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fait positif. Esquirol s'est beaucoup plus rapproché de la vérité. Parmi les malades qui sont admises journellement h la Salpêtrière , il s'en trouve, tous les ans, un certain nombre qui y sont amenées après avoir fait des tentatives de suicide. Esquirol en a fait un relevé très exact pendant six ans , et s'est assuré que leur nombre était plus considérable pendant les grandes chaleurs et au printemps, et plus rare pendant l'automne. M. Falret, venu après lui , ne partage pas complètement cette opinion. Sans apporter de nouveaux faits a l'appui , il en revient à accorder une influence prédominante a l'automne, saison pendant laquelle, dit-il, «la » nature offre un aspect désolant j tout dispose » a la rêverie , les passions tristes prennent un » nouvel empire, et la mélancolie survient (1).» Ces considérations théoriques, toutes spécieuses qu'elles sont , perdent toute valeur devant l'autorité plus puissante des faits et des chiffres qui précèdent. Ainsi , comme dans le relevé d'Esquirol , les suicides constatés par l'administration de la justice se distribuent dans l'ordre suivant :
(1) Falret , De l'hypochondrie et du suicide , p. 28.
SELON LES SAISONS. lii
Compte-rendu. Compte r. Esquirol. Esquirol(i). Trimestre de janvier. 11,688 22,4 Zi2 21,9
Trimestre d'avril. . .
Trimestre de juillei.
Trimestre d'octobre.
Le printemps et l'été sont donc les deux saisons pendant lesquelles on observe le plus de suicides. L'automne ne vient même qu'après l'hiver. D'après le relevé d'Esquirol, l'été occuperait le premier rang, tandis que nos chiffres le placent au contraire au second. Cette différence tient sans doute à l'exiguïté des nombres sur lesquels M. Esquirol a basé ses calculs, et nous avons tout lieu de croire que l'ordre indiqué dans notre tableau est le véritable. Car cette distribution ne se retrouve pas seulement dans la somme totale des suicides compris dans notre Vl« tableau, mais aussi, comme il est facile de s'en convaincre, dans chacune des années qu'il embrasse, et cela avec une constance et une régularité remarquables. 11 y a même plus , on y remarque, de mois en mois, une progression alternativement croissante du mois de janvier
(1) Esquirol , loc. cit., p. 579.
aux mois de juin et de juillet, et décroissante du mois de juillet a celui de décembre. Ici encore nous trouvons la confirmation de cette loi si importante, que les faits moraux, pris en masse et considérés d'une manière générale, obéissent dans leur reproduction à des lois tout aussi positives que celles qui régissent le monde physique.
Il ne faudrait pas cependant attacher trop d'importance a l'étude de causes aussi indirectes et aussi éloignées. 11 existe très certainement des prédispositions individuelles plus puissantes, telles que les circonstances d'âge, de sexe ou de profession, etc., dont il nous importe beaucoup plus encore de déterminer le mode d'action et la portée. Nous allons nous en occuper successivement.
§ I¥. Influence de l'âge sur la proiSnetion du suicide.
La question de l'âge des suicidés est encore très obscure. On a dit, et c'est l'opinion la plus généralement adoptée, que le suicide est plus fréquent de vingt a quarante ans qu'à tout autre âge de la vie. Cet acte, dit-on, est presque toujours le résultat de l'exaltation des passions
portées quelquefois jusqu'au délire. A ce litre, il doit nécessairement être rare dans l'enfance. Cependant on a vu parfois des enfants tourmentés par l'envie, ou corrompus de bonne heure par des habitudes honteuses, tomber peu à peu dans un marasme physique et moral qui les a conduits presque fatalement au suicide ou à la folie. Il semblerait même que les exemples de cette démoralisation précoce tendent a se multiplier tous les jours. On trouve disséminées dans les écrits sur la folie, et dans les journaux de médecine, un grand nombre d'observations d'enfants qui se sont suicidés a l'âge le plus tendre, a huit ou neuf ans, par exemple. Des renseignements statistiques, précieux sous ce rapport, sont consignés dans un travail curieux de M. Brouc , intitulé : Considérations sur les suicides de notre époque (1).
M. Brouc a constaté que sur la somme totale des suicides observés a Paris de 1794 à 1823, 3 sur 100 seulement ont été commis par des individus âgés de moins de 15 ans, et 8 sur 100
(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, Paris, 1836, p. 225 et suiv.
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par des individus âgés de 15 a 20 ans. Sur ceux au contraire qui ont été constatés, dans la même ville, de 1830 a 18o/r, 24 sur 100 ont été commis avant l'âge de 15 ans, et 38 sur 100 de 15 a 20 ans, ce qui donne pour ces deux périodes la proportion de 1/3/t a 1/4 parmi les individus âgés de moins de 15 ans, et de 1/13 à 1/3 a peu près parmi les seconds; c'est-a-dire que les premiers ont été huit fois moins nombreux que les seconds dans un cas, et cinq fois moins dans l'autre. Malgré cette augmentation remarquable des suicides chez les enfants, dans ces dernières années, il n'en est pas moins vrai que celui-ci ne devient réellement fréquent qu'après la puberté. Le tableau suivant le démontre de la manière la plus évidente. (Voy. le Vll^ tableau.)
11 semblerait, d'après ce tableau, que le nombre des suicides augmente constamment depuis l'enfance jusqu'à l'âge de cinquante ans, pour diminuer ensuite rapidement et devenir très rare dans l'extrême vieillesse. Ainsi , dans l'espace de dix-sept ans, il n'a été constaté que 721 suicides, ou environ 42 par année, accomplis par des vieillards âgés de plus de quatrevingts ans. Esquirol ayant relevé l'âge de 198
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