‹ Du Spitznberg au SaharaChapitre 73 sur 210 · I.KS (il.ACIERS DES AI.PES · texte numérisé non relu

I.KS (il.ACIERS DES AI.PES

sol et la surface inferieure du glacier, en prolitanl des cavernes de glace qui s’ouvrent quelquefois sur ses bords ou à son extrémité, on rampe sur une couche de cailloux et de sable lin imprégnés d’eau. Si l’on enlève cette couche, on reconnaît que la roche sous-jacente est nivelée, polie, usée par le frottement et recouverte de stries rectilignes ressemblant tantôt à de petits sillons, plus souvent à des rayures parfaitement droites qui auraient éUi gravées à l’aide d’un burin ou même d’une aiguille trèsfine. Le mécanisme par lequel ces stries ont été gravées est celui que l’industrie emploie pour polir les pierres ou les métaux. A l’aide d’une poudre fine appelée i-meri, on frotte la surface métallique, et on lui donne un éclat qui provient de la lumière rétléchic par une infinité de petites stries extrêmement ténues. La couche de cailloux et de bouc interposée entre le glacier et le roc sous-jacent, voilà l’émeri. Le roc est la surface métallique, et la masse du glacier, qui presse et déplace la couche de bouc en descendant continuellement vers la plaine, représente l’action de la main du polisseur. Aussi les stries dont nous parlons sont-elles toujours dirigées dans le sens de la marche du glacier; mais, comme celui-ci est sujet à de petites déviations latérales, les stries se croisent quelquefois en formant entre elles des angles très-petits. Si l’on examine les roches qui bordent le glacier, on retrouve les mêmes stries burinées sur les parties qui ont été en contact avec la masse congelée. Souvent j’ai pris plaisir à briser la glace qui pressait le rocher, et sous cette glace je trouvais des surfaces polies vt couvertes de stries. Les cailloux et les grains de sable qui les avaient gravées étaient encore enchâssés dans le glacier comme le diamant du vitrier est fixé au bout de l’instrument qui lui sert à rayer le verre.

La netteté et la profondeur des stries dépendent de i)lusieurs circonstances. .Si la roche en place est calcaire, et que l’émeri se compose de cailloux et de sable provenant de roches plus dures, telles ipie le gneiss, le granité ou la protogiue, les stries

HOCHKS POUK.'i KT STKIEtS.

seront Irés-iuarquces. C’est ce que l’on peut vérifier^ au pied (les glaciers de Rosenlaui et de Grindeiwald, dans le canton de Berne. Au contraire, si la roche est gneissique, granitique ou serpentineuse, c’est-à-dire très-dure, les stries seront moins profondes et moins marquées, comme on peut s’en assurer aux glaciers de l’Aar, de Zermatt, et de Chainounix. Le poli sera le même dans les deux cas, et il est souvent aussi parfait que celui des marbres qui ornent nos iklifices.

Les stries gravées sur les rochers en contact avec le glacier sont en général horizontales ou parallèles à sa surface. Toutefois, aux rétrécissements des vallées, ces stries so redressent et se rapprochent de la verticale. Il ne faut point s’en étonner. Forcé de franchir un détroit, le glacier se relève sur les bords et remonte le long des lianes de la montagne qui lui barre le passage. C’est ce qu’on voit admirablement près des chalets de la Stieregg, étroit défilé que le ghacier inférieur de Grindeiwald est obligé de franchir avant do s’épancher dans la vallée de ini'me nom. Sur la rive droite du glacier, les stries sont inclinées de 'i5 degrés à l’horizon ; sur la rive gauche, celui-ci s’élève quelquefois jusqu’aux forêts voisines, et entraîne de grosses mottes de terre chargées de touffes de rhododendronsetde bouquets d’aunes, de bouleaux ou de sapins. Les roches tendres ou feuilletées sont brisées et démolies par la force prodigieuse du glacier. Les roches dures lui résistent ; mais la surface de ces roches, aplanie, usée, polie et striée, témoigne assez de l’énorme pression qu’elles ont eu à supporter. C’est ainsi qu’au glacier de l’.\ar, le pied du promontoire sur lequel s’élève le pavillon de M. Uollfus est poli sur une grande hauteur, et sur la face tournée vers le haut de la vallée j’ai observé des stries inclinées de 64 degrés. La glace, redressée contre cet escarpement, semblait vouloir l’escalader; mais le roc de granité tenait bon, et le glacier était obligé de le contourner lentement.

Kn résumé, la pression considérable d'un glacier, jointe à son

i.i;s tji.vr.iEKs UES au-es.

mouveiiicnt de progression, agit à la fois sur le fond et sur les rtancs de la vallée qu’il parcourt. Il polit tous les rochers assez résistants pour n’étre pas démolis par lui, et leur imprime souvent une forme particulière et caractéristique. En détruisant toutes les aspérités de ces rochers, il en nivèle la surface et les arrondit en amont, tandis qu’en aval ils conservent quelquefois leurs formes abruptes, inégales et raboteuses. On comprend, en effet, que l’effort du glacier porte principalement sur le côté tourné vers le cirque d’où il descend, de même que les piles d'un pont sont plus fortcmenl endommagées en amont qu’en aval par les glaj,ons que le lleuve charrie pendant l’hiver. Vu de loin, un groupe de rochers ainsi arrondis rappelle l’aspect d’un troupeau de moutons ; de là le nom de roc/ies moutonnées que de Saussure leur a donné, et qui leur est resté.

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