CHAPITRE III
Des peintures. — Des images. — Des rideaux. — Des ornements des églises.
Les peintures et les ornements des églises remplacent pour les ignorants les enseignements écrits. Il y a une immense différence , dit saint Grégoire , entre adorer une image , et apprendre par le moyen de cette image ce qu’il faut adorer. L’Ecriture est pour celui qui sait lire ce qu’est un tableau pour les ignorants qui ne peuvent que regarder. Par ce moyen ceux qui ne sont pas instruits apprennent par la vue ce qu’ils doivent observer, et les choses sont lues, quoique les lettres soient ignorées. Il est vrai que les Chaldéens, qui adorent le feu , forcent les autres à faire de même, tout en brûlant les idoles. Mais les païens adorent vraiment les images comme des idoles ; et ils diffèrent en cela des ma-
hométans , qui ne veulent ni posséder, ni regarder des images , et qui en donnent pour raison cette prohibition : « Vous ne vous ferez point d’image « taillée , aucune figure de tout ce qui est en haut « dans le ciel, et en bas sur la terre, ni de tout « ce qui est dans les eaux sous la terre. »
Ils s’appuient encore sur d’autres autorités semblables, qu’ils suivent scrupuleusement, et dont ils se servent contre nous. Mais nous n’adorons point les images , nous ne les estimons pas comme des dieux , et nous ne mettons point en elles l’espoir de notre salut , car ce serait une idolâtrie ; mais nous les vénérons en mémoire des choses accomplies par la grâce de Dieu.
La pensée catholique est bien rendue dans les vers suivants :
Passant, rendez pieusement honneur a l’image de Jésus-Christ. Ce n’est pas l’image , mais celui qu’elle représente , que vous adorez.
La raison ne regardera jamais comme étant la Divinité Un objet matériel que la main de l’homme a façonné.
L’image que vous voyez n’est point un Dieu , ni un homme ; Mais elle représente un Dieu Homme.
Cette image nous rappelle l’idée de la Divinité ; mais elle n’est point un Dieu.
Regardez-la, et que votre esprit honore celui qu’elle figure.
Effigiem Christi, quum transis pronus, honora.
Non tamen effigiem, sed quem désignât , adora.
EsseDeum, ratione caret, cui contulit esse,
Materiale lapis, effigiale manus.
Nec Deus est, nec homo , quam præsens cernis imago ;
Sed Deus est, et homo , quem sacra figurât imago.
Nam Deus est quod imago docet , sed non Deus ipse ;
Hune videns, sed mente colas , quod noscis in ipsâ.
Les Grecs, dans leurs images, représentent seulement la partie supérieure du corps , afin d’éloigner toutes les pensées vaines. Ils n’ont pas d’image sculptée, parce qu’il est écrit : « Vous ne vous ferez point d’image taillée 1 . » Et ailleurs : «Vous ne vous ferez point d’idoles ni d’image sculptée 2 . » « De peur que vous ne soyez trompés et que vous ne fassiez une image sculptée3 .» «Vous ne vous ferez point des dieux d’argent 4 ni des dieux d’or. » Le prophète dit aussi : « Leurs idoles sont en or et en argent , l’ouvrage de la main des hommes. Ceux qui les font leur ressemblent , et tous ceux qui mettent leur espérance en elles 5. » Et encore : « Que ceux qui adorent des images taillées soient confondus , et tous ceux qui mettent leur gloire dans leurs idoles 6. »
1 Deut. , v, 8.
2 Lévit., xxvi , 1.
3 Deut., iv, 16.
4 Exode, xx , 20.
5 Ps. civ, 4.
6 Ps. xevi , 7.
Moïse ajoute en parlant aux enfants d’Israël :
« De peur que vous ne vous trompiez et que
vous n’adoriez ce que le Seigneur votre Dieu
a créé 1 . » C’est pour cela qu’Ezéchias , roi de Juda, mit en pièces le serpent d’airain élevé par Moïse , parce que le peuple , contrairement aux préceptes de la loi, brûla de l’encens devant lui.
C’est en raison de ces autorités et d’autres que l’usage excessif des images est condamné. L’Apôtre dit aux Corinthiens : « Nous savons qu’une idole n’est rien dans le monde , et qu’il n’y a qu’un seul Dieu2. » Mais les âmes faibles et simples, par l’usage immodéré et excessif des images , peuvent tomber dans l’idolâtrie. Et il est dit dans le livre de la Sagesse : « Les idoles des nations ne seront « pas épargnées , parce que les créatures de Dieu « sont devenues un objet d’abomination , un sujet « de tentation aux hommes , et un filet où les « pieds des insensés se sont pris 3. »
1 Deul., îv, 19.
2 I. Gorinth. , vin , 4.
3 Sagesse , xiv, 11.
On ne saurait exprimer des protestations plus solennelles contre le péché d’idolâtrie; et ceux qui stigmatisent toutes les pratiques de l’Église catholique par un nom si odieux, feraient bien de graver dans leur esprit tout ce que notre auteur dit à ce sujet.
On ne saurait cependant blâmer l’usage discret des peintures , qui servent à nous enseigner comment le mal doit être évité et comment il faut pra-
tiquer le bien. Aussi le Seigneur dit à Ezéchiel :
« Entrez et voyez les effroyables abominations que ces gens font en ce lieu : » il entra donc , et il vit des images de toutes sortes de reptiles et d’animaux , et l’abomination de la maison d’Israël ; et toutes ces idoles étaient peintes sur la muraille ' . Le pape saint Grégoire, dans son Pastoral, dit: «Lorsque les formes des objets extérieurs sont reçues dans le cœur, elles s’y trouvent comme dépeintes, et le souvenir de ces choses est leur image. » Dieu ordonne *
encore à Ezéchiel : « Prenez une brique , mettez-la devant vous , et tracez dessus la ville de Jérusalem 2. » Ce que nous avons dit plus haut par rapport aux peintures , qui sont l’écriture des ignorants , explique ce texte de l’Evangile : « Ils ont Moïse et les prophètes , qu’ils les écoutent 3 . » Le concile d’Agde 4 défend qu’il y ait des peintures dans les églises et qu’on peigne sur les murs tout ce qui est un objet d’adoration. Mais saint Grégoire remarque
* Ézécli. , vin, 10.
2 S. Luc, xvi, 29.
3 Ézéch. , iv, 1.
4 L’an 605.
qu’on ne doit pas rejeter les peintures , par la rai* son qu’elles ne doivent pas être adorées; car les peintures remuent l’àme plus que les simples descriptions, et les faits représentés devant les yeux par la peinture semblent actuellement s’accomplir. Mais dans la description le fait n’est rappelé, pour ainsi dire, que par l’ouïe; l’esprit et la mémoire en sont moins sensiblement frappés. C’est pour cela que dans nos églises les sculptures et les peintures commandent plus de respect que les livres.
Parmi les peintures et les images, quelquesunes sont placées au-dessus de l’église , comme le coq et l’aigle ; d’autres sont en dehors et élevées en l’air en face de l’église , comme le bœuf et le lion. Dans l’intérieur de l’édifice se trouvent les diverses peintures et sculptures qui ornent les murs et les vitraux ou les vêtements sacerdotaux. Nous avons déjà fait voir dans un autre article que ce genre d’ornementation a pris naissance dans le tabernacle de Moïse et dans le temple de Salomon ; car Moïse , ainsi que Salomon , se servit de sculptures et de peintures, et orna les murs du temple d’images et de fresques.
L’image du Sauveur est représentée ordinairement dans les églises en trois manières ; il estou assis
sur son trône 1 , ou attaché à sa croix , ou reposant sur le sein de sa mère ; parfois il est figuré sous la forme d’un agneau , suivant cette parole de saint Jean: «Voici l’Agneau de Dieu. » Mais parce
I Guillaume Durand avait sans doute en vue ici les mosaïques qui se trouvent sur les absides des anciennes églises de Rome. Celle qui se voit à l’église de Saint-Clément, et qui est de toute beauté, représente le Sauveur crucifié. Sur les fresques qui ornaient anciennement les murs de nos églises , on voit Notre-Seigneur assis sur le trône de sa majesté. Dans le sanctuaire de l’église de Widford (Herts), il existe , ou du moins il existait, il y a peu de temps, une fresque sur laquelle le Sauveur est représenté assis sur un arc-enciel ; une épée lui sort de la bouche , et il a les pieds et les mains percés. Nous avons lieu de croire qu’il existait une semblable peinture dans l’église d’Alfreston (Sussex) , et qu’elle fut badigeonnée par l’ordre d’un certain évêque nommé Buckner. Au-dessus de l’autel de l’église de Llandanwg (Merion) , il y a une peinture dont le sujet est singulier, et qui , jusqu’à présent, paraît avoir échappé à la connaissance des archéologues. Le Sauveur est assis en juge ; sa sainte mère est agenouillée à côté de lui ; autour sont des Anges qui embouchent des trompettes , et on aperçoit saint Pierre revêtu d’ornements sacerdotaux.. Sous l’autel se voit une représentation des âmes condamnées, dont quelques-unes sont plongées dans des chaudières de soufre et tourmentées par des démons. Il y a aussi plusieurs symboles propres aux évangélistes
La crucifixion est peinte sur une fresque qui n’existe qu’en partie dans la chapelle si belle, mais maintenant profanée , de Prior-Cauden (Ély). Les iconostases de l’Église gréco-russe représentent le Sauveur dans les trois positions dont parle Durand. Dans les vitraux le Sauveur est presque exclusivement peint dans son crucifiement. Les cuivres , surtout un très-curieux à Cobham (Surrey), représentent ou la nativité ou l’adoration des mages , mais le plus généralement la crucifixion ou la sainte Trinité.
II paraît indubitable que nos anciens poètes ont puisé leurs descriptions les plus saisissantes dans les peintures à fresque qui
que la lumière passe , dit le pape Adrien , et que le Christ est véritablement homme , aussi il convient de le représenter dans son humanité. L’agneau ne doit donc pas figurer sur la croix comme objet principal , mais le Christ comme homme. Le premier emblème ne doit trouver sa place que plus bas dans le tableau de Jésus- Christ , « le vrai agneau qui efface les péchés du monde. »
La nativité est représentée par Jésus dans la crèche ; et son enfance , lorsqu’il est sur le sein de sa mère. La croix, qui est peinte ou sculptée, signifie sa passion. Quelquefois le soleil et la lune sont représentés en éclipse sur les marches de la croix. L’ascension du Sauveur est figurée par un trône élevé sur lequel il est assis , selon ces pa-
ornaient alors nos églises. Le tableau de l’enfer, que nous avons cité plus haut, a probablement inspiré les vers si remarquables de notre vieux poêle Spenser, qui se trouvent dans son neuvième livre •
Il lui fit voir sous les couleurs les plus vives Les âmes damnées qui dans les tourments gisent Auprès des démons , dont les torches ardentes Les brûlent sans cesse et toujours les tourmentent :
On ne saurait s’imaginer l’effet produit par ces représentations peintes sur l'esprit de nos ancêtres , ni le bien qui pourrait en résulter aujourd’hui si nos églises étaient encore ornées de pareilles fresques exécutées avec le génie et le sentiment catholique d’un Owerbeck ou d’un Cornélius !
rôles: « Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre , » et ces autres : « J’ai vu le Seigneur assis sur son trône; » — « Il est assis sur les chérubins.» Quelquefois le Seigneur est représenté tel qu’il apparut à Moïse et à Aaron , à Nadab et à Abiu sur la montagne , « lorsque son marchepied paraissait comme le saphir et ressemblait au ciel le plus serein, » et comme il apparaîtra un jour, « lorsque le Fils de l’homme viendra dans les nuages avec une grande majesté. » Il est aussi souvent en • tourédes sept esprits qui le servent autour de son trône, et qui ont chacun six ailes , selon la vision d’Isaïe. « Les séraphins étaient autour de son trône ; ils avaient chacun six ailes , deux dont ils voilaient leur face, deux dont ils voilaient leurs pieds , et deux avec lesquelles ils volaient. »
Les anges sont représentés dans la fleur de leur jeunesse, car ils ne vieillissent point ‘. Saint Michel terrassant le démon, suivant la vision de saint Jean : « Il y avait un combat dans le ciel , et
1 Plusieurs de nos lecteurs auront remarqué l’expression toute particulière donnée aux figures célestes représentées dans les anciennes enluminures catholiques, et qu’on ne retrouve plus dans les peintures de nos artistes modernes. Ce même caractère est admirablement rendu dans les figures en relief des anges qui sont sur la châsse de saint Henri , qu’on a dernièrement exposée au public à Londres.
Michel combattit contre le dragon , » signifie la séparation des bons et des mauvais anges , ou bien
la persécution de l’Eglise militante. Le Sauveur est encore entouré des vingt-quatre vieillards ; car dans la même vision «ils portent des robes blanches et des couronnes d’or sur leurs tètes , » ce qui représente les docteurs de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui sont au nombre de douze, par rapport à la foi dans la sainte Trinité qui a été prêchée dans les quatre parties du monde; ou bien ils sont au nombre de vingt-quatre , par rapport aux bonnes œuvres et à l’observance de l’Evangile. Les dons du Saint-Esprit sont signifiés par les sept lampes , et le saint baptême par la mer de verre ‘.
1 Ce passage, qui est très-obscur, est un exemple symbolique de la combinaison des nombres. Il signifie probablement que la foi dans la sainte Trinité, qui a été prêchée dans les quatre parties du monde, est représentée par trois , multiplié par quatre , qui font douze , et que ce fait symbolique multiplié par les bonnes œuvres en général et par l’observance de l’Evangile , est démontré par le nombre vingtquatre. Il est bon d’observer que dans l’édition princeps seule se trouve le mot Evangeliorum. Les dernières éditions portent Evangelistarum , ce qui , joint à observantia , rend le sens inintelligible. Comparez saint Augustin, Expos, in Psal. lxxxvi.
Non solùm ergo illi duodecim (sc. apostolij et apostolus Paulus, sed quotquot judicaturi sunt , propter significationem universitatis ad sedes duodenas pertinent... Partes enim mundi quatuor sunt: Oriens , Occidens , Aquilo et Meridies. Istœ quatuor partes assiduè inveniuntur in Scripturis. Ab istis quatuor ventis , sicut dixit Dominus in Evangelio , vocatur Ecclesia. Quomodo vocatur? Undique in
Nous voyons quelquefois représentées les quatre créatures vivantes dont il est parlé dans les visions
Figures symboliques des évangélistes.
d’Ezéchiel et de saint Jean, qui avaient la face d’un
Trinitate vocatur. Quatuor ergo ter duc, ta duodecim inveniuntur. Voy. aussi S. Isidore , Alleg. in S. S., folio 353 , C. D.
homme et la face d’un lion sur le côté droit , la face d’un bœuf sur le côté gauche, et la face d’un aigle au-dessus des quatre. Ce sont les quatre évangélistes ; ils ont des livres à leurs pieds , parce qu’ils ont éclairé l’esprit des fidèles par leurs paroles et leurs écrits , et qu’ils ont rempli leur mission. Saint Matthieu est représenté avec la figure d’un homme, saint Marc avec celle d’un lion. Ils sont peints du côté droit , parce que la nativité et la résurrection du Christ ont été un sujet de joie générale. « La joie a éclaté dès le matin , » dit le psalmiste l. Le bœuf est l’emblème de saint Luc, parce que cet évangéliste commence sa narration avec le grand prêtre Zacharie et qu’il traite particulièrement de la passion et de la mort du Sauveur : le bœuf est aussi un animal destiné aux sacrifices. Ses deux cornes représentent les deux Testaments, et ses quatre pieds les sentences des quatre évangélistes. Il est aussi le symbole du Christ qui s’est sacrifié pour nous tous. Saint Jean a la forme d’un aigle , parce que , étant élevé au plus haut
1 Ces symboles ne furent pas d’abord bien définis ; et saint Augustin nous apprend que le lion figurait quelquefois saint Matthieu, et l’ange ou l’homme, saint Marc. Les raisons de ces différents symboles sont expliquées dans le bel hymne cité par la Société de Camden. (Voyez Illustrations des cuivres sur les tombeaux , lre partie , p. 30.)
ciel , il s’écria : « Dans le commencement était le Verbe. » Il est aussi l’emblème du Christ, dont « la jeunesse a été renouvelée comme celle de l’aigle, » et qui, ressuscitant d’entre les morts, est monté au ciel. L’oiseau se trouve alors dépeint , non à côté mais en l’air , pour signifier l’ascension du Sauveur \
Quelquefois le Sauveur est représenté entouré de ses apôtres , ou bien ils sont au-dessous de lui. Ils étaient ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre, par leur parole et par leurs œuvres. Leurs cheveux sont longs comme ceux des Nazaréens , qui étaient séparés des autres hommes et qui s’obligeaient par vœu à ne pas laisser passer de
‘ Durand dit dans son septième livre , p. 44 : « Saint Matthieu est représenté par un homme, parce qu’il s’occupe spécialement dans son Évangile de l’humanité du Sauveur ; aussi il commence son récit par sa généalogie terrestre. Saint Marc est figuré par le lion qui rugit dans le désert; car il parle en détail de la résurrection , et son évangile est celui du jour de Pâques. Aussi le lion , dit-on , réveille ses petits le troisième jour après leur naissance. Saint Marc commence son évangile par ces mots : « La voix de celui qui crie dans le désert. » Saint Luc a pour emblème le bœuf, qui est un animal propre aux sacrifices ; et cet évangéliste traite surtout de la passion du Christ. Saint Jean a l’aigle, parce qu’il s’élève jusqu’à la divinité de Jésus- Christ, tandis que les autres marchent avec le Dieu-Homme sur la terre. Les évangélistes sont encore représentés par les quatre rivières du paradis terrestre : saint Jean par le Pison, saint Matthieu par le Gihon, saint Luc par l’Euphrate, saint Marc parle Tigre, suivant ce qu’en a dit Innocent III dans un sermon sur les évangélistes.
ciseaux sur leur tète. Ils sont aussi représentés sous la forme de douze brebis ; car ils se sont laissé
Le Christ et les apôtres sous forme d’agneaux ou de brebis. — Sculpture latine des premiers siècles de l’Église.
égorger comme des brebis pour l’amour du Christ. Cet emblème s’applique aussi aux deux tribus d’Israël. Lorsque les brebis se trouvent au-dessus ou au-dessous du nombre douze * le symbole a
une autre signification et se rapporte à ce texte de saint Matthieu : « Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, toutes les nations seront rassemblées devant lui , et il les séparera les unes des autres, comme le berger sépare les boucs des brebis. » Nous parlerons plus tard des emblèmes propres à saint Barthélemy et à saint André.
Les patriarches et les prophètes sont représentés avec des roues à la main , ainsi que quelques-uns des apôtres : d’autres ont des livres fermés , parce qu’avant la venue du Sauveur la foi était obscure et cachée sous des symboles ; et les roues indiquent cette connaissance imparfaite. Mais les apôtres ont tout appris de Jésus-Christ, et ils tiennent à la main des livres ouverts , qui sont les emblèmes de cette science parfaite qu’ils ont transmise par écrit pour l’instruction des autres, comme saint Paul, les évangélistes, saint Pierre, saint Jacques et saint Jude. Quant aux autres qui n’ont rien écrit qui soit passé à la postérité ou qui ait été reçu dans le canon de l’Eglise, ils sont représentés avec des roues et non avec des livres , pour signifier la prédication de l’Évangile. Aussi l’Apôtre dit : « Quelques-uns ont été établis apôtres, d’autres prophètes , d’autres évangélistes , d’autres pasteurs et docteurs. >>
Dieu, dans sa majesté, est aussi représenté avec un livre fermé à la main. C’est ce livre que « nul ne fut trouvé digne d’ouvrir, excepté le lion de la tribu de Juda. » Quelquefois le livre est ouvert, pour signifier que tous peuvent y lire qu’il est la lumière du monde , la voie , la vérité et la vie : il est aussi le symbole du livre de vie.
Saint Jean-Baptiste est représenté comme un ermite, les martyrs avec les instruments de leurs tortures , saint Laurent avec le gril , saint Etienne avec des pierres : quelquefois ils portent des palmes en signe de victoire, parce qu’il est dit que « le juste fleurira comme le palmier, et que son souvenir se conservera comme la verdure de cet arbre 1 . » Les pèlerins qui ont fait le voyage de la Terre Sainte portent aussi des palmes, pour signifier qu’ils sont les soldats de ce Roi qui fut reçu avec des palmes dans la Jérusalem terrestre, où il vainquit le démon , et fit ensuite son entrée triomphante dans le ciel , accompagné des élus, qui fleuriront comme le palmier et brilleront comme des étoiles pendant toute l’éternité.
1 Cette explication difTère de celle , plus généralement reçue , dans laquelle le juste est représenté comme prospérant mieux dans l’adversité, semblable au palmier qui fleurit d’autant plus qu il est plus surchargé.
Les confesseurs de la foi ont les insignes qui leur sont propres. Les évêques ont des mitres, les abbés des capuchons ; quelques-uns tiennent des lis à la main, comme emblème delà chasteté 1 . Les docteurs ont des livres , les vierges des lampes. Saint Paul a le livre et l’épée, comme docteur et comme soldat du Christ; ou bien le premier indique le temps qui a précédé sa conversion. De là ces vers :
L’épée indique la fureur de Saul ,
Le livre, la puissance qui a converti Paul.
Les images des saints Pères sont ordinairement peintes sur les murs de l’église , ou sur les panneaux au fond de l’autel , ou sur les ornements sacerdotaux , ou en d’autres endroits , afin que leurs saintes vies nous soient continuellement devant les yeux. Il est dit dans l’Exode que le rational du jugement que le grand prêtre portait sur sa poitrine était lié par des cordons, pour signifier que le
1 Voyez la belle hymne de laudes du bréviaire parisien, pour la fête d’une vierge martyre.
Liliis sponsus reeubat, rosisque Tu , tno semper bene lida sponso Et rosas martyr simul et dedisti Lilia virgo.
cœur du prêtre , uniquement attaché aux choses divines , doit être inaccessible aux pensées vaines et futiles. Sur ce rational étaient inscrits les noms des douze tribus d'Israël.
Nous remarquerons que le Sauveur est toujours représenté comme couronné, et comme au moment de proférer ces paroles : « Sortez , filles de Jérusalem , et venez voir le roi Salomon avec le diadème dont sa mère l’a couronné au jour de ses noces. » Le Christ a reçu une triple couronne. La première de sa mère, au jour de sa conception; c’est la couronne de pitié. Elle est appelée diadème ou couronne double , à cause de la nature divine et de la nature humaine du Sauveur. La seconde est la couronne de douleur dont sa mère le ceignit au jour de sa passion ; et la troisième est la couronne de gloire qu’il a reçue de son Père au jour de sa résurrection. Le psalmiste dit : « Vous l’avez couronné de gloire et d’honneur. » En dernier lieu il sera couronné par tous les siens, au jour de la révélation , avec la couronne de la puissance ; car il viendra avec les juges de la terre pour juger le monde. Les saints sont aussi représentés avec des couronnes , et ils semblent dire : « Contemplez , ô enfants de Jérusalem , les martyrs qui portent les couronnes d’or dont le Seigneur les a ceints.» «Les justes, dit la
Sagesse, recevront un royaume de gloire et un diadème brillant de la main de leur Dieu. »
La couronne des saints est représentée sous J a forme d’un bouclier rond , parce que les saints sont sous la protection spéciale de la divine Providence , et ils chantent avec joie : « Seigneur, vous nous avez couverts de votre amour comme d’un bouclier. » La couronne du Christ a la forme d’une croix , et en cela elle est distinguée de celles des saints; car c’est par la bannière de la croix qu’il s’est acquis la gloire de son humanité et qu’il nous a affranchis pour toujours de notre captivité. Le nimbe qui entoure la te le des prélats ou autres
saints personnages qui sont encore vivants 1 n’a
Figure de notre Seigneur avec le nimbe crucifère.
plus la forme d’un bouclier ; mais il est carré, pour signifier qu’ils excellent dans les vertus cardinales , comme nous l’explique la légende du bienheureux Grégoire 2. »
1 Cetle particularité ne se remarque guère dans nos églises anglaises. L’efïigie contemporaine la plus rapprochée que nous connaissions est celle de saint Thomas de Hereford dans l’église de Cothelstone (Sommerset). Ici l’auréole du saint est de forme circulaire, comme elle l’est dans la fresque qui représente le martyre de saint Thomas deContorbéry à l’église dePreston (Sussex), et qui est presque contemporain avec le saint.
2 Durand fait ici allusion à la description donnée par Paul Diacre de la gloire visible qui entoura la tête du grand saint Grégoire lorsqu’il dicta ses ouvrages.
La Revue générale de l’architecture renferme un article fort intéressant sur les nimbes, par M. Didron ; on y donne le dessin d’un nimbe carré qui entoure la tête du pape saint Nicolas, repré-
S. Grégoire IV, à nimbe carré. Mosaïque à Rome, vme siècle.
On voit souvent dans les églises des peintures représentant le paradis : ces peintures excitent les fidèles à tendre sans cesse vers les récompenses célestes. D’autres fois ce sera l’enfer qui les épouvantera par la vue de ses châtiments. Les fleurs et les
sente dans un manuscrit contemporain où ce passage mérite d’être lu attentivement.
Il est peut-être inutile d’observer que le nimbe du Sauveur contient toujours une croix : les exceptions en sont très-rares.
M. Didron a écrit longuement sur le nimbe dans son Iconographie chrétienne , in-4°, de l’imprimerie royale, 1843.
arbres 1 représentent les fruits des bonnes œuvres, qui ont pour racines les vertus.
La variété des tableaux indique la diversité des vertus ; car « à l’un est donné l’esprit de sagesse , à l’autre l’esprit de science. » Les vertus sont ordinairement représentées sous la forme de femmes , parce que les femmes consolent et nourrissent. Les plafonds et les voûtes qui ornent la maison de Dieu sont les emblèmes des serviteurs simples du Christ , qui font la parure de l’Eglise par leurs vertus et non par la science.
La tour du tabernacle dans laquelle est gardée l’hostie consacrée représente le sein de Marie. Le psalmiste dit: « Levez- vous, Seigneur, vous et l’arche de votre repos. » Cette tour est quelquefois en bois , ou bien en ivoire , en argent , en or et en cristal ; et oes différentes substances indiquent les attributs de l’humanité glorifiée du Sauveur. Le ciboire qui contient l’hostie consacrée ou non consacrée est l’emblème de la mémoire humaine qui doit se souvenir continuellement des bienfaits de Dieu dans l’ordre spirituel , dont l’hostie consacrée est le gage le plus précieux ; et de ceux de l’ordre
1 Les fleurs sculptées sont extrêmement communes dans les églises normandes. L’église du Saint-Sépulcre à Cambridge en offre un exemple remarquable.
temporel , dont l’hostie non consacrée est le symbole. Le vase dans lequel le Seigneur ordonna qu’une portion de manne fût gardée pour servir de mémorial aux générations futures, était le type de notre sacrifice spirituel. Lorsque le ciboire est placé sur Fautel qui est le Christ , il signifie les apôtres et les martyrs. Les nappes d’autel et les draperies sont les confesseurs et les vierges, ou tous les saints, selon le verset du prophète , qui dit en parlant au Seigneur : « Vous serez revêtu d’eux comme d’un vêtement. »
Deux chandeliers sont placés aux cornes de l’autel , pour signifier la joie qu’ont éprouvée les Juifs et les gentils à la nativité du Christ. L’ange dit aux bergers : « Je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple un grand sujet de joie, car aujourd’hui vous est né un Sauveur » qui est le vrai Isaac, dont le nom signifie joie. La lumière qui brille dans le chandelier représente la foi du peuple. « Levez-vous, dit le prophète; car votre jour se lève, et la gloire du Seigneur va briller sur vous. » « Il se lèvera une étoile de Jacob et un sceptre du milieu d’Israël. »
La croix est posée sur l’autel, et c’est là que les porte-croix vont la prendre. Cet usage rappelle comment Simon le Cyrénéen prit la croix de dessus
les épaules du Sauveur et s’en chargea. La croix est placée entre les deux chandeliers de l’autel , pour signifier que le Christ dans l’Eglise est le médiateur entre les deux peuples ; car il est la pierre angulaire « qui des deux peuples n’en a fait qu’un : » à lui sont accourus et les bergers de la Judée et les mages de l’Orient.
Le devant de Tau tel est orné d’une draperie d’or. Il est dit dans l’Exode : « Vous me ferez un autel avec une couronne dans le centre , dont la largeur sera de quatre doigts. » L’autel , on le sait, signifie quelquefois le cœur dans lequel le sacrifice de la foi pure s’offre par la contrition , et la draperie d’or représente alors la poursuite des bonnes œuvres , qui ornent nos fronts et qui luisent devant les hommes.
L’autel, comme emblème du Sauveur, a pour ornement la charité, signifiée par la draperie d’or; car l’or est au-dessus de tous les métaux, comme la charité est supérieure à toutes les vertus. L’Apôtre dit : « La plus grande des vertus est la charité. »
Au-dessus de l’autel sont suspendues des han-
nières, pour rappeler éternellement à l’Eglise le
triomphe du Christ , par lequel nous avons l’espoir
de triompher nous-mêmes de l’ennemi du salut.
Le livre des Evangiles est placé sur l’autel, parce
que l’Évangile a le Christ pour son auteur et qu’il lui porte témoignage. Il est orné à l’extérieur pour des raisons que nous donnerons plus tard.
Les vases sacrés de la maison du Seigneur se reportent , pour leur origine 7 au temps de Moïse et de Salomon. Ils sont de formes diverses, comme ceux dont on se servait au temple, et ils ont chacun leur signification propre.
Tous les ornements de l’église doivent être ôtés ou voilés pendant le temps du carême, à commencer ( selon quelques-uns ) du dimanche de la Passion , parce que après ce temps la divinité du Sauveur fut cachée ; car il s’est livré aux tourments en suspendant la vertu de sa divinité , pour ne laisser agir que son humanité; et l’Évangile de ce jour dit que « Jésus s’est caché et qu’il est sorti du temple. » En quelques endroits les croix et les ornements sont couverts depuis lepremier dimanche de carême, parce que dès lors l’Eglise s’occupe de la passion du Sauveur. La croix ne doit plus être alors portée en procession sans être voilée , et l’on ne retient comme ornements dans l’église que deux tentures ou rideaux, dont l’un est suspendu autour du chœur et l’autre sépare l’autel du chœur, afin de dérober à la vue les mystères du Saint des saints. Cet usage signifie que la lettre de la loi an-
cienne et ses observances chamelles, aussi bien que l’intelligence des saintes Ecritures, étaient obscurcies et cachées avant la mort de Jésus-Christ , et que les hommes avaient alors un voile devant les yeux. Il signifie encore l’épée qui défendait l’entrée du paradis et que la passion du Sauveur a aussi fait disparaître ; et c’est à cause de cela que les rideaux et les voiles sont levés le jour du Vendredi saint.
h y a trois espèces de voiles dans les églises : celui qui cache les saints mystères, celui qui sépare le sanctuaire du clergé et celui qui est entre le chœur et la nef. Le premier représente la loi ; le second , notre indignité , en ce que nous ne méritons pas de contempler les choses célestes ; le troisième, la contrainte de nos appétits charnels. Le premier est un rideau qui est suspendu à chaque côté de l’autel , lorsque le prêtre officie, et dont le voile de Moïse est le type , selon ces paroles de l’Exode : « Moïse mit un voile sur sa figure , car les enfants d’Israël ne pouvaient soutenir l’éclat de son visage. » Et l’Apôtre ajoute : « Jusqu’à ce jour les Juifs ont un voile sur le cœur. » Le second voile ou rideau , qui est suspendu devant l’autel pendant la messe du carême , était figuré par le voile du tabernacle qui séparait le Saint des saints du
reste du temple et dérobait l’arche à la vue du peuple. C’est ce voile qui fut déchiré du haut en bas à la mort de Jésus-Christ : les voiles ou rideaux de nos églises sont imités de celui-ci et sont soigneusement brodés en dessins divers. La troisième espèce de voile a été adoptée pour cette raison que dans la primitive Eglise l’enceinte ou mur qui entourait le chœur n’était pas plus élevé que le chœur 1
1 Ce passage présente beaucoup de difficultés. Durand , dans ce qu'il dit à ce sujet, avait sans doute en vue la disposition de plusieurs églises basilicales, dans lesquelles le chœur est élevé au-dessus de la crypte (appelée confessio ou martyrium). Dans cette crypte étaient conservées les cendres des saints et des martyrs, et elle était détachée de la nef par deux rangées de marches , une de chaque côté de cette descente souterraine. Dans ce cas, Y appodiatio dont parle Durand signifierait cette élévation du chœur qui le distingue suffisamment de la nef. Cependant les églises basilicales présentent toujours quelques balustrades ou cancelli , outre cette appodiatio. Le savant abbé Thiers, dans sa Dissertation sur la clôture du chœur des églises , consacre la troisième section à l’examen de ce passage. Il dit: « Guillaume Durand, évêque de Mende, assure que « dans la primitive Église le chœur était séparé de la nef par une « muraille d’appui, afin que le peuple, voyant le clergé chanter les « louanges de Dieu, en fût édifié. » Mais comme il parle d’un fait trèséloigné de son temps et qui n’est rapporté par aucun ancien auteur, je ne pense pas que l’on doive faire grand fond de son témoignage. Nous croyons, nous, que l’abbé Thiers a tort de construire appodiatio par muraille d’appui, qui convient fort bien pour exprimer la véritable disposition basilicale que le traducteur probablement connaissait. Durand a donc consigné un fait erroné, et Thiers se trompe dans la signification qu’il attache à ses paroles , aussi bien que dans sa théorie que « depuis Constantin le chœur de quelques églises était distingué de la nef par des tapisseries ou des voiles. » Il s’appuie
(comme nous le voyons encore de nos jours), afin que le peuple pût s’édifier de la vue du clergé qui chantait les psaumes.
Le Samedi saint tous les rideaux sont ôtés, parce qu’au moment de la mort du Sauveur le voile du temple fut déchiré. C’est alors que l’intelligence spirituelle de la loi , qui avait été cachée depuis tant de siècles , nous fut révélée ; que le royaume de Dieu nous fut ouvert; que la force nécessaire pour vaincre la concupiscence charnelle nous fut accordée. Le voile qui sépare le sanctuaire du chœur est tiré ou levé tous les samedis de carême à vêpres, lorsque l’office du dimanche commence , afin que le clergé puisse voir dans le sanctuaire , parce que le jour du dimanche rappelle la résurrection.
Cet usage se continue pendant les dimanches
principalement sur ce que Durand ajoute ensuite par rapport à l’usage des rideaux à cette époque, c’est-à-dire vers la fin du xme siècle. Si nous ne savions pas d’après des faits certains qu’avant ce temps les jubés étaient en usage dans les églises , nous pourrions croire que Durand , dans ce passage : Vélum aut murus, applique le mot mur dans le sens métaphorique, pour indiquer un voile ; et l’abbé Thiers envisage probablement la chose ainsi , puisqu’il termine en disant: « Mais peut-être que Théodoret parle des tapisseries et Durand des voiles qui couvraient la clôture du chœur par le dedans, et que sous ces tapisseries et ces voiles il y avait une véritable clôture de balustres ou de murailles pleines. »
du carême, parce que la joie céleste et éternelle doit se manifester en quelque manière à toutes les époques de l’année ; c’est cette force dont la plénitude est cachée pour nous dans le ciel, et dont le voile du sanctuaire est l’emblème. Le premier dimanche du carême représente la joie de nos premiers parents avant la chute ; le second dimanche signifie la joie du petit nombre préservé des eaux du déluge dans l’arche de Noé; le troisième, la joie des enfants d’Israël lorsque Joseph les a soustraits aux horreurs de la famine ; le quatrième, la joie de ces mêmes Israélites sous le règne de Salomon; le cinquième , la joie qui a succédé à la triste captivité de Babylone ; le sixième, la joie des disciples depuis la résurrection jusqu’à l’ascension, lorsqu’ils jouissaient de la présence de FEpoux.
Aux jours de fête on suspend des rideaux dans les églises pour les orner, afin qu’au moyen de la beauté des choses visibles nous puissions nous élever à celles qui sont invisibles. Ces rideaux , comme nous l’avons déjà observé , sont de différentes couleurs, et signifient que l’homme, qui est le temple vivant de Dieu , doit faire reluire en sa personne la variété et la diversité des vertus. Les rideaux blancs représentent une vie pure; les rouges, la charité; les verts, la contemplation ;
les noirs , la mortification de la chair ; les rideaux d’une couleur pâle , la tribulation. Des draperies de diverses couleurs sont encore suspendues sur des rideaux blancs, pour signifier que nos cœurs doivent être purgés de vices et ornés des rideaux des vertus et des draperies des bonnes œuvres.
A la fête de la Nativité du Sauveur, quelques églises sont richement ornées, d’autres le sont moins , et d’autres ne le sont pas du tout. Ces dernières sont l’emblème de notre humiliation ; car, malgré la joie que produit la naissance du Sauveur, nous devons être confondus à la pensée que le Fils de Dieu « s’est anéanti pour nous et qu’il a revêtu la forme d’un esclave. »
Les autels de quelques églises sont décorés à la fête de Pâques de tentures précieuses , et au-dessus sont suspendus des voiles de trois couleurs qui indiquent les trois saisons de l’année ecclésiastique. A la fin de la première leçon le voile noir est retiré, ce qui signifie le temps qui a précédé la loi de Moïse. A la fin de la seconde leçon on lève le second voile , d’une couleur pâle , qui représente le temps de la loi ancienne. A la fin de la troisième, le troisième voile, qui est rouge, disparaît, parce que la loi de grâce est arrivée et que par la passion du
Christ nous avons entrée au Saint des saints et à la gloire éternelle.
L’église est admirablement ornée en dedans et en dehors , pour signifier « que toute sa gloire est à l’intérieur. » L’extérieur peut être méprisable ; mais l’àme , qui est la demeure de Dieu , est illuminée en dedans , suivant ces paroles du Cantique des Cantiques : « Je suis noire, mais je suis belle; » et ces autres proférées par Dieu en s’adressant à son prophète : « Mon héritage est excellent. » — « Seigneur, dit David, j’ai aimé la beauté de votre maison, » celle qui est spirituellement ornée par la foi , l’espérance et la charité.
Dans la primitive Eglise on se servait pour le sacrifice de vases en bois et d’ornements sacerdotaux très-communs ; car alors les calices étaient de bois et les prêtres étaient d’or. Les choses en sont autrement de nos jours. Le pape Severin a ordonné que les vases sacrés fussent en verre ' ; mais comme cette substance est très-fragile, le pape Urbain et le concile de Reims ont décrété qu’on y substituât des vases en or et en argent, et, pour les églises pauvres, des vases d’étain, parce que ce métal n’est pas sujet à la rouille. Les vases
Voy. Martène , tom. iv, n , 9 : le Decretum, fol. 395.
en bois , en cuivre ou en bronze, étaient défendus, parce que le bois absorbe le sang et que le cuivre et le bronze s’oxydent 1 .
1 « A. D. 874, vid. Concil. coll. reg., tom. i , p. 288. » Voy. aussi P.Tunoc, iv, Ep. ad Otton. ; Carel, xm.; Hardouin, vii, 365.