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25 degrés centigrades, et, non contents de cette température, ces paysans couchaient autour du poélc; quantà Auguste Bravais cl à moi, nous préférions dormir dans la grange, où le Iheruioniètrc oscillait autour du point de congélation pendant lu nuit. (Juand ils sortaient, ces mêmes hommes étaient couverts de vêtements très-chauds. Depuis que j’hubite Montpellier, je suis sur- |)ris de voir combien les gens du peuple soutindiltércnts au froid.
Les portes, les fenêtres, restent ouvertes avec des températures voisines de zéro; les habitants sont peu vêtus, et leurs maisons semblent avoir été construites dans le seul but de les préserver de la chaleur. Or, en hiver, les nuits sont sereines et froides, le Iherniomètre descend plus souvent au-dessousdezéro qu'à l’aris, cl cependant rien n’est disposé en prévision de la gelée. .\ussi les Busses, les Suédois et les i’olonais qui viennent passer rhiver à .Montpellier, se plaignent-ils de grelotter dans les appar- « lements, tandis qu’en plein air, par un beau soleil, ils peuvent se croire au printemps et quelquefois même en été; mais les maisons, refroidies dans la nuit par le rayonnement, ne sc récbautTeiit pas suffisamment pendant le jour, quand elles ne sont pas situées en plein midi. J’ai fait les mêmes remarques à Constantinople; il y neige tous les hivers, et néanmoins les Orientaux, qui recherchent avec tant de sensualité la fraîcheur en été, semblent insensibles aux rigueurs de I hiver. Les Arabes de l’Algérie bivouaquent en plein air, couverts de leurs bournous, et CO furent les Turcos qui supportèrent le micu.\ les deux rudes liivei's du siège de Sébastopol.
11 faut s’avancer jusque dans le nord de la France pour trouver des aménagements convenables contre le froid. Paris est à' peu près sur la limite des deux régions, et participe de l’une , et de l’autre. Plusieurs faits confirment ce que j’avance sur la moindre impressionnabilité des habitants de l'Europe méridionale. Dans la fatale campagne de Russie, on a constaté avec étonnement que les l'égimcnts formés de gens du .Midi résistaient
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DES CAISES dp froid PHYSIOLOGIQUE
mieux que Ic^ Allemands, et l’on sait maintenant que le froid a fait des ravages immenses dans l’armée russe. Mon ancien collègue des hôpitaux de Paris, le docteur Hufz, qui a pratiqué vingtcinq ans la médecine à la Martinique, étant revenu habiter Paris, m’aassuré avoir été peu sensible au froid le premier hiver, davantage le second, et encore plus le troisième ; d’autres colons m’ont confirmé ce fait (1). 11 semblerait que la provision de chaleur faite pendant de longues années ne s’épuise que lentement ; de même que IHndividu qui sort d'un appartement chauffé sent beaucoup moins le froid c.vtéricur que celui qui est resté dans une chambre dont la température est peu différente de celle du dehors. La résistance au froid varie également d’un individu à l’autre, sans que l'apparence extérieure, le tempérament, la constitution, l'cndcnl toujours compte de cette réaction. Le célèbre navigateur des mers polaires, sir John Hoss, me racontait à Stockholm, qu’avant de partir pour ses •
expéditions, il éprouvait la résistance au froid des matelots en leur faisant poser u'n pied nu sur la glace : ceux qui ne tremblaient ni ne pâlissaient, étaient choisis par lui, les autres refusés.
Il me reste à examiner quelques conditions physiologiques de la résistance au froid. Chacun sait que l’exercice est un des plus puissants moyens de calorification. La température, pendant la marche, s’élève dans toutes les parties du corps, de manière à devenir sensible au thermomètre. On trouvera dans le livre sur la chaleur animale, de M. Gavarrel (2), les expériences faites h ce sujet par Davy, Becquerel, Spallanzani cl Prout. Ce réchauffement est dû à l’accélération de la respiration et à la combustion plus active du carbone. L’influence de l’Age reconnaît la même cause. Si le vieillard se refroidit plus vile que le jeune homme, c’est que sa respiration est moins fréquen te cl
(1) Voyez Konisagrivcs, Traité d'hygiène navale, Paris, t850, art. Risislanco nu fiuid, p. 5^(>.
(2) (iavarrcl, Oe la chaleur, etc., p. 37(J.
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sa combustion pulmonaire moindre, comme MM. .\ndral et Gavarret l’ont parfaitement démontré (1). On conçoit aussi trèsbien que la chaleur soit moindre pendant le sommeil que dans l’état de veille. M. Chossat l’a prouvé en e.xpérinicntant suides pigeons (2). L’influence de l’alimentation a été également démontrée : pour la quantité de matière nutntive, par iiuntcr, M. Cliossÿt et moi-mème (3) ; pour la nature des matières alimentaires, par M.M. V. Régnault, Boussingault et Marchand (/i). M. Gavarret a si bien analysé ces travaux dans son ouvrage, que je crois inutile d’insister sur ce sujet. Je me bornerai è quelques observations que j’ai pufaire surmoi-mômeel sur d’autres personnes, au sujet de l'influence du régime alimentaire dans les pays froids. Une alimentation insuffisante est une des plus mauvaises conditions pour braver le froid, et ceux qui succombent à son influence sont ordinairement à jeun ou mal nourris. Tous les hivers, on entend parler de mendiants, de vagabonds morts de froid. Je suis convaincu que dans les mômes eirconstanccs, un homme bien nourri n’eftt pas succombé. C’est surtout le manque d’aHments riches en carbone, tels que l'huile, la graisse et le vin, qui prédispose aux impressions du froid. Le vin et la graisse sont des aliments essentiellement calorificateurs. On l’éprouve par soi-niôme dans les régions boréales. Les Esquimaux avalent des quantités étonnantes d’huile et de graisse, et rien ne prépare aussi bien qu’un repas do viande arrosé d’un vin généreux à réagir contre le froid. Je respecte profondément les nobles intentions qui ont dicté les prescriptions sévères et absolues des sociétés de tempérance anglaises et américaines, je me joins à elles jiour repousser l’usage des liqueurs fortes; mais vouloir priver de
(t) Gavarret, Do la chaleur, p. 351.
(2) Recherches sur l'inanition (.Mémoires des savants étrangers de V Institut, aiiiice 1SÜ3).
(3) Mémoire sur la température des palmipèdes, p. 15.
('i) Ibid., p. 385.
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vin (les hommes exposé's au froid hutnixie, est un contre-sens Iiygiéniquc. M. Kd: Desor a (■prouvé par lui-mf-me combien le froid SCC des Elats-L nis et du Canada était tonique et excitant. On peut le supporter sans que l’cslomac soit réchaulfé par le vin; le thé suffit. 11 n’en est pas de même du froid humide de la Norvège, de la Laponie, de l’Islande et du Spilzberg, qu’on ne saurait braver longtemps qu’à l’aide de vins généreux. La passion des Lapons pour les boissons alcooliques n’est que l’expression exagérée d’un besoin réel.
(;.USES l’UVSIOLOlilylES UE FROID Sl'ÉCI.lLES AFX HALTES ilO.XTAC.XES.
L’homme placé sur une haute montagne est soumis à toutes les causes de froid lhermométrique que nous avons signalées: 1“ le faible échaull'ement de l’air raiélié, soit directement par le soleil, ou indirectement par le sol ; 2'* un rayonnement nocturne très-intense, qui abaisse fortement la température de l’un et de l’autre; 3° la dilatation de l’air qui s’élève de la plaine le long (les lianes de la montagne ; l’évaporation active du sol. ces causesde froid thermomélri(iue vient s’ajouter la .plus forte de toutes celles qui déterminent la sensation physiologique du froid, l’agitation de l’air.
Si l’air est rarement immobile dans la plaine, on peut dire qu’il ne l’est presque jamais sur les sommets isolés des montagnes. Pendant les jours les plus calmes de la plaine, il règne un vent fort sur les sommets. Ainsi, à Chamounix, par les belles journées d’été, lorsque pas une féuillc ne remue dans la vallée, on voit la neige emportée par le vent du nord-est au sommet du Mont-Blanc: on dit alors qu’il fume sa pipe, et c’est un signe de beau temps.
jQu’on me permctie de ra[)peler à ce sujet un souvenir auquel se rattache celui de deux amis, M.M. Bravais et Lepileur. Le 29 août 18/(4, nous moulions du grand Plateau vers le sommet du Mont-Blanc (1), dans un couloir de neige où nous étions
(1) Voyez le récit de cette ascension, p. 295.
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abrités complètement du vent du nord-ouest, qui soufflait par rafales. Nous n’éprouvions aucune, sensation de froid, mais seulement l’essoufflement et la lassitude dus à la raréfaction do l’air, car nous étions dans une région comprise entre 6000 et Ù800 mètres. .\rrivés au-dessus des rochers Rouges, à environ 4600 mètres, nous fûmes brusquement exposés à une rafale de nord-ouest, La caravane éprouva une sensation de froid tellement vive et subite, qu’il semblait à chacun de nous que le vent l’avait dépouillé de ses vêtements, ctcepenâant il n’avait emporté que quelques chapeaux. Heureusement, ce vent se calma lorsque nous atteignîmes le sommet du Mont-Blanc, sans quoi nous eussions eu de la peine à faire nos expériences, car la température de l’air était de — 8“,0 à l'ombre, de — 6°,3 au soleil, et la neige sur laquelle nous marchions marquait — 8”,0à sa surface et — 14“,0 à 2 décimètres de profondeur. Ces basses températures de la neige floconneuse dans laquelle on marche, à des hauteurs supérieures à 3000 mètres, sont une cause puissante de refroidissement. Sur le névé, où l’on avance comme sur un terrain solide, la sensation de froid est supportable. Il n’en est pas de même quand on enfonce dans une neige fine et poussiéreuse. Ainsi, au grand Plateau du Mont-Blanc, à 3930 mètres au-dessus de la mer, la température de cette neigé, à 2 décimètres, n’était jamais au-dessus de — 8%2, et dans la nuit elle descendait au-dessous de — 10°. On conçoit combien les extrémités doivent sc refroidir, lorsqu’on monte ainsi lentement, enfonçant à chaque pas dans une neige dont la température est aussi basse. Les orteils sont comprimés par le cuir gelé des souliers, et l’on ressent une sensation de froid qui est une véritable souffrance. La congélation des orteils arrive quelquefois : c’est le danger le plus sérieux des ascensions sur les hautes montagnes. M. de Tilly eut plusieurs orteils gelés dans son ascension au Mont-Blanc, le 9 octobre 1834. Il ne faut souvent pas longtemps pour amener l’apparition des' premiers symptômes ; ainlsi, le
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30 août 18ù-'i, au soir, je montai avec Auguste Itravais sur le dOmc du Goûté; nous étions à 120 mètres au-dessus du grand plateau de neige où notre tente était dressée, ou à ûOdO mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous y reslilmes de cinq heures et demie à sept heures trois quarts. Bravais étudiait à l'aide du théodolite les phénomènes crépusculaires ; j’écrivais sous sa dictée, mais en ayant soin do trépigner pour empêcher mes pieds do se refroidir complètement. La température de l’air varia de — i°,8 îi — 6“,3 ; celle de la neige était de — 9*,0. Bravais ne sentait plus ses orteils ; ils étaient froids et blancs comme de la cire. Nous y rappelâmes la circulation et la chaleur en les frottant avec de la neige, puis avec de la laine. On sait que de nombreux cas de congélation des extrémités ont eu lieu devant Sébastopol, pendant les deux hivers que les armées alliées passèrent devant cette nouvelle Troie. Ils ne sont pas rares on Afrique, lorsque des corps do troupes traversent des plateaux où des cols de montagnes couverts de neige. Dans ces cas, la neige fondante est encore plus dangereuse que la neige pulvérulente. En effet, en passant de l’état solide à l’état liquide, la neige, comme on le s;iit, absorbe la chaleur de tous les corps en contact avec elle; cette chaleur de fusion devient latente, et il en résulte un refroidissement continu des pieds du fantassin. La neige fondante a tous les inconvénients du froid humide ; elle est bonne conductrice de la chaleur, tandis que la neige pulvérulente ne l’est pas; elle pénètre les chaussures les plus imperméables, et produit tous les fècheux effets de l’application du froid humide sur les extrémités inférieures. La boue des grandes villes du Nord reproduit en petit ces effets, sauf qu’elle n’agit que par sa température, sa conductibilité et son humidité propre, tandis que la neige en fusion opère une soustraction incessante et inévitable de calorique aux corps en contact avec elle.
Les alternatives de sécheresse et d’humidité sont beaucoup