‹ Du systèm des intonations chinoises et de ses rapports avec celui desChapitre 1 sur 2 · AVKC CELUI DES INTONATIONS ANNAMITES · texte numérisé non relu

AVKC CELUI DES INTONATIONS ANNAMITES

Si l'on considère au point de vue le plus large, et sans entrer dans les détails de l'organisation grammaticale, les moyens employés par Thomme dans la formation des langues, on se rend bientôt compte que les mots, qui en sont comme les éléments prî- 'x\ ihîlifs, ont été mis en œuvre à laide des quatre

5 grands procédés d'application suivants :

i" La création et le jeu des désinences grammaticales ou flexions ; i» 2*" L'association des mots entre eux;

3" L aspiration ^ ;

^ Nous n entendons pas parler ici de celle qui se rencontre, sans aucune raison d'être apparente , dans un grand nombre de mots des langues allemande, anglaise, arabe» et peut-être dans tous ou presque tous les idiomes parlés sur le globe ; mais bien de cette addition, pour ainsi dire systématique, d'une aspiration plus ou moins énergique à la plus grande partie des monosyllabes cbioois , aspiration qui n en modifie que l'articulation et non le son , et qui fait que Ton peut, pour ainsi dire, décomposer la liste de ces monosyllabe.^ en deux séries parallèles et symétriques , selon qu'ils en sont alTeetés ou non.

Ajoutons ici que le mot aspiration nous parait singulièrement impropre ; c'est plutôt expiration qu'il faudrait dire.

4" L'intonation.

Les deux premiers, juin Is, si Ton veut, à un emploi pour ainsi dire fortuit et sans réglementation du troisième \ ont servi h la formation des langues dites à flexions, comme le sont, par exemple, les langues européennes.

Cest, au contraire, à Taction des trois derniers procédés que les langues monosyllabiques des Chinois et des Annamites doivent leur organisation distincte et spéciale.

Notre but n'est point ici d'étudier les lois qui ont présidé, soit à l'emploi des désinences et de l'aspiration, soit à celui de lassociation des mots, et d'ajouter, dans ce court aperçu, une pierre nouvelle à l'édifice que d'éminents linguistes ont déjà presque couronné, au moins en ce qui concerne les langues indo -germaniques; nous nous bornerons simplement à continuer d'appeler l'attention de nos lec- 'teurs sur le quatrième des procédés indiqués plus haut, l'intonation, qui donne aux langues d'origine chinoise un caractère si étrange et si original.

On trouve la définition, ou pour mieux dire un essai d'indication des tons chinois dans un grand nombre de livres; les ouvrages du P. Prémare, d'A-bei Rémusat, de de Guignes, de Callery, du Rév. Ëdkins, entre autres, en donnent le tableau. On les trouve même expliqués dans le bel ouvrage . de M. Wade ^^ et dans ceux de Gonçalves, du Rév. Ed-

* Voir la note ci-dessus.

Tsêu M £51.

Él

kins et de M. James Summers, par le seul procédé qui, en dehors deTaudition directe, soit susceptible den donner une idée sensiblement exacte, à savoir la comparaison de ces intonations avec les inflexions de voix analogues qui se rencontrent d'une manière beaucoup plus fugitive dans les langues européennes. La poésie, surtout, se prête à ce rapprochement par la fixité phis grande qu elle présente dans Tintonation des mots et des phrases; et c'est en appelant Tattention sur les mots saillants d*un certain nombre de vers anglais, que les savants dont nous venons de parler ont pu arriver à un résultat plus satisfaisant qu ils n'auraient pu le faire par tout autre moyen ^.

Malheureusement les seuls termes de comparaison qui existent à notre connaissance se trouvant dans des ouvrages destinés h Tusage des Anglais et des Portugais, et par conséquent écrits dans les langues de ces deux nations, restent, pour nous, presque à Tétat de lettre close; car il nous semble bien difficile qu'un Français, quelque pratique qu'il, ait de ces idiomes, puisse saisir avec une netteté suffisante des nuances aussi délicates. 11 est donc indispensable qu'un pareil travail soit fait également

^ Il existe pourtant une lacune. Nulle part nous n'avons rencontré d'indications exactes et développées concernant Taccent jou chêng ; tous les auteurs qui , à notre connaissance du moins , ont traité de la tonalité chiuoise, se sont bornés à présenter cet accent comme donnant au monosyllabe qu'il affecte une brièveté marquée; mais ib ont gardé le silence le plus absolu, sur la place qu'il occupe dans l'échelle delà \oix.

dans les langues des pays, autres que 1* Angleterre ou le Portugal, où Ton étudie la littérature chinoise.

Ce travail , nous lavons entrepris pour la langue française, en ce qui concerne les intonations annamites^ ; et le présent article a pour but, non-seulement de donner à ceux de nos compatriotes qui s'occupent de l'étude du chinois une idée aussi exacte que possible des tons de cette langue, mais encore, et surtout, de faire ressortir l'identité qui existe entre ces tons et ceux du cochinchinois; identité que l'étude comparative des deux idiomes nous a semblé mettre à peu près hors de doute.

Nous suivrons , dans cette démonstration, l'ordre généralement adopté par les auteurs pour la classification des tons de la langue chinoise.

Le premier de ces tons, ou chàng ping ^, nous parait équivaloir complètement à l'accent aigu des Annamites ou Ma sàc^.

Chinois.

kîn féi t'a

or voler il , lui.

' Voir notre étude sur ces intonations publiée dans la Revue de Linguistique, n" de juillet 1869.

' r ^tl. Marqué, dans les ouvrages du Rév. Edkins, au

mo]fen d'une virgule placée en bas et à gauche du mot qu'il aOeclc, et dans la généralité des auteurs par une longue placée au-dessus de la voyelle

' &r '^5 • Marqué, dans le système de transcription de leur

Annamite.

vàc toi 3^^^9

porter sur Tépaale aller espèce.

Le deuxième ton, hià ping^, correspond au ton grave de Fannaniite ou dàu nâng^.

Chinois.

Mi long ouên

venir sourd entendre.

Annamite.

hâ vo cho

élé épouse marché.

Le troisième ton , ou chàng cliêng ', répond au ton

langue, en caractères latins, au moyen d'un accent aigu placé sur le mot.

^ |> ^^ . Maixjué , par le Rév. Edkius , au moyen d*an point

placé en bas et à droite du mot, et par ia généralité des auteurs au moyen de l'accent circonflexe placé au-dessus.

* ^r ^S • Indiqué dans la transcription latine par un point

placé sous le mot.

' r ^p . Marqué , par le Rév. Edkins , au moyen d'une virgule

égal de la conversation des Cochinchinois , mais en tant seulement que ce ton égal se trouve placé sur le mot qui termine une période; cas auquel , conime nous Tavons dit dans notre notice sur les accents annamites, il nous parait ^perdre son caractère plane et chantant, et devient, en tenant compte de la position dilTérente quil présente dans 1 échelle de la voix, sensiblement analogue à Faccent descendant. Nous devons cependant placer ici deux observations destinées à réduire à sa valeur exacte cette analogie ' du ton chàng chêng chinois avec fintonation égale ou recio tono de la langue annamite.

La première, c est que , dans l'habitude de la conversation des Annamites, cette intonation dite égale de la fin des périodes n*est peut-être pas aussi sensiblement descendante que Test le ton chàng chêng, au moins dans certains mots chinois; cela peut tenir à ce que, se prolongeant moins, elle ne permettrait pas de saisir aussi bien la gradation qu*on le fait dans Taccent chinois correspondant.

La seconde, cest qu*il nous a semblé que, lorsqu'un ou plusieurs mots chinois affectés de Tintonation chàng chèng sont suivis immédiatement d*un autre mot affecté de l'un des deux tons musicaux chàng p'îng ou hia p'ing , leur intonation chàng chèng , * qui est de sa nature descendante, ne se transforme pas en intonation égale, et par suite musicale; ce qui, dans ce dernier cas, la séparerait absolument

placée en haut et à gauche du mot, et par la généralité des auteurs au moyen du signe de Taccent grave placé au-dessus.

du ton égal annamite. Ainsi dans la phrase chinoise suivante :

tsing ckoài yeàu siè kién

l'eau du puits est un peu salée,

les mots tsïng, choài, yeoà, nous paraissent conserver chacun leur intonation descendante; tandis que dans la phrase annamite :

leo Un trên thaong laong

il monte sur la poutre,

la prononciation recio tono des monosyllabes leo, lên, trên est incontestablement musicale.

Le quatrième ton chinois /nu chêng^ est, à notre point de vue, identique avec le ton dit remontant du cochinchinois ou dàa ngâ^\ et dans ces deux phrases ^ la première chinoise, et la seconde annamite :

Chinois.

A ^Jn J^ ^ * ^

ta siâo pou ' kodo Jâng C$àn

ils n*ont qu'un pouce carré de surface ,

1 Z^L ^^ . Marqué, par le Rév. Edkins, au moyen d'une virgule renversée placée en haut et à droite du mot, et par la généralité des auteurs au moyen du signa de laccent aigu placé au-dessus.

' &r 7y • Indiqué par un tilde dans la transcription en caractërcs latins.

Annamile.

î* ^ SI ^ ft

toi dâ coi. toi sé^ di

j ai lu j irai ,

les mots chinois ià, siào, kodo, isàn, et les mots annamites dâ, se nous semblent se prononcer absolument avec la même inflexion de voix.

Nous arrivons enfin au ton joû chèng^y dont Tintonation ne nous parait pas, jusquà présent, avoir été déterminée d une manière bien précise. On s'est borné à dire que les mois qu il affecte se prononcent d'une manière brève et comme coupée, l'émission de voix qui les produit s'interrompant subitement.

Celte brièveté dans la p]:ononciation parait bien , en effet, un des caractères de cet accent; mais à quel degré de la gamme diatonique faut-il le rapporter? ou s'il n'est pas susceptible d'être noté musicalement, est-il au moins grave, ou bien aigu^?

Aucun auteur, à notre connaissance, n'a tranché

^ La longue qui surmonte Ye de se remplace ici le tilde qui n'existe pas sur Ye dans le corps des caractères de ce recueil.

* ^\ SS* * Le Rév. Edkins l'indique par un h terminal ; la généralité des auteurs par le signe de la brève placé au-dessus du mot.

' Il est bien entendu qu'il ne peut s'agir ici des dialectes du Kouân-héa, tels que celui de Pékin , par exemple , où ce ton n'existe pas en fait , les mots alFectés de la prononciation brève s'y trouvant répartis dans les autres catégories d'intonations. (Voir la Grammaire et les Leçons progressives du R. Edkins , où ce savant sinologue traite cette question in extenso.)

la question, ni même donné la n)oindre indication sur ce point. Nous allons essayer d'y jeter quelque lumière.

Le ton jou chêng n*est pas musical comme les tons cbàng p'ing et hià p'ing cl , par suihe , n'est pas susceptible d'être noté sur une portée d'une manière bien nette et bien précise.

Il se produit par une émission de la voix qui. toute courte qu'elle est, nen procède pas moins de Vaign aa grave; de plus, ce ton se trouve placé à la partie inférieure de t échelle. On peut se le représenter en se figurant la dernière syllabe d'une phrase prononcée d'une manière brève par une personne qui se sert, en parlant, des cordes graves de la voix.

Enfin ce ton, et voici un point de comparaison plus exact, nous paraît être sensiblement le même que le ton annamite descendant ou dàu huyén^, mais avec cette observation capitale, que cette similitude n'existe qu'autant que ce dernier affecte une syllabe brève. Ainsi les, mots chinois :

pou joà chè koaè

ne pas entrer pierre royaume

se prononceront, au point de vue de l'intonation, comme les monosyllabes annamites

' &r "mT . Marqué , dans la transcription en caractères latins , par un accent grave placé au-dessus de ia syllabe quil affecte.

bèn thành hïnh

durable ville forte forme,

OU bien encore comme s ils étaient écrits , en adoptant pour le chinois la notation annamite :

pou, jou, lie, youe .

Nous ajouterons enfin, et cela sous toutes réserves, quil se pourrait que cet accent ne fût pas toujours aussi bref quon se ie figure d*après la définition qu en donnent les grammaires. Lorsque deux ou trois mots successifs en sont affectés, le premier de ces mots serait peut-être prononcé d*une manière moins rapide; il ferait alors un peu Teffet que Taccent tonique produit dans les langues sans intonations, selon quil est pincé sur la pénultième ou Tantepénultième d'un mot. Il répondrait, dans ce cas, assez exactement à Taccent descendant annamite placé sur une syllabe demi-longue. Mais, nous le répétons, nos observations sur ce point ne sont pas suffisantes pour que nous puissions nous montrer le moins du monde affirmatif; nous nous contentons de signaler le fait aux orientalistes qu il peut intéresser, en leur laissant le soin d'en vérifier fexactitude.

Celte constitution des cinq accents ou tons chi-

^ Dans la notation annamite, Taccent grave se place au-dessus même de la brève. Mais le manque de caractères exacts nous a contraint à les disjoindre et à remplacer ici les deux derniers mots de Texemple par d'autres , équivalents au point de vue de Tintonation.

nois nous permet de faire pour eux Ja classification que nous avons déjà faite dans un précédent article^ au sujet des tons de la langue annamite. Nous les diviserons donc en accents musicaux, qui sont le chdng p'tng et le hià p'tng^ et en accents non musicaux, au nombre de trois: le chàng chêng, le k'id chèng, et le Jou chéng^. D'où il suit, comme nous Tavons déjà dit pour Tannamite ', quune phrase chinoise peut :

1® Être complètement musicale, quand les mots dont elle est formée sont uniquement affectés des deux premiers accents :

« * H ;t JH «

nâ chou lâi. San kïn mien hoâ.

apportez des livres. trois livres de coton ;

2® Ne fêtre en aucune façon si les mots qui la composent sont tous aux intonations chàng chéng, k'iiit chéng eljoû chèng :

n 1 - m sk it

ta liào f ko pài tchàng

ils essuyèrent une défaite;

^ Voir la Revue de Linguistique, article cité.

* La prosodie chinoise emploie la même division avec une nuance dans les termes; pour elle, les deux premiers de ces accentssont p'ing ou égaux, et les deux seconds tse, ou modulés.

* Article cité.

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