‹ Du suicide; statistique, médecine, histoire, et législationChapitre 28 sur 60 · S DES CAUSES DÉTERMINANTES · texte numérisé non relu

S DES CAUSES DÉTERMINANTES

de lifi^l, qui représente dans notre tableau la somme des suicides motivés par le désir de se soustraire a des souffrances physiques devenues intolérables, il en reste encore 16,013 qui ont été déterminés par une affection mentale. Ce chiffre, qui forme plus du tiers de la somme totale (réduite k&5y651 parla soustraction des 6,/t75 suicides dont les motifs sont restés inconnus), nous paraît encore au-dessous de la réalité. Car, quelque convaincu que nous soyons du peu de fondement et du danger de l'opinion des médecins qui voient toujours dans le suicide une preuve de folie, nous n'en reconnaissons pas moins que, de toutes ses causes immédiates, celle-ci est la plus fréquente et la plus énergique. Personne n'ignore combien les familles sont intéressées à cacher a tout le monde l'état de folie de l'un de leurs membres, et par cette seule cause, bien des erreurs ont dû se glisser dans les renseignements pris par les officiers du parquet.

Nous trouvons une autre cause d'erreur dans ce fait incontestable, que la folie n'entraîne pas toujours un trouble de l'intelligence assez marqué pour devenir appréciable à tous les yeux. Il

est même certaines formes de cette affection qui laissent au malheureux qui en est atteint toutes les apparences de la raison; qui lui permettent de vaquer avec suite à ses affaires, de s'adonner quelquefois avec succès aux travaux physiques ou intellectuels les plus difficiles. 11 est des hallucinés qui conservent, au milieu des sensations dusses et désordonnées qui les obsèdent, assez de force et d'empire sur eux-mêmes pour les cacher, quelquefois pendant plusieurs années, à leur propre famille et a leurs amis les plus intimes. C'est une lutte continuelle entre la raison et la folie dont nul ne connaît les longues vicissitudes ou les cruelles angoisses, jusqu'à ce que celle-ci l'emportant, amène une funeste catastrophe. Et encore dans ce cas, est-il quelquefois bien difficile de découvrir les véritables motifs d'une détermination aussi inattendue. Voici quelques exemples qui nous feront mieux comprendre.

IV* Obsbbvation. — Nous connaissions, il y a quelques années, un médecin distingué, qui s'était fait une belle position k un âge encore peu avancé, parles seules ressources d'un talent généralement reconnu, et d'une remarquable

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énergie de volonté et de caractère. Nous avions des relations fréquentes avec lui pendant les derniers mois de sa vie, et jamais nous n'avions eu occasion *de remarquer, ni dans ses paroles, ni dans ses actions, rien qui pût faire soupçon* ner chez lui le moidre dérangement des facultés intellectuelles ou morales. Il était, du reste, généralement estimé j il jouissait d'une santé parfaite, et possédait en apparence, du moins, tous les éléments du bonheur. 11 avait un fils qu'il aimait tendrement, et à l'éducation duquel il avait veillé avec une rare sollicitude. Enfin cet enfant venait d'être nommé, dans un rang distingué, élève d'une des écoles du gouvernement, lorsqu'un matin^ son père, chez lequel on n'avait remarqué la veille rien qui pût faire craindre une semblable détermination, fut trouvé mort dans sa chambre. Le suicide était tout a fait incontestable ; tous les préparatifs en avaient été faits avec un soin et une prévoyance qui annonçaient un sang-froid remarquable, et semblaient témoigner de l'intégrité de la raison du docteur F...

Cet acte paraissait donc complètement inexplicable. Personne ne connaissait au docteur

F... le moindre sujet de chagrin. Il laissait ses affaires dans un ordre parfait, et les avait réglées lui-même en faisant son testament, quelques moments avant de mourir. L'avenir de son fils était assuré depuis quelques jours. Enfin à force de recherches, nous apprîmes que M. F.,, était tourmenté par une hallucination singulière qui ne l'avait quitté qu'a des intervalles devenus tous les jours plus rares, depuis plusieurs années. 11 voyait une vache noire qui se tenait derrière lui, le menaçant de ses cornes, et le suivait partout, chez lui, dans la rue, dans les salons, qu'il fut seul ou en compagnie de plusieurs personnes. Le docteur F... avait la pleine conscience de la vanité de cette vision, dont il av^t ri d'abord, qui l'avait fatigué plus tard, et avait fini par lui devenir tout k fait insupportable. 11 connaissait parfaitement le phénomène de l'hallucination ; et dans l'espoir de s'en débarrasser, il en avait fait la confidence a un médecin, de ses amis, de qui nous tenons ces détails, et dont le traitement n'avait eu aucun succès. Le docteur F... lui avait plusieurs fois dépeint sa position sous les couleurs les plus tristes. Aussi ne nous paraît-il pas douteux que cette

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