CHAPITRE VIII
Des consécrations et des onctions.
Nous lisons dans l’Exode que le Seigneur ordonna à Moïse de faire une « huile sainte » pour oindre le tabernacle au moment de la dédicace, ainsi que l’arche d’alliance , la table et les vases sacrés, et qui devait aussi servir pour l’onction des prêtres et des rois. Cependant il n’est pas dit que Moïse ait été oint, sauf de l’onction spirituelle, comme l’a été le Christ.
Le Sauveur a établi différentes onctions matérielles dans son église, dont chacune est destinée à nous communiquer des grâces spirituelles, et que nous nous proposons de traiter ici dans leur ordre respectif.
D’abord il y a deux sortes d’onctions , une exlérieure , qui est matérielle et visible, et l’autre in lé-
Heure, qui est spirituelle et invisible. Le corps reçoit l’onction extérieure; le cœur, Fonction intérieure. Saint Jacques parle de la première lorsqu’il dit : « Quelqu’un est-il malade parmi vous , qu’il appelle les prêtres de l’Eglise, et qu’ils prient sur lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur , et la prière de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera , et s’il a commis des péchés , ils lui seront remis. » Saint Jean fait allusion à la seconde quand il dit : « Mais pour vous , conservez Fonction que vous avez reçue de lui , et vous n’aurez pas besoin que personne vous instruise , car son onction vous instruira de tout. » L’onction extérieure est le symbole de Fonction intérieure. Cette dernière est non-seulement un signe , c’est-à-dire une chose signifiée, mais de plus un sacrement; et s’il est dignement reçu, il communique la grâce. Dans Fonction extérieure et visible , l’Eglise se sert de deux sortes d’huiles : l’huile des catéchumènes et l’huile des malades.
On demande pourquoi les malades et les catéchumènes sont oints d’huile ; à cela nous répondons : afin que les bienfaits invisibles puissent être plus facilement transmis par le moyen des signes visibles , car l’huile a la vertu de fortifier le corps et de soulager les membres fatigués , et elle sert
aussi par ses qualités propres à communiquer la lumière ; de même nous croyons que par Fonction qui se fait avec l’huile bénite , qui est le symbole de la foi qui purifie du péché , la santé et la lumière se répandent dans l’ame du chrétien. Ici l’huile visible est dans le signe extérieur, l’huile invisible dans le sacrement intérieur. Nous avons l’autorité des apôtres pour l’huile des malades , et celle des hommes apostoliques pour l’huile des catéchumènes.
Dieu , il est vrai , peut accorder l’huile spirituelle sans l’application de l’huile matérielle ; mais parce que les apôtres ont employé cette dernière pour les malades , et que les hommes apostoliques s’en sont servi pour les catéchumènes, on ne saurait sans péché omettre une pratique sanctionnée par de si hautes autorités. Avant la loi de Moïse, les justes qui n’avaient pas reçu la circoncision n’en étaient pas moins agréables à Dieu ; mais , du moment que cette ordonnance légale a été établie , on ne pouvait s’y soustraire sans péché.
Quant à Fonction qui se fait avant le baptême , nous observerons d’abord que la sainte Ecriture nous parle de celle que recevaient les prêtres et les rois. Saint Pierre dit que le Christ, par son sang, nous a fait tous rois et prêtres, que nous
sommes « une génération choisie , un sacerdoce royal ; » et c’est pour cela que les chrétiens sont oints avec l’huile deux fois avant le baptême , sur la poitrine et entre les épaules , et deux fois après la réception du sacrement avec le saint chrême, d’ahord sur le haut de la tête , et ensuite par l’évêque sur le front.
Saint Augustin dit que les trois premières onctions ont été établies plutôt par la coutume que d’après une autorité écrite. Le catéchumène est oint d’huile premièrement sur la poitrine , qui est la région du cœur, afin que la grâce du Saint-Esprit vienne dissiper l’erreur et l'ignorance qui y régnent, et y substituer une foi éclairée; car « l’homme juste vit de la foi , » et c’est « avec le cœur que nous faisons profession de la foi qui justifie. » Il reçoit Fonction entre les épaules pour qu’il puisse , à l’aide du même Esprit , secouer la paresse et l’indifférence et pratiquer les bonnes œuvres ; car « la foi sans la charité est une foi morte. » L’huile est portée du cœur aux épaules , pour signifier que la foi qui est conçue par l’esprit doit se perfectionner par les œuvres (et que la véritable foi consiste à assimiler nos œuvres à nos paroles '). Après lebap-
1 Ce passage ne se trouve pas dans l'édition princeps de Durand.
tême , le catéchumène est oint par le prêtre sur la tête avec le saint chrême, afin « qu’il sache rendre raison de la foi qui est en lui , » la tête signifiant l'esprit selon ces paroles de l’Ecclésiastique : « Les yeux du sage , c’est-à-dire son intelligence , sont placés dans sa tête. » La partie supérieure de cette intelligence c’est la raison , représentée par le haut de la tête; la partie inférieure, la sensualité.
Dans l’administration des saints ordres , Fonction est appliquée aux mains , pour signifier que le prêtre reçoit dans ce sacrement le pouvoir de consacrer le corps et le sang du Seigneur. De là s’est établi l’usage pieux de baiser les mains des prêtres après leur ordination , afin de participer en quelque sorte aux grâces et aux bénédictions qu’elles viennent de recevoir. L’onction de l’huile sainte signifie le zèle dans le service du prochain ; les mains représentent les bonnes œuvres , l’huile la miséricorde ; aussi le bon Samaritain versa de l’huile et du vin dans les plaies de l’homme blessé.
L’onction des évêques et des princes temporels a son origine dans l’Ancien Testament. Dans le Lévitique , le grand prêtre est désigné comme « celui parmi ses frères sur la tête duquel l’huile de Fonction a été répandue , et dont les mains ont été consacrées. » Un évêque est consacré avec le saint
chrême , qui est un composé d’huile et de baume. Il est oint sur la tête , parce que l’huile sur la tête signifie, selon saint Grégoire, la charité dans le cœur, et que la tète est le siège de la puissance et de la dignité. L’évêque représente la personne du Christ dont il est le vicaire; le prophète dit: « Il ressemble à l’huile qui découla de la tête d’Aaron ; » car la tête de l’homme , c’est le Christ ; la tète du Christ, c’est Dieu. « L’esprit du Seigneur est sur moi, dit Isaïe, parce que j’ai été oint afin de prêcher l’Evangile aux pauvres. »
Les rois et les prophètes furent oints dans l’ancienne loi. Vint après Jésus de Nazareth , « que Dieu a consacré par une onction de joie plus excellente que celle de ses frères. » C’est lui qui est le chef de l’Église, laquelle est son corps. Aussi, depuis sa venue les princes temporels sont oints sur l’épaule au lieu de la tête , parce que cette partie du corps est celle qui représente la puissance , selon ce verset d’Isaïe : « Son gouvernement sera sur ses épaules. » L’onction de l’évêque se fait au front parce qu’il est le vicaire du Christ. Dans quelques églises , lorsque le nouveau prélat prend possession de son siège, il entre dans son diocèse en portant sur son cœur le livre des évangiles , emblème du talent qui lui est confié.
I) ANS LES EGLISES. 10 1
La patène, qui sert à la célébration des saints mystères , est consacrée et ointe. Nous voyons dans l’ancienne loi que la farine destinée au service de l’autel était placée sur des patènes d’or et d’argent. Le calice est aussi consacré par Fonction , afin qu’il devienne par la bénédiction de l’Esprit saint un nouveau sépulcre pour contenir le corps et le sang du Sauveur , et qu’il le fasse déborder de grâces célestes comme celui de Melchisédech.
Nous ferons observer que dans la consécration et la bénédiction d’une église, des vases sacrés et des ornements sacerdotaux , on ne suppose nullement que ces choses matérielles soient capables par ellesmêmes de recevoir des grâces, puisqu’elles sont inanimées; mais elles sont sanctifiées par les prié-
res de l’Eglise et deviennent alors propres au service du culte divin. Ainsi, lorsqu’une personne est ointe sur le front dans la confirmation , de même que lorsque le sel , l’eau et les ornements sacerdotaux sont bénits , l’imposition des mains a lieu , parce qu’il y a une certaine vertu attachée aux mains consacrées , laquelle est excitée par l’imposition des mains, selon ces paroles de saint Paul à Tite : « Je vous conjure d’exciter en vous la grâce que vous avez reçue par l’imposition de mes mains. » La bénédiction peut donc produire par les
corps ce qu’elle accomplit dans les âmes , et une vertu peut exister dans les choses inanimées comme dans celles qui sont animées. Aussi quelques-uns prétendent qu’on peut obtenir la rémission des péchés véniels en entrant dans une église , en vertu de sa consécration , avec un coeur contrit et humilié.