‹ Du symbolisme dans les églises du moyen ageChapitre 24 sur 30 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des cloches.

Les cloches sont des instruments de bronze; elles furent inventées à Noie, ville de Campanie: c’est pour cela que les grosses cloches sont appelées Campanœ, et les petites Nolœ.

Les raisons de la bénédiction des cloches sont diverses : c’est par leurs sons que les fidèles s’animent à la poursuite des récompenses célestes , que la vivacité de leur foi est augmentée , que les périls sont éloignés de leurs esprits et de leurs corps, que les fruits de la terre sont conservés, que les légions hostiles et les ruses malignes de l’ennemi sont repoussées , que la grêle dévastatrice et la foudre sont écartées, que les vents violents sont suspendus, que les esprits de l’orage et les puis-

sances de l’air sont désarmés , et afin que ceux qui les entendent puissent courir se réfugier dans le sein de notre mère la sainte Eglise , et que tout genou fléchisse devant l’étendard de la croix sacrée. Ces diverses raisons sont indiquées dans l’office pour la bénédiction des cloches.

Nous ferons observer que les cloches , en ce qu’elles servent à appeler les fidèles à l’église pour entendre prêcher dès le matin la miséricorde de Dieu et pour louer la vérité durant la nuit , nous représentent les trompettes d’argent qui dans l’ancienne loi servaient à rassembler le peuple pour les sacrifices ; car de même que les sentinelles dans

un camp se réveillent au son de la trompette, de

même les ministres de l’Eglise s’excitent par le son des cloches à veiller la nuit entière pour arrêter les complots du démon. Aussi nos cloches d’airain résonnent plus fortement que les trompettes d’Israël , parce que Dieu n’était connu alors que dans la Judée; mais maintenant son nom est invoqué dans le monde entier. Elles sont aussi plus durables , de même que la prédication de l’Evangile, qui n’a d’autre terme de sa durée que la fin du monde , dépasse de beaucoup la période limitée des sacrifices et des cérémonies de la loi antique.

Les cloches sont encore l’emblème des prédica-

leurs qui animent la foi des fidèles ; elles sont figurées dans l’Ancien Testament par le vêtement du grand prêtre, orné de soixante-douze sonnettes d’or qu’il portait lorsqu’il entrait dans le Saint des saints. La cavité de la cloche signifie la bouche du prédicateur, suivant ces paroles de l’Apôtre : « Je suis devenu comme un airain sonnant ou comme une cymbale retentissante. »

La dureté du métal signifie la fermeté d’esprit du prédicateur. Le Seigneur dit : « J’ai rendu votre visage plus ferme que leur visage, et votre front plus dur que leur front. « Le battant qui produit les sons en frappant contre les parois de la cloche, représente les docteurs de l’Eglise dont la science dans les saintes Ecritures résonne dans tout l’univers.

La charpente dont le beffroi est composé, et dans lequel est suspendue la cloche, représente le bois de la croix du Sauveur ; et elle se trouve haut placée, parce que la croix a été prêchée par les anciens Pères. Les chevilles qui relient les différentes parties signifient les oracles des prophètes. Les crampons de fer qui rattachent la cloche au beffroi indiquent la charité, qui unit indissolublement le prêtre à la croix de Jésus-Christ ; de sorte qu’il peut s’écrier avec l’Apôtre : « A Dieu ne plaise que

je me glorifie en autre chose, sauf dans la croix du Sauveur Jésus. »

Les cloches sonnent ordinairement douze fois par jour 1 pour les divins offices, une fois à l’heure de prime et une fois pour la dernière heure , parce que toutes choses procèdent d’un seul Dieu , que Dieu est un, et qu’il est tout en tous. A tierce elles sonnent trois fois pour la seconde , la troisième et la quatrième heure , qui sont alors chantées. De même à sexte pour la cinquième , sixième et septième heure, et ainsi de suite; mais à vêpres , qui est la douzième heure , elles sonnent plusieurs fois, parce qu’au temps de la loi de grâce la prédication

1 Nos lecteurs savent probablement que le jour canonique est divisé en deux parties, de douze heures chacune , lesquelles commencent respectivement à six heures: prime à six heures du matin, tierce à neuf heures, sexte à midi, none à trois heures, vêpres à six heures, et complies au coucher du soleil.

Hæc sunt septenis propter quæ psallimus horis :

Matutina ligat Christum , qui crimina purgat ;

Prima replet spectis ; causam clat tertia mortis :

Sexta cruci nectit: latus ejus nona biparlit :

Vespera deponit, tumulo compléta reponit.

Voyez le cinquième livre si intéressant de Durand, surtout son premier chapitre , dans lequel il explique admirablement le symbolisme des heures canoniales. Hugues de Saint-Victor traite ce sujet, mais brièvement , dans le troisième chapitre de son ouvrage In spéculum Ecclesiœ. Presque tout ce qu’il dit se trouve dans Durand. — Voyez aussi saint Isidore, De Eccles., et Beleth., Explic. divin, offic.

des apôtres fut multipliée. De même aussi à matines , pour nous rappeler les paroles de l’Apôtre : « Réveillez-vous , vous qui dormez , et levez-vous d’entre les morts. »

On se sert dans l’église de six espèces de cloches, savoir: le squilla, le cymbalum, 1 enola, 1 enolula ( ou double campana ) , le signum et le campana. Le squilla est sonné dans le triclinium ou réfectoire, le cymbalum dans les cloîtres , le nola dans le chœur, le nolula dans l’horloge , le campana dans le campanile , le signum dans la tour. Leurs noms divers signifient les différentes missions des prédicateurs ; mais ils sont appelés indistinctement cloches.

Les cloches doivent sonner lorsque quelqu’un est à l’agonie, pour que les fidèles soient avertis de prier pour le moribond : deux fois pour une femme , parce que ce fut par elle que nous avons goûté l’amertume de la mort et qu’elle fut la première à séparer l’homme de Dieu ; trois fois pour un homme , car il est le premier emblème de la sainte Trinité, puisque, Adam étant d’abord créé de la terre , la femme fut alors formée d’Adam , et ensuite l’homme fut formé des deux , ce qui représente la Trinité. Si le mourant est un clerc, la cloche tintera autant de coups qu’il a reçu de fois

les ordres. Mais à la fin toutes les cloches doivent sonner à grande volée, pour indiquer que c’est un prêtre : elles sonneront encore lorsque le corps est porté à l’église et de là au cimetière.

Les cloches sonnent aux processions , afin que les esprits malins qui les entendent fuient et se dispersent ; car ils tremblent d’épouvante au son de ces cloches qui sont les trompettes de l’Eglise militante , de même que le tyran lorsqu’il entend résonner sur les terres de son propre royaume les trompettes guerrières d’un roi ennemi. C’est pour cette même raison que l’Eglise , lorsqu’elle voit arriver les tempêtes et les orages menaçants , fait retentir l’airain sacré pour que les démons qui suscitent ces perturbations de l’air soient effrayés au son des trompettes du Roi éternel et qu’ils prennent la fuite. Les fidèles sont en même temps avertis de recourir à la prière pour que le danger soit détourné.

Les cloches sont muettes pendant les trois derniers jours de la semaine sainte, pour des raisons que nous donnerons plus tard. Elles le sont également pendant la durée d’un interdit , parce qu’il arrive souvent que ce sont les fautes de ceux à l’usage desquels elles servent , qui ont occasionné la cessation de la parole divine , selon ce verset du

prophète Ezéchiel : « Je ferai que votre langue s’attache à votre palais , que vous demeuriez muets , parce que la maison d’Israël ne cesse pas de m’irriter »

1 Durand, dans son quatrième livre, chapitre xxxiv, intitulé Du Sanc,tus , dit : Les orgues ajoutent leur harmonie aux concerts réunis des anges et des hommes. Cette coutume fut introduite par David et Salomon, qui faisaient chanter des hymnes pendant le temps des sacrifices, accompagnés des orgues et des autres instruments de musique; le peuple chantant en chœur.

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