DES FAITS DE SUICIDE
Il est extrêmement regrettable que ces énergiques protestations n'aient pas été écoulées. L'occasion n'aurait pas manqué cependant. La législation sur la presse a été remaniée bien souvent depuis le commencement du siècle ; elle a subi à différentes reprises les changements les plus variés et parfois les plus radicaux. Nous ne sachions pas néanmoins quejamais ces réclamations de la science aient trouvé un écho dans nos assemblées législatives ou dans les conseils du gouvernement. Pendant ce temps le danger signalé par Esquirol a augmenté dans la môme proportion que le nombre des journaux et celui de leurs lecteurs. Certes la presse est un admirable instrument de progrès et de civilisation. Les sociétés modernes sont en grande partie son ouvrage, et l'on ne saurait estimer trop haut les bienfaits qu'elle a rendus et qu'elle doit rendre encore. Mais rien n'est parfait dans ce monde, et comme toutes les institutions humaines, la presse a ses défauts et ses abus contre lesquels il est du devoir de tout honnête homme de s'élever avec énergie lorsque ceux-ci luisent bien démontrés.
Or rien n'est mieux démontré, selon nous, que le danger pour un certain nombre d'indi-
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vidus, et l'inutilité pour tous, de l'énorme publicité donnée aux faits de suicide. Si encore les journaux se contentaient d'enregistrer froidement ces faits à mesure qu'ils se produisent! Mais bien loin de là, ils en font des récits souvent très pittoresques; ils en recherchent avec soin les causes plus ou moins cachées, et souvent les inventent lorsque celles-ci leur échappent; ils en dramatisent toutes les circonstances même les plus futiles. Tous ces récits, comme l'a très bien dit Esquirol, familiarisent tes masses avec l'idée de la mort, et entretiennent au sein de la population, dans les villes surtout, une véritable épidémie de suicide générale et permanente, en tout semblable aux épidémies partielles et momentanées, dont nous avons cité quelques exemples. Il est donc nécessaire que la loi intervienne au plus tôt pour arrêter et interdire celte publicité aussi nuisible ({nmiuile. Inutile, disons-nous, car ce n'est certes pas dans les journaux que les savants, les législateurs ou les publicistes iront étudier le suicide, lorsqu'ils ont h leur disposition les statistiques officielles et les archives de l'administration ; et nous ne voyons pas que la masse de la population ait un intérêt quelconque