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Totaux.
On y remarquera d'abord une confirmation nouvelle de la loi d'accroissement progressif du suicide, dont nous avons déjà si souvent paiié. 11 existe dans, chacune des régions une différciMte quelquefois énorme entre le premier et le dernier terme de l'échelle. La région du nord se distingue surtout par une augmentation de plus d'un Uers, qui porte plus particulièrement sur
le département de la Seine et les départements environnants. Ainsi, de quelque façon que nous examinions nos chiffres, nous arrivons toujours a cette conclusion remarquable , que les suicides augmentent chaque année dans des proportions définies et avec une régularité surprenante. Qui se serait altendu îi trouver une régularité semblable dans la reproduction d'un acte qui paraît si intimement lié a la volonté de Thomme? D'un autre côté, n'a-t-il pas été démontré , depuis longtemps , que les différents crimes obéissent^ dans leur accomplissement, a un certain nombre de lois presque aussi constantes que celles qui régissent le monde physique ? Ne semblerait-il pas , d'après ces faits , que nous sommes incessamment soumis a l'action de causes mystérieuses dont nous subissons , à notre insu , l'influence pour ainsi dire fatale? Ces causes existent, en effet, et ne sont autres que les circonstances extérieures ^ dépendantes des climats, des saisons, des habitations, etc., les mœurs, les lois, les coutumes , les institutions , tout ce qui , en un mot , influe d'une manière quelconque sur l'état physique ou moral de l'homme dans le milieu social où
AVEC LA VOPULATION. 25
il est destiné a \ivre. Mais s'il est impossible de nier que ces influences si diverses tendent à restreindre la liberté humaine , il n'en est pas moins vrai que rhomme possède en lui-même l'énergie nécessaire pour réagir incessamment contre elles. De là une lutte continuelle entre ces forces aveugles qui tendent a l'opprimer, et la volonté libre et intelligente qui modifie et atténue leur action dans le but de le soustraire a leur empire. De la encore l'importance , nous oserions presque dire la nécessité des études statistiques, qui seules peuvent nous éclairer sur leur mode d'action et nous mettre sur la^ voie des moyens a employer pour les combattre. Il est donc démontré que le nombre des suicides augmente tous les ans, non pas seulement dans le pays en général, mais encore dans les différentes régions dont nous avons précédemment indiqué la distribution, 11 s'agit maintenant de comparer entre eux les nombres fournis par chacune de ces régions. Pour rendre cette comparaison plus facile, nous représenterons ces nombres par 100; nous aurons alors les proportions suivantes, qu'on trouvera indiquées dans le IV^ tableau.
IV* l'ÂBLEÀU. Distribution annuelle des suicides dans les dnq régions. — Nombre proportionnel réduit à 100 comme terme de comparaison.
AfINÊBS.
Nord.
Est.
Olle^t.
Centre.
Sad.
Totaux.
Seine.
iS
iJi
IG
Moyenne.
me régularité dans la distribution
Nouâ retrouvons encore ici la même constance
annuelle des suicides. C'est a peine sil'on observe di»i8 quelques régions une différence de 2 k 5 centièmes d'une année à Tautre. Une observation importante ; qui frappe plus encore dans ce tableau que dans les deux précédents , c'est que la région du nord compte a eUe seule la
àyeg la populatioh. 37
moitié à peu près des suicides qui se commettent en France tous les ans. Le département de la Seine y figure à lui seul pour un sixième. Ces faits acquièrent une importance nouvelle lorsqu'on étudie le suicide dans ses rapports avec la population 01^ tableau). La région du nord s'y trouve encore au premier rang. On y compte en moyenne 1 suicide sur 6,A.83 habitants , tandis que dans la région de l'est , qui vient immédiatement après , on n'en compte que 1 sur iâ,8^5. La région du sud est la mieux favorisée sous ce rapport; elle n'a eu que 1 suicide sur 20,&57 habitants. C'est surtout dans ce tableau qu'on reconnaît l'influence désastreuse de Paris et des passions qui s'agitent et bouillonnent dans son sein, sur la production et l'augmentation progressive des suicides. En 1836, le département de la Seine t eu 1 suicide sur 2,667 habitants, et 1 sur 3,300 en
Cette proportion a offert quelques variations pendant la longue série d'années embrassée par nos chifires. Ainsi , après être descendue , en 18&3, à 1 suicide sur 2,168 habitants, en 18&7 a 1 suicide sur 1,955 hsd)itants , elle s'est
relevée, en 18/i5, aa chiffre de 1 suicide sur 2,553 habitants, et en 1848 à celui de 1 suicide sur 2,837 habitants.
Mais ces variations , insignifiantes en ellesmêmes, ne peuvent changer en rien la différence énorme qui existe sous ce rapport entre Paris et le reste de la France, et les conclusions qui en découlent sont tout aussi évidentes et légitimes.
// semblerait donCy au premier abord ^ comme on le prétend assez communément , que Vagglomération de la population dans les grandes viUes tend à favoriser la propension au suicide. Cette proposition est-elle vraie dans sa généralité , ou bien la fréquence si remarquable des suicides qu'on observe à Paris tiendrait*- elle à d'autres causes plus intimes et plus directes ? C'est ce qu'il importe de bien déterminer avant d'aller plus loin. Le tableau suivant va nous aider a résoudre cette question difficile.
AVEC LA POPULATIOM.
V* TABLlilAU. Distribution des luiciàes obtervés de 1836 à 1852 dans chaque département ; leur rapport avec la popuiatioit.
2 Spine-ct-Oiw.,
3 Oise
â Seine-ct Mai'n,
6 Marnr
î-lnfér. ,
7 Aisne
B Aube. . . . .
) Loirel- . . . .
ù Earfr-cl-LoIr. .
5 Indrc-el-Liire.
6 Yonne, .
2,3.'il'a3
B,7f)2'M 7,076' /Il 7,690; 8,075 lùS 3,313llfi4 S,S2S 45
8,51)9' 9,ii7ù' 9,j2âj 9,695!
1 Cliai
-Inf.
'i Meurlhe. .
4 Vaucliisi; .
5 Orûme . , i Nord . . .
7 CharL'DIe .
3 GÛle-d'Oi-.
) Mdseili'. . .
I llAs-Itliin . .
hlliiin .
10,07^1 lO.SSUpS 10,a9in5i 10,3"
[liidiir
ViciiJiC. . . .
Ui'us-Stvres..
laule- .Munie.
■'inisiÈre . . .
(Jard
Inilre
Vosges , . . .
Sïflnc-EI-
Gironde.
llauti?3-.4
Isftre. .
Cher . . . , lordogoe. ,
Morbiliau.
Orne. . .
C;ilïados . .
Loire- infiir.
Mtvrp. , . , IMrauli. . .
10.ZiGG^5(i ZiBSl 1ff,7S0 " ,628 11,305158 553 11,Ù97 B9 5G5 II,Q18 6U C13 12,'2i2|Gl 5H7 i;>,DOg G2 Ci}Lea-i!ii-i\or<I Tlit 13,335 83 Antie, 57a 13,67(1 eu Allier.
13,972 1/1,012 lû.ioo 1EI.3DS (Û.ÙOl
,[m ia,827
1().B37 17.102' 17,509 17,88S IB.eiiS 19.220 19,eDi I9.8i7 19,872!
■n.7hT,
BAPPOBT DU SOICIDB
MajeniH Pyrénfies-Or.
Basses -Pyrdn.
Vend de.
Landeii.
IlIc-ei-Vilainc.
Loi.
Manche. .
168 28,7 3^0 29,gi 23û|aO.Oi 212 30,3i 195 32. 8'
H'e Garonne.
'Creuse . . .
Lozère . . .
Canial. . . .
Pli y -de -Dôme.
llaiiie-Loirc.
Gers
Pyr^ndea
Corse
3fi,968
II suffit de jeter tes yeux surce tableau pour se convaincre que les départements qui fournissent le plus de suicides, eu égard à leur population, sont loin d'être ceua) qui renferment les villes les plus importantes. Ainsi nous voyons partout se placer immédiatement après le département de la Seine, ceux qui en sont le plus rapprochés par leur position géographique, quelles que soient d'ailleurs l'étendue et la population de leurs principales villes. Ce sont d'abord les départemenis de Seine-et-Oise, de rOise et de Seine-et-Marne, qui ont compté le premier, 1,936 suicides, ou en moyenne 1 sur
ATBG LA POPULATIOM. Si
k,0k5 habitants; le secend^ 1,/i80(l sur /i,&89); et le troisième, 1 ^57(1 sur&,5â8), dans l'espace de dix-^sept ans. Viennent ensuite ceux de la Marne (1,30;-^ suicides, oui sur &,690 habitants), de la Seine ' Inférieure (1,890 suicides, ou 1 sur 6,6/iO habitants), de l'Aisne (1,386 suiddes, eu 1 sur 6,69& habitants), de l'Aube (656 suicides, ou l^sur 6,792 habitants) , du Loiret (772 suicides , ou i sur 7,076 habitants) , etc. Les villes les plus imporlantes de quelquesuns de ces départements offrent une population qui s'élève a peine de 6,000 à 12,000 habitants. Ce sont : Melun (Seine-et-Marne), qui ne compté que 6,622 habitants; Laon (Aisne), 8^&00 habitants ; Beauvais (Oise), i2,ft&0 habitants. Si nous nous éloigi^ons dayantage de Paris, nous trouvons encore les suicides au moins aussi fréquents dans lés départements dont les villes principales sont : Ëvreux (9,963 habitants), Chartres (U,/t30 habitants), Blois (13,138 habitants), Auxerre (il,&30 habitants), Barle-Duc (12,&96 habitants), Cfaaumont (6,318 habitants), Épinal (9,078 habitants), que dans les départements où se trouvent les^ villes de : Montauban (25,/K>0 habitants), Clermont
32 RAPPOUT. DU SUICIDE
(28,600 habitants), Rennes (29,680 habitants), Saint-Étienne (33^054 Ivabitants), Caen (39,140 habitants), Montpellier (35,825 habitants), Nîmes (41,266 habitants), Toulouse (59,630 habitants), Nantes (87,191 habitants), et Bordeaux (109,467 habitants). (Voy. le V« tableau). Une autre observation très intéressante, déjà faite par M. Guerry, milite en faveur de cette opinion. En étudiant la distribution du suicide constatée d^ 1827 h 1830, cet observateur distingué avait trouvé que de quelque point de la France que l'on parte^ le nombre des morts volontaires s'accroît régulièrement àmesure qvfon avance vers la capitale. Cette loi nous paraît désormais hors de toute contestation sérieuse. Les faits que nous apportons a l'appui sont assez nombreux et embrassent une période d'années assez considérable pour ne plus laisser le moindre doute à cet égard. Ainsi notre V® tableau démontre dé la manière la plus évidente que le nombre des suicides augmente à mesure qu'on avance vers Paris, qu'pn parte de Lyon ou de Strasbourg, de Toulouse ou de Rodez, de Bordeaux ou de Nantes, etc. On ne trouve que très peu d'exceptions a cette règle, et encore sont^Ues tout a fait
AVEC LA POPULATION. 5ft
insignifiantes. Ainsi, en partant de Lyon , on traverse successivement les<lépartement8 de Saône* et-Loire(i suicide sur 16,221 habitants), ou de l'AUier (1 suicide sur 23,950 habitants); de h Côte-d'Or (1 suicide sur 11,918 habitants), ou de la Nièvre (1 suicide sur 20,850 habitants); de l'Yonne (1 suicidé sur 9,07/i. iiabîtants), de Seine-et-Marne (1 suicide sur A.,538 habitants) et de Seine-et-Oise (1 suicide sur /i:,0&5 habitants). Il en est de même des départements suivants que parcourt successivement la route de Strasbourg à Paris : Meurthe (1 suicide sur 10,329 habitants), Meuse (1 suicide sur 9,325 habitants), Marne (1 suicide sur A.,690 habitants), Seine-et-Marne (1 suicide sur i!i,538 habitants), Seine-et*Oise (1 suicide sur liyOl\& habitants). Ainsi encore de Toulouse, Lot (1 suicide sur 28,773 habitants), Corrèze (1 suicide sur 21,881 habitants) , Haute- Vienne (1 suicide sur l/i,6i!i2 habitants), Indre (1 suicide sur l/i,827 habitants), Loir-et-Cher (1 suicide sur 9,595 habitants), Loiret (1 suicide sur 7,076 habitants); et enfin Seine-et-Oise (1 suicide sur &>0&5 habitants).
C'est donc un fait constant, les suicides sont
5A hv SUICIDE
d*amtant plus mmbreuœ tkins chaque éépartemmU^ que celui-ci est plus rappreché de Paris j quelque soit (d'aiUeurs l'état plus ou moins prospère die son oommeroé et de son industrie, ou Tagr glomération de sa populatîfcm. il existe cependant ii cette règle une exception remarquable déjà signalée. par M, Guerry : C'est peur les sept ou huildépartements les plus rapprochés de Marseille, sur lesquels ceUe viUe^ qu'on peut à bon droit regarder comme la métropole du midi de la Fraûce, exerce la mêsie influence que Paris sur W reste du pays . ( Voy . le V® tableau . )
fff. Il« riaflii«iic« tftt éÊÈMUMî Éiir Ui pro4tiCtlM
ém «nleidle.
Les détails dans lesquels nous menons d'outrer sur la distribution géogn^phique du suicide s'accordent peu avec l'opinion de Montesquieu sur l'influence qu'exerceraient les c^matssur la reproduction plus ou moiiîis fréquente de cet acte. Comme nous le disions en commençant, ot gtai^d écrivain trouvait dans h clin^at sombre, froid et humide de l'Angleterre, dans sota aUii»ospbère toujotiirs chargée de brouillards,
SELOn LBS CLIMATS. 85
rexplîcatîon de la facilité avec laquelle les Anglais se tuaient déjà de son temps. Mais-, comme Ta fait si t>ien observer Esquirôl, le suicide était à peu près inconnu dans la Grande-Bretagne au nrifoment où les Romains en firent la conquête, tandis qu'il était au contraire très commun en Italie a la même époque. Cependant le climat n'a pas changé, que nous sachions, en même temps que les morts volontaires devenaient très fréquentes en Angleterre et relativement très raires en Italie. Les faits historiques s'accordent ici complètement avec les données de l'observation contemporaine. 11 est incontestable, d'un autre côté, que le suicide est beaucoup plus rare en Eussie qu'en Angleterre et en France, quoique le climat y soit plu> froid et pliis rude. Le tableau suivant, extrait d'un travail de M. Baibi (1), milite encore contre cette opinion. D'après ce savant géographe, le nombre des suicides était a celui de la population dans le rapport suivant, en 1827, dans les pays indiqués ci-contre :
(1) LafkonarMe françaiêe comparée auœ principaux ÉtaU du globe.
France..
Monarchie prussienne .
Empire d'Ântriche. . . .
Empire rosse
Etals-Unis : New-Tork. •
— Boston. . .
— Baltimore •
— Piilladelpbie
Isaicide par 20,740 babiunu.
Ces noinl>res ont sans doute beaucoup changé depuis 1827. Mais, d'après ce que nous avons vu pour la France, tout tend a nous faire croire que les proportions sont restées les mêmes. Ajoutons-y quelques autres chiffres plus significatifs encore^ recueillis par M. Schœn(l), sur la statistique comparée des suicides dans les divers gouvernements de la Russie. Dans ceux de ces gouvernements qui sont situés entre le ASf et le 5k^ degré de latitude , on a compté, en 1&19 et 1820, 1 suicide sur o8,882 habitants. Dans ceux , au contraire , qui sont compris entre le 54« et le 64* degré , il n'y en a eu que 1 sur 56,577 habitants , et cependant ces derniers sont plus peuplés et soumis à un climat plus rigoureux. Ils renferment de plus les deux capitales de la Russie, Saint-Pétersbourg et M oscomt. Tout se réunit donc pour démontrer que Vin-
(1) Statistique générale et raisonnéede la civilisation eurox péenne. Trad. par Dumont , Paris, 1834» in-12«
fluence des climats sur le développement du pen^ chant au suicide est au moins extrêmement faible. On devra même la regarder comme à peu près nulle ^ si l'on se reporle à ce que nous avons dit précédemment de L'accroissement progressif du nombre des suicides , tant en France que dans les antres pays.
S III. De rinflaence des miIsobs «nr la prodaclioa
du siileide.
11 faut donc chercher ailleurs que dans l'influence des climats *la cause des différences qu'on observe quelquefois d'un pays a un autre dans le nombre des suicides. Cette cause, la trouverons-nous dans les conditions atmosphériques dépendantes des différentes saisons de l'année? Cela n'est guère probable, ainsi que nous le verrons bientôt. Cependant , il est reconnu depuis longtemps que les changements des saisons exercent une action très puissante sur notre organisation tout entière. 11 semblerait donc , au premier abord , qu'on aurait quelque raison de supposer que cette action n'est pas entièrement indifférente dans la question qui nous occupe. La plupart des médecins qui ont
^& m} SUICIDE
fait des rochévches sur ce sujet s'accordent, êa effet, a reconnaître que certaines saisons ont uoe influence réelfe sur la fréquence plus tiu moins grande du suicide. Mais cette influence n'a jamais été déterminée d'une manière exacte, ni démontrée ^ar des observations assez nombreuses pour être concluantes. Il est donc trfe» important de recbercber dans quelles proportions la masse considérable de faits qui ont déjà servi à nos calculs se sont distribués dans les différentes saisons de l'année. (Vôy. le VI« tableau, page 99.)
Il résulte évidemment de l'examen de ce tableau, que toutes les saisonsne sonfpas^égalementtfavorables au développement du pèncbant au suicide. Quelques écrivain^,- trop confiants dans l'opinion de Montesquieu , et dans leurs inductions- tliéoriques sur l'influence d'un elimat sombre , humide et froid dans lia production des passions tristes et mélancolitpies , (Mt prétendu que l'automne est la saison pendant laquelle^ on observe le plus grand nombre 4e suicides. Ë'étail^ l'opinion de Gheyne, en Âagletewei et d'Ossiander, en^ Mlemagne^ M%iis cMte opinion a'élait appuyée par eua^mr aucun
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JUJilJllJJIJllililË
a i ^ ■ : i itiii 1
fait positif. Esqnirol s'est beaucoup plus rapproché de la vérité. Parmi les malades qui sont admises journellement à la SalpêUrière , il s'en trouve, tou4 les ans, un certain nombre qui y sont amenées après avoir fait des tentatives de suicide. Esquirol en a fait un relevé très exact pendant.six ans , et s'est assuré que leur nombre était plus considérable pendant les grandes chaleurs et au printemps , et plus rare pendant l'automne. M. Falret, venu après lui , ne partage pas complètement cette opinion. Sans apporter de nouveaux faits a l'appui , il en revient à accorder une influence prédominante à l'automne, saison pendant laquelle, dit^l, «la » nature ofire un aspect désolant; tout dispose » à la rêverie , les passions tristes prennent un » notivel empire, et la mélancolie survient (1).» Ces considérs^tions théoriques, toutes spécieuses qu'elles sont, perdent toute valeur devant l'autorité plus puissante des faits et des chiflres qui précèdent. Ainsi, comme dans le relevé d'Esquir(^, les suicides constatés par l'administration de la justice se distribuent dans l'ordre suivant:
(i) Falret, De l'hypochondrie et du suicide , p. 28.
Compte-reihki. Compte r. EtquiroL Eiq«irol(l). Trimestre de janvier. 11,688 22,4 U^ 21,9
Trimestre d'avril. . • 16,005 30,7 58 30,2
Trimestre de jatUei. 16401 27 0 61 31,7
TrimesUe d'octobre. 10,332 19,9 31 16|2
Le printemps et l'été sont donc les deux saisons pendant lesquelles on observe le plus de 8i;iicides. L'automne ne vient même qu'après rhiver. D'après le relevé d'Esquirol, Tété occuperait le premier rang, tandis que nos chiflfres le placent au contraire au second. Cette diflférence tient sans doute a l'exiguïté des nombres sur lesquels M. Esquirol a basé ses calculs, et nous avons tout lieu de croire que l'ordre indiqué dans notre tableau est le véritable. Ciar cette distribution ne se retrouve pas seulement dans la somme totale des suicides compris dans notre Vl« tableau, mais aussi, comme il est facile de s'en convaincre, dans chacune des années qu'il embrasse, et cela avec une constance et une régularité remarquables. 11 y a même plus ,. on y remarque, de mois en mois, une progression alternativement croissante du mois de janvier
(I) Esquirol , ^. Cf t., p. 579.
ftf 015 SCfCIDE
aux meiê de juin et de juillet, et décroissante du mois de juillet à celui de décembre. Ici encore nous trouYons la conSrihatioa de cette loi si importante, que les faUs moraux^ pris en masse et considérés d'une manière générale^ obéissent dans leur reproduction à des lois tout aussi positives que cdtes qui régissent' le monde physique.
11 ne ftiudrait pas cependant attacher trop d'in^of tance à l'étude de cause» aussi indirectes e^ aussi éloignées. 11 existe très certainement dé» prédispositions individuelles plus puissantes^, telles que les circonstances d'âge, de sexe ou de profession^ etc., dbnt il nous importe beaucoup plus encore de déterminer le mode d^action et la portée. Nous allons nous en occuper successivement.
nr. IttAi^iiiBifrde Viige «aria protfuciMoii d« mleMe.
liia- question , de Fâge des suicidés est encore ti*ès obscure. @« a dit, et c'est l'opinion la plus génâralemeni? adoptée, que le suicide est plus fréquent de vingt à quarante ans qu'à tout autre âge delà vie. Cet acte, dit-on, est presque tou«^ jours le résultat de l'exaltation des passions
SELON LBS kms. fti
portées quelquefois jusqu'au délire. Acetitre^ il doit nécessairement être rare dans Tenfance. Cependant on a vu parfois des enfants tourmentés parTenTie, ou corrompus de bonne heure par des habitudes honteuses^ tomber peu k peu dans un marasme physique et moral qui les ^ conduits presque fatalement au suicide ou k la folie. Il semblerait même que les exemples de cette démoralisation précoce tendent à se multiplier tous les jours. On trouve disséminées dan» les écrits sur la folie, et dans les journaux de médecine, un grand nombre d'observations d'enftnts qui se sont suicidés a Tâge le plus ten*dre, a huit ou neuf ans, par exemple. Des ren* seignements statistiques, précieux sous ce rapport; sont consignés dans lin travail curieux de M. Brouc, intitulé': 6*ofm(Mra^ton^mr 1er suicides de notre époque (1 )*
M ^ Brouc a constaté que sur la somme totale des- suicides observés k Paris de 4*794 à 1823, 3' sur 100 seulement ont été commis par des individus âgé» de moins de 15 ans, et 8 sur 100
(i) AnHal98 é^h^iène^ publique H dir rrMMn&*Ugak'f PAris, 1086, p. 226 €t' soiT.
44 pu SUICIDE
par des individus âgés de 15 k 20 ans. Sur ceux au contraire qui ont été constatés, dans la même ville, de 1830 k 1834, 24 sur 100 ont été commis avant Tâge de 15 ans^ et 38 sur 100 de 15 k 20 ans, ce qui donne pour ces deux périodes la proportion de 1/34 k 1/4 parmi les individus âgés de moins de 15 ans, et de 1/13 k 1/3 k peu près parini les seconds; c'est-k-direqueles premiers ont été huit fois moins nombreux que les seconds dans un cas, et cinq fois moins dans l'autre. Malgré cette augmentation remarquable des suicides chez les enfants, dans ces dernières années, il n'en est pas moins vrai que celui-ci ne devient réellement fréquent qu'après la pu-^ berté. Le tableau suivant le démontre de la manière la plus évidente. ( Voy. le Vll« tableau.)
11 semblerait) d'après ce tableau, que le nombre des suicides augmente constamment depuis l'enfance jusqu'k Tâge de cinquante ans, pour diminuer ensuite rapidement et devenir très rare dans l'extrême vieillesse* Ainsi , dans l'espace de dix-sept ans, il n'a été constaté que 721 suicides, ou environ 42 par année, accomplis par des vieillards âgés de plus de quatre^ vingts ans. Esquirol ayant relevé l'âge de 198