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sont forcément qglissés qui sont venu fausser les conclu-
Dee
sions. Ces facteurs faux ont naturellement mené à des solutions fausses, car mal définir ou ne pas définir c’est se priver de toute base exacte d’appréciation, c’est s’interdire le moindre contrôle sérieux.
Le premier devoir, en la matière, est donc de donner, on pourrait dire de rendre, au mot « Suicide » sa véritable signification, son interprétation scientifique. Ce sera, du même coup, déterminer les limites de notre sujet. Ce sera rejeter hors d’un cadre trop vaste, trop général, toute une série d’actes qui n’ont avec le suicide qu’une ressemblance toute artificielle : nous voulons dire la spontanéité de la mort.
Comment définir le suicide ?
Rejetantla définition & posterrorr, nous adopterons celle a priort.
Voici ce que nous entendons par là:
La méthode « a posteriori » consiste à examiner le plus grand nombre possible de faits semblables et de cette étude à déduire une définition qui sera l’énoncé de leurs caractères communs. En un mot c’est une synthèse, une moyenne de toutes les observations. On conçoit combien c’est s’en remettre au hasard et combien une telle définition peut-être incomplète si certains faits saillants échap- pent. On a ainsi un résumé des caractères propres au suicide obtenu par tâtonnements, mais non une unité pouvant servir de base à ure étude.
La méthode « à priori » consiste à examiner successivement les différentes définitions qni ont été données du mot, à les analyser, et enfinen se servant du travail an-
térieur à établir de premier chef sa définition propre.
Alors que la méthode « & postériori » n’est qu'une ré duction des différentes choses que l’on a observées, la méthode « à priori » consiste à poser. d’abord l’énoncé du problème que l’on veut résoudre. On établit la « mesureétalon » avec laquelle on examinera les différents faits qui se présenteront à l’examen.
A pénétrer un peu plus avant les choses, nous voyons que la première méthode, tout en revêtant l’aspect d’une définition n’est en somme qu’une conclusion. Elle est la déduction résultant de examen des faits, alors qu’une définition doit être, au contraire, une base d'appréciation. |
La seconde s’attaque directement aux définitions déjà proposées, et qui ont été établies par la méthode à postertori. Elle se construit, non au moyen des choses ellesmêmes, mais avec l’idée que l’on se fait de ces choses. Nous voulons dire par là que toute définition étant une synthèse, donc un résumé des observations, c’est à cet extrait non aux choses examinées que l’on demande la véritable définition.
Ceci établi, on fait la seconde opération, le deuxième temps de cette méthode. On étudie successivement la valeur des mots employés dans cette définition, afin de rejeter ceux qui par une signification trop vagueou équivoque permettraient de considérer comme suicides des actes qui n’appartiennent pas à cette catégorie de choses.
De ces deux méthodes, il faut bien le reconraître, la première est la seule possible au début d’une étude de faits nouveaux non encore définis. Alors, en effet, il se présente à l'examen de qui veut lés étudier une série
NPA": cuRe
d'actes qui semblent avoir, entre eux, une ressemblance frappante et par les causes quiles produisent,et par la façon dont ils s’exécutent, et par les résultats qu'ils représentent. Pour les distinguer, leur créer une existence sciéntüifique propre, bien à eux, on leur donne une appellation qui les résume pour la plupart. À son tour, le public extra-scientifique s’empare de celle-ci, mais de façon particulière. Se contentant de caractères superficiels, n’approfondissant pas ce qu'il voit, il joint aux faits vraiment bien dénommés une infinité d’autres qui n’en ont que « le masque » et, pour la commodité du langage, il les réunit tous sous le même titre.
C’est en présence d’un tel amalgame que l’on se trouve lorsque lon veut faire une étude sérieuse, véritablement scientifique. Il faut alors reprendre tous ces actes, les analyser, les discuter pour faire entre eux une distinction, et faire cela non seulement pour les actes, mais encore pour les définitions dûes à l’autre procédé. La définition, qui en sera extraite, deviendra une véritable mesure-étalon qui servira à reconnaître les morts violentes qui méritent véritablement le nom de suicides et à rejéter celles que nous avons appelées des pseudosuicides.
Ainsi la seconde méthode, la méthode à posteriori, celle qui repose sur la discussion, si elle est la seconde en date est aussi la plus sûre. C’est celle dont nous allons nous servir.
Comment définir le suicide ? Nous dirons :
« C’est le fait par lequel un individu se donne ou se
« laisse donner la mort à lui-même, de par son unique
po
« volonté, soit par un acte soit par une abstention con- «traire à la vie et cela pour mettre fin à une exis- « tence qu’il prévoit impossible dans son cas particu- « lier. »
Nous allons examiner successivement les différents termes de cet énoncé. Nous ne tiendrons pas compte des diverses définitions que l’on trouve dans les dictionnaires. Elles ne sont pas de notre cadre et, en second lieu elles n’ont pas en vue le but que nous poursuivons. Que sontelles en effet ? une simple explication du mot avec bien souvent, comme dans le cas présent, l’idée morale qui s’y attache. Il est facile de comprendre que nous ne nous y arrêterons pas.
Dans le cas présent, définir c’est cadrer son sujet, en tracer es limites, par conséquent, c’est indiquer les points qui peuvent intéresser la discussion. « Suicide » égale « sui, cœædes » égale « meurtre de soi-même » c’est l'acte de lindividu qui se tue lui-même.
Lorsqu'on se trouve en présence d’un cadavre, la première question qui se pose — et que souventd’ailleurs on ne vous laisse pas le temps de poser — est celle-ci : « De quoi est-il mort ? » A ce'te question on répond : « Il est mort de telle ou telle chose», ou bien: «il s’est tué». Aussi le caractère primordial du suicide, celui qui domine toute la question par sa brutalité physique, c’est donc le fait d’avoir reçu la mort de soi-même. Ceci, c’estla constation immédiate. Elle entraîne des explications. L’individu tué, s’est-il donné lui-même la mort, tel est le cas du suicide ordinaire. Nous verrons à propos de l’étude morale du
suicide,que, suivant les psychologues et les romanciers, il
peut exister des cas où l'individu se fait donner la mort.
Mais même sans parler de ces faits extraordinaires, bizarres, à mentalité douteuse, il existe d’autres morts qui méritent le nom de suicide et cependant la victime ne s’est point donné elle-même la mort. Il s’agit du suicide à deux ou plusieurs. Quelquefois sans doute, dans cette circonstance, et si l’on a affaire à deux adultes, il peut arriver qu'ils se servent successivement de la même arme. Il n’en est pas ainsi généralement : l’homme tue d’abord la femme puis se tue et l’on comprend que fréquemment, par suite de l’émotion due à son acte, il se manque et ne fait que se blesser plus ou moins grièvement. Si ce sont gens mariés avec enfants, les parents les tuent d’abord, avant de se donner à eux-mêmes la mort, s’ils se servent d’armes; en cas d’asphyxie tout le monde meurt ensemble. Mais tous, s’ils sont en âge de raisonner, ont le désir de mourir et bien souvent les parents, qui, ayant échappé à la mort, ont à répondre devant la justice de celle de leurs enfants, ont pu, à juste titre, invoquer le libre consentement de ceux-ci.
Le second caractère du suicide est la volonté de se donner la mort. Le suicide est son propre but à lui-même. C’est parce que l’on veut périr, que la mort ainsi obtenue mérite le nom de suicide. Il faut de plus que ce désir, cette volonté, soient propres à la victime, que ce soit elle qui ait décidé. Tout fait de pression enlève à la mort de cette sorte un de ses caractères fondamentaux. C’est à la suite d’une discussio?, d’une balance entre le « vaut-il
mieux vivre ? » ou « vaut-il mieux mourir ? » et dont le