropicales; nos plantes bulbeuses, telles que les lis et les tulipes; les graminées, entre autres les céréales et les herbes qui forment la base des prairies; enfin les joncs et les roseaux de nos marais.

Ces classes se subdivisent en familles, formées de la réunion de végétaux analogues par la structure de leur graine, de leur fruit et des différentes parties de leur fleur. La. famille des Malvacées se compose de toutes les plantes analogues à la mauve, telles que la guimauve, la rose trémière, le cotonnier, etc. Une famille se partage en genres, ou réunions d’espèces qui ne diffèrent plus entre elles que par des caractères secondaires d’une moindre importance que ceux qui distinguent les familles. Ainsi, dans l’exemple choisi, les espèces appartenant au genre cotonnier se distinguent de celles du genre mauve par la structure du fruit et celle de la graine. Dans le cotonnier, la graine est entourée de ces poils dont l’industrie humaine tire un si grand parti; la graine de mauve en est dépourvue. Enfin, le genre se compose d’es/;èce.s, c’est-à-dire de plantes très-semblables entre elles, qu’un œil peu exercé confond souvent sous le même nom, et que le botaniste distingue par des caractères quelquefois minutieux, mais toujours invariables. Une espède renferme ellemême tous les individus identiques entre eux, ou différant par des nuances (jui tiennent au sol, au climat, à la culture, et qui disparaissent dès que ces individus sont placés dans des circonstances différentes et soumis à des influences contraires.

Uu’on veuille bien me pardonner ces définitions un peu arides, mais indispensables pour l’intelligence de cette étude. Si je n’ai pas su me faire comprendre, une comparaison peut tout éclaircir. Le règne végétal, c’est une armée : les vmbranrhements sont les diflérents corps qui la composent; les classes sont l’infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie; \es familles sont les régiments; les genres, les bataillons; les es/rèces, les compagnies, composées

IM KOlll CilO.V.

d’hidiviilu» tuus benihlabli's i‘iUro eux par la (aille, ruiiifurnio et l’armement.

Nous avons dit qu’en on connaissait 95 OUO espèces ; sur ec nombre, 80 000 sont phanérogames ou cotjlédonées, 15 000 cryptogames ou acotylédonées. Parmi les cotylédonées, 65 000 appartiennent aux dicotylédonées, 15 000 aux monocolylédonées. Tel est le budget de la flore terrestre ; mais la proportion numérique des espèces appartenant à ces grandes divisions du règne végétal varie suivant les dilTérentes zones du globe. A mesure qu’on s’avance vers le Nord, le nombre des cryptogames augmente ; celui des phanérogames croit en marchant vers l’équateur. Dans les zones froides ou tempérées, les cryptogames sont d’humbles végétaux s’élevant à peine au-dessus de la surface du sol ; dans les chaudes régions des tropiques, d’élégantes fougères arborescentes, aussi hautes que des palmiers, semblent proclamer la puissance du soleil, qui grandit et ennoblit les formes végétales.

Les relations des monocotylédones aux dicotylédones ont été déterminées, comme les précédentes, par de Humboldt. La proportion des monocotylédones va en croissant de l’équateur au pôle. Ainsi, dans la zone tropicale, ce rapport est comme 1 est à 6, c’est-à-dire que sur 7 plantes on compte une seule monocotylédone ; il devient 1 à h dans la zone tempérée, et 1 à 3 dans les régions froides, où le botaniste a chance de rencontrer une monocotylédone sur l\ plantes. Ces lois ne sont vraies que dans leur généralité. Si l’on considère un pays en particulier, elles se trouvent moditiées dans un sens ou dans l'autre. Au Spitzberg, par exemple, je compte 93 phanérogames, savoir, 66 dicotylédones et 27 monocotylédones ; c’est, comme on voit, le rapport de 1 à 3, A. Dans l’Ile Melville, au fond de la baie de Baflin, avec un climat plus rigoureux encore, le rapport est comme 1 à 2, c’est-à-dire du simple au double ; il en est de même pour l’Islande, les Feroë, et, dans l’autre hémisphère,

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