‹ Du symbolisme dans les églises du moyen ageChapitre 10 sur 30 · Doctrine de la sainte Trinité · texte numérisé non relu

Doctrine de la sainte Trinité

La doctrine de la sainte Trinité a laissé son empreinte dans la structure de nos églises , plus profondément tracée qu’aucun autre article de notre foi. On peut citer la forme basilicale comme preuve de ce que nous avançons. A l’époque romane primordiale , nous trouvons la même idée reproduite non-seulement dans la nef et les deux bas côtés, mais aussi par la triple division qui embrasse dans sa longueur la nef, le chœur et le sanctuaire. Cette triple division se manifeste plus fréquemment dans les constructions romanobyzantines du xie siècle, par la tour centrale, le chœur et la nef. Nous retrouvons aussi dans le style de cette époque un triple arceau dans le

chœur. Cette disposition ne se voit pas plus tard. La longueur et la largeur furent donc des signes de ce grand mystère ; la hau- (( teur ne l’était pas moins. Le clerestory, le triforium et les piliers ne peuvent manquer de nous le suggérer. Souvent même , lorsque le triforium manquait, on faisait en sorte de conserver la triplicité dans les arcades des niches , de manière à conserver une certaine ressemblance, comme cela se voit dans les cathédrales d’Exeter et de Walls. Ce n’est que plus tard , quand le style flamboyant domine au xve siècle , ainsi que cela a lieu dans la nef de la cathédrale de Cantorbéry , que la disposition des parties est par deux au lieu d’être par trois ; aussi le coup d’œil est loin d’être aussi agréable au spectateur.

— « Ce n’était pas assez d’imprimer le symbole de la Trinité à quelques parties du plan général ; on alla jusqu’à faire reproduire le nombre sacré par chacune des parties , en sorte que la majesté du Très-Haut semblait remplir l’édifice; mojestas Domini implevit domum.

« L’église de Paray-le-Monial présente partout

Pilier, clerestory et triforium

le nombre trois. Cette église , en forme de croix latine, mais se rapprochant de la croix grecque, est divisée en trois nefs : chaque nef est composée de trois travées ; les croisillons du transsept sont de même divisés en trois travées ; chaque travée est garnie d'une arcature formée de trois arcs , et surmontée de trois fenêtres. Le portail occidental, les pignons des croisillons ont aussi leurs trois arcs obscurs et leurs trois fenêtres.

« Les trois chapelles absidales sont éclairées chacune par trois ouvertures. La voûte du chevet est plus basse que la voûte de la grande nef, et l’espace qui les sépare est orné de trois fenêtres , une baie longue en plein cintre entre deux oculus.

«Enfin, le sanctuaire est environné de neuf arcades surmontées de neuf fenêtres : neuf est le carré de trois ; c’est le nombre générateur qui produit ; c’est aussi le nombre angélique : l’autel, trône de l’Agneau , est placé au milieu des neuf chœurs des anges.

« Si maintenant nous voulons considérer l’extérieur de cette église, nos regards, habitués au nombre trois si multiplié à l’intérieur, seront frappés à la vue des trois clochers dont les voix d’airain proclament dans les airs la gloire du Dieu trois fois saint.

« Il est impossible de ne pas reconnaître un plan arrêté par une pensée de foi dans ce nombre trois si souvent répété. » — 1

Le triple arrangement des moulures qui revient plus souvent qu’aucun autre nombre , doit exprimer la même idée symbolique , aussi bien que les marches de l’autel qui se trouvent par trois ou quelque multiple de trois.

Les trois doigts avec lesquels se donne la bénédiction épiscopale constituent un exemple de symbolisme très- ancien. On le voit jusque dans les manuscrits enluminés. Les trois fenêtres percées dans la muraille orientale des églises ont la même signification. La doctrine de la Trinité est encore

Main appuyée sur le nimbe crucifère et bénissant à la manière laline. — Sculpture florentine.

! Communiqué par M. l’abbé Cvosnier, curé de Donzy.

Figure grecque de Notre-Seigneur bénissant à la manière grecque.

exprimée dans les clefs de voûte ; celle qui se trouve dans l’église de Sainte-Marie , à Stamford , en est un exemple remarquable. On y voit une figure portant dans sa bouche un triangle équilatéral, comme pour inculquer au prédicateur ta mission qui lui est dévolue de prêcher la doctrine de la sainte Trinité. Les trois tours des grandes églises offrent le même emblème. Nous démontrerons plus tard que l’inégalité qui se fait remarquer dans les différentes parties des églises avait son principe dans un sens mystique.

IL Doctrine de la régénération.

Nous tenons comme un fait certain qu’à dater des premiers siècles la forme des baptistères et des fonts était octogone. Saint Ambroise, ou, si ce n’est lui , un de ses contemporains , explique la raison de cette forme en disant que le nombre huit était le symbole de la régénération , parce que , la création première s’étant accomplie en sept jours, le nombre huit peut bien se prendre pour indiquer la nouvelle création ou la régénération.

On ne saurait nier que le plus grand nombre de fonts soient de cette forme. Pour le prouver, nous

citerons ceux indiqués par la Société archéologique de Camden. Dans un des traités qu’elle a publiés , nous y trouvons :

Style romano-byzantin 15 octogones, 43 autres formes de fonts.

Style ogival primitif, xme siècle. . 19 30

Style ogival secondaire, xive siècle. 24 1

Style ogival flamboyant, xve siècle. 57 2

Total 115 76

Il faut se rappeler que la plus grande commodité des fonts cylindriques ou circulaires, ainsi que la tendance des architectes romano-byzantins à symboliser les faits plutôt que les doctrines, expliqueront pourquoi on retrouve dans le style de cette époque si peu de fonts octogones : dans les siècles suivants leur prépondérance est presque universelle.

L’histoire symbolique des reliefs qui couvrent les côtés de ces fonts ne doit guère trouver sa place dans ce chapitre. Elle a été du reste traitée en détail par la Société de Camden et par M. Poole.

Un emblème très - significatif, représenté quelquefois dans les corbels, est composé de trois poissons entrelacés dans un triangle équilatéral : type de notre régénération dans les trois personnes de la très-sainte Trinité. Le poisson est là la figure du chrétien qui renaît de l’eau. Le mystique vesica

piscis de cette forme ( ), symbole de la divinité et (plus rarement) de la sainte Vierge, n’a aucun rapport , excepté par son nom , avec un poisson ; mais il représente une amande , symbole de la virginité et de la maternité privilégiée de la bienheureuse Vierge Marie, qui a conçu et enfanté sans cesser d’être Vierge.

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