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soliloque d’Hamlet, le fameux « 70 be or not to be, that is the question ? » est le prototype, c’est à la suite d’une telle discussion, dis-je, qu’est résolue la mort. Le suicide est la solution du problème, la résultante d’hésitations dans un sens et dans le sens contraire. Il faut donc rejeter toute mort qui ne correspond pas à ce caractère. Nous appuyons sur cette donnée, car, dans ces derniers temps, on à voulu introduire dans ce cadre, des morts qui, selon nous, ne sont point du tout de son ressort: nous voulons dire les aliénés d’une part, et de l’autre les martyrs, et sous le nom de martyrs on entend tous les gens qui Se sacrifient à une idée.
Or, répétons-le, notre définition tout entière n’étant pas discutée, mais qu'importe, le suicide est son but à luimême.
Voyons pour ce qui est des aliénés. Sans empiéter sur ce point que nous voulons traiter plus loin et plus longuement, Je vais dire pourquoi, jamais la question d’ « aliénation » n’eût dû entrer dans la question « suicide ». Le suicidé veut sa mort. C’est son but, c’est ce vers quoi converge tout son être. L’aliéné au contraire est l’individu qui a perdu tout libre arbitre, qui est à la disposition d’une puissance extérieure. Dans le cas présent que se passet-il en effet chez le fou ? |
On peut diviser les cinq Sens, qui sont les moyens de communiquer d’un homme avec les autres hommes, en deux classes bien distinctes : d’une part, la vue et l’ouïe, d'autre part le goût, l’odorat, le tact. Nous appellerons les premiers, les sens completsetles seconds des sens incom-
plets.
Ne
Qu’entendons-nous par là ? les mots eux-mêmes l’indiquent. En effet tandis que la vue et l’ouïfe mont besoin d'aucun aide pour nous fournir les renseignements que nous leur demandons, les trois autres sens ont besoin des deux premiers. Il faut, de suite, ajouter que les renseignements fournis par l’œil ou loreille, sont des renseignements simples, c’est-à-dire sans mélange, des sensations simples. Qu’arrive-til si on excite le nerf optique soit par une pression, soit par un choc, une étincelle électrique ? De toutes façons nous obtenons une sensation lumineuse. De même pour l’ouïe, quelle que soit Pexcitation qui s'exerce sur le nerf, c’esttoujours une sensation d’audition qui estobtenue. Voyons, au contraire, ce qui $e passe pour les trois autres sens : le qoût, en même temps qu’il nous indique la saveur des choses, peut nous donner aussi une sensation de douleur, de contact, de forme ; le tact, outre sa fonction, peut nous causer une impression de douleur, de température, enfin l’odorat, outre l'odeur, peut lui aussi être le siège d’impressions de contact. Ainsicontrairement aux trois autres sens qui nous fournissent des résultats divers, l’œil et l’oreille nous donnent des éléments simples et toujours semblables ; en effet, qu'importe l'excitation, choc, pression, ou autre, on a toujours une sensation lumineuse ou une sensation auditive, rien de
plus. Ces deux sens sont essentiellement les sens qui font
Phomme sociable.
Or, chez l’aliéné, ce sont eux deux qui sont surtout atteints. Ce sont eux qui, mis en mouvement par une sorte d’excitation continue, vont fausser ses interpréta-
tions.
a DONULS
Que voyons-nous se passer chez lui ? Cest que le fou subit des illusions et des hallucinations. Et celles-ci sont de deux ordres : visuelles, auditives. Or, sous quelle influence le fou va-t-il se tuer ? Sous celle produite par ces deux sources de sensations. Sans doute, de prime abord, on peut, à cause des dispositions prises pour déjouer la surveillance, supposer le suicide chez l’aliéné. IL n’en est rien, car si l’on recherche exactement les phases de la mort, on constate que cette mort n’a pas été voulue, mais que le maiade a subi une influence extérieure. Parfois il entend des voix qui lui ordonnent de se tuer, etil ne peut résister à cette injonction, quelquefois il voit des assassins qui le poursuivent, et pour leur échapper, il court, il se sauve et par la première issue qu'il découvre il s’enfuit. Cette issue peut être une porte, elle peut être une fenêtre plus ou moins élevée, et il en résulte pour lui, dans le premier cas, une hallucination qui va diminuer pour repren Îre dans ua laps de temps plus ou moins éloigné ; dans le deuxième cas, il trouve la mort et cet accident ressemble à une tentative de meurtre sur luimême.
Dans ces deux alternatives, hallucinations de la vue, hallücinations de l’ouïe, où se trouve le libre arbitre ? Le malade à obéit à des ordres venus du dehors, extérieurs à lui, ou b'en afui devant des ennemis vus imaginairement. On ne peut donc pas prétendre que dans ces conditions la mort violente a été volontaire et qu’elle a été son but à elle-même. Nous poserons donc que le suicide ne méille véritablement son appellation que s’il a été
consent librement par l'individu, et si celui-ci, en se
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donnant la mort, a bien l'intention de se la donner.
Cette condition requise, recherche de la mort, n'exis-
te pas dans d’autres cas que l’on a voulu classer sous la dénomination « suicide ». Nous entendons les morts des martyrs ou celles du soldat sur le champ de bataille. Ici non plus ces individus ne poursuivent pas la mort, ils la subissent comme une conséquence possible mais non forcée.
Comment soutenir que le martyr recherche la mort, alors que les textes religieux sont si formels contre le suicide qu'ils vont jusqu’à dénier à la victime, sinon comme autrefo's la sépulture loin des autres corps, hors de lieu saint, tout au moins les honneurs etles prières de l'Eglise ?
Comment prétendre que le soldat court au suicide, quand les règlements militaires proclament cette mort une « lâcheté » ?
Ils subissent donc cette fia brutale, mais ne la désirent pas, de même qu'ils souffriraient n'importe quelle autre épreuve.Que leur importe! ces deux catégories d'individus n’ont pour but qu'une seule chose : le devoir qui our l’un sera sa foi, pour l’autre l’amour du drapeau. Ils ne les discutent pas et c’est justement faute de cette discussion que l’on ne peut pas dire qu'ils vont à une mort volontaire. Où chez eux le libre arbitre ? où le débat d’où est sortie Leur volonté? Nulle part. [ls vont parce qu’on leur a dit : « Allez ici ou allez là. Faites ceci ou faites cela ». Et bien plus, s’ils peuvent éviter la mort ils le font, celleci n’est donc qu’un accident, plus sérieux que les autres
sans doute, mais y ont-ils même songé ? Probablement
HA
non, où, en tous cas s'ils ont prévu la mort comme un accident possible, on peut dire qu’ils feront tout pour lui échapper. Chez eux ce qui est le mobile de leurs actions ce sont les ordres qu'ils ont reçus, rien de plus. Donc il n’est pas possible de confondre ces individus avec ceux qui ont cherché la.mort pour elle-même.
Nous ne saurions trop le répéter, le suicide n’est tel que s’il est sa propre fin à lui-même. Ici, au contraire, trois choses font différents l’acte du désespéré et celui du soldat, du martyr. En premier lieu, le suicidé se tue pour se tuer, tandis que ce qui fait agir le soldat c’est la gloire, le dévouement et non le « besoin, le goût de la mort ». En outre, ‘dans ce dernier cas, pour si certaine qu’elle soit, la mort n’est pas mathématiquement sûre, n’est pas absolument inévitable. Combien a-t-on vu de héros qui n’ont pas péri lors de l’accomplissement de leur acte de courage ? Enfin, pour eux, le coup fatal leur est donné par d’autres, leurs ennemis ou leurs bourreaux; il dépend donc d’une volonté autre que la leur. En un mot, leur action se nomme sacrifice, héroïsme, mais ne peut s’appeler suicide ni vulgairement ni scientifiquement parlant.
Nous avons, par les considérations qui précèdent, établi une partie de notre définition. On peut l’énoncer ainsi :
« Cest le fait par lequel un individu se donne ou se « laisse donner la mort à lui même, de par son unique « volonté ».
Il semblerait que ceci soit suffisamment complet. Et
cependant si l’on examine de façon plus approfondie, nous
RE
ne voyons figurer queles mots « donner où se laisser donner », qui,tous, indiquent un acte,une activité déployée.Estce à dire que, pour se tuer, il faille toujours déployer de la force ? Certes non et c’est pourquoi nous devons compléter notre phrase. Il est en outre, un autre point que nous devons indiquer, c’est pourquoi une personne met fin à ses jours. Alors seulement notre définition sera complète et différera d’une simple explication du sens d’un mot
Ces deux derniers points à examiner peuvent se résumer en la for:nule brève suivante : le « Comment » et le « Pourquoi » un individu se tue.
Voyons le « Comment » d’abord. Pour arriver à la suppression des fonctions organiques qui font la vie, deux moyens sont en présence qu’on peut dire l’un acüf, l’autre passif.
Soit deux cas :
Dans le premier, un homme, qui a résolu de mourir, prend un revolver, un couteau, une arme quelconque et s’en frappe, ou il se précipite d’un endroit élevé, se Jette à l’eau, ou bien, enfin, il se pend.
Dans toutes ces tentatives, il y a action, il ÿ a mouvement. L’individu est actif au sens propre du mot. Lui, véritablement, se « donne» la mort, par un acte qui tranche le cours de sa vie. Ceci donne un caractère spécial à cette mort violente, à cette suppression brutale de l’être par lui-même. Et pour qu’il réussisse, qu’une intervention en sens adverse ne puisse se produire, il lui faut ou agir vite ou agir dans l'isolement.
Dans le deuxième cas que se passe-t-il? À côté de ces
morts, que nous pourrions dénommer « à grandfracas »,
il en est d’autres plus calmes, plus lentes, plus simples : d’allure, nous sommes tenté de dire plus modestes, ce qui ne prouve pas qu’elles exigent moins de fermeté de caractère, moins d’énergie, tout au contraire.
En effet, si le premier cas se résoud en quelques secondes, tout au plus en quelques minutes, le second nécessite un laps de temps beaucoup plus long, puisqu'il peut exiger plusieurs jours, quelquefois plusieurs semaines, certainement plusieurs heures. Comment cet être va-t-l donc mettre à exécution ses projets funestes ?
Alors que le premier, par un moyen plus ou moins brutal s’opposait à l’exercice de ses fonctions organiques, le second va leur refuser ce qui est utile à leur marche et à leur entretien, et c’est parce qu’elles ne pourront plus réparer leur usure que peu à peu elles cesseront d’agir.
Or par quoi se répare un individu sinon par son tube digestif. C’est lui qui fournit à l'individu de quoi subsister, de quoi subvenir aux besoins de tousses organes. Vientil à ne plus lui donner sa nourriture et l’un après l’autre tous les grands organismes du corps s’arrêteront. En un mot c’est la machine à qui l’on ne fournit plus de combustible. Fini le charbon, finie la vapeur, finie la marche. Et tout s'arrête. De même chez l’homme, manger est le point capital, c’est l'acte physiologique par lequel il suppléera aux déperditions diverses de tout son organisme. S’y refuser c’est donc vouloir la mort, c’est l'appeler aussi bien que si d’un acte violent on supprime les fonctions nécessaires à la vie. Un caractère propre à ce genre de suicide
K Nr Re cest que, pendant son exécution, la victime peut conti-
nuér ses relations avec ses semblables sans crainte de voir compromise la réussite de son plan, sauf le cas cependant, et c’est justement dans celte catégorie d’individus que se fait surtout cette sorte de tentative, où le suicidé est un condamné,auquel cas lasurveillance intervient, mais pour nous peu importe le résultat, du moment que l'intention y est.
A côté de ces deux sortes de mort, il en existe une troisième aux contours moins nets et qui tient le milieu entre elles. C’est ce que nous appellerons le suicide à forme mixte. Celui-ci comporte deux temps: un temps actif, un temps passif. Dans le premier temps, l'individu prépare sa mort, dans le second, il subit les conséquences de la préparation.
Nous disons « subit », car il peut arriver, à cette seconde période que la personne regrette sa décision, mais que, malgré elle, les mesures qu’elle a prises et qui se continuent impitoyablement, se terminent par la mort, tel est le cas de l’être qui cherche la mort par l’asphyxie. À la première périnde elle prépare, — donc elle agit au même titre que celle qui arme le revolver, affute le couteau, ou distille le poison, — tout ce qu’il faut pour entraîner le décès, puis à la seconde période, elle s’immobilise dans l'attente de la mort. Il y a donc bien deux périodes distinctes, que dans notre étude, et par suite dans la définition, nous sommes obligés d'indiquer. Aussi à la définition précitée devons-nous ajouter ces mots, qui résumeront le « comment on se tue »: « Soit par un acte, « soit par une abstention contraires à la vie ».
Reste à indiquer le « Pourquoi » on attente à sa vie.
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C'est ici toute la question d’étiologie à soulever. Nous le ferons dans tout notre travail. Mais, cependant, nous devons dans notre définition indiquer ce point. On a cherché à la mort violente volontaire une quantité de causes aussi bizarres que variées, et l’on conçoit qu'il est impossible d’en énumérer la moindre partie sans faire des oublis qui fausseraient notre énoncé. *
Aussi pour nous borner à une simple indication, nous devons marquer le pourquoi la vie devient à charge à certains. Sans rien. préjuger en faveur d’une opinion quelconque, c’est pour ainsi dire affirmer une vérité que dire que l'individu cherche, dans le trépas, à « mettre fin à une existence qu'il prévoit impossible 5.
Ceci est un axiome tellement vrai qu'il paraît mutile de exprimer, et cela à cause du vique de sa formule. Aussi devrons-nous la réduire, par un membre de phrase qui, pour ainsi dire, indiquera la « personnalité » du suicide. Du reste les mots « qu'il prévoit » indiquent déjà quelque chose de particulier. Pourtant, pour éviter toute équivoque, toute fausse interprétation nous devons compléter cette idée par quelque chose qui la rendra encore plus personuelle. Nous dirons donc : « dans sou cas particulier » ce qui complétera notre énoncé, lequel reviendra dans son ensemble : CRE
« Le Suicide est le fait par lequel un individu se donne « ou se laisse donner la mort à lui-même, de par son uni- « que volonté, soit par un acte, soit par une abstention « contraires à la vie et cela pour mettre fin à une exis-
« tence qu'il prévoit impossible dans son cas particulier, »