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CHAPITRE VII

De la consécration de l’autel.

L’autel, comme l’église, doit être consacré, et cela pour trois raisons. D’abord , à cause du sacrifice qui est offert dessus. Noé, ayant construit un autel au Seigneur, offrit un sacrifice en choisissant pour cela des oiseaux et des animaux purs. Mais notre sacrifice est celui du corps et du sang du Christ; c’est le mémorial de la passion du Sauveur, selon ses propres paroles: « Faites ceci en mémoire de moi. » En second lieu, c’est à l’autel que se fait l’invocation du nom du Seigneur. Nous voyons qu’Abraham , ayant construit un autel, invoqua le nom de Dieu, et que le Tout-Puissant lui apparut. Cette invocation qui a lieu sur nos autels est proprement la messe.

En troisième lieu, ils sont consacrés par rapport au chant. On voit dans l’Ecclésiastique que les chanteurs se tenaient devant l’autel et faisaient entendre une douce harmonie.

Voici la formule de la consécration. L’évêque commence en disant: « O Dieu, hàtez-vous de nous secourir ; » ensuite il bénit l’eau , et avec cette eau il trace quatre croix aux quatre cornes 1 de l’autel. Il fait sept fois le tour de l’autel en aspergeant avec une branche d’hysope la table 2 de l’autel. L’église est aspergée de nouveau , et le reste de l’eau bénite est répandu au pied de l’autel. Quatre croix sont alors tracées avec le saint chrême sur les quatre coins de la cavité ou sépulcre destiné à contenir les reliques , lesquelles reliques, avant de les y déposer, sont placées dans un étui avec trois grains d’encens. On pose sur le sépulcre un couvercle dont le milieu est fortifié par le signe puissant du salut. La pierre ou table est alors ajustée à l’autel et ointe d’huile en cinq endroits, et après du saint chrême. L’autel

1 Le mot cornes ici indique les coins de l’autel. C’est évidemment une allusion à l’autel du temple juif, dont les angles présentaient des parties saillantes appelées cornes.

2 Nous traduisons le mot mensa par table. Il signifie la surface supérieure de l’autel sur laquelle se célèbre la partie essentielle du sacrifice.

est confirmé au front par le saint chrême appliqué

en forme de croix , et on brûle dessus de l’encens en cinq endroits. On finit la cérémonie en couvrant l’autel de nappes blanches, et le saint sacrifice commence. Maintenant suivons en détail chacune de ces cérémonies , afin d’en saisir le sens symbolique.

D’abord l’autel est consacré par les onctions du saint chrême et par les prières qui les accompagnent, et cet autel doit être construit entièrement en pierre. L’évêque se tenant debout commence par ces paroles: « Seigneur, hâtez-vous de

nous secourir ; » le Seigneur lui-même ayant dit : « Sans moi vous ne pouvez rien. » Ces rites divers

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signifient que ceux qui ont reçu la foi doivent être

baptisés afin de se préparer au combat, parce qu’ils ont à lutter contre les épreuves et les difficultés de ce monde. L’aîleluia est omis; car ceux

qui n’ont pas reçu le baptême ne sont pas dignes

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de se joindre aux concerts des anges , ni de pren-

dre part à cet « alléluia qui se fera entendre dans toutes les rues de la céleste Jérusalem. » Ce chant d’allégresse est réservé pour la fin de la cérémonie de la dédicace , parce qu’alors les démons sont en fuite , et Dieu est loué dans son temple ; car le Christ , en s’approchant de l’autel de sa croix et

avant de manifester la gloire de son éternité , a payé sa dette à la mort, et ce n’est qu’après sa résurrection que l’alleluia fut chanté.

Les exorcismes qui accompagnent la bénédiction de l’eau ont la vertu de chasser l’ennemi de notre salut. Quatre choses sont indispensables à cette cérémonie , savoir: l’eau, le vin, le sel et les cendres. En voici les raisons. D’abord il y a quatre moyens d’expulser l’esprit tentateur : le premier, ce sont les larmes de la contrition, figurées par l’eau ; le second , le soin de l’àme , signifié par le vin ; le troisième , la discrétion , dont le sel est l’emblème ; le quatrième , l’humilité profonde , représentée par les cendres. L’Ecriture dit en parlant des Ninivites : « Leur roi se leva de son trône ,

et, s’étant revêtu d’un cilice, il se prosterna sur la cendre. » Et Abraham s’excuse de parler au Seigneur, parce qu’il n’est que « cendre et poussière. »

Dans un certain sens , l’eau se prend pour le peuple ou le genre humain; les grandes eaux sont les nations nombreuses ; le vin , c’est Dieu ; le sel , l’enseignement de la loi divine ; les cendres , le mémorial de la passion du Sauveur ; le vin mêlé d’eau signifie l’Homme-Dieu.

Cette eau qui est bénite représente encore l’Esprit saint , qui est le principe de toute sanctifica-

tion, et dont la grâce opère la rémission des péchés. Aussi l’Esprit saint est appelé eau par le Sauveur lui-même. « Quiconque , dit-il , croira en moi , il sortira de son sein des fleuves d’eau vive. » Il parlait de l’Esprit saint que recevraient tous ceux qui avaient foi dans le Rédempteur. Dans le sacrement de baptême, l’eau n’opère pas sans l’esprit, ni l’esprit sans l’eau. L’esprit de Dieu a sanctifié cet élément lorsque, dans la création du monde, « il s’est porté sur les eaux ' . »

Le sel est nécessaire dans la cérémonie de la dédicace , parce qu’il représente l’assaisonnement de la foi sans lequel on ne saurait être sauvé , quand bien même on eût reçu les eaux du baptême. Le vin indique l’intelligence spirituelle de la loi; aussi nous voyons dans l’Ecriture que le Seigneur a changé Leau en vin. C’est de ce vin qu’il faut avoir goûté pour atteindre à la vie éternelle. Les cendres répandues sont l’emblème du sacrement de pénitence , qui est indispensable aux adultes pour la rémission des péchés commis après le baptême, et

1 « Il y a quatre sortes d’eaux bénites. La première sert dans le jugement d’expurgation , on a cessé de l’employer ; la seconde sert pour les dédicaces ; la troisième, dans les aspersions intérieures de l’église ; et la quatrième est l’eau du baptême. »

Durand, liv. iv, iv, 10.

ce n’est pas sans raison que le Seigneur l’appelle un baptême, lorsqu’il dit en saint Jean « qu’il est venu dans la Galilée prêcher le baptême de la pénitence pour la rémission des péchés. »

Lorsque toutes ces substances ont été mêlées ensemble, l’évêque trace avec cette eau quatre croix aux quatre cornes de l’autel et une au milieu. Les premières nous représentent les quatre caractères de la charité dans ceux qui approchent de l’autel , savoir : l’amour de Dieu , l’amour de leur propre perfection et l’amour des amis et des ennemis. Ces quatre qualités de la charité sont indiquées dans la Genèse: « Vous vous étendrez vers l’est, vers l’ouest, vers le nord et vers le sud. » Les quatre croix signifient encore que le Christ a racheté les quatre parties du monde, et que nous devons porter la croix du Sauveur en quatre manières : dans notre cœur par la méditation , sur nos lèvres par la confession , dans notre corps par la mortification, et sur nos fronts comme une empreinte ineffaçable. La croix qui est au milieu de l’autel signifie que le Sauveur a accompli notre rédemption au centre du monde, c’est-à-dire à Jérusalem.

L’évêque fait sept fois le circuit de l’autel , pour

indiquer qu’il doit veiller sur toute l’église en com-

mençant par lui-même. On chante en même temps ce verset des Cantiques : « Les sentinelles qui faisaient le tour de la ville m’ont trouvé. » Cette vigilance pastorale est indispensable aux prélats de l’Eglise ; car , dit Gilbert , « c’est une chose monstrueuse qu’un gardien aveugle , un conducteur boiteux , un prélat négligent , un docteur ignorant et un prédicateur muet. »

L’autel est aspergé sept fois , pour représenter les sept dons du Saint-Esprit communiqués par le baptême. Ces sept aspersions figurent encore les sept effusions du sang de Jésus-Christ : la première dans sa circoncision , la seconde dans le jardin des Olives , la troisième dans sa flagellation, la quatrième dans le couronnement d’épines, la cinquième lorsqu’on lui perça les mains , la sixième lorsque ses pieds furent cloués à la croix , la septième lorsqu’on lui ouvrit le côté.

Ces aspersions se font avec une branche d’hysope, petite plante basse et rampante , qui représente ici l’abjection du Christ; car les effusions de sang dont nous venons de parler étaient accompagnées de l’hysope de l’humilité et de l’amour inextinguible du Christ , avec lequel il purifia son Eglise. Cette herbe croît naturellement sur les rochers ; de même l’humilité a sa racine sur la pierre,

c’est-à-dire Jésus-Christ. « Ce rocher était le Christ, » dit l’Apôtre. L’hysope est échauffant de sa nature, et l’humilité du Sauveur enflamme les cœurs les plus froids ; ses racines pénètrent à travers le roc , et l’humilité amollit les cœurs les plus rebelles. L’hysope a la vertu de guérir les enflures et les maladies de poitrine; l’humilité diminue l’enflure spirituelle de l’orgueil. Cette plante tient fermement au sol; aussi les fidèles qui sont enracinés dans le Christ ne peuvent être arrachés à son amour, et plus encore les évêques et les prêtres , qui , en raison de leur prééminence dans l’Eglise , doivent adhérer plus fortement à la foi du Sauveur.

Après l’aspersion de l’église et de l’autel , ce qui reste de l’eau est versé au pied de l’autel ; la même chose s’observait dans l’Ancien Testament pour le sang des victimes.

Le sépulcre ou cavité de l’autel qui contient les reliques est l’emblème du vase d’or rempli de manne qui était placé dans l’arche du Testament.

Ce sépulcre , que quelques-uns appellent confession, c’est notre cœur.

Les quatre croix faites avec le saint chrême sont les quatre vertus cardinales , la prudence , la force , la tempérance et la justice, dont nos cœurs sont,

pour ainsi dire, oints lorsque le Saint-Esprit les prépare à recevoir les mystères cachés.

On ne doit consacrer aucun autel qui ne contient pas de reliques 1 ; mais ceci ne s’applique pas aux autels que l’on porte en voyage. Les reliques , d’après l’Ancien et le Nouveau Testament, sont les preuves de la foi et des souffrances des martyrs et des confesseurs qui nous sont laissées comme exemples. L’étui qui les contient est l’emblème de notre cœur qui garde leur précieux souvenir , afin que nous puissions dire avec l’Apôtre: « Soyez mes imitateurs , comme je le suis de Jésus-Christ. »

La coutume de porter des reliques en procession est imitée de l’Ancien Testament. Nous lisons dans l’Exode que l’arche du Testament était traversée dans toute son épaisseur par deux anneaux d’or dans lesquels étaient passés les bâtons dorés de bois de Setim qui servaient à enlever l’arche lorsqu’on la changeait de place ; et l’évèque , avant d’entrer dans l'église, en fait le tour à l’extérieur en portant les reliques des saints qui sont les protecteurs de l’église. Il est dit dans le livre des Rois que le roi Salomon fit « porter par les prêtres et les Lévites l’arche de l’alliance au lieu qui lui était

1 Voyez chap. II.

destiné , dans l’oracle du temple , dans le Saint des saints, sous les ailes des chérubins; car les chérubins étendaient leurs ailes au-dessus du lieu où était l’arche , et ils couvraient l’arche et les bâtons qui y tenaient, et le roi Salomon et tout le peuple marchaient devant. » C’est en souvenir de cet événement que les prélats , les grands et le peuple s’assemblent pour célébrer la dédicace des églises, et suivent en procession l’évêque officiant et les prêtres qui portent solennellement les reliques sous un dais ou pavillon. Avant d’entrer dans l’église, le prélat s’adresse au peuple, de même que Salomon , lorsque l’arche était arrivée à sa destination, * se tourna vers les Israélites et les bénit tous. »

Les reliques sont enfermées dans un étui avec trois grains d’encens, qui sont l’emblème de la sainte Trinité. « L’homme juste vit de la foi , sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu , » et cette foi lui apprend qu’il n’y a « qu’un Dieu, une foi, un baptême. »

Cette pierre de l’autel contient le sceau du sépulcre , comme l’appelle le pape Alexandre III.

La table ou partie supérieure est le complément de l’autel , de même que la connaissance de Dieu est la confirmation et la perfection de tous les dons

célestes, selon ces paroles de la Sagesse: « Vous connaître, c’est la parfaite justice, et comprendre votre équité et votre puissance , c’est la racine de l’immortalité. » — « Que celui qui se glorifie mette sa gloire à me connaître , » dit Jérémie.

La pierre de l’autel est encore le symbole du Christ, dont l’Apôtre nous dit: « Jésus-Christ est la pierre angulaire. » Elle signifie spécialement son humanité, car nous lisons dans le prophète Daniel qu’une pierre fut taillée du rocher sans aucun secours de l’homme. C’est l’emblème du Sauveur qui est né de la sainte Vierge ( appelée une montagne à cause de l’excellence des vertus ) sans intervention humaine. C’est cette pierre , dit le psalmiste , que « les architectes ont rejetée et qui est devenue la principale pierre de l’angle, » c’est-à-dire le Christ que les Juifs ont refusé pour leur roi en disant : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. »

Il faut que l’autel soit de pierre pour qu’il soit consacré, parce que le Christ, dont il est l’emblème, est la pierre qui est devenue une montagne et qu’il a été «■ oint d’une huile de joie d’une manière plus excellente que ses frères. » Cependant nous voyons dans l’Exode que les autels furent faits en bois de Setim, qui est incorruptible; nous savons quel’au-

tel de l’église de Latran est en bois ; Salomon aussi fît un autel en or; mais ces choses étaient des types. Dans le château de Sainte-Marie , en Provence, auprès de la mer, il existe un autel en terre qui fut construit par Marie-Madeleine , Marthe , Marie mère de Jacques , et Marie mère de Salomé 1 .

L’autel est oint trois fois avec de l’huile , qui représente la foi et l’espérance, et une fois avec le saint chrême, qui signifie la charité, la vertu la plus excellente. Pendant qu’on fait l’onction du saint chrême , le chœur chante ces paroles du patriarche Jacoh : « L’odeur qui sort de mon fils est semblable à celle d’un champ plein de fleurs. » Ce champ , c’est l’Eglise tout émaillée des fleurs de ses vertus , tout odoriférante de bonnes œuvres ; ce sont les roses des martyrs , les lis des vierges , les violettes des confesseurs , la fraîche verdure des nouveaux chrétiens. Les onctions faites , l’encens est brûlé , c’est la ferveur de la dévo-

1 Selon la légende dorée , sainte Marie-Madeleine , saint Lazare et d’autres saints furent embarqués par les Juifs sur un vaisseau , qui fut porté par la mer à Marseille Le pays leur fut redevable de sa conversion, et saint Lazare en devint le premier évêque. La ville de Vezelay en Bourgogne a aussi cru posséder les reliques de sainte Madeleine. Durand , qui était de la Provence , réclame cet honneur pour son pays.

tion. Il fume aux quatre coins de l’autel et au milieu, pour signifier que , par le moyen de nos cinq sens , nous devons glorifier Dieu et édifier nos frères. « Nous sommes , dit l’Apôtre , la bonne odeur de Jésus-Christ; » et dans l’Evangile: « Que votre

lumière luise devant les hommes. » Le fréquent

usage de l’encens dans l’Eglise est encore l’emblème de la constante médiation de notre grand prêtre auprès de son Père en faveur des hommes coupables.

On trace une croix avec cet encens , parce que le Sauveur présente toujours à son Père les plaies qu’il a reçues pour notre rédemption. L’encens est brûlé avec profusion sur l’autel ; c’est la multitude des prières qui s’élèvent continuellement à Dieu dans l’Eglise catholique.

L’évèque confirme l’autel avec le signe de la croix , en disant : « Confirmez cet autel , Seigneur, etc. » Cette onction se fait avec le saint chrême sur le devant de la pierre : elle représente la descente du Saint-Esprit dans nos cœurs par la charité , pour les fortifier , afin que nous puissions dire avec l’Apôtre: « Qui nous séparera de l’amour de Jésus-Christ , etc. » Ensuite se dit le Gloria Patri .

La dernière bénédiction de l’autel signifie cette bénédiction finale qui attend les élus lorsque le

Sauveur proférera ces paroles : « V enez , les bénis de mon Père. » L’autel est ensuite essuyé avec un linge blanc, pour indiquer que la pureté du cœur ne s’obtient que par une vie chaste. Puis sont bénits les vases , les ornements et les linges destinés au service divin. Parmi les instructions données par le Seigneur à Moïse sur le mont Sinaï , nous trouvons celle de préparer des linges et des ornements pour le temple.

Cette bénédiction des objets destinés au service du culte nous apprend que toutes nos œuvres doivent être consacrées au Seigneur. L’autel est en dernier lieu couvert de linges blancs , l’église est ornée et les lampes sont allumées , « car les justes brilleront comme le soleil , » et alors est offert au Tout-Puissant ce sacrifice dont parle le prophète : « Le sacrifice à Dieu , c’est un cœur brisé , etc. » La cérémonie de la dédicace ne doit pas se terminer sans la messe , suivant le pape Gelase , parce que là se révèle un sacrement qui a été caché aux anges dès le commencement.

Nous observerons que lorsque l’évèque fait l’aspersion de l’église, il se sert des ornements ordinaires de couleur blanche, mais à la messe il est %

revêtu de riches ornements pontificaux ; ainsi, dans l’ancienne loi , le grand piètre faisait l’expiation du

sanctuaire dans un simple éphod en toile blanche ; mais lorsqu'il offrait le bouc pour les holocaustes , il se lavait et prenait ensuite les robes du grand prèlre. Mais , en raison de ce qu'il lâchait le bouc émissaire aussitôt après la purification du sanctuaire , et tandis qu'il était encore revêtu de l'éphod de lin , il est d'usage dans certaines églises de conserver encore les ornements blancs après la consécration des fonts et l'immersion des catéchumènes dans les eaux purifiantes qui emportent avec elles la tache du péché.

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