CHAPITRE I
Mécanisme de l’Hémoglobinurie
Avant d'entrer dans la discussion des différentes hypothèses pathogéniques de la Fièvre bilieuse hémoglobinurique, il est utile de préciser les notions qui président à la genèse de l’hémoglobinurie en s'appuyant sur les données les plus récemment acquises par la science. Les recherches de MM. Hayen, Jean Camus, Wipa, ét RosTanE, Girserr et Cna- BROL, etc., ont éclairé d’un jour nouveau cette queslion si complexe et il semble que l’on puisse actuellement rattacher à quatre causes principales l'apparition de l’hémoglobine dans les urines :
1° Hémôglobinurie par hémoglobinémie d’origine musculaire.
Lorsque on blesse expérimentalement un muscle strié, l’hémoglobine de ce muscle est mise en liberté
et passe à travers le filtre rénal (1). Chez le lapin qui possède des muscles rouges et des muscles blancs, la blessure des premiers provoque le symptôme qui n'apparaît pas dans la blessure des muscles blancs. Chez les chevaux surmenés, ayant subi des fatigues excessives, on a constaté de l’hémoglobinurie associée parfois à de véritables lésions de myosite (Lucet) (2).
Dans l’hémoglobinurie des pays tempérés, c’est la courbature musculaire qui domine la scène clinique. Elle est généralement d'origine a frigore. On peut donc admettre que le frisson, destiné à lutter mécaniquement contre le froid, provoque cette lésion musculaire et fait apparaître l'hémoglobinurie.
Bien que l’on ait noté, assez souvent, l'influence défavorable du surmenage et du froid sur la productin de l’hémoglobinurie coloniale, il y a lieu de croire que ces facteurs n'interviennent que comme influences occasionnelles favorisantes. Les occasions de prendre froid sont peu fréquentes dans les pays chauds et, dans beaucoup de cas, il est imposssible d’incriminer la- fatigue. Le frisson engendré par l'accès palustre devrait être incriminé plus volontiers, quoique l’on compte par milliers les cas où le frisson malarique ne s’est pas accompagné de pissement d'hémoglobine.
(L J. Camus. Les Hemoglobinuries. Etude pathogénique. Thèse. Paris 1903.
(2) A. Lucer. Hemoglobinurie paroxystique a frigore du RENE La Presse medicale, n° 45. 4 Juin 1910.