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leurs injures pendant le jour, bref lui rendent l’existence impossible. — Il se tue.
Est-ce au contraire la fortune qui la favorisé, tout comme le sujet précédent, celui-ci voit se dresser devant lui les mêmes ennemis animés d’un égal acharnement. On le traite « d’assassin, de voleur », On dit qu’il a accaparé malhonnêtement l’argent qu'il détient. Au début il essaie de réagir, accueille avec mépris ces insultes, mais peu à peu, sous l'influence d’accusations qui se répètent sanstrève, d'attaques renouvelées sans cesse, sa résistance s’'émousse. Bientôt le découragement s'empare de lui, il se refuse à lutter plus longtemps contre ses agresseurs de plus en plus. violents, — il est vaincu. C’est en vain que, pour les éviter, 1l se bouche les oreilles, ferme les yeux, il les voit tout de même, 1l les entend malgré tout. Il en perd le sommeil, car ils hantent ses rêves. Enfin, pour échapper à ses persécuteurs, mettre fin à leur poursuite acharnée, il se donne la mort.
Ainsi, pour deux motifs absolument différents, ces deux individus, partis de deux points diamétralement opposés, arrivent au même but par un chemin unique, le délire de persécution. Les faits, pris en eux-mêmes, ne constituent donc pas l’étiologie du suicide, puisque deux causes physiques exactement opposées aboutissent à un même effet. Telles sont les constatations qui résultent d’un examen brutal des choses.
Vient-on à approfondir, on remarque que ces deux termes « misère » et « fortune » ont un point de contact: le bouleversement apporté dans l’existence de qui est
touché par elles. Or, il n’y a bouleversement que si l’in-
dividu perd son équilibre mental. Mais on a alors affaire à un acte de volonté, un jugement : c’est là la véritable base sur laquelle le cerveau va échafauder toute l'argumentation qui le mène au suicide.
A quoi donc peuvent servir les statistiques ? Sans doute une excitation simple étant produite, tels un éclat lumineux, un son, on pourra noter mathématiquement le moment exact où cette impression est perçue... ct signalée (nous ajoutons ce mot, car les gestes indiquant lPinstant de perception sont plus ou moins hâtifs chez les différents sujets, et chez le même sujet varient avec les circonstances, d’où des variations à l'infini même pour les phénomènes physiques).
Mais comment enregistrer sur des tables ou des courbes les réactions morales ? Peut-on affirmer qu’en présence d'un événement tous les individus réagiront de même façon? Certes non, puisque c’est cette dissemblance qui constitue Justement la personnalité humaine. La solution est donc impossible, bien plus illogique, puisqu'il faut supposer de tous les hommes qu’ils sont des machines construites toutes sur lé même type, et pour une même dépense de calorique fournissant la même somme de travail, — et cela automatiquement. De plus, il faudrait que lés motifs à se suicider fussent très simples, ne se compliquassent pas de faits connexés et variables, Il faudrait que tout cela se rencon{rât pour rendre possible l’étiologie par les causes physiques. Et combien, même alors, elle demeurerait inextricable! car il est difficile 4. s’imaginer qu'un effet toujours le même soit produit par
dés facteurs aussi nombreux que dissemblables.
. Quelle facilité de déduction, quelle simplicité de raisonnement, au contraire, si nous ramenons l’étiologie à lunité en ne tenant compte que de l’influence morale exercée par les chocs extérieurs. Les anciens avaient déjà compris que le suicide n’était que l'expression de la volonté, ils exaltaient même « la grandeur morale ‘qu’il y a à sortir de la vie au moment qu'il vous plaît de choisir » (Paul Garnier) et les stoïciens professaient, non sans orqueil, cette doctrine du libre arbitre qu’ils résumaient en cette formule : « Mort licet cui vivere non placet », «à celui-ci il est permis de mourir à qui il ne plaît pas de vivre ». ÿ
Rejetant donc les circonstances d'ordre purement matériel, qui ne sont en somme que le cadre au milieu duquel s’agite l'individu, c’est en l’homme même qu'il faut chercher la cause du suicide. C’est en lui et en lui seul que se trouve le motif et le germe de sa mort.
Nous allons voir d’ailleurs .que c’est à une coïncidence qu'empruntent leur air de vérité les statistiques, — coïncidence fatale du reste et non consiatée.
Sur quoi s’appuient-elles en effet ?
Sur les événements saillants, tels le bonheur ou le malheur, les révolutions, les guerres, les saisons, les modifications de l’état social ou familial, la religion, en un mot sur les faits qui font varier ou modifient profondément la vie morale de l'individu. Ce sont des causes de trouble ou des facteurs adjuvants jetés brusquement dans le cours normal et monotone de la vie, qui forcent l’homme à réfléchir, parfois même à prendre une décision. Et c’est
précisément parce que ces hasards obligent à un acte de