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Il est établi aujourd’hui que le cerveau n’a qu’un nombre très limité de modes réactionnels, qui, par leur assemblage, leurs combinaisons, constituent la personnalité. À des causes très diverses ne répondent donc que des effets peu variés.
Ce principe modifie singulièrement Vlétiologie du suicide. Ce ne sont plus les faits qui, agissant direct'ment, déterminent un homme à se tuer, mais c’est « /a façon dont il va être impressionné et dont il va réagir à ces faits. » Ce qui est cause vraie, c’est donc la façon spéciale de répondre aux excitations, propre à chacun de nous. L’étiologie du suicide est, par conséquent, purement mentale.
Pouf n'avoir pas tenu compte de cette donnée, on n’a eu en vue que les faits sans chercher si, par hasard, on ne pouvait les réunir dans une même formule, qui les résumäât tous.
Quelles causes, en effet, n’a-t-on pas attribuées au suicide ? On peut dire qu’on a incriminé tous les actes, toutes les circonstances, qui, par lèur succession, constituent la & vie », et sont l'expression de l'existence humaine. C’est sur cela, sur des bases aussi fragiles, aussi incertaines, — nulles même, pourrait-on dire, tant elles sont ténues et vagues, — que l’on à cherché à établir des statistiques et à préciser les lois qui régissent la mort volontaire. On comprend que l’on n’ait, par cette méthode, obtenu que des résultats tout au moins très problématiques et contradictôires. L’on peñt même aller plus loin et déclarér que fatalement ces recherches devaient être sans valeur,
puisque leur point de départ était faux. Bref, les prémis-
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ses étant erronnées, les conclusions ne peuvent être vraies,
Qu'est-ce que le suicide en effet ?
Un acte essentiellement volontaire, dépendant uniquement de la volonté de qui l’exécute, C’est donc un acte moral, rien que moral. Dès lors comment un fait physique pourrait-il, sans intermédiaire, en déterminer la mise à exécution? On conçoit sans peine que la chose est impossible.
En outre, si cela était, nous verrions la même cause produire toujours le même effet. La misère, par exemple, qui fait se luer certains individus devrait avoir la même conséquence pour tous ceux qui en sont atteints. Enoncer cette proposition c’est renverser cette thécrie. On sait, en effet, que cela n’est pas exact et que si la perte de leur argent peut pousser certaines personnes à une détermination fatale, nombre d’autres subissent semblable calamité sars en arriver à ceîte extrémité, sans
attenter à leurs jours.
C’est donc que la misère, par elle-même, ne suffit pas
à entraîner au suicide.
Il faut pour cela qu’intervienne un autre facteur très important, — le seul même, pour ainsi dire, qui ait de l’importance. Il faut que l’homme s’estime mis désormais dans l'incapacité de satisfaire à ses besoins légitimes et naturels.
Une preuve convaincante de ce que nous avançons, c'est que la richesse peut avoir les mêmes conséquences.
Et ce que nous disons là, nous pourrions le répéter pour
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chacun des termes qu’on considère comme étiologie du suicide.
En résumé, si la « misère » ou la « richesse » ont la: même action c’est qu’elles n’agissent pas parleurs « qualités » propres, mais par le fait brutal suivant, à savoir : une modification complète dans le genre de vie. Ce qui est « cause », c’est la perturbation morale résultant de ce changement d’existence, mais non ce changemént luimême. L'individu est surpris par le bonheur ou le malheur qui lui arrivent, soit que ce plus ou ce moins de fortune survienne brusquement, soit qu'à l’improviste il se rende compte de son nouvel état, ce qui revient au même puisqu'il y a, dansles deux cas, surprise, etc’est pour cela qu'il s’affolle. Comme un ressort dont l’élasticité n’est plus en rapport avec le travail à accomplir, cet être s'inquiète et brise sa vie, faute de savoir la régler. Son intelligence était faite pour un certain genre de vie, noû pour unautre et c’est par manque d’une énergie morale suffisante pour réagir contre la situation que cet individu s’abandonne lui-même.
Noys trouvons, dans laliénation mentale, la preuve que, au point de vue de létiologie, le facteur « misère » égale le facteur « richesse »: nous voyons que s’ils mènent le fou au suicide, c’est par la même route, je veux dire : le délire de persécution.
A-t-il perdu sa fortune, le « candidat » à la mort volontaire s’imagine qu'il doit cette catastrophe à une coalition d’ennemis. Bientôt ceux-c1 ne se contentent plus d’en vouloir à sa fortune mais encore à sa vie. C’est dans cette.
intention qu’ils troublent son sommeil, le poursuivent de