‹ Du suicideChapitre 2 sur 52 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

vidus qui se donnent volontairement la mort doivent-ils être considérés par cela seul comme des aliénés? C'était là en effet le problème capital, celui dont la solution devait, pour un médecin surtout, tout dominer et tout éclairer de sa lumière. Je savais que la plupart des médecins contemporains, Esquirol à leur tête, s'étaient prononcés pour l'affirmalive et avaient faitdu penchant au suicide et de l'acte lui-même une forme particulièrede la folie, sous le nom Aemonomanie ou mélancolie suicide. C'pendant celte opinion si exclusive m'avait toujours paru très hasardée, et il me ré|)Ugnaitsingulièrementdc regarder comme des fous tant de grands hommes de l'antiquité, qui, à l'exemple de Caton ou de Brutus, s'étaient donné la mort. D'un autre côté, je cherchais inutilement des signes de folie dans tous ces récits de suicides que les journaux nous transmettent presque chaque jour. J'y trouvais au contraire, le plus ordinairement, la preuve que leurs auteurs avaient conservé, jusqu'à la fin, une appréciation saine de l'acte qu'ils allaient commettre, un sang-froid imperturbable etune force de volonté peu commune. Il y avait là évidemment un malentendu ou une erreur. Je relus donc les ouvrages des médecins aliénistes.

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