‹ Du suicideChapitre 51 sur 52 · DES FAITS DE SUICIDE · texte numérisé non relu

DES FAITS DE SUICIDE

à une connaissance qui peut avoir les graves dangers que nous avons signalés. Nous ne comprenons pas trop non plus en quoi les droits de la presse, que nous respectons autant que qui que ce soit au monde, pourraient en être amoindris. C'est donc avec une entière confiance que nous soumettons ces courtes réflexions à l'appréciation de tous les hommes éclairés et amis de l'humanité.

Nous touchons enfin au terme de notre travail. Non pas que nous croyions la question entièrement épuisée : loin de là; nous savons fort bien qu'il y aurait encore beaucoup et d'excellentes choses à dire sur la légitimité du suicide, sur ses caractères moraux ou instinctifs, sur les écrits laissés par les individus qui se donnent la mort, et sur les sentiments intimes que ces écrits révèlent, etc., etc. Il y aurait encore à examiner le suicide au point de vue de la médecine légale, et ce ne serait certes pas le chapitre le moins intéressant ni le moins utile. Mais tout cela a été

fait depuis longtemps el beaucoup mieux que nous n'aurions espéré le faire nous-même (1). Et puis cela ne rentre plus dans le plan que nous nous étions tracé, et en romprait totalement l'unité et lliarmonie.

Nous ne voulions, ainsi que nous l'avons dit bien souvent, étudier le suicide que sous sesaspectsles plus généraux, et, autant que nous pouvions, nous appuyer dans cette étude sur des faits positifs ou des chiffres officiels. C'était un travail qui n'avait jamais été fait au moins d'une manière complète, et qui pouvait avoir une grande utilité pratique. Nous nous sommes efforcé de lui donner tous les caractères d'authenticité et de certitude que la méthode numérique, largement et sagement em-

(1 ) M. A . Guerry, dans son Essai sur la statistique morale de la France, Paris, 183 3, page 67, el M. Brierre de Boismont, dans son livre Du suicide et de la folie suicide, Paris, 1856, page 316, ont écrit chacun un très bon chapitre sur l'analyse des derniers sentiments exprimés par les suicidés. D'un autre côté, M. le docteur Des Étangs nous a lu, à l'une des dernières séances de la Société médico-psychologique, une remarquable introduction qui promet un livre très intéressant sur la mort volontaire, dont les éléments paraissent avoir été puisés, à peu près exclusivement, à cette dernière source.

ployée, communiqueà ses productions ; et, si nous nenous faisons illusion, les conclusions denos deux premiers chapitres resteront comme l'expression rigoureusedes faits, recueillis en si grand nombre^ depuis plus de trente ans. Or, que disent ces conclusions? Que notre société si brillante et si prospère en apparence, si sûre d'elle-même, si confiante dans sa force, est rongée par une plaie toujours saignante qui s'étend et s'aggrave sans cesse, et dont plus de trois cent mille suicides accomplis ou tentés, en France seulement, depuis le commencement du siècle, ont été l'éloquente et sinistre expression ! Que cette maladie terrible s'est développée parallèlement aux progrès de la civilisation moderne, et semble prendre sa source dans celles de nos institutions qui sont les instruments les plus actifs de ces progrès. Comme si nous devions admettre qu'il est dans la destinée de tout ce qui vient de l'homme que le mal naisse infailliblement du bien, et que l'humanité soit condamnée à rouler incessamment dans le même cercle de misères et de douleurs!

Cependant celte doctrine désolante et monstrueuse n'est pas la nôtre. Elle ne découle légitimement, malgré quelques apparences trompeuses,

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ni denoschiffresni desconséquencesquiendécoulent logiquement. On aura beau les torturer de toutes les façons, on n'y trouvera jamais la preuve qu'il faille méconnaître les grandeurs de notre temps ou renier la loi du progrès incessant de l'humanité, dans sa course lenteou rapide, à travers les siècles. Mais si l'humanité marche, sans s'arrêter jamais, vers cette perfection idéale que Dieu a donnée pour but à son activité, l'homme est souvent paresseux et quelquefois rebelle à celle loi qui l'entraîne comme malgré lui ; il se trompe fréquemment sur les moyens à employer pour arriver au but. Aussi ses institutions sont-elles essentiellement périssables et éphémères. Constater leursdéfautsetleurs dangers, fairevoirlanécessité de leur révision dans le but de les rendre meilleures, est-ce donc reculer ou marcher en avant? Nous n'avons fait rien de plus lorsqu'après avoir constaté de la manière la plus positive que, depuis très longtemps^ la fréquence des suicides est en raison directe de l'état de l'instruction^ nous avons applaudi au commencement de réforme tenté, dans ces derniers temps, et demandé qu'on développe le corps en même temps que l'esprit, et surtout qu'une forte éducation morale

vienne partout compléter les deux autres (1). Ceci posé, essayons de nous résumer en peu de mots. Un grand fait ressort clairement de nos recherches, et les domine pour ainsi dire de toute sa hauteur. G'estle rôle immenseque jouent toutes les religions dans la question de la mort volontaire. Il est incontestable que, dans tous les temps et chez tous les peuples, la religion bonne ou mauvaise, mais respectée, a été tantôt la cause la plus active du suicide, tantôt, au contraire, le préservatif le plus efficace contre les entraînements de ce funeste penchant. Il n'était guère possible d'ailleurs qu'il en fût autrement. La religion est aussi nécessaire à l'homme que l'air qu'il respire. Exilé sur laterre où tant de douleurs et de misères l'attendent, il a besoin de se réfugier en Dieu et de croire à une vie nouvelle pardelà la mort. Qu'il invoque Dieu dans nos temples, entouré de toutes les recherches du luxe et de la civilisation, ou qu'il adore le Grand-Esprit au milieu des grands spectacles de la nature, dans les déserts de l'Amérique, partout il a besoin de compter sur cette patrie céleste dont les

(1) Voyez à la page 69 et à la page 295.

splendides promesses l'aident à supporter les labeurs et les fatigues de chaque jour. Aussi est-il sûr d'être écouté et obéi, celui qui lui parle au nom de Dieu, et qui lui impose, par son habileté ou sa vertu, la foi en sa mission divine. Il n'est pas de grandeur ou de bassesse, d'action héroïque ou lâche, vertueuse ou criminelle, que les diverses religions ne lui aient inspirées, ou qu'elles n'aient justifiées à ses yeux.

C'est ce qui permet de comprendre pourquoi la mort volontaire a été si rare chez les peuples chrétiens jusqu'au xviii^ siècle, ou plutôt tant que les lois canoniques et les anathèmes de l'Église ont été respectés. C'est ainsi que s'expliquent, d'un autre côté, les innombrables suicides provoqués chez tous les peuples de l'Asie par cette fascination souveraine exercée sur les imaginations et les volontés, au nom des doctrines mystiques et panthéistes, qui régnent dans ces contrées, depuis le commencement des temps. Enfin, c'est ainsi qu'il est possible d'expliquer leur énorme fréquence pendant ces époques de transitionetde transformation religieusectsociale où les anciennes croyances sont déjà éteintes, tandis que les nouvelles ne sont pas encore nées.

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C'est alors le temps des doctrines égoïstes et sensuelles, du culte de la matière et des jouissances effrénées qu'il procure, oii l'homme, devenu son propre dieu, ne connaît d'autre avenir que le néant, d'autre frein que sa volonté, et se jette tout entier dans ces gigantesques orgies dont le suicide est le terme fatal , et dont le monde romain nous a donné si longtemps le lamentable spectacle (1).

(1) On nous demandera peut-être si ces réflexions nous semblent applicables au temps présent. Ce n'est pas tout à fait notre pensée. Nous trouvons cependant qu'il existe une analogie éloignée entre les deux époques. Cette opinion est d'ailleurs partagée par un certain nombre de bons esprits ; elle domine dans un très remarquable travail de M. Em. Montégut, publié, il y a quelques mois, dans la Revue des deux ??20^c?es, et dans lequel nous trouvons les passages suivants. Après avoir esquissé à grands traits la physionomie de la Rome impériale et de sa civilisation matérielle , cet Iionorable écrivain ajoute :

« Mais, dira-t-on, quels rapports y a-l-il entre nous et la Rome impériale ? Avons-nous donc ces vices gigantesques, et compte-t-on parmi nous ces personnages de Tacite et de Suétone, de Pétrone et de Martial ? Non, sans doute, et cependant, candide lecteur, sonde ton époque, recueille tes souvenirs, ouvre les yeux et les oreilles, lis et regarde, et puis dis-moi si tu n'as pas connu et Narcisse, et Pallas, et

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Ilexistedoncunecorrélalionnaturelleetcomme nécessaire entre la mort volontaire et ces trois

Trimalcion et bien d'autres ! Ose, si tu es honnête, dire que tu ne les as pas connus !

« Mais, dira-t-on encore, nous avons pour contre-balancer cette civilisation matérielle, des principes moraux! — Oui, sans doute, seulement ces principes sont dans chacun de nous essentiellement individuels, et ne servent en rien a nous rattacher les uns aux autres Il n'y a pas un seul principe

général reconnu, accepté sans discussion, cru, en un mot. Le monde moral est réellement à l'état atomistique. Nous sommes environ quinze millions de Français mâles et majeurs qui représentent environ quinze millions de principes. Nous ne comptons ni les femmes ni les enfants, qui ont bien aussi les leurs, ainsi que l'expérience a pu l'apprendre à chacun. Nous sommes catholiques ultramoniains, catholiques gallicans, catholiques révolutionnaires, luthériens, calvinistes, Israélites, chrétiens libres et n'appartenant à aucune église, rationalistes modérés croyant à la possibilité d'un compromis avec la foi, et rationalistes entêtés repoussant tout compromis, déistes, voltairiens, athées, panthéistes, légitimistes de toutes nuances, constitutionnels, républicains, socialistes de toutes les dénominations. Ajoutez, pour compléter ce pandémonium intellectuel, que la même confusion qui règne dans la société, règne au dedans de chacun de nous. Non-seulement il serait fort difficile de trouver deux contemporains dont les principes pussent s'accorder ensemble; mais il serait

grandes aberrations delà raison humaine, le mysticisme, le panthéisme et le matérialisme. Gela

fort difficile aussi de rencontrer un individu qui soit en paix avec sa conscience, et soit parvenu à se mettre d'accord avec lui-même. »

Quelques pages plus loin M. Montégut caractérise ainsi les générations qui s'élèvent : « Les générations qui nous ont précédés avaient encore quelques-unes des qualités qui font pardonner les erreurs et les vices; mais les générations qui grandissent chaque jour, et celles mêmes qui entrent à peine dans la vie nous promettent de racheter amplement la mollesse et la lâcheté de leurs pères, qui n'ont pas eu le courage d'être hardiment dépourvus de tout sentiment moral, et de toute sollicitude pour les intérêts qui ne sont pas ceux de la matière. Ces enfants font frémir. Ne cherchez en eux rien de jeune, aucune de ces illusions élevées, aucune de ces insouciances charmantes qui caractérisent la jeunesse. L'âge de la chevalerie, qui était passé depuis longtemps, survivait au moins chaque année avec l'éclosion des générations qui entraient dans la vie; mais aujourd'hui les réalités prosaïques ont remplacé pour les jeunes hommes toutes les illusions dont ils se nourrissaient autrefois. Ardents, rapaces, impitoyables comme des usuriers bronzés par le métier, sans tendresse comme de vieux soldats qui ont vu trop de douleurs et de massacres pour être aisément émus, ils mettent dans la poursuite de la richesse la même âpreté qu'ils mettaient jadis dans la poursuite du plaisir. Ils n'ont pas de passions, pas

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est si vrai, que toutes les fois que l'une d'elles s'est introduite, à lasuite dequelquehérésiarque, dans le christianisme, le judaïsme ou le maho-

d'amour; leur cœur est vide el leur sang est froid. Tremblez lorsque vous serrez leurs mains, car ils sont redouiables comme s'ils avaient beaucoup vécu. Il semble que leurs pères leur aient légué avec leur sang toutes les expériences, toutes les désillusions, tous les scepticisuies accumulés de cinq ou six générations. Ils n'ont de foi qu'en une seule chose, l'argent; ils n'ont d'autre Dieu que la richesse, et ne reconnaissent pas d'autre puissance. Souples, adroits, rusés, ils déploient, afin de faire fortune, de faire leur chemin, une activité, une énergie, une assiduité, comme jamais moine n'en mit à repousser les pièges du démon, et à déraciner de son cœur tous les instincts du vieil homme. Rien ne les trouble, rien ne les détourne de leur but ; ce qu'ils ne comprennent pas, ils l'abandonnent : la curiosité n'est pas au nombre de leurs défauts. Ils voient passer sans s'émouvoir les révolutions et les événements politiques ; cela ne les regarde pas. Ils n'ont pas les vices de leurs qualités, et ils n'ont pas les qualités de leurs vices ; ils savent s'abstenir, et ils n'aiment pas l'abstinence ; ils sont actifs, et ils n'aiment pas le travail; dissolus, et ils n'ont pas le sens du plaisir. Tel est le portrait malheureusement très fidèle, nullement exagéré, des générations qui s'élèvent. » (Emile i^Iontégut, Perspectives su?" le temps présent. Revue des Deux-Mondes, XXV^ année, seconde série de la nouvelle période, t. IX, mars 1855.)

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. h11

métisme, la mort volontaire s'y est glissée à sa suite. Nous avons rappelé les suicides des Sadducéens et des Thérapeutes chez les juifs, et ceux des disciples de Karmath et du Seigneur de la montagne chez les mahométans. Les longs jeûnes et les supplices volontaires que s'imposaient les premiers mystiques chrétiens et les cénobites des déserts de l'Egypte, dans le but de plaire à Dieu et de gagner le paradis, ne rappellent-ils pas les atroces pénitences desSannyâsîsde l'Inde? L'ardeur avec laquelle ils se présentaient d'euxmêmes au martyre, dans les temps de persécution, qu'était-elle autre chose sinon un suicide déguisé, si expressément défendu par saint Augustin au commencement du v^ siècle? On connaît encore la fureur avec laquelle les Donatistes Girconcellions se donnaient ou se faisaient donner la mortjCspérantobtenirainsi la couronne du martyre etla récompense que Dieu promet à ses élus (1). Enfin, que dire des Quiétistes ou mystiques du

(1) <• Ils recherchaient le martyre avec une sorte de fureur; ils se jetaient en troupes sur les catholiques et les payaient pour se faire tuer par eux. Ceux qui avaient de la fortune donnaient tout ce qu'ils possédaient, afin qu'on les

XVII* siècle, qui en étaient arrivés à pratiquer la contemplation à l'instar des dévots Yoguis des bords du Gange ou des Thérapeutes juifs, et qui furent condamnés en 1687 par le pape Innocent XI (1).

fît mourir. Ils allaienl par les chemins et forçaient ceux qui les rencontraient de les tuer.

» Ils aimaient mieux se donner la mort que faire un acte de communion avec un catholique.

» On les voyait tantôt se précipiter du haut des montagnes, tantôt craignant leur propre faiblesse, et qu'on les engageât à se réunir aux calhoUques, ils allumaient eux-mêmes un bûcher, s'y précipitaient et mouraient avec joie.

» Tous les jours, la terre était teinte du sang de ces malheureux ; tous les jours on voyait des troupes d'hommes et de femmes gravir les montagnes les plus escarpées, et s'élancer au milieu des rochers et des précipices.

» Le peuple honorait leurs cadavres comme l'Église honore les corps des martyrs, et célébrait tous les ans le jour de leur mort comme une fête.

» Ils tâchaient de justifier leur mort volontaire par l'exemple de Razias, et mouraient persuadés qu'ils allaienl recevoir la couronne du martyre. » (Plucquet, Dict. des hérésies^ des erreurs et des schismes', Paris, 1742, article Donatistes et Circoncel lions.)

(1) La doctrine de MoUnos sur l'anéantissement de l'âme en Dieu ou quietisme , semble une contrefaçon des pratiques

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C'est donc dans une religion saine, éclairée, bien entendue, et aussi éloignée du fanatisme ou

employées par les dévots contemplatifs des bords du Gange pour arriver à leur identification avec Brahme : & Alors, dans ce triple silence de pensées, de paroles et de désirs, se trouvant dans un sommeil spirituel, dans une ivresse mystique, ou plutôt dans une mort mystique, toutes les puissances suspendues sont rappelées de la circonférence au centre : Dieu, qui est ce centre, se fait sentir à l'âme par des touches divines, par des goûts, par des illaps, par des suavités ineffables. Ses affections étant ainsi émues, elle les laisse reposer doucement , et trouve un délicieux repos qui l'établit

au-dessus des délices et des extases, au-dessus des plus belles manifestations, des notions et des spéculations divines. On ne sait ce qu'on sent; on ne sait ce qu'on est. » (De la Bruyère, Dialogues sur le Quiétisme, Dial. II.)

Voici encore un passage très significatif: « Une âme spirituelle doit être indifférente à toutes choses, soit pour le corps, soit pour l'âme, soit pour les biens temporels et éternels; laisser le passé dans l'oubli, et l'avenir à la Providence de Dieu, et lui donner le présent. L'abandon de i'âme doit aller jusqu'à agir sans connaissance, ainsi quune personne qui n est plus. L'âme ne se sent plus, ne se voit plus; elle ne voit rien de Dieu, n'en comprend rien, il n'y a plus d'amour,

de lumière, ni de connaissance Cette âme ne se sentant

pas, n'est pas en peine de chercher ni de rien faire ; elle demeure comme elle est; cela lui suffit; mais que fait-elle?

du mysticisme que de l'indifférence, qu'on trouvera le préservatif le plus réel et le plus efficace delà mort volontaire. Cette conclusion si importante s'accorde d'ailleurs complètement avec les intérêts les plus positifs de notre ordre social tout entier. Nous avons cité, quelques pages plus haut, de longs fragments du remarquable article de M. Emile Montégut, sur le temps présent. Nous avons vu dans quelle effroyable anarchie d'idées

Rien, rien, et toujours rien. L'indifférence de celte amante est si grande qu'elle ne peut pencher ni du côté de la jouissance, ni du côté de la privation. La mort et la vie lui sont égales; et quoique son amour soit incomparablement plus fort qu'il n'a jamais été, elle ne peut néanmoins désirer le paradis, parce qu'elle demeure entre les mains de son époux

comme les choses qui ne sont point L'oraison parfaite

de contemplation met l'iiomme iiors de soi, le délivre de toutes les créatures, le fait mourir et entrer dans le repos de Dieu. II est en admiration de ce qu'il est uni avec Dieu, sans douter qu'il soit distingué de Dieu: il est réduit au néant, et ne se connaît plus ; il vit et ne vit plus ; il opère et n'opère plus; il est et n'est plus. » (De la Bruyère, lac. cit., Dialog. V, VI et VII.) N'est-il pas évident que de semblables pratiques, continuées avec persévérance ne peuvent avoir d'autres conséquences que l'oubli et l'abandon de tous les devoirs sociaux et une mort prompte et anticipée ?

et de doctrines nous nous agitons depuis près de cent ans. Cet état ne peut durer sans amener do terribles catastrophes. On commence à le comprendre ; tout le monde sent vaguement qu'il est temps de s'arrêter sur cette pente glissante, et qu'après avoir tout changé, tout usé, tout démoli, le moment serait enfin venu de renouer la chaîne des traditions, et de redonner à notre époque un peu de celte foi religieuse, sans laquelle le respect des grands principes moraux, sur lesquels toute société repose, va toujours s'affaiblissant. C'est là une oeuvre longue et laborieuse, à l'accomplissement de laquelle doivent tendre incessamment tous les esprits d'élite et toutes les forces sociales.

Déjà fort heureusement quelques symptômes favorables se manifestent dans le monde intellectuel et moral. Les sciences, les lettres et les arts échappent peu à peu à l'impulsion que leur avait imprimée le xviii' siècle, et cherchent de nouveaux horizons. Il semble que la raison humaine s'affaisse sous le poids de son orgueil et de ses vaines théories. Elle sent que le but et la signification des choses lui échappent, et que les principes qu'elle tire d'elle-même n'ont ni sanction ni autorité suffisantes pour s'imposer à tous.

Aussi la voit-on parfois tourner vers Dieu ses regards éperdus, et demander à sa providence la solution des grands problèmes qui agitent le monde. L'impulsion est donnée; Dieu aidant, le temps fera le reste.

Mais en attendant que l'œuvre s'accomplisse, la plaie toujours saignante du suicide demande des remèdes plus prompts et plus appropriés au présent. Nous avons indiqué ces remèdes, et nous avons prouvé, croyons-nous, que le retour à une application rigoureuse des lois canoniques contre le meurtre de soi-même serait d'une utilité certaine et immédiate. Nous avons établi en même temps, et en nous appuyant sur des motifs puissants et irrécusables, que la législation civile pourrait intervenir d'une manière efficace; d'abord en inscrivant l'acte du suicide parmi les délits ou les crimes, ensuite en interdisant d'une manière absolue la publicité donnée par la presse aux faits de mort volontaire. L'exemple du passé et l'observation des faits nous donnent la ferme conviction que ces mesures, qui rentrent pleinement dans les droits et les attributions des pouvoirs publics, auraient une efficacité sérieuse, et arrêteraient un grand nombre de malheureux sur les bords de l'abîme.

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