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je la dévorai avec aaxiété ^ je Tappris par cœur, et je me crus sauvé ; mais je devais éprouver encore bien des désappoiotemeots.
» Les bains de rivière, les bains de siège froids, produisirent une impression fâcheuse sur la vessie el les vésicules séminales: quand j'entrais dans l'eau, je sentais ces réservoirs se contracter spasmodiquement^ et Turine^ que j'étais obligé de rendre, contenait un nuage abondant et floconneux, dû à la présence d'une grande quantité de sperme.
» Les lotions froides ne produisirent qu'un effet momentané.
» Les lavements froids excitèrent dans le rectum un ténesme insupportable, accompagné de gêne et de pesanteur; ils favorisèrent l'expulsion des matières fécales en provoquant les contractions du rectum; mais ces contractions spasmodiques étaient bientôt suivies de celles des vésicules séminales et d'une perte abondante de semence. Je ne puis assez dire combien les lavements froids m'ont fait de mal.
)) La glace que je pris à l'intérieur en grande quantité me donna du ton pendant quelque temps ; elle fit cesser la constipation et provoqua
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des érections énergiques; mais elle amena bientôt une inflammation de la vessie et de la prostate, qui se manifesta par une pesanteur douloureuse du côté du rectum, par des élancements derrière le pubis, un besoin fréquent et irrésistible d*uriner, un dépôt glaireux et puriforme très abondant, qui adhérait fortement au fond du vase.
9 Les applications de glace sur les lombes et au périnée eurent les mômes résultats.
') Le quinquina, Teau de Spa et les toniques produisirent de bons effets pendant un jour ou deux y mais ils augmentèrent bientôt l'irritation de la vessie et du canal; ils rappelèrent la constipation.
» Attribuant à la pression des matières fécales les pertes séminales qui avaient lieu pendant la défécation, je résolus d'employer le procédé mis en usage par le professeur Boyer contre les fissures de Tnnus; en conséquence, je fendis moimême, devant une glace, les sphincters avec un lithotome que j'avais fait faire exprès. L'expuU sion des matières fécales devint plus facile ; mais les perles séminales n'en furent pas diminuées.
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» J'appliquai des cautères aux lombes et au périnée, pour combattre les douleurs fixées vers le col de la vessie; j'essayai Turtication et même Tacupuncture, pour faire cesser les contractions spasmodiques des vésicules séminales, que je sentais très distinctement, surtout quand j'étais assis; elles faisaient mon désespoir, parce qu'elles annonçaient une pollution inévitable. Ces divers moyens réussirent pendant quelque temps, mais leur effet ne fut jamais durable.
»Je prenais souvent des lavements avec la décoction de têtes de pavots pour calmer l'irritation des organes génitaux et me procurer un peu de repos.
D Rien ne peut rendre l'anxiété et le désespoir que me causaient ces longues nuits sans sommeil. Lss rêves les plus affreux, les idées les plus noires , me conduisaient sans cesse à la pensée du suicide. C'était toujours avec terreur que je voyais arriver le moment de me coucher, et j*attendais l'arrivée du jour comme un bienfait. C'est surtout contre ce supplice que j'employais les lavements narcotiques; mais ils augmentaient la paresse du rectum et le relâchement des organes génitaux. D'ailleurs ils provoquaient de vio-
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lenls maux de tète et troublaient les fonctions digeslives; ils augmentaient la somnolence habituelle qui me tourmentait pendant le jour, et qui me rendait incapable de toute occupation sérieuse.
» C'est dans cet état de nullité complète, sous tous les rapports, que j'arrivai à Montpellier en 1824, profondément dégoûté de la vie.
» La cautérisation que vous m'avez pratiquée sur la portion prostatique de Turèthre a été rapide, et ne m'a pas causé autant de douleur que je m'y attendais; seulement, pendant vingtquatre heures , l'émission des urines fut pénible et accompagnée de quelques gouttes de sang. Au reste cette douleur franche^ quoique bien plus vive que celle que j'éprouvais avant, me paraissait beaucoup moins désagréable , elle était accompagnée d'un sentiment de force qui me donnait du courage.
» Dès ce moment il s'opéra dans tout mon corps une révolution complète. De cette' époque commença pour moi une nouvelle existence , il me sembla qu'un nuage épais cessait d'envelopper mon cerveau.
» Au bout de huit jours mes urines étaient
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limpides y leur émission avait lieu avec force ; les selles étaient rendues avec facilité et ne s'accompagnaient plus de pertes séminales. J'éprouvais dans le canal, la vessie et le rectum, une vigueur qui me remplissait de confiance. Le sommeil revint. Je pus bientôt manger de tout, et mon appétit fut vorace. Les érections eurent une énergie que je n avais jamais remarquée.
» Peu de temps après je pris les eaux de Bagnères-de-Bigorre; elles ne me produisirent pas l'effet que vous en attendiez ; elles me don* nèrent une grande sécheresse à la peau, du dévoiement et des épreinles; elles rappelèrent l'irritation delà vessie, et avec elle, les pollutions : mais les eaux de Gauterets dissipèrent tous ces accidents, et j'ai conservé le reste de l'année Tamélioration produite par la cautérisation. L'eau de Spa, la glace et les applications froides me firent aussi beaucoup de bien, depuis cette époque.
» Au printemps de 1825 j'éprouvai un retour de rirritation vésicale et prostatique ; je l'attribuai à l'influence de la saison. La seconde cautérisation que vous me pratiquâtes alors, fut aussi efficace que la première, et les eaux de Barèges
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me firent encore plus de bien que celles de Cautcrets.
» En 1826, j'éprouvai, toujours au printemps, un léger retour des anciens symptômes. Cette fois je me cautérisai moi-même, et je fus aux bains d'Aix en Savoie où ma santé se rétablit encore.
» Enfin en 1827, j'éprouvai un nouveau dérangement aux approches du printemps. Il me survint au sein gauche un gonflement dur et douloureux, qui augmentait dune manière lente et insensible. Je ne savais à quoi rapporter cette tuméfaction, qui m'inspirait de vives inquiétudes, lorsqu'il me vint à la base du gland une végétation en forme de chou-fleur, qui me rappela le chancre que j'avais eu à la môme place. Les pilules de Sédillol, que vous me conseillâtes, firent disparaître la tumeur du sein et la végétation du gland. Mais je n'en pris pas moins le muriated'or et le sirop de salsepareille, que vous m'aviez recommandés pour plus de sûreté.
» Depuis lors ma santé n'a plus éprouvé la moindre atteinte, et je dois dire môme quelle est aujourd'hui pins robuste qu'à aucune autre époque de ma vie. Je ferais encore certainement, «otiA-
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totis les rapports, ce que je n'aurais pu faire à 20 ans. Les érections sont plusénergiques^réjaculation n'est plus précipitée ; elle est accompagnée de sensations dont la vivacité m'était inconnue. Mes fonctions intellectuelles ont acquis une vigueur nouvelle ; si elles eussent été en aussi bon état lorsque je me* trouvais sur les bancs, ma carrière n'eût probablement pas été aussi bornée.
» Toutefois je m'estime fort heureux d'être délivré de l'épouvantable maladie qui, pendant 21 ans^ a empoisonné mon existence. J*en suis d'autant plus surpris que je dois y avoir apporté une disposition héréditaire.
» Après avoir éludié sur moi-même les symptômes qui accompagnent les pollutions diurnes, je ne tardai pas à les remarquer sur mon père, et j'appris que depuis 30 ans il éprouvait des pertes séminales abondantes en allant à la selle, pertes dont il n'avait jamais soupçonné le caractère ni la gravité, et auxquelles j'attribuai son état valétudinaire pendant ces 30 années.
» En effet, j'ai eu le bonheur de le guérir en le menant avec moi à Âix, et quoiqu'il eût 65 ans, il en éprouva une amélioration physique et morale qui dure encore. Je dois ajouter que je ressemble
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à mon père d'une manière frappante. J'aurais cru mon histoire incomplète si je n^avais pas fait mention de ce qui le regarde. »
Nous n'avons rien retranché de cette longue ob« servation, et nous avons rapporté avec des détails presque minutieux celle qui nous est personnelle, parce qu'elles nous ont paru d'un intérêt capital dans la question qui nous occupe; car autant nous attachons d'importance aux recherches statistiques lorsqu'il s'agit d'étudier les faits généraux de la science de Tbomme, autant les observations individuelles recueillies avec un soin infini^ nous semblent propres à éclairer Thisloire particulière des maladies- C'est ici surtout qu'il est vrai de dire avec Morgagni : Neque enim numerandœ sunt^ sed perpendendœ. ... observaliones.
Avons-nous besoin maintenant de faire ressortir toute l'importance de ces deux faits tant au point de vue d'une théorie générale de la folie, qu'au point de vue pratique? Ce n'est pas ici le lieu d'une semblable discussion, qui d'ailleurs nous entraînerait beaucoup trop loin. Constatons seulement que les faits de ce genre sont loin d'être rares, et que c'est à peu près le cas de
tous les hypochondriaqiies chez lesquels on observe un penchant plus ou moins prononcé au suicide. Lo mémoire que nous avons rappelé plus haut est consacré tout entier au développement et à la démonstration de cette proposition. Nous n'avons donc pas à le refaire aujourd'hui. Mais comme notre but est surtout d'appeler l'attention des praticiens sur une cause de suicide jusqu'ici complètement méconnue, nous demanderons à nos lecteurs la permission de mettre sous leurs yeux , en terminant , la conclusion générale à laquelle Tétude attentive des faits nous a conduits :
« On pourra regarder comme affecté de spermathorrée tout aliéné chez lequel , avec des irrégularités inexplicables dans la marche de la maladie, on observera les symptômes suivants : souffrances physiques plus ou moins anciennes, bizarres et très irrégulières dans leurs manifestations, mal déBnies dans leur nature et leur siège ; propension instinctive, irrésistible à la tristesse^ à la mélancolie, et plus tard au suicide ; transformation graduelle et tous les jours plus complète du caractère, des idées, des affections, des habitudes; affaiblissement, parfois
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très prononcé, de rintelligence, etsurlout de la force morale ; inaptitude au travail ; irrésolu-» Uon et inconsistance habituelle dans les idées et la conduite; tendance à l'isolement et à la solitude; susceptibilité extrême, entretenue par la crainte du ridicule et l'interprétation erronée des actes, des gestes, des paroles des personnes avec lesquelles le malade est en rapport ; enfin, disposition invincible au soupçon, à la défiance, dans laquelle sont enveloppés, <n la longue, les parents et les amis les plus chers (i). »
Avant de terminer ce chapitre, il nous resterait à dire quelques mots d'une maladie qui parait être une cause fréquente de suicide. Nous vou* Ions parler de la pellagre. Mais cette maladie, très commune en Italie, est excessivement rare en France (2), et nous n'avons jamais eu Toccasionde lobserver; M. Brierre de Boismont en a publié en 1832 une description détaillée dans laquelle il constate que dans les différents hôpitaux d'aliénés
(1) Des pertes séminales involontaires et de leur influence sur la production de la folie,
(2) L. Marchant, Documents pour servir à l'étude de la peU lagre des Landes, Bordeaux , 18/i7.