MORAINES ET BLOCS ERRATIQUES DES GLACIERS ACTUELS
Il est un autre ordre de phénomènes qui joue un grand rôle dans l’histoire des glaciers actuels et de ceux qui couvraient autrefois la Suisse : je veux parler des fragments de roches de toute grosseur et de toute nature que le glacier transporte avec lui. Les Alpes, leur aspect nous le dit, sont d'immenses ruines. Tout conspire à leur destruction, tous les éléments semblent conjurés pour abaisser leurs cimes orgueilleuses. Les masses de neige qui pèsent sur elles pendant l’hiver, la pluie qui s’infiltre entre leurs couches pendant l’été, l’action subite des eaux torrentielles, celle plus lente, mais plus puissante encore, des affinités chimiques, dégradent, désagrègent et décomposent les roches les plus dures. Leurs débris tombent des sommets dans les cirques occupés j>ar les glaciers, sous forme (reboulenients considérables accompagnés d’un bruit effrayant et de grands images de |nius-iéie. Meme au cceuc de lïlé, j'ai vu ce'- avalan-
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«•!ios(lo piprrfsso im’ii ipilf'r du haut di\sciiti<’s du Sclin-ckhom, rl former sur la neige immaculée une longue traînée noire composée de blocs énormes et d'un nombre immense de fragments plus petits. Au printemps, une fonte rapide des neiges de l'hiver engendre souvent des torrents accidentels d’une violence extrême. Si la fusion est lente, l’eau s’insinue dans les moindres tissures des rochers, s’y congèle et fend les masses les plus rc-? fraclaires. Ces blocs détachés des montagnes ont quelquefois des dimensiotisgigantesques : on en trouve dont la longueur atteint 20 mètres, et ceux qui mesurent 10 mètres dans tous les sens ne sont pas rares dans les .\lpes.
Si le glacier était immobile, ces débris s’y entasseraient sans aucun ordre; mais la progression amène, dans la distribution de ces matériaux, un certain arrangement et même une certaine régularité fort remarquables. Les blocs se disposent sur le glacier en longues traînées parallèles à ses rives, on s’accumulent à l’extrémité, sous la forme de grandes digues transversales. Les unes et les autres ont été désignées sous le nom de mornines.
Voici quel est le mécanisme de la formation des moraines.
Les débris des montagnes environnantes tombant sur les /tords du glacier, ces débris participent h son mouvement et marchent avec lui ; mais, d’autres éboulements survenant pour ainsi dire chaque jour, ils se mettent à la suite des premiers, et tous réunis forment ces longs convois de matériaux qui longent les deux rives du glacier : ce sont hs moraines latéral >>s.
*Ln glacier offre souvent plusieurs moraines latérales, parce que les éboulements tombent sur des points inégalement distants du milieu, et dont la vitesse est par conséquent diflërente. La plupart des touristes qui ont visité les grands glaciers de la Suisse connaissent ces moraines latérales, et plus d’un se rappelle encore douloureusement les fatiguesqu’il a endurées pour franchir ces accumulations de blues entas.sés les uns sur les autres, ün
l,ES fîLACIERS DES ALPES.
dirait un rempart élevé par des géants pour défendre l’accès de CPS champs de neiges éternelles où la nature a caché le secret des dernières transformations de notre globe. .\près avoir franchi la moraine latérale, le voyageur découvre presque toujours une traînée plus considérable encore, disposée longitudinalement vers le milieu du glacier, et qu’on nomme moraine médiane. ülle résulte de la jonction de deux glaciers d’une puissance à peu près égale. A l’extrémité de l’éperon qui les sépare, la moraine latérale gauche de l’un s’adosse à la moraine latérale droite de l’autre. Ces deux moraines latérales se confondentbientôt en une seule, et forment la moraine médiane du nouveau glacier, composé Ini mème des deux affluents réunis. Ainsi, h la jonction de l’Arve et du Hhûnc, on voit les eaux troubles du torrent se mêler au milieu du confluent avec les ondes transparentes du fleuve épuré par son passage îi travers le Léman. La moraine médiane participe au mouvement de la partie moyenne du glacier; après un trajet plus ou moins long, chaque bloc atteint à son tour l’esairpement terminal, roule le long de son talus et s’arrête au pied de ce rempart de glace. Sur le glacier de l’Aar, dont la longueur est de 8 kilomètres, un bloc met cent trente-trois ans à j)arcourir l’espace compris entre le promontoire de l’Abschwung, qui sépare les deux affluents principaux, et l’extrémité inférieure. L’accumulation de ces blocs forme une digue concentrique à celte extrémité : c’est la moraine terminale ou frontale, qui diffère de toutes celles dont nous avons parlé, en ce qu’elle ne repose pas sur le glacier, mais au devant de lui, sur le fond de la vallée.
Nous connaissons maintenant trois genres de moraines : les unes tvperficielles, étendues à la surface du glacier, qui se divisent en moraines latérales et moraines médianes, suivant qu’elles sont sur ses côtés ou au milieu; et la moraine terminale, duc à l’accumulation des blocs qui tombent de l’escarpement terminal du glacier et reposent sur le sol. Il existe encore un
CAILI.OUX RAYES,
autre genre de moraine, c’est la couche de sable et de cailloux interposée entre la surface inférieure du glacier et le roc sousjacent. Je la désignerai sous le nom de moraine profonde, pour la distinguer des moraines superficielles et terminales.