NOMS
des
▼ILIISX)!) PAYS.
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(les écoliers
par habitants.
Boston. • • New-York. - Prusse. . • Philadelphie Autriche. • France. . , Russie. • .
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des suicides
par habitants.
iUMU 15,875 20,900 20,740 A9,182
■OTENNB
des écoliers.
MOTBRNB
des suicides.
Les chiffres de ce tableau se rapportent à la période d'années comprise entre 18S7 et
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iS^f et selon toutes les probabilités, les résultats auraient été analogues, si l'on avait renouvelé les mêmes observations pour la période eomprise entre 1836 et 1852. Nous pouvons donc poser comme une loi générale que depuis très longtemps la fréquence des suicides est en raison directe de V état de IHnstruction. Les mêmes résultats s'étant reproduits a des époques différentes , et dans des pays placés dans des conditions si diverses, il nous semble bien difficile de ne voir là qu'une simple coïncidence , un fait purement accidentel. Est-ce à dire pour cela qu'il soit nécessaire d'arrêter le mouvement remarquable imprimé depuis quelques années a l'instruction des masses. Non , sans doute , nos cliiffrcs condamnent beaucoup moins l'instruction en elle-même que la direction vicieuse qui lui a été donnée depuis le commencement du siècle.
En effet, les enfants apprennent dans les écoles primaires, la lecture, Técritureet Torthographe; un peu de calcul, de géographie et d'histoire ; quelquefois un peu de musique, et puis c'est tout. Rarement, bien rarement s'occupe-t-on de former leur cœur à mesure qu'on développe leur esprit. De leurs devoirs et de
lènirs dniiu eutntne hommes ei comme citoyens, il n'en édt nullement question. Que des exem*^ pies pernicieuÉ développent en eux des instincts mauvais , et pervertissent leurs caractères , on ne ^'en inquiète guère $ c'est, dit-*on, l'affaire de là religion et de l'éducation religieuse. Que sous l'influence d'une instruction aussi incomplète et d'une éducation vicieuse ou k peu près nulle, toute foi ^'éteigneen eux, ou prenne la forme de superstitions ridicules! Quele jugement se fausse, que la raison s'égare, que le sentiment du bien^ du juste et de l'honnête languisse ou prenne une direction mauvaise I Qu'importe ! la société ne s'est^elle pas acquittée envers eux , en leur donnant cette instruction première que nous avons indiquée plus haut ?
Et l'on s'étonnera si l'instii^uction dispen^ sée d'une main aussi avare , si l'éducation mo« raie abandonnée aux seuls efforts de la nature, ou aux soins d'une corporation à peu près étran* gère aux idées et aux besoins des sociétés mo^ dernes, restent si souvent stériles , ou produis sent trop fréquemment lecontraire decequ'on en attendait! On s'étonnera si , devenus hommes ^ ces enfants trouvent dans desiectures faites sai»
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choix et au hasard, les germes d'une corruption précoce qui réagit ensuite sur toute leur vie ! ?i'est-ce pas la la cause de cet oubli facile de tous les devoirs sociaux, de ce relâchement des liens de la famille, de cette démoralisation profonde dont nous voyons si souvent les tristes suites ?De la encore, sans aucun doute, la perte de toutes les croyances, l'abandon des idées et des pratiques religieuses, cette ressource suprême du pauvre , au milieu des labeurs de chaque jour. De là , entin, une haine sourde contre la société, un profond dégoût de la vie, un désespoir incurable, qui amènent si souvent celui-ci au suicide, celui-là au crime, cet autre à la folie. Combien eût mieux valu que cette instruction vicieuse , la sainte ignorance du pauvre d'esprit de l'Évangile , qui s'accompagne presque toujours d'un bon sens remarquable , et surtout de la tranquillité du cœur el du calme des passions !
Dans une sphère plus élevée, l'éducation universitaire, quoique plus complète, est encore entachée des nxêmes vices. De quoi s'occupe-t-on>en effet, dans les collèges ?0n enseigne aux enfants le grec et le latin, on sacrifie à cette étude huit
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OU neuf des plus belles années de la vie. À peine si dans ces huit ou neuf ans, on trouve le temps de leur donner quelques notions extrêmement incomplètes sur les sciences les plus utiles : les mathématiques, la physique, là chimie. On les parque par centaines dans des espaces étroits et quelquefois insalubres ; on les abandonne, sous la surveillance de maîtres d'étude insuffisants ou incapables , a toute la fougue de leurs instincts naissants , a tous les dangers de l'exemple dont la contagion funeste développe trop souvent chez eux les plus détestables habitudes. Pourvu qu'on ait de nombreux prix au concours général, qu'importe que quelques-uns s'épuisent dans un travail ingrat et au-dessus de leurs forces, que d'autres en plus grand nombre s'abrutissent dans un abandon coupable? Qu'importe que leur santé languisse, que leur corps s'étiole dans une inaction funeste, que leur cœur se perde d'une manière peut être irrévocable ! Les fortes études et le développement complet de Tintelligence le veulent ainsi, dit-on, et Ton ne s'aperçoit même pas qu'on abandonne au hasard le développement des facultés morales et la direction des passions. Ce que doit produire une semblable
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négligeuce, on le comprend sans peine, et les Iristes exemples en sont tous les jours sous nos yeux. L'homme yaut plus par le cœur que par l'esprit, et lorsque celui-ci est corrompu de bonne heure » quels fruits attendre des dons même les plus brillants de l'intelligeiice.
Est^il besoin d'aller chercher ailleurs l'expli» cation de ce fait , inexplicable au premier abord, que le nombre des suicides est sept fois plus considérable aujourd'hui qu'il y a trente ans chez les enfants âgés de moins de 16 ans, et douze fois plus chez les jeunes gens de 16 a 20 ans (page 3&). Esquirol a réuni dans son livre un certain nombre défaits de ce genre, singulièrement caractéristiques. « Un jeune homme, » dit-iU laisse un écrit avant de se tuer, dans » lequel il accuse ses parents de l'éducalion » qu'ils lui ont fait donner ; un autre blasphème V contre Dieu et contre la société; un troisième » se tue parce qu'il n'a pas assez d*air pour res- » pirer à son aise. Deux jeunes littérateurs , a » l'âge de vingt et un ans, s'asphyxient parce y qu'une pièce de théâtre qu'ils ont faite en » commun n'a point réussi. Un enfant de treize » ans se pend et laisse un écrit qui commence
» par ces mots î Je lègue mon âme à Rousseau , » mon c&rps à la terre (1) !! » Souvent les motifs les plus futiles, un froissement d'amour- propre, suffisent pour amener chez de mattieureut ênftints les suites les plus funestes. M. Falret rapporte l'observation d'un enfant de douze ans qui se pendit de dépit de n'avoir été que le douzième aune composition où il espérait un meilleur rang (2). Nous en- avons connu un autre qui se pendit à l'âge de treize ans dans un caehot oh il avait été renfermé injusteinent.
Ces grands enfants qui sont, au sortir du collège, complètement étrangers k ce qui les entoure, à ce qui doit les intéresser tôt ou tard , comment supporteront^ls, dans la suite, les orages des passions et les épreuves si diverses qui les attendent? Et doit-on s'étonner s'ils pensent au suicide dès qu'ils éprouvent quelque chagrin oa quelque revers, eux qui ont appris k ne voir que le néant au delà de cette vie? Doiton s'étonner si le relâchement de tous les principes de probité et d'honneur est si souvent la
{i ) Esquirol , Des maladies mentales sous les rapports médical^ hygiénique et médico-légal, Paris, 1838, t. T, p. 588. &) Falret, loc, cit., p. 41.
Selon l'instruction. S7
tmie conséquence decesdoctrinesdésQliintes, et sîalor» un «i grand nombre «'abandonuQpt sant frein a iQutGi laura passion» • si aucun scrupule ne les arrête toutes les fois qu'il s'agit d'acçroîtr§ leu^ fortune,, ou d'augmenter la somme de leurs plaisirs? Insensés qui croient ainsi trouver le bonheur», et qui n'aboutissent que trop souvent k lamine de leur santé, de leur fortune,quelque>fois do leur honneur» à un dégoût profond de touteschoses, et en dernière analyse» au suicide. On méconnaîtrait complètement nos inten*!* tiens, si l'on nous supposait la pensée de faire icile procès à l'Université, qui a rendudaus tous les temps de si grands services a la société tout entière. Mais nous sommes de l'avis d'un grand nombre de bonsesprits, qpitrpuvept que l'organisation des établissements universitaires n'est pas à la hauteur des besoins de notre époque» Le gouvernement impérial l'a compris ainsi , sans doute, lorsqu'il a ordonné la réforme des études , accomplie il y a deux aijs ; lorsqu'il a voulu généraliser et remettre en honneur, dans les lycées, les exercices gymnastiques,etc, C'est la un progrès sans doute, et un progrès important; mais que de choses en^r# à ré&rmer d^s le
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régime intérieur des établissements d'instruction publique ou privée. On y sacrifie partout et systématiquement , pour ainsi dire, le corps à l'esprit, les facultés morales a Tintelligence. On oublie trop cet aphorisme des anciens. Mens sana in corpore sano. C'est pour cela qu'il nous semble très important de distinguer l'instruction de l'éducation, lorsqu'on veut étudier leurs rapports avec la production du suicide. Il nous semble impossible de douter, après les nombreuses recherches statistiques qui précèdent, que l'instruction ne soit pour beaucoup dans l'accroissement effrayant du nombre des morts volontaires depuis quelques années ; sait-once qu'il adviendrait, si une forte éducation morale était partout appelée à compléter U culture de l'intelligence? L'enfant n'est pas naturellement mauvais et corrompu. Sa nature singulièrement mobile et malléable presque à Tinfinise prête avec une facilité merveilleuse k toutes les impressions bonnes ou mauvaises auxquelles il est soumis. Il a été mis hors de doute, depuis bien longtemps, que les en£ant8 devenus hommes ne sont que ce que l'éducation et l'exemple les ont faits. Aussi reviendrons-nous sur cette influence salutaire
DtS MOYENS DK SUICIDK. 88
de réducation, lorsque nous nous occuperons des moyens' à employer pour arrêter le déve* loppement du funeste penchant qui fait le sujet de ce travail.
S ¥111. InstnaMStii mm Mioyens de Mitelde.
Nous avons déjà dit bien des fois que les actions humaines sont soumises h un certain nombre de lois générales dont Texpérience et Tobservation des faits nous démontrent l'existence. Nous allons en trouver une nouvelle preuve dans l'étude des instruments ou moyens de suicide. « Rien de plus arbitraire , » dit M. Guerry (1) , de plus libre en appa- » rence , que le choix des moyens h l'aide des- » quels on se donne la mort. Cependant , ce » choix est influencé a notre insu par l'âge, le »sexe, la condition sociale, et une multitude » d'autres circonstances souvent très difficiles a » apprécier. 11 n'y a pas ici plus de hasard » que pour ce qui se rapporte a la distribution D des crimes ou des autres faits de statistique ;
(i) Essai sur la statistique morale de la France , p. 6S.
90 DKS MOYENS
» et pour peu que les observations soient nom'* » breuses , quelques éléments bien connus peun vent servir à déterminer une partie des » autres. Nous allons en citer un aicemple
» remarquable A chaque âge, Thomme
» fait choix de moyens particuliers pour se » donner la mort : dans la jeunesse, il a recours p à la suspension , que bientôt il abandonne pour i> les armes à feu ; à mesure que sa vigueur s'af* » faiblit^ il revient aux premiers moyens, et » c'est ordinairement par la suspension que finit » le vieillard qui met fin à aon ei^istence. »
Ces conclusions sont appuyées sur la com* paraison des suicides commis dana la ville de Paris pendant un certain nombre d'années. Esquirol avait déjà fait les mêmes observationit sur les moyens employés par les femmes aliénées entrées a la Salpêtrière après avoir attenté à leurs jours (1). « Le pistolet et le poi- »gnardy dit^il, sont les instruments dont se » servent les hommes. Les femmes ont rarement >} recours a ce moyen : elles se pendent , se A noient, s'asphyxient ou menaoent de le faire. »
(i) Bsqoirol, he. eil. v t. l, p. 602.
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Kl plus bas il ajoute : €<Ordinaff ement les instru* » ment s que ces infortunés emploient sont anaslogues a levtrs professions, ce qui est une » preuve de la spontanéité de leur déterminastion. Les militaires, les chasseurs, se brûlent » la cervelle; les perruquiers se coupent la gorge 9 avec le rasoir; les cordonniers s'ouvrent le » ventre avec le tranchet, les graveurs avec le » burin; les blanchisseuses s'empoisonnent avec clapotasse, le bleu de Prusse, ou s'asphyxient » avec le charbon. y>
Ces assertions théoriques , quelque vraisem blables qu'elles soient, auraient eu besoin d'être appuyées sur des faits, et nous en avons vainement cherché dans le mémoire d'Esquirol. Nous avons dit précédemment combien étaient fortes, et injuste^ en même temps , les défiances de cet illustre médecin contre les relevés fournis par l'administration de la justice; et c'est sans doute par suite de cette défiance qu'il s'est privé de documents précieux qui, seuls cependant > pouvaient le mettre sur la voie de la vérité. On trouvera, dans les deux tableaux suivants, le résumé, pendant dix-sept années, de ces documents qui ont manqué à Esquirol, et qui sont
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loins de confirmer toutes ses assertions. (Voy. les deux tableaux XIV et XV).
S'il est quelque chose qui ait le droit de nous surprendre, c'est la régularité extraordinaire, nous devrions presque dire effrayante, qui règne au milieu de tous les chiffres qui entrent dans la composition du XI V^ tableau. Chaque année apporte k cette table funèbre son même contingent de morts volontaires par submersion, par strangulation, par les armes a feu, par asphyxie, à l'aide des instruments tranchants, de la précipitation ou du poison. Chaque année voit se reproduire des genres si divers de suicide dans les mêmes proportions, et selon toutes les probabilités avec des circonstances analogues. 11 y a plus encore, chaque année voit un nombre presque identique d'hommes et de femmes recourir aux mêmes moyens de destruction. Une telle concordance entre les résultats obtenus pour chacune des années comprises dans la période qui a servi a nos recherches n'est-elle pas un indice certain qu'on la verrait se reproduire k toutes les époques et chez tous les peuples, a la conditian cependant que les circonstances ordinaires de la vie sociale ne seraient pas trop changées?
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