OF.S CM SF.S DF FROID
sèche la peau en favorisant l’évaporation des (!oulles «l’eau restées sur le corps. C’est aux dépens de notre propre chaleur que ces gouttelettes d’eau passent à l’état gazeux, en empruntant à votre peau la chaleur nécessaire à leur transformation en vapeur.
» La montagne éprouve ce que vous éprouvez : son sol mouillé par la pluie, les brouillards ou les neiges fondantes, évapore plus activement que celui de la plaine, parce que la pression de l’atmosphère est moindre sur la montagne. De Saussure s'en est assuré par l’expérience sur le col du Géant, et le raisonnement prouve qu’il ne saurait en être autrement. Voilà une seconde cause de froid à ajouter à la première. Cotte évaporation est d’autant plus active sur les montagnes, que l’air y est rarement calme. Presque toujours elles sont balayées par le vent, qui favorise l’évaporation de la neige, de la glace et de l’eau.
» — Nous sommes satisfaits ! s’écria l’assistance, un peu fatiguée par l’aridité de cet exiiosé de physique et de météorologie. L’air est plus froid sur les montagnes parce que la terre le refroidit en rayonnant et en évaporant davantage.
» — Ajoutons, reprit l’orateur, que l’air lui-même se refroidit plus par rayonnement sur un sommet que dans une vallée. Mais je n’ai pas lini, et, après tanfde raisons fort bonnes pour expliquer le froid des montagnes, je suis obligé d’en donner une dernière qui ne l’est pas moins, et à laquelle je tiens beaucoup, parce que je l’ai tirée de l’oubli dans lequel les physiciens la laissaient injustement. Mais je propose d’aller d’abord cueillir des fraises, afin de reposer l’auditoire, et de me donner le temps de réfléchir aux moyens d’être intelligible ; car, lorsqu’un auditoire aussi distingué ne comprend pas, c’est que le professeur n’est pus clair, n
On SC dispersa dans le bois; quelques auditeurs s’égarèrent volontairement dans ses profondeurs et ne reparurent plus; mais d’autres, plus courageux, revinrent s’asseoir sur la mousse,
SI H l.tS llALTtS JrtONTAIJNK.S.
désireux de connaître cette troisième cause do froid pour laquelle l’auteur nourrissait une prédilection toute paternelle. Le cercle formé de nouveau, l’orateur reprit en ces termes :
a Avez-vous passé quelquefois toute une journée au sommet du lligi, du Itottdiorn, du Faulliorn, ou d’une autre montagne couronnée d’une auberge où l’on puisse séjourner du lever au coucher du soleil? Si le temps était beau, l’air calme, le ciel serein, voici ce que vous avez vu. Le matin, des brumes légères couvraient les vallées. Immobiles comme une nappe d’eau, ces brumes, frappées par les premiers rayons du soleil, ont commencé à devenir le siège de mouvements intestins, se gonflant, se remuant, se déplaçant, coulant partiellement d’une vallée dans l'autre; mais bientôt toute la masse semble faire un effort, elle s’élève lentement, puis se divise ennuagés qui semblent grimper le long des flancs de la montagne en prenant les formes les plus variées : tantôt ce sont des globes nuageux qui montent majestueusement dans les airs comme des aérostats, ou bien des écharpes légères qui se glissent dans les couloirs neigeux et restent accrochées aux pointes des rochers ; ou bien encore c’est une vapeur sans forme définie qui enveloppe certaines parties du massif, parfois des couches horizontales qui semblent couper la montagne par le milieu. Le voyageur, charmé, entrevoit, n travers les éclaircies, des portions de vallée, le torrent argenté qui la sillonne, les villages et les champs cultivés. A mesure qu'ils montent, quelques-uns de ces nuages se dissipent, se fondent, pour ainsi dire, dans l’atmosphère ; d’autres arrivent jusqu’au sommet d’où l’observateur les contemple et l’enveloppent d’un épais brouillard ; celui-ci disparaît à son tour en s’élevant au-dessus de la tête du spectateur, et forme du blanches nuées qui montent dans le ciel bleu. Le brouillard de la plaine, la brume de la montagne, sont devenus des nuages aux formes arrondies, recelant trop souvent dans leur sein la foudre cl le tonnerre.
nES CATSES DU FROID
» Quelle est la force qui les a ilétacliés (le la vallée dans laquelle ils semblaient emprisonnés à jamais, pour les élever au-dessus des plus hautes cimes des Alpes? Ce sont les courants ascendants de l’atmosphère. Dans une cheminée, le foyer allumé détermine un courant qui, partant de la chambre, s’élève dans le tuyau et entraîne avec lui la fumée produite par le bois. De même les flancs échauffés d’une montagne déterminent un courant d’air ascendant qui entraîne les nuages. Dans la plaine, cet air était soumis à la pression <le toute la masse d’atmosphère qui lui est supérieure et que mesure la colonne de mercure des baromètres. Mais, à mesure que cette masse d’air s’élève, la pression diminue, car la colonne d’air qui pèse sur elle se raccourcit incessamment. Cet air, étant moins comprimé, se dilate, augmente de volume, et par conséquent se refroidit....
» — La conséquence n’est pas évidente, objecta un assistant plus familier avec les lettres qu’avec les sciences.
« — Connaissez-vous le briquet pneumatique? reprit le professeur. C’est un tube de verre épais fermé à la lampe par une extrémité; un piston plein se meut dans ce tube. On le garnit d’un morceau d’amadou h .son extrémité inférieure; on pousse brusquement le piston, l’air est comprimé. Le mouvement, brusquement arrêté, se transforme en chaleur, une flamme se produit, et l’amadou s’allume. Kn diminuant le volume de l’air, on en a, pour ainsi dire, exprimé la chaleur qu’il avait absorbée pour se dilater et remplir l’espace qu’il occupait avant le coup de piston : par conséquent, en se dilatant, en augmentant de volume, l’air se refroidit, car il ne peut se dilater sans que la chaleur se transforme en mouvement et devienne latente, comme disaient jadis les physiciens. Elle l’est en effet, car ni le thermomètre, ni nos sensations, ne nous avertissent de sa présence. La dilatation de l'air des courants ascendants est donc une cause de froid pour les hautes régions qu’il atteint. Un exemple, dont les données sont réelles, éclaircira ce sujet. Le
SUU LKS HAL'TES MONTAGNES.
26 septembre iSUh, à sept heures du matin, les nuages commençaient à monter de Brienzvers le Faulliorn; la température do l’air qui les entraînait était de 11°, 8. Vers deux heures de l’aprèsmidi, ces nuages avaient atteint le sommet de la montagne, où la température de l’air était de 7°,'t ; mais la diO'ércnce de pression entre Jlrienz et le Faulliorn étant de 160 millimètres de mercure, la température de l’air ascendant s’était abaissée, en vertu de sa dilatation, de 5°,9. C<*t air ascendant n’avait donc plus qu’une température de 11°, 8 — 5", 9 = 5°, 9 : or, celui du Faulliorn étant à 7°,ti, l’air ascendant agissait comme réfrigérant, puisqu’il était de 1°,5 plus froid que l’air qui environne le sommet. Ün voit donc ([uc, suivant sa température initiale et celle des régions supérieures de l’atmosphère, l’air ascendant agit très-souvent comme réfrigérant ;'i une hauteur qui varie suivant la loi îles décroissements de la tcnqiérature.
» Fn résumé, l’action échaulfante du soleil, plus forte sur les montagnes que dans les plaines, est annihilée par trois causes dont l’action collective est prépondérante. Ces trois causes sont: le rayonnement plus intense sur les sommet.s, le froid dù à l’évaporation, et celui qui résulte de la dilatation de l’air des courants ascendants, w
L’auditoire paraissait satisfait et convaincu, mais la leçon avait été longue, et les assistants s’éloignèrent l'un après l’aulre, après avoir adressé au professeur les remcrcimcnts et les compliments d’usage en pareil cas. Un seul auditeur restait : c’était le philosophe américain, un de ces hommes qui veulent aller au fond des choses, et n’abandonnent un sujet qu’après l’avoir complètement épuisé.
« Toutes ces causes de froid, dit-il au professeur, c.xpliquent les températures plus basses indiquées par un thermomètre sur la montagne que dans la plaine : mais riiomme n’est point un thermomètre; c’est un être vivant producteur de chaleur, et pour lequel il existe d’autres causes de froid que celles qui
328 DES CAUSES Dl FUOID l'H Y S lOl.OG ig l E
agissent sur du mercure contenu dans une boule de verre. Il doit y avoir des causes physiologiques de froid qui s’ajoutent aux causes physiques ou qui les neutralisent. »
L’orateur fut charmé de l’observatioii, car elle lui fournit l’occasion d’olfrir au savant américain un exemplaire du travail qu’il venait de terminer sur ce sujet (1). « Pour traiter méthodiquement cette question, lui dit-il, il fallait parler d’abord du froid physiologique éprouvé par l’homme dans les plaines, puis mentionner spécialement les causes dues à une grande élévation au-dessus de la mer. » C’est ce que j’ai essayé de faire, et l’illustre Américain ayant paru satisfait de ces deux chapitres, nous les mettons à la suite de la leçon improvisée, dont iis sont le complément obligé.
DES CAUSES ou FROID I*HVS10LO<il(H'E CHEZ 1,’llOMME.
J’appelle froid physiologique, non pas les abaissements de température que l’on peut constater dans quelques états anormaux, dans l’inanition, par exemple; c’est le nom de froid anormal ou pathologique qui convient à l’abaissement de température que le thermomètre constate dans ces états. Pour moi, le froid physiologique, effet complexe des actions physiques du milieu ambiant modifiées par le jeu de nos organes, consiste dans une impression de froid reçue par la peau et dont nous avons la conscience. L’homme est un organisme producteur de chaleur; mais en même temps l’évaporation pulmonaire et cutanée lui enlève une portion de la chaleur produite. Différente dans les diverses parties du corps et légèrement variable suivant mille circonstances, cette chaleur intérieure, diminuée du
(1) Du froid thermométrigue et de ses relations avec le froid physiologique {Mémoires de l’Académie de Montpellier, 1859, l. IV, p. 251). — La seconde partie : Des causes du froid sur les hautes montagnes, a clé reproduite dans Ici Annales de cftiinie et de physiguc ikjui 1860.
CHEZ L’HUMME.
froid dû à la double évaporation pulmonaire et cutanée, se traduit à l’extérieur par une température qui, sous l'aisselle, est en moyenne de 37 degrés environ (1). Tel est le degré de chaleur thermométrique avec lequel nous avons à combattre l’impression du froid. Dans les régions favorisées du ciel, où l’homme trouve sa nourriture sur les arbres de la forêt, la chaleur est assez forte, pendant le jour, pour rendre tout vêtement superflu; mais, la nuit, le froid oblige le sauvage à chercher un abri. 11 construit une cabane : c’est sa première défense contre le froid, le premier effort de l’industrie naissante. Bientôt il apprend à tisser des flbres végétales ou à conquérir la fourrure des animaux pour s’en revêtir ; car, sur presque toute la surface du globe, le vêtement est une nécessité dans toutes les saisons, si ce n’est le jour, au moins la nuit. L’effet physique du vêtement est triple ; 1° il emprisonne la couche d’air échauffée par la peau; 2" il s’oppose à une évaporation trop active; 3® il ralentit et atténue l'influence sur la peau de l’air ambiant et du rayonnement des objets environnants. Conserver autour du corps cette couche d’air échauffée, sans empêcher l’eau évaporée par la transpiration de s’échapper au dehors, tel est le problème du vêtement. Pour que la peau du tronc n’éprouve pas la sensation du froid, il n’est pas nécessaire que la température de cette couche d’air soit à 37 degrés; mais si elle descend au-dessous de 30 degrés, la plupart des personnes éprouvent la sensation du froid. D’un autre côté, si celte température s’élève au-dessus de 37 degrés, il en résulte une sensation de chaleur désagréable, une transpiration plus ou moins abondante, suivant les individus : aussi l’expérience a-t-elle fait abandonner comme défense contre le froid les vêtements imperméables, tels que la toile cirée, le caoutchouc, etc. Le frère morave Miertsching, qui accompagna le capitaine Maclurc dans son
(I) Oivarret, Ue ijt chaleur produite par les êtres vivants, p. 50ô.
DKS CATSKS DU KKniI) l'Il V SI O LOG K> E
exprdilioii à la recherche de Franklin, pendant les années 1850 à 1855, (lit expressément que ces vêtements sont incommodes et dangereux, même par les plus grands froids, parce que la sueur qu’ils provoquent se glace sur la peau, du moment que le repos succtale à l’activité. Les vêlements perméables de laine sont les seuls dont on puisse faire usage lorsqu'on est en mouvement.
Supposons donc un homme convenablement vêtu, plaç.ons-le dans diverses circonstances météorologiques, et essayons d’an.alyser les causes de la sensation de froid qu’il éprouvera. Nous admettons ce qui a lieu dans la réalité, savoir : qu’en .s’habillant plus ou moins chaudement, il n’a pas pu prévoir toutes les causes de refroidissement uux(iuclles il sera exposé.
Kxaminons d’abord un premier cas. Le ciel est couvert et l’air cidmc : ces circonstances sont les plus favorables pour que la température de la couche d’air chaud qui environne le corps ne s’abaisse pas. En ellet, l’air étant calme, il ne pénètre pas à travci’s les interstices des vêtements et ne renouvelle pas la couche d’air échaufi'éo par le corps. Si l’individu se met à courir, il produit un vent artificiel ; mais la génération plus abondante de chaleur physiologique, résultat de la course, compense cette cause de refroidissement, et il s’établit une moyenne entre la chaleur engendrée par la course, le renouvellement de la couche d’air emprisonnée sous les vêtements, et le froid dû à l’évaporation de ta sueur, l’ar les sensations qu’il éprouve i\ la surface de la peau, l’individu juge s’il doit accélérer, ralentir ou même arrêter complètement sa course. Instinctivement chacun de nous agit ainsi et s’habille ditlércmment, suivant qu’il doit rester imnudjile ou marcher; chacun supjdée à rinsuflisance des vêtements par la rapidité de la marche. Si l'individu est condamné l'immobilité, la sensation de froid, malgré ces circonstances favorables, peut devenir très-pénible, même avec des températures supérieures à zéro, .le l’ai éprouvé plusieurs
CHEZ l. HOM ME.
fois, lorequo jo prenais avec la sonde les températures de la mer à de grandes profondeurs, en face des glaciers de Magdalena-bay, au Spitzberg, par latitude N. 79° 3V. C'était au mois d’août 18i9; la température oscillait entre 1 cl 6 degrés au-dessus de zéro. Jo porbiis un double vêtement de laine, de grosses bottes, telles que celles dont se servent les chasseurs au marais; mais je maniais constamment des thermomètres plongés dans l’eau de mer, dont la température était à quelques dixièmes seulement au-dessus de zéro (1), et j’étais obligé d’attendre une heure que les thermomètres à déversement de M. Walferdin, plongés au fond de la mer, en eussent pris la température. Malgré les mouvements des bras et des jambes que je faisais sur le banc du canot, je me refroidissais tellement, des pieds principalement, (]u’ils devenaient douloureux, et que j’étais forcé de me faire débarquer et de courir sur la plage pour me réchaufl'er. Le froid dont j’étais saisi était d’autant plus pénible, que c’était un froid liuhiidc, puisque j’étais sur 1a mer, et que, dans les régions borùiles, l’air est presque constamment chargé de brouillard.
En analysant les conditions de la sensation du froid, il faut, en effet, tenir compte de l’état hygrométrique de l’air, 'fout le monde le sait : la sensation du froid humide est bien différente de celle du froid sec, et ses effets sur l’économie le sont également. Parmi les causes connues, il y en a d’abord deux qui sont purement physiques. L’air saturé d’humidité contrarie l’évaporalion de la sueur; et comme cet air est en même temps meilleur conducteur de la chaleur, il refroidit rapidement celte sueur. Nous avons donc sur la peau la sensation du contact de l’eau froide, mais non pas cette sensation franche et saisissante, suivie de réaction, que produit l’application de linges mouillés,
(1) Voyages en Scandinavie de la corvette la Recherche, Céographie physique, t. II, P- 279, et Annales de physique et de chimie, 3' «éric, 1849, l. XXV, p. 172.
a32 Utî> CAlsE» UL > K01D IMl V hlOLO(i igL E
de la douche ou du thotver-balh, mais celle d'un air humide et froid. L’obstacle que l’air froid et humide oppose à l’évaporation est la cause la plus fréquente des affections catarrhales de la muqueuse nasale et bronchique. Un froid sec, mémo beaucoup plus intense, produit ces effets plus rarement, car il refroidit simplement la peau, mais favorise l’évaporation de la sueur, au lieu de s’y opposer.
Plaçons-nous actuellement dans des circonstances météorologiques différentes. Il fait nuit, l'air est calme et le ciel serein. Supposons un homme immobile en plein air : ses vêtements rayonnent vers l’espace; la chaleur perdue par l’enveloppe la plus extérieure est remplacée par celle des enveloppes les plus intérieures, puis par celle de la couche d’air en contact avec la peau. Il en résulte un refroidissement lent, d’abord insensible, mais continu : c’est ainsi que se refroidissent les soldats au bivouac, les sentinelles qui s’endorment, etc. C’est un refroidissement par rayonnement. Je ne puis m’empécher de signaler ici une contradiction apparente qui existe * entre la nature des vêtements et leurs effets comme enveloppes conservatrices de la chaleur du corps. La laine, les duvets, les fourrures, sont des corps très-rayonnants, et cependant trèschauds, comme on dit vulgairement. Cela provient de ce que ces corps sont doués de deux propriétés très- opposées, celles d’éineltre de la chaleur par leur surface, mais en même temps d'emprisonner dans leurs interstices une grande quantité d’air.
Or, l’air est de tous les corps naturels le plus mauvais conducteur de la chaleur; donc l’air egiprisonné dans les mailles d’un tissu de flanelle, de laine, dans les interstices d’un duvet, tel que celui de cygne ou l’édredon, ne conduisant pas la chaleur de la couche d’air échauffée par la peau, conserve celte chaleur avec le plus d’cflicacité. Examinez les oiseaux palmipèdes, et en particulier l’dnrts c/Wer, qui fournit l’édredon. Ce duvet est en contact avec son corps, il contient entre ses mailles la
CITK/ I/HOMME.
couche (l’air écliauffée; mais cet édredon est couvert lui-nu**me de plumes qui emprisonnent cet air chaud et l’empêchent de rayonner : aussi ai-je constaté que le froid est sans influence sur la température de ces animaux (1). Suivant Davy (2), la température de l’homme parait être influencée par les changements de climat. Mais l’homme ne porte pas un vêtement chaud, comme la plupart des animaux; et, si l’on voulait étudier l’influence des changements de température sur la chaleur intérieure des animaux, il faudrait choisir ceux dont le poil ras n’est pas un vêtement qui les abrite efficacement contre les variations de température.
Nous avons un troisième cas à examiner, c’est celui d’un homme exposé à un vent froid. Que le ciel soit couvert ou qu’il soit serein, la sensation sera la même à température égale; mais la violence, ou, en d’autres termes, la vitesse du vent aura une influence énorme. Son action est toute mécanique. Pénétrant à travers les mailles des tissus qui nous servent de vêtement, l’air froid se mêle sans cesse à la couche d’air chaud comprise entre les vtMemenIs et la peau; il la remplace, la renouvelle, et produit sur l’épiderme la sensation du froid. Les tissus imperméables sont une bonne défense contre ce mode de refroidissement, puisqu’ils arrêtent l’air extérieur et conservent la couche d’air échauffée par le corps; ils sont d'un excellent usage lorsqu’on est forcé de rester immobile ou qu’on ne fait que peu de mouvements. Aussi ont-ils été adoptés par les officiers de marine et les chasseurs à l’affût, qu't ont à lutter contre ce genre de refroidissement. Les toiles cirées, les tissus de caoutchouc, la toile imbibée d’huile de lin, les peaux des animaux tels que la chèvre, l’ours, le mouton, le cuir, ont
(1) Mémoire sur ta lempératwe des oiseaux palmipèdes (Mémoires de I Académie des sciences de Monipel'ier, 185G, t. lit, p. IM9, et ./ournol de physiologie, 1858, t. I, p. 23).
(2) Annales de physii/ue cl de chimie, 2^ sètie, t. XWtll, p. 181.
33â I)ES CAUSES DU EHOIU l'Il Y SI OI.OC I Ui'E
(les avantages et des inconvénients que les cavaliers et les navigateurs connaissent fort bien. Le problème est de trouver un tissu ou une peau qui suit perméable à l’air et imperméable à l’eau. La peau de chèvre appelée hiqne, et portée par les chasseurs et les marins bretons, m’a toujours paru réunir de grands avantages : elle est imperméable à l’air froid, et la pluie coule en gouttelettes le long de scs poils graisseux, sans atteindre le cuir.
L’air en mouvement produit la sensation du froid pour peu que sa température soit inférieure à 15 degrés, parce qu'à partir de ce degré, la température de l’air extérieur, comparée à celle de notre vêtement d’air chaud, est assez basse pour la inodilier d’une manière pénible. Aussi l’homme soigneux de sa santé a-t-il soin de consulter autant la girouette et le mouvement des corps légers emportés par le vent, que son thermomètre, pour savoir comment il doit se viHir. J’en ajipclle sur ce point à l’expérience individuelle du lecteur; mais je ne puis m’empécher de citer quelques cas personnels oii le contraste entre la température du même air, relativement tranquille, ou en mouvement, a été tellement grand, que j’en ai conservé le souvenir. Quand nous naviguions dans la mer du Nord, dans notre traversée du Havre à üiontbeim en Norvège, nous fîmes quelques expériences. Bravais et moi, pour déterminer la dill'ércncc de la température de l’air au niveau des bastingages et sur la grande hune du navire. Lorsque le vent souillait avec force et (]ucje montais dans la niAturc, il me semblait que mes vêtements m’étaient enlevés l’un après l’autre, et, parvenu dans la hune, j’aurais atlirmé que j’avais aussi froid que si j’avais été tout nu; mais lorsqu'on redescendant, je sautais sur le pont et me trouvais abrité du vent par les bastingages do la corvette, j’éprouvais un sentiment de bien-être, comme si j’étais entré dans une chambre bien cbaull'éc : cependant la température de l’air du pont n’était sujvérieure à celle du vent (jui
CHEZ I. ilOM ME.
souillait dans la hune que de 1 ou 2 dixièmes de degré ; nous étions en juin, et le tlierinomùtre se tenait aux environs de 10 degrés au-dessus de zéro. C’est le violent exercice auquel se livrent les gabiers pour carguer ou larguer les voiles, et surtout pour prendre des ris lorsqu’il vente grand frais, qui les préserve des affections qu’entraînent les changements brusques de température, et pour eux le pont est, dans les intervalles des manœuvres, une chambre qui leur semble avoir été chauffée.
Tous les explorateurs des régions arctiques ont fait les mêmes observations que moi. Alexandre Fisher (1), chirurgien en second de Tune des e.xpéditions de Parry dans les régions septentrionales de l’Amérique, rapporte que les matelots trouvaient le froid plus supportable avec un air calme h — 17",8 ([u’avec une légère brise à — O”,?. Fisher a observé sur lui-mêinc que dans une atmosphère tranquille à — tiG",!, il n’éprouvait pas une sensation de froid plus pénible (pie lorsqu’il était exposé à une brise de — H", 8.
La Sibérie serait un i>ays inhabilable en hiver, si l’air n’y était pas d’un calme jtarfall par les grands froids. Tous les voyageurs sont unanimes pour dire que les voyages n’ont rien de j)énible par des températures de — 20 à — 30 degrés, lorsque le corps est enveloppé de bonnes fourrures. Il ne peut se refroidir que par rayonnement, cl le niouvemenl du traîneau produit un vent arlilîcicl qui neutralise en partie cet effet.
Lorsque le thermomètre descend au-dessous de — /lO degrés, point de congélation du mercure, l’inspiration de cet air glacial cause une pénible sensation dans la poitrine, comme AVrangel l’a éprouvé en Sibérie; il devient alors nécessaire de le tamiser en entourant la bouche et les narines de fourrures ou d’une étoffe de laine: l’air extérieur traversant une couche d’air échauffée avant de pénétrer dans les bronches, sa température s’élève de
(1) Gavarrel, De la chaleur, etc., p. 370.
336 DES CAl'^ES Df FROID PH VSIOl.OGIorE
quelques degrés. Néanmoins c’est un curieux phénomène physiologique de constater combien l’homme et les animaux sont peu sensibles à l’inspiration de l’air froid : la muqueuse bronchique en est moins affectée que la peau. Cela tiendrait-il à ce que l’inspiration qui introduit l’air froid est suivie d’une expiration accompagnée d’une exhalation d’eau et d’acide carbonique?
, L’évaporation de l’eau et la dilatation du gaz sont une nouvelle cause réfrigérante pour l’arbre bronchique ; mais elles tendent à égaliser la température de l’air expiré avec celle de l’air inspiré, et, par conséquent, à soustraire la muqueuse pulmonaire à des changements brusques de température qui pourraient l’impressionner péniblement. Je n’émets là qu’une idée : c’est à l’expérience directe à décider ce qu’elle a de fondé.