‹ Du Suicide: Unité de son étiologie. Son traitementChapitre 20 sur 30 · LOS · texte numérisé non relu

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général, plus marqué chez l'officier que chez son subordonné, et cependant le suicide fait moins de victimes dans celle classe. Pour expliquer cette anomalie, certains auteurs invoquent l’abnégation, l'habitude de la soumiesion et de la passivité, enfin une ignorance de la valeur de leur vie. Mais ceci est une erreur à notre sens puisque, de l’avis de tous, ces sous-officiers, ayant fait des armes leur métier, doivent être plus fortementimprégnés deslois etdes coutames militaires. Or, le code proscrit le suicide comme une lâcheté,il devrait donc les enécarter. Malheureusement s’il n’est pas suffisant à les arrêter dans leurs tentatives c'est qu'ils’est créé dans ces castes toute une série d'idées d'honneur auxquelles on doit tout sacrifier, une sorte de religion qui commande à ses membres de se donner la mort plutôt que de lui laisser porter atteinte. Ce motif joint au célibat nous semble amplement suffisant à expliquer l'élévation du coefficient d’aggravation. C’estle célibat qui nous explique aussi que les sous-officiers, ceux qui en font métier, se tuent plus que les officiers. Ces derniers se marient en général et l’on sait quelle digue oppose au suicide la famille; aussi, sans chercher ailleurs l'explication de cette anomalie, on peut affirmer que c’est à cette cause, le mariage, que les officiers doivent de se moins laiss:r aller à se donner la mort.

Nous avons passé en revue les diverses religions, en y joignant à cause de leur ressemblance qu'elle offre avec elles, l'armée. Nous avons vu que ce n’est point à lafaçon spéciale d'interpréter l'acte suicide qu’est dûe leurinfluence sur lu', puisque c’est dans les confessions qui le réprou-

veit le plus que se trouve le plus grand nombre de cas.

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C’est donc à la différence &e leurs rapports avec l’individu que nous devons l'explication de ce fait, et nous avons vu, en effet, que ce sont les religions qui encadrent le plus fortement l’homme, qui le protègent le plus efficacement contre le désir de mourir. Le judaïsme, avec ses dogmes immuables et indiscutables, avec son mélange intime à la famille, au point d’être le principe directeur de ses adeptes, est le type de la religion fortement intégrée, aussi donne-t-elle une sécurité très marquée. Ici, point de discussion, 1l ne cherche pas à régner par la raison, il s'impose. Avec le catholicisme, le coefficient de protection diminue, c’est que dans cette religion, à côté de principes surnaturels indiscutables et dépassant l’intelligence humaine, il est toute une partie qui est l’œuvre des prêtres, donc n’a plus l'autorité des choses révélées. L'établissement de ces pratiques s’est fait par la discussion, et a introduit dans ce culte le principe de la critique. Tout naturellement celle-ci peu à peu s’est étendue à tout ce qui constituait cette confession, et en a diminué l’autorité.

Une chose l’a protégé cependant : la confession. Par celle-ci, elle a conservé sur l’homme une direction et a réuni ses fidèles en un faisceau assez serré, mais certes l'union est moins forte que dans le judaïsme, puisque ce culte ne se mêle plus aussi intimement à toutes les manifestations de la vie. Alors que le judaïsme est un maître, qui n’admet point qu’on discute ses ordres, le catholicisme est un conseiller bienveillant toujours prêt à vous donner son avis mais qui ne vous l’impose pas.

Continuant son cycle, et cela fatalement, l’homme s’est

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insurgé contre la domination brutale du dogme. Il Pa : rejeté en bloc pour n’en garder que ce qui saurait convenir à son esprit. La méthode du libre examen en est sortie. Chacun a pris au culte primitif ce qui le satisfaisait au point de vue intellectuel. Dans de telles conditions il est bien évident que la croyance a varié avec chaque individu. Ici plus d’untié, plus de direction de tous vers un même but et par suite plus d'appui venant de l’union. D’un côté la religion, de l’autre la vie avec ses manifestations et, entre les deux, une barrière infranchissable. Ce qui prouve bien, nous l'avons constaté, que c’est à ce défaut de même direction qu'est dûe l’aggravation du suicide, c’est que, duns les sectes protestantes où à sxbsisté la hiérarchie, la mort violente fait moins de victimes.

Parallèlement et nécessairement avec la perte de la croyance s’est développé légoïsme. Chez le juif surtout, chez le catholique encore mais à un moindre degré, la discipline interdit la production de la personnalité. Le : libre examen du protestant l’exalte. Du moment que lun est’aussi apte que Pautre à établir ses croyances c’est que leurs intelligences sont égales, l’une ne voudra donc pas se soumettre à l'autre. On n'aura plus, tout de suite qu’un assemblage d'unités, c’est donc l’égoïsme créé. Cet égoïsme provient d'autre part de ce que nous avons appelé l’intellectualité. Du jour où le libre examen s’est emparé de la religion, il a fallu pour la discuter que l’homme, par une instruction supérieure, se rendit apte à le faire. De cette critique des textes, de cette opposition de la raison humaine aux choses extra-

humaines est sortie toute une science spéciale. n’ayant

plus pour but les besoins de l'homme maïs une science n'ayant en vue que l'exercice de la critique. La philosophie était née. Plus à portée de l'intelligence, elle a tenté de suppléer la religion et y a réussi le plus souvent. Avec la disparition de celle-ci l'individu, ne s’étant plus senti de maître, s’est donc proclamé lui-même le maitre. N'ayant plus de supérieur, chaque être est devenu légal des autres. Ainsi, et par la suppression du culte, et par lPapparition de la philosophie, la »ersonnalité a été mise à son plus haut degré. Chacun a été une unité complète, chacun a tout ramené à son propre moi, ne voyant dans les autres que des moyens à arriver à la satisfaction la plus rapide et la plus complète de ce Moi. Désormais plus de solidarité, plus d’urion, et partant Phomme, livré à ses seules ressources, ést plus facilement atteint,

plus facilement vaincu.

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