AVERTISSEMENT
En 1839, lorsque je publiai la 2e édition de mes Nouveaux Elémens de médecine opératoire, il n'était point encore question de l'opération du strabisme. Mon livre présente donc, sous ce rapport, une lacune qu'il est bon de combler aujourd'hui. J'ai même pensé un instant qu'il serait utile d'en faire autant pour le bégaiement; mais en méditant davantage cette seconde question , j'ai vu qu'elle ne valait guère la peine d'être traitée dans un ouvrage didactique. En effet, les
opérations imaginées récemment pour remédier au bégaiement ne resteront point dans la pratique. Les rares succès définitifs qu'elles procurent ne compensent pas les inconvéniens qu'elles entraînent. Le peu de confiance qu'elles m'avaient d'abord inspiré,-s'est encore amoindri de moitié depuis l'article que je leur ai consacré en juin i84i (Annales de (a Chirurg.) t. H, p. 220) : Elles nous ont appris que la section du frein , du filet de la langue, peut, doit être parfois coupé beaucoup plus profondément, avec plus de hardiesse qu'on ne le faisait auparavant, et voilà tout. Je m'en tiendrai, par conséquent , dans ce supplément, à ce qui concerne le strabisme.
DU
Les personnes affectées de strabisme ou qui louchent n'avaient obtenu de la médecine jusqu'à ces derniers temps que des ressources fort incertaines pour remédier à leur difformité. Dans quelques cas cette difformité s'éteignait à la longue, par les progrès de l'âge. On en triomphait dans quelques autres à l'aide de lunettes dont le verre n'offrait qu'une sorte de prunelle transparente, dans le sens où l'on voulait que l'œil se dirigeât. Des verres opaques du côté du nez pour le strabisme interne, du côté de la tempe pour le strabisme externe, ont permis d'invoquer aussi quelques succès. Il en a été de même d'une meilleure direction donnée à l'axe des yeux, soit par une position forcée, soit par l'acte seul de la volonté des malades pendant le séjour au lit ou les actions les plus habituelles de la vie sociale. Mais les guérisons survenues de la sorte n'ont jamais été qu'exceptionnelles, et la déviation des yeux se maintenait malgré l'emploi le plus prolongé des moyens connus, chez presque tous les strabiques.
Aujourd'hui l'humanité n'en est plus là. La chirurgie permet maintenant de remédier au strabisme, comme à la cat*-
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racle, comme à la fistule lacrymale, à l'aide d'une opération peu dangereuse et assez facile. Cette opération dont le dix-neuvième siècle devra s'honorer, qui a vivement remué le monde chirurgical et même le public tout entier, consiste dans la section du muscle ou des muscles qui donnent à l'œil une direction vicieuse.
Envisageant la question sous le point de vue purement pratique, je renvoie pour ce qui concerne les espèces, les causes, le mécanisme et le traitement ancien du strabisme, aux mémoires de MM. Verhaeghe (Sur le strabisme, Bruges, 1841), Fl.Cunier (Myot.appliq. austrab., etc., Bruxelles, 1840), Dufresse (Strab. et bëgaiem. 1841), |où ces divers points ont été assez largement exposés, et surtout à l'ouvrage de M. Bonnet (Sections tend, etmuscul. etc., Lyon, 1841), ainsi qu'un travail de M. Boinet (Journal me'dico-ckirurgical, janvier, février, mars 1842).
ARTICLE Ier.