LB SYSTÈME
^ « Si la MOiéti eit mal foite, nfaitM-U. »
;^ (Diflconn de M. Louis Blanc.)
t Une réyolution n'est vraiment digne de ce nom ^ que lorsqu'on la fait dans Fintérêt du plus grand t nombre. Les intrigues et les catastrophes de palais, ^les cbangemens soudains d'hommes ou de lois [) peuvent laisser une trace de sang dans l'histoire : ^la mémoire des peuples ne s'attache qu'aux événe* meus qui ont amélioré leur sort, et qui marquent en quelque sorte les étapes du progrès.
Le progrès est la pierre de louche des révolutions; mais il ne s'accomplit pas en un jour, il ne
jaillit pas comme un éclair qui illumine l'espace. Les peuples s'affranchissent par degrés. La liberté s'étend et la base du pouvoir s'élargit, à mesure que les lumières se répandent. Chaque évolution de l'humanité apporte une idée nouvelle et consacre des droits nouveaux; chacune a sa destinée à remphr. 11 ne faut pas que les lois s'élancent en avant ni qu'elles passent à côté des mœurs, car alors elles seraient des chimères ou des violences. Quand on veut sérieusement réformer, améliorer, développer, on doit partir de ce qui existe, et prendre pied dans le monde des réalités. Les grands législateurs de l'antiquité et des temps modernes se sont toujours annoncés comme les continuateurs de la tradition orale ou écrite. C'est dans le passé,* e'est dasA les mœurs primitives qu'ils ont placé leiiv idéal, leuf âge d'or. Moïse continue les patriarches, et l'Évangile se rattache à la loi de Moise. Les sage^ de la Grèce vont s'instruire dans 169 rites rt>ysilérieiix êe l'Egypte. Rome emprunte la kn des douze tables à la Grèce. Grégoire VII fait sortir de la république chrétienne un catholicisme menarefaique et conquérante Luther^ en proclamant la liberté religieuse, ne renonce ni à Tautorfié ni à la grâce. La révolution française^ qui considère les titres da ^eore humain comme oubliés ou fierâus^ traocUrt «n intervallade deux ngdlle ans pmup attsv le» âenaander à Roaie et à k Grèce.
Nâ|K))éoa^ p0ur donnef de largo» ^ «olktae baies à la société oitile^ pour rédiger les codes, interroge les annales^ l'expérience et le bon sens de la nation.
Ceux qui prétendent refaire la société ne sont que des réyeurs ou des anarchistes. Tout le secret de ceux-ci consiste, comme on le dit hautement dans certains clubs, à mettre dessus ce qui était dessous, et à mettre dessous ce qui était dessus^ Ils élèvent le désordre à la hauteur d'une théorie) pour eux, renverser est tout : ik ne songent pas à reconstruire. Par cela même, nous les croyons peu dangereux; la société a besoin d'ordre et ne suit pas long-temps ceux qui la mènent à travers les ruines. Quant aux autres, quant à tous les esprits^ faux qui nous proposent un inonde de kur toçcm, depuis les conceptions ulira'démocratiquesd'OwQ& > jusqu'aux théories ultra-despotiques de Saint-Simon, leurs systèmes dérivent d'une vue incorarplète du cœur humain et de l'histoire^ ils ressemblent à ces monstres de la création, dans lesquels une partie du corps se trouve développée à l'excès et absorbe la substance de toutes les autres. Les uns sacrifient l'autorité à la liberté, les autres la liberté à l'autorité. En considérant l'état social, ik ne s'élèvent jamais à l'harmonie ni à une vue d'ensemble* Auasi leur influence ne peut-elle ni s'étei\dre m Amer. Elle pass^ eomiM ua nété^te
sinistre; elle éblouit et n'éclaire pas. Entre leç réformateurs et les niveleurs il y a un abîme. Luther a émancipé FÂUemagne, et les anabaptistes l'ont ravagée. L'assemblée constituante a proclamé des principes qui feront avec le temps la conquête du monde civilisé, et les doctrines de Babœuf n'ont produit que des machinations contre l'ordre social, machinations absurdes autant que funestes.
On ne refait pas la société, parce que la société e^ l'œuvre de Dieu avant d'être l'œuvre des hommes. La Providence en a posé les bases et en a marqué les destinées. Les lois du monde moral aussi bien que celles du monde physique émanent de cette pensée éternelle et immuable. Nous ne sommes pas notre propre cause. Nous ne donnons pas l'impulsion à cette gravitation puissante qui entraîne les individus, les nations, le genre humain tout entier. Nous pouvons y associer nos efforts, mais voilà tout. La famille, la propriété, les droits et les devoirs, nous n'avons rien créé; nous ne pouvons rien détruire. Pour changer la société, il faudrait changer la nature humaine, donner à l'homme d'autres besoins, d'autres penchans, d'autres sentimens que ceux qu'il manifeste et qui sont inhérens à sa constitution. Il faudrait encore séparer complètement les nations de leur passé, et rompre tout lien de solidarité entre les hommes. Ce serait la folie aux prises avec l'impossible.
De pareilles clameuri ayaient encore un prétexte avant Fère de régénération qui fut inaugurée en 1789. A cette époque en eBèt, la vieille monarchie expirait, et le gouvernement représentatif allait naître. L'administration était décrépite, l'ordre po« litique était encombré de privilèges, la propriété se trouvait concentrée de la façon la moins productive dans un petit nomt»*e de mains. L'industrie et le commerce étaient dans les langes; le crédit n'existait pas , des voies de communication imparfaites et clairsemées sillonnaient le territoire; la France était comme une terre inculte que la réva< lution avait à défricher.
Cette révolution, nous l'avons faite. Il n'y a plus de privilèges, il n'y a que des droits. Tous les hommes étaient égaux depuis cinquante ans devant la loi civile; l'égalité s'établit aujourd'hui devant la loi politique. La propriété du sol, qui appartenait à quelques privilégiés, est devenue le fait le plus général en France. Presque tout le monde. possède de nos jours. Le repos de la société tient désormais au grand nombre des propriétaires, comme la fortune de l'état au grand nombre des contribuables. Avec la diffusion de la richesse immobilière, la richesse mobilière a pris l'essor. Les capitaux ont été accumulés par l'épargne; le crédit a reçu des développemens inconnus;' le tra-
vu}}, a^rai^cl}^ pf Itonoré, devient le principe de
totitosr tAiese»^ Tordre aetuei^ graee aux réformes prefoliéesQpérèe9dBpuisLQD derni-siècle, est véritab]ei»e»t i>il ardre nernveau. Pour le refaire, il ftaârallf défair^^ il faudrait remettre en question les progrès accomplis, et tenter, après deux expérieoees malheureuses^ une troisième restauration du passé;
Tous les changemens qui peuvent intervenir dans y état sociat d'un peuple ont pour objet, soit àe renouveler la forme de la peifêée religieuse, soit de modtâer le principe du gouvernement^ soit d'atiâener wm autre distribution de la richesse et de la propriété, soit enfin d'établir des bases différentes pour la répartition des charges publiques. La religion, l'état,, k. propriété et l'impôt, voilà le cercle des cc^nbinaisons dans lesquelles se produit le besoin d'innovation et de réforme. Eh bien! qu'y a-t-il à changer aujourd'hui dans ces élémens de l'ordre social? Les novateurs ne nous apportent pas assurément un dogme supérieur au dogme cbréUeOr, m une morale plus pure et plus humaine que la morale de l'Évangile. Quant au gouvernement, tout le monde y concourt désormais; le droit est proclamé, il ne s'agit plus que d'en garantir à chacun le paisible exercice, de faire régner une égalité bien réelle, d'çmpêcher que le privilège d'une classe ne soit substitué au priviléga d'we autre claase, (|ne le capital ne soit immolé au
salaire, ou le salaire an capits^v 4^ 1^ tratail des bras, par une réaction qui frapperait les ouvriers euxrinéineSr se prime le travail intellectuel, et que la corruption ne soit remplacée par la violence.
L'assiette de Timpôt conserve encore quelques traces du servage qui pesait, dans le dernier siècle, sur les rangs inférieurs de la sociétés Sans doute aucune classe d!bomroes ne peut aujourd'hui s'exempter de la contribution que réclament les charges publiques: le clergé et lanoMesse acquittent l'impôt^ les citoyens, grâce à la suppression de la corvée etdeki dime> ne paient plus d'impèt qu'à rétat» Pourtant la répartition des charges »'est pas conforme à la stricte équité; tous les citoyens n'y contribuent pas dans la proportion de leur fortune. 11 y a des taxes qui se mesurent à l'importance de la propriété et du revenu; il en est d'autres qui, dépendant de la consommation personnelle, représentent une véritable capitation. Le paysan se voit rançonné par la taxe du sel; l'impôt indirect et l'octroi accablent de tout leur poids l'ouvrier et l'artisan dans les villes. Les contributions sont réparties^ à certains égards, en raison inverse des facultés contributives; on voit trop que les pro^ priétaires ont fait la loi, et qu'ils l'ont faite dans leur seul intérêt. Sur ce point, la réforme parait facile; il n'est pas nécessaire de bouleverser la so* ciét% ^ il ne faut pas mêa&e se mettre m graads
frais d'invention pour établir sur des base& plus équitables Fassiette de Fimpôt.
La législation qui régit chez nous le commerce et l'industrie présente sans contredit des dispositions qui ont fait leur temps et des lacunes qui sont regrettfibles; mais ces défauts trouvent leur explication dans le caractère de Fépoque à laquelle remonte le système. Ces lois forent rendues sous Tempire, dans un mouvement de réaction; elles accusent une déviation très prononcée des principes d'égalité et de liberté qui forment le trait distinctif de la société moderne. Ouvrez le code pénal et même le code de commerce : vous n'y verrez nulle Çart les droits de l'ouvrier placés sur la même ligne que ceux du maître; l'esprit d'association y est gêné et non pas secondé ni dirigé par les réglés qu'on lui pose; enfin, le législateur ne semble pas plus avoir soupçonné l'importance du travail et du crédit qu'il n'avait deviné le rôle de création industrielle et d'expansion commerciale réservé à la vapeur.
Mais, pour redresser la tendance de nos lois, il suffit de les retremper dans leur source légitime. En rendant le travail libre, on le rendra fécond, n n'est pas nécessaire, pour atteindre ce but, d'emprisonner la société dans les limites d'un phalanstère.
Pourquoi veut-on cependant reprendre aujour-
d'hui en sous-œuvre les fondement de Tordre social? Quel est le prétexte ou le but d'une aussi étrange croisade? Les novateurs ont arboré pour bannière ces mots ambitieux et équivoques : Organisation du travail. Ce qu'ils entendent par là^, nul ne le sait; ils ne le savent pas eux-mêmes. Comme Ta dit un illustre orateur, ils n'ont qu'un problème^ et ils vont en avant avec la même intrépidité que s'ils apportaient une solution pratique : chercheurs aventureux qui appellent la société à quitter le terrain solide des faits, sans pouvoir lui montrer, même dans le lointain, le profil de la terre promise.
Parmi ces agitateurs et au premier rang figure M. Louis Blanc, qui a écrit un livre très populaire (i) et que le suffrage du peuple a élevé au pouvoir, comme pour le mettre en demeure de passer, à la faveur d'un mouvement révolutionnaire, de la théorie à l'action. Parlons d'abord de l'ouvrage; nous verrons ensuite ce qu'a fait l'auteur depuis qu'il a pris en main le gouvernement de la France. J'ai servi long-temps mon pays, comme M. Louis Blanc, dans les rangs de la presse quotidienne, qui est l'église militante de notre temps. En souvenir de cette confraternité qui m'est chère et en témoi-
(1) Organisation du travail f par M. Louis Blanc; cinquième édition, 1849;
gaage de fn€<i estime, je lui ck)i{i et je loi dirai la
vérité, sans prétentioa comme sans faiblesse.
M. Louis Blane est un esprit filein de sagacité et qui excelle dans la critique. Un style clair, mordant^ yigcmreux, donne à ses écrits^ outre Tattrait du moment, le cachet de la durée; mais il manque absolument de cette philosophie qui révèle le sens général des faits, et de cette expérience qui enseigne le côté pratique des choses. Son livre n'est ni une doctrine ni un plan. A le prendre par lé côté des théories, on le trouve d'une insuffisances trop évidente^ amalgamant sans clM)ix le faux avec le vrai, et, à l'exemple de Jean-Jacques Rousseau, cherchant la force non dans la raison, mais dans la logique* Quant à la solution qu'il présente et qui consiste à ouvrir, en face des ateliers libres^ des . ateliers fondés par le gouvernement, elle est d'un vague qui confine au vide. Les systèmes d'Owen, de Saint-Simon etde Fourier, sontdes chefs^'cBUvre en comparaison.
Le succès de M. Louis Blanc s'explique moins par les qualités que par les défauts de sœi livre. C'est le vague même de ces données qui en a fait la popularité. Moins le symbole qu'il proposait au peuple était tangible et défini, et plus il autorisait d'illusions ainsi que d'espérances. Ajoutons qu'en introduisant l'action du gouvernement dans l'industrie, M. Louis Ëlanc ne demandait pas^ comnae
Saint-Simoii et Fûttrier^ que Voli fî4 sans ctélai taMe rase de Tordre detuel , ni que la société fût coulée d'un seul jet dans un moule nouireau. Il attaquait plutôt qu'il ne supprimait la liberté indusirielle* En révolutionnaire habile, il avait l'air de respecter les droits ainsi que les habitudes, au moment même où il visait à tout déplacer. M* Louis Blanc a mieux réussi que les socialistes qui l'avaient précédé et dont il s'était manifestement inspiré, non pas parce qu'il égarait moins les esprits, mais parce qu'il leur imprimait d'abord une secousse moins vio^ lente.
Que veut détruire M. Louis Blanc, et que veut-il mettre à la place jde ce qu'il détruit? \
Les adversaires que son livre prend à partie, dans la société telle que vingt siècles de civilisation l'ont faite, ne sont rien moins que la liberté, la propriété, le capital et l'esprit d'association, en un mot les élémens essentiels de l'ordre ainsi que les forces vives du progrès. Ce qu'il prétend édifier sur ces ruines, c'est, sous une forme ou sous une autre, le monopde universel de l'état, c'est l'égalité absolue des personnes" et des fortunes; c'est, comme l'a dit M. Michel Chevalier, un panthéisme grossier dans le sein duquel toutes les individualités viendraient s'absorber et se confondre.
Selon M. Louis'Blanc. la concurrence en matière d'industrie et de commerce est la plaie de M\fe
état social. Cette liberté du travail, pour laquelle nous avons livré de si rudes combats, ressemble au Saturne de la fable, qui dévorait ses enfans à mesure qu'ils venaient au monde. La concurrence est Tarme dont les forts se servent pour écraser les faibles. Elle enrichit les riches et appauvrit les pauvres, accroît les inégalités sociales, engendre Toppression et la fraude, et tend à remplacer l'aristocratie de race par l'aristocratie d'argent. La concurrence est, pour la bourgeoisie, une cause incessamment agissante de ruine; elle est, pour le peuple, un système d'extermination. Elle ne procure même pas à la masse des consommateurs le bon marché qui en fait le prétexte et qui en serait l'unique excuse. Sous un tel régime, on passe par un avilissement des prix temporaire pour aboutir à la cherté, et par la licence pour tomber dans la servitude.
Voilà un tableau peu flatté assurément. Ce que M. Louis Blanc dit de la concurrence dans le travail, d'autres l'avaient dit avant lui; mais ils portaient plus loin l'anathème. La logique, en effet, ne permet pas de s'arrêter dans cette voie. Si l'on condamne la liberté à cause des excès qui en peuvent naître, il faudra étendre le même arrêt à la propriété, à la famille, aux lumières, car il n'est pas de principe dont ou n'abuse, et la Providence, précisément parce qu'elle a fait l'homme libre^ a
placé partout dans sa destinée le mal à côté du bien.
Pour juger sainement les institutions, il s'agit de savoir si le bien l'emporte sur le mal, ou le mal sur le bien, et de quel côté penche décidément la balance. Que l'on examine, dans un esprit impartial, quels ont été, depuis soixante ans, les effets de la liberté pour le commerce ainsi que pour l'industrie, et je ne craindrai pas que les paradoxes éloquens de M. Louis Blanc fassent des prosélytes. Oui, cela est désormais incontestable, et j'en prends à témoin les socialistes eux-mêmes, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui. Nous' devons à la liberté du commerce et de l'industrie, à la concurrence si l'on veut, tous les progrès, toutes les merveilles de notre siècle. Sous l'influence de ce régime, la société, prise en masse, s'est enrichie^ la bourgeoisie, sortant de ses langes, a grandi visiblement en nombre, en puissance et en lumières; le peuple, enfin, a cessé d'être un chiffre pour former un corps agissant et pensant. Le travail, instrument de servage autrefois, est devenu le grand chemin de l'aisance. En même temps que la valeur de la propriété, s'est accru le taux des salaires. Depuis la révolution de d830, l'accroissement représente déjà plus de trente pour cent. Que seraitr ce, si Ton comparait le salaire d'aujourd'hui à celui que l'ouvrier obtenait avant 1789, sous le régime
dâs éol^éès et des cof por atioBS, taat (fm scn intelligence et ses bras demeuraient enfermés dans les institutions du moyen-âgeî
La France de lf89 ne pourait pas payer un budget de 800 millions; la France de 4847 a pti subvenir à one dépense de 1 ,600 millions^ malgré les fautes de son gouvernement et malgré Tépuisement qu'avait produit un» année calamiteuse. La fortune publique voit done ses ressources au moins triplées^ Ëst-il possible que le reventi de l'état reçoive de tels accroissemens, sans que Faisanceaugmente et se répande parmi les individus?
La richesse de l'état et dés particuliers s'est aecrue de deux manières: d'abord, parce que le nombre des travailleurs s'est multiplié et que chacun d'euia produit davantage; ensuite, parce que la production, secondée par de nouveaux moteurs et par d'innombrables machines, a pu diminuer son prix de révisât. L'ouvrier voit ses ressources augmenter, et^ le même argent lui procurant plus de jouisî^ances et servant à satisfaire des besoins plus étendus, il s'élève d'un degré dans l'échelle sociale. Dans le travail manufacturier, comme dans l'agriculture, l'ouvrier est aujourd'hui mieux logé, mieux vêtu^ mieux nourri, qu'il ne l'était dane le dernier siècle. A l'exception de quelq^ues agglomérations u^rbaines,, il vit mieux et il vit plus l^g-tempscD'aptèffDuviUard^ la vie oKiyMOe en
Frajaiee était^ en il70^ de titigi M/néeê seulement; H; Mathien Vévalue aujourd'hui à trente-quatre ans. Voilà le mouvement qui s'opère sous nos yeux, chaque jour, dans tous les pays^ et qui devient plus irrésistible à mesure que la liberté pénètre plus avant dans les mœurs.
On parle des variations que la concurrence peut amener dans le prix des chf>ses. Nous n'entendcHis pas les contester d'une manière absolue; maie nous ne faisons que rendfe hommage^ à la vérité, en disant que, dans ces oscillations inévitables, le bon marché finit toujours par être la règle, et la cherté des produits Fexception. Aj<MjtoBS que les prix vont se réduisant d'atinée en année, jusqu'à ce que la valeur des produits soit à peine supérieure aux frais de la main -d'oeuvre, et que è'est darts les contrées qui jouissent de la plus entière liberté en fait de commerce et d'industrie, que l'on voit coïncider ces deux phénomènes^ le haut prix des salaires et le bas prix des objets fabriqués* En présence du spectacle que ce libre développement de Fhomme et de la société donne déjà depuis près, d'un siècle aux États-Unis, il y a plus que de la témérité, il y a de l'ingratitude aujourd'hui à maudire le principe de la concurrence.
L'industrie, je le sais, traîne à sa suite hien des misères. Dans cette fécondité d'expansion qui la oaraetéri^y eUe n'a pas eonfitamiiietfipQiir r^ialoiis
Tordre^ le bien ni la richesse. Des crises périodiques la ravagent, qui dissipent les fortunes et qui moissonnent les existences. Du fond des ateliers, même dans les temps prospères, s'élèvent trop souvent des plaintes lamentables qui couvrent le bruit des machines et qui vont troubler la sérénité du ciel. J'ai vu, j'ai touché du doigt, j'ai sondé ces plaies que la plupart des socialistes exagèrent ou dénaturent en les décrivant sur des otfi-dire. J'ai pénétré dans les ateliers de famille comme dans les plus vastes manufactures; j'ai interrogé toutes les classes de travailleurs, depuis l'ouvrière qui gagne péniblement 40 à 50 centimes par jour jusqu'au mécanicien dont le salaire peut s'élever à 20 francs; j'ai comparé les ressources avec les besoins de chacun, depuis les parias qui vivent entassés pêle-mêle dans les bouges les plus infects, sans vêtemens, sans pain, sans air ni lumière, jusqu'à ces heureux du travail qui habitent les comfortables chaumières de Turtoa, avec l'aisance assise au foyer domestique et avec le contentement dans le cœur; j'ai poursuivi cette comparaison pendant près de vingt ans, à Paris, dans les villes industrielles de la France, en Belgique, dans les provinces rhénanes, en Suisse, en Angleterre et en Ecosse, j'ai fouillé, Ja nuit comme le jour, les profondeurs les plus cachées, les mystères souterrains de l'état social. Dans le cours de cette pénible
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odyssée^ j'ai senti bien des fois l'émotion souleyer mon cœur et déchirer mes entrailles^ mais je n'en ai pas conclu que le mal dominât sur la terre ni qu'il y eût lieu^ pour corriger des misères accidentelles, de supprimer la liberté.
Si le fnalheur est peut-êti^e plus apparent aujourd'hui^ il est, certes, moins général que dans les sociétés anciennes. Ceux qui souffrent le plus sont les retardataires qui n'ont pas youlu, qui n'ont pas su ou qui n'ont pas pu s'accommoder du progrès. Les tisserands à la main travaillent seize heures par jour pour vivre de pommes de terre; le tissage à la mécanique procure aux enfans et aux femmes le salaire des hommes faits. Le mouvement de la société, précisément parce que l'on n'y saurait résister, a quelque chose d'impitoyable; c'est aux institutions de relever, dans leur prévoyance et dans leur charité, les blessés qu'il laisse étendus sur sa route.
La science éconcftnique, en posant des principes que les pouvoirs pubUcs avaient trop long-temps ignorés ou méconnus, a donné peut-être à ces lois une forme brutale et réactionnaire. Elle a proclamé avec raison que le salaire était une marchandise, dont le cours résultait nécessairement de la proportion qui existait entre l'offre du travail et la demande; mais elle a oublié de nous avertir que 1^ salaire n'était pas une marchandise comme une
wabPBy <Bt qm, Amis les vmmem «ù fcÉne^es bras «xeédftît trop torgefifi^Eit la definmâe, la préToyaoce des gouyeiDemms devait ¥eBlr en aide, dans une ^sertaiiie mesure, aim infortiHies pmée^. La société est une espèce d'aseuranœ mutuelle que la force eollôctiYe éiablU pour diminuer et pour proléfer la faiMess^ de cfaacim^ il ne faut pas cependimt qu^eUe dispense les individus de prévoir et d'agiP) fîi qu'elle ait la prétention d'accomplir, en ^év^sant tous les malheurs partiels, ce qui n'es^ pas au pouvoir de l'humanité et ce <iue n'a pas noulu la Previdenee.
« La concurreaee, dit H. Louis Slane , est la fuerre dans Tordre des iniéréte. » Non, ce n'est pas la gUferre : c'est la lutte, c'est i'émuktion, c'est ' l'effort, c'^ la oooditiim même de Te^isteoce. Il y m des gens qui cnoieiit que l'harmonie résulte du «ieaee des pussions et de l'ii^mobilité des forces. Je considère ceux-là comme les bonzes de la pen^ Mm. •Qu'ils jettent ies faux i^ep&dant sur le monde phïsiqiie ; n'est-ce pas la tempête qui pqrifie l'at- Hid^èrey le Aux de l'océan qui empêche la oorm^lmn 4es eaux^ k lutte des élémens, en un mot, ^ produit l'harmoBie? Le moude qaoral obéit a une loi semblable; il a deux pôles, Tintérét et le devoir, autour desquels graviteitt l'tiomme et la aociété; l'uu qui soscite r^^ulatioa des intelligences et dG» fûva^, l'Auke qui les hègb^ et les modère
ftmr «ni^cb^ i|ue la lutte iia4evteiuie un «oni^ bat.
Noue n'af>éFeei7mi8 pas, au eurpliiis, ^aos k réigimede la oofieurFmGe, eette fatalité ^ui livne le iBôble awsL ee«p» du fort; de même 4pie certttûis ammaui:, dans la cFéatioîi, sonit dôstinée à dey^iîr la proie des autrea. La liberté développe toutes ks facultés de rb(M3fime ei lui donoe cette éuergie ^lui dompte ks obsta|[des. Les peuple^ les plus iiidus<tri^uXy ks plus cooim^çaiis et les plus ricbes, ue sont-ils pas ceux à qui k dimat et k sol qu'ils babikut ue doofieiitque des difficultés à surmoor kr? Les Aogkis ne vesÉt-ils pas cbencber k oc^on en Amérique, ok les floUaûdais u'oniHls pas à dis»pukr aui^ vagues de ji'Océaa k kri^e qui ks porte? L'Aisace m f^dlè pas uii£ ûQBcuTreaoe mcUà*lieuse /aux fabriques de k NûrpMndk, quoiqw 4^Uesnoi obtiaoneut à nietlkiar marebé les ^api^ Um., ks Biatiàres prei&ières et la houilk? M. loim fikeye pi^ék^d qm, daus riodustfk.ûûeame à k guerre, ia wic^û eppartkat aux fvm bakilleuii €'#6trÀr4ire afoc gros capikux* ûu'il bobs explique dme eomiB&ut il se fatt que les maaufactuivs de k Suisse, que ne protège aucune ligne 4k douajie, luttent avioe sueeès contre la puissance industrieUe de l'Aogkterre» et cosnment la bonneterie alk-^ mande, industrie morcelée et pauvre, trouve uiii débou^^pour ees produits jusqu'au |[:entrede la
production similaire , à Nottingham et à Manchester.
On remarquera que plus la liberté est complète et plus le champ du travail s'étend, moins se font sentir les inconvéniens de la concurrence. Pourquoi ces inconvéniens sont-ils plus sensibles, par exemple, dans l'industrie manufacturière que dans rindustrie agricole, si ce n'est parce que^ la culture du sol étant à peu près l'occupation de tout le monde, Forigine des produits de la terre s'efiTaçant dans rimmensité du marché et la production ayant à défrayer des besoins presque sans limites, on peut faire baisser, mais non pas avilir les prix? Depuis la réforme opérée dans les tarifs par sir Robert Peel , le bétail étranger entre ^ar masses en Angleterre, sans que, sous la pression de cette concurrence, le prix de la viande ait subi une réduction vraiment appréciable. Le travail manufacturier aura le même sort, lorsqu'il verra s'accroître sa clientelle. Ses cliens ne sont guère aujourd'hui que dans les villes; car, en dehors des nécessités alimentaires, les habitans des campagnes consomment fort peu. En vêtemens et en linge, le budget d'une famille agricole n'excède pas 100 francs par année. Rendons les paysans consommateurs, et nous aurons ouvert aux manufactures l'exploitation d'un nouveau monde.
Un autre préjugé de M. Louis Blanc consiste dans
Tantagonisme qu'il suppose entre le capital et le travail. On concevrait encore que ce débat s'élevât en Angleterre, dans un pays où le capital abonde, où il a pénétré tous les pores de la production, où il cherche partout de remploi, et où il prêtera dans tous les cas son concours, de quelque façon qu'on le traite; mais en France, où il est de récente formation, peu abondant, peu aventureux, attaquer ou effrayer le capital, c'est vouloir le faire disparaître. Lé capital n'a pour lui, chez nous, ni la pos* session ni la force. Nous ignorons si ceux qui en sont détenteurs montrent dès à présent des tendances despotiques; à coup sûr, ils n'ont eu ni le temps ni le pouvoir d'exercer aucune tyrannie. Parcourez nos cités industrielles, vous en^ndrez partout les fabricans déplorer l'absence ou la pénurie des capitaux , et chercher dans cette situation la raison de leur infériorité à Tégard de l'industrie étrangère. Jetez vos regards sur nos campagnes, dont l'aspect misérable fait un contraste très humi* liant pour nous avec les champs cultivés de l'Angleterre, de la Belgique*et même de l'Allemagne; d'où vient cela, sinon de la pauvreté combinée du cultivateur et du propriétaire? La terre produit peu quand l'homme ne l'arrose qu'avec la sueur de son front. Pour en développer toute la fécondité, il faut des machines, des soins intelligens et des engrais, toutes choses qui sont des capitaux sous di-
«leifieâ idrpies. De f autns «A4é du éê^wit^ une tone est isonsîdérée «OBime one nutiMifaotaFe agriotde^ ^ a pour instniiitôns un bétail cenâdmdale et une ariodée d'omriws, et dans laquelle le lonés de roulemeot repi^ésente souvent -une valieur égale à oelle du sol. Aussi la récoUe du froment rend-telle 15 à 16 pour iôO de la semanee, tandis que nos métayers, grattant la tenie qu'As n'ont pasasgraie- «ée, «n retirent à peine, au jour d'une moisson étiqua, 7 à 8 pour 400.
Le moment, n'est donc pas venu , si jamais il •doit ¥(enir, de foire le proeès au «ainial au nom du tra^ wiL Entre ces4euK terpfies de la question, nous ne saurions d'ailleurs Toir aucune différ^ioe. Le capital est te produit du travail, c'est du irayail accM* mnié, 4^ mêmeque le travailest du capital en perspective. Les capitaux, dans laiaibia propertioa où. ib existent chez nous^ sont divisés à l'inûni ; ils a{>pBktti^aiofiniy comme la propriété, à tout le monde. L'ouvrier et le serviteur à gages «ont capitalistes aussi bien que le fijatelir, le maître de forges et le banquier. N'est*ce pas le peuple gui a prêté à l'état les 400 imllions déposés dans les caisses d'épargne?
En 1793, lorsque la nation confis^a les biens des émigrés, elle ti?ouvait un prétexte dans iofi^e de^ces propriétés qui portaient encore le stigmate de la conquête. Les descendans des Gaulois vaincus et 4épouillés crpf aient nspi^ei^di» laur àisn sur les
deseeliditnfi (tes Frank», Uuté anddnsr oppresseur»^ Pour attenter aux droitfidu cafi^Ual ^ eo^m^'aurait paë aujourd'hui la mèsne excuse. Le capital n'est pas une dépouille opime. Loin d'avoir le caractère d'une usurpation , il représ€fnte les conquêtes de rhomme sur la matière, les créations légrtinies et bienfaisantes du irayail. U n'y a pas de propriété qui dérWe d'une source moins impure. Atfaqiiep le capitat, c'est aJttaqoer le travail.
Le capital , voilà ee qui distingue les ^uples civilisé» des peuplades sauvages. Pour qu'une agré** gatiou d'hommes mérite le nom de société» elle doit Foeéler quelque part des forces, des moyens d'action , de& trésors aeeuoHilé& qui représentent pour elle les acquisitions du passé. L'esprit humain ne recoBiinenGe pas chaque jour sa tâche, et,, pour marcher en avant , il se continue. La tradition en toutes choses est nécessaire au progrès. Comment se serait opérée en Europe la renaissance des arts, des sciences et des lettres, sans la connaissance de& moniHnens, des méthodes et des chefs-d'œuvre littéraires que nous avait légués l'antiquité? Nous montons^ pour nous élever, sur les épaules de nos pères;, ce qu'ils ont fait pour nous venir en aidô, nous devons le faire afin de faciliter l'œuvre de ceux qui nous suÂvropt. La société possède un capital d'expérience y de. lumières, d'habitudes mo- £alaSy,conuxiô} elle, possède un capital de riehesseï
ce que la méthode est à la pensée, et le levier au bras, la richesse Test à Findùstrie.
Les capitaux dans l'industrie sont les instrumens du travail. Ils se composent des établissemens de crédit, des usines; des magasins, des machines, des moteurs, des matières premières, ainsi que du fonds de roulement destiné à faire les frais des opérations et particulièrement de la main-d'œuvre. Nous le demandons, le capital , sous cette forme, at-il quelque chose d'hostile, et n'a-t-il pas été créé au bénéfice de l'ouvrier? Le travail était un esclavage, quand l'homme n'avait d'autre outil que ses mains; n'est-il pas relevé de cette dégradation, ne devient-il pas une sortede noblesse, depuis que nous avons armé les bras de puissantes machines, et depuis que l'ouvrier, commandant aux élémens, appelle à son aide, comme autant d'esclaves dociles, l'air, l'eau et le feu?
On a long-temps cherché la richesse dans la possession des métaux précieux, qui n'en sont que le signe. On a cru que les nations les plus opulentes et les plus puissantes étaient celles qui possédaient la plus grande quantité d'or et d'argent. De là , ces expéditions qui emportèrent les héros de la fable à la conquête de la toison d'or, et les Espagnols la conquête des mines du Pérou et du Mexique. Mais,! depuis l'avènement ou plutôt depuis la renaissance! de l'industrie, chacun sait que la richesse consisi
dans la production, et que la production, pour se développer avec toute sa puissance, exige l'harmonie la plus complète du capital avec le travail. Que le capitaliste puisse être tenté quelquefois d'accroître sa part aux dépens de l'intelligence et de la main-d'œuvre , que la richesse , en s'acçumulant, se distribue dans une proportion qui n'est pas toujours équitable, nous n'entendons pas le nier d'une manière absolue; mais deux faits qui se produisent concurremjment prouvent qu'iLn'y a pas là un danger très sérieux pour la génération actuelle : nous voulons parler de la hausse normale qui s'opère dans les salaires, pendant que le loyer des capitaux baisse en proportion. Les profits que le manufacturier attendait autrefois de la différence entre le prix de revient et le prix de vente, il les calcule aujourd'hui, en nivelant le plus qu'il peut cette différence, sur la masse même des produits. La part du capital diminue ainsi de tout ce que le fabricant abandonne à la consommation et à la main-d'œuvre; le bénéfice de la production se répartit entre tous et n'appartient par privilège à personne. J'admets cependant une association encore plus étroite entre le capitaliste et l'ouvrier; mais j'attends ce dernier progrès de la liberté, qui nous a procuré tous les autres.
Le dernier des paradoxes que H. Louis Blanc donne pour bases à son organisation du travail est
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ïégidHé de»98^tf e9i Liiis8(ms4ft eifMset IxàhvtlÈxBe, pour pkis â'exaetitiide> celte iiuntyyafcle théorie.
« Il y a à choisir entre deux systèmes, ou des salaires égaux ou des salaires inégaux; nous serions partisan, notis, dfe Tégatîté, parce que Fégàtité est un principe d'ordre qui exclut les jalousies et les haines.
Ht (5ta pourra noii»ofe|ècter : « L'égali fé ne t"îen*pa« coiripte des aflSttidêis diverses; » iriaie, seloà noti9, sr les aiiieHudes peuvent régler la hiérarchie des foBfetions, elles ne sont pa» appelées à déterminer des différenees daoe k rétributioB'. La supéviovité d^tutelligence ne eûmtituè pas plus un droit que la siupérioriié musculaire; elle ne crée q^'un devoir. Il doit plus celui qui peut davantage : voilà son privilège !
m On pourra objecter encore : « L'égalité tue Témulafîon. »
« Riett de plus vrai dans tout système où chacun ne ÉRçfxAeqne pour soî, où les tfavàfUeurs ne sont c(ûe juxtaposés, n^'agissatit qu'à un point de vue purement indivi- Aiel el B'onf ihieune raison d'établir entre eux ce que j^appellerais lepoinpt df'honnéur dtr travail; mai» qui ne saitcpie, parmi les travailleurs associés, la paresse aurait bien vite le caractère d'ialamie qui y parmi les soldats réunis,, s'attache à la lâcheté? Qu'on plante dan^ chaque atelier un poteaux avec cette inscription : a Dans une association de frères qui travaillent, tout paresseux est un voleur, rr
Oirle vcdt ea Usaut ceci, M. Louis Btaac ne rétorme pa6> tt nÎYdlé; Uégalité devant lar loiy y éga-
Hté (ks dirM^ ëi%ib et j^Hlqtl^^ (<e |ri*hfcii^-^o^ clamé p»P ncte pères iet ^ellé de leor saflg, ne safâi plus du» sociaïistes (ttt jour. Ils fle vfeeni; à rieù moins qtfk Tégalité des condittens et des fortttwes. L'utot^ié débute par togner la rtiain-tfœuwe, elle portera bientôt là mutilation jusqtie sur la propriété. La leîgiqtie e» fcnt nfUe M : si nul n'a le droit ^ gâgne> pktfi^ ^'to a^utre, eomtrtetit qdelqii'Qn serait-il reçu à posséder plus que so» toisin? Le^ partage âes btens^ dètleM la conséquence directe an niréiemeitï des sailaireîs, et Vkdmtf^ aux jwtfrwkte êeus est le ty p« de la^ société orgaâisée sui^ Tant le ncfoteau médèie.
OncompreÂdtail cfaeàe tels réires «dsseirt ge^méi dans le eerreaa ereut de qiielqu'tin de ces athées! qtft professent que lé monde est ïœwfve du hasaspd; naate ». Louis Blanc révère Newton, il adfiôr&les loie qui président à l'arrangement de Ftinivers : e'est déjà croire à la ProvidieBce. Or, la Pro^ tidence a e» ses* desseins , en n'attrilmant pas des fecttltés égales k tous les hommes; si elle les a faiè nàitre arVec des aptitudes direrses ,■ c'est appaiFem-ment pcmr assigner k clsteun sa place et pour ne pas con foudre ensemble toutes les destinées. Dieu a créé ^inégalité des forées ^r étaMir la hiérslrehie, et par la Mérarcbie Fordve. Les mêmes fs^etittés tt'ouk ps& été données à toi^ les hommes^ parce qm h$tm ddivrat ci0iiiiiiaflâer el les aoitréa
obéir. Dans les premiers âges de la société^ l'obéissance était imposée; aujourd'hui elle est raisonnée et libre : Yoilà toute la différence. A Forigine de la civilisation , la force musculaire et le courage formaient les titres au commandement; plus tard , la direction appartint à Fintelligence ; aujourd'hui Fintelligence ne suffit plus, et la sympathie devient nécessaire : pour guider les hommes, il faut les aimer et se dévouer à eux".
A toutes les époques de Thistoire, les peuples ont reconnu, dans les supériorités qui se manifestaient parmi eux, le doigt de la Providence. Pontifes, législateurs, guerriers, philosophes, révélateurs de Tindustrie, des arts4)u des sciences, toutes ces natures d'élite leur ont apparu comme les élus, comme les envoyés de Dieu. Il n'y a pas une constitution, écrite ou non écrite, gravée dans les lois ou dans les mœurs, qui ne respecte et qui ne consacre les inégalités naturelles, qui n'admette que ceux qui savent gouverner gouvernent, que ceux qui savent travfiiller, calculer, administrer et trafiquer parviennent à la richesse. H. Louis Blanc dira-t-il, comme ce personnage de Molière qui plaçait le cœur à droite : « Nous avons changé tout cela? »
Les- inégalités sociales sont la conséquence nécessaire des inégalités que la nature met entre les hommes. Dès qu'il existe dans le monde des forts et des faibles, des intelligences largement douées
et d'autres qui réfléchissent à peine un rayon de la lumière céleste, des visages qui respirent la beauté et la noblesse, et d'autres qui semblent être le type de la laideur et de la dégradation, enfin des bons et des méchans, il devient impossible à la société ^ il serait injuste de placer tous les hommes sur le même rang. Ajoutons que les inégalités naturelles ne deviennent des inégalités sociales qu'à la condition du travail et de la culture. L'homme n'accomplit sa destinée qu'en s'y associant de tout l'eflfort de sa volonté et de sa persévérance. Ce que la Providence a fait pour lui, il faut qu'il le justifie. Pensez à la rude éducation qui donnait aux paladins du moyen-âge , pour protéger leurs vassaux , des muscles de fer comme leur armure. Songez par combien de veilles et de recherches les sages de l'antiquité avaient acquis cette haute expérience qui amenait à leur porte le monde demandant des lois. Rappelez-vous par quels prodiges de génie et de ténacité les bienfaiteurs de l'industrie. Watt et Arkwright, construisirent l'édifice de leur opulence. A travers les accidens et les erreurs inséparables de tout état social, n'est-ce pas le mérite, après tout^ qui se fait jour dans le monde?
M. Louis Blanc lui-même n'ose pas donner un démenti complet à ces règles que l'équité la plus vulgaire prescrit. S'il repousse, pour emprunter ses propres termes, la rétribution par capacités, il
admet kt hiérarchie par «aqMeiiMr* Itn faMnt înm telle GoâeessicHi, M. Loo» Blanc se kôsse condirire, à aOD' ifiSUy par ce principe d'orâre qui tàpvtgne k sa théorie, itlais qui est inhérent à la Èafiire'bi^ 1 maiBe. Qoend on: a la prétention d'établir, malgré la dMérenee des forces et des aptitudes, fégàlilé de» safaires-, e» txe peut pas reconoaitre, sans inconséqiteiiee, Finégalité des titres au cotamande-* mené. Le peÛYOir, en admettai^t que des tra^ail- Isui^ assoôéS'et libres aient encore besoin de chefs, doit être adjugé par le sort, et chacun d'eux doit aiECàr son jour : le pouvmr n'est-il pas déjà une ridbesse? N'enltaine-t-il pas certaines conséqu^aees qui détrimsâ^ le niTeau des salaires? M. Louis Blanc nedit-il pa<ii-méme quelque paarl que <i la vâmunépatîon dcék être sufiBteante pour rendre po^ àMe et facile Vei^reke de la fonction? » Ou les mois n^'cffit pas de sene, cfu cela ne veiii pas dire assuré- Hrient (pne^ le jpirésident de la république socialiste siéra» mis à la raticfn ^e Fauteur de ce beau système assigne à FouTrier^ saToir : huit heures de travml at ciiH| francs par jour.
Qttamd un accuse M. Louis Blanc de tetfaneher de l'ordre industriei Fémulation, qui est, dans toute réimioB d'hemmesy Faiguill«n du trarvail, il réplend que, loili de la supprimer, il la transforme* Yoyeni» comment. M. Louis Kancf rentétaiblir ee (fb'it af^ji^e le poin^ d'kmmaêr dw tr&èait; ik epat^
fi4m l^ mYmn è A» snUâte fui dpivmit^ sms
pe^u. 1u% omif^m^B i^M d'une base iaeiaete.
JV^s pe leosdStlssoQa pasd'fiiinée ep ^it supprimé eoUèreiQatft dans ses raogs le iBssoFt de l'intérêt p^^PGtmmlqi» l'on v&àt abolir àaam tes légioiis in^ duslnielias. Le scddat qm obéit w$x loiede rhonr ueur i^ aussi derant les ye«tx la p^:^peetive d'un araBeement légitiiiie; si la mort f épargne, il enlèvera d-assaiit le imwei d'officier, éi 1 1 porte , o^mnm >on fa dit, ie bâton de «naréetial dans 9a gjj[>em(ie, fiaos l'amiée anglaise, où ravanoemeirt est Jloiité, pour les «simples soldats, ausL grades iaférieturs, 'et mi ion met Le devoir à r^nikte dn jour (i), jDidfttnie 1- honneur cbee nous, n'a-4-on pas jugé itéjCâssairfi d'y s^outer le stimuiant énergique de l'intérêt, en promettant eten Mlouant à tous des parts de butin (^)? 1 est des mobiles qui in'agissent f^^ «udT ies natures grossières; à côté des^^stimens Bt 4es prâicipes, résigoons-nous émc à faire état des api^étits.
Tout législateur doit prendre la nature humaine x^mme elle est. L'amour de soi, le sentiment de coneervatlon fait partie de nos kistincts; il faut sans
(1) England expecU every É^an tç do Ms duty. (Paroles de Nelson.)
(0) Wkem^niy.
doute lui opposer la sympathie et le devoir, pour empêcher qu'il ne prenne un développement exclusif et qu'il ne dégénère en égoïsme; mais il ne faut pas se priver d'un principe d'action aussi énergique : tenons compte de la personne et de la famille, en organisant la société. Les lois de Dracon ne furent pas exécutées, parce qu'elles excédaient les forces de l'homme. Le stoïcisme, qui était la religion du devoir, n'a jamais converti que les natures d'élite; Harc-Âurèle eut beau le faire asseoir sur le trône, il ne put pas lui communiquer cette popularité qui s'attach^e habituellement aux grands exemples. Le christianisme, au contraire, dès qu'il a paru, a, comme le soleil, rempli l'espace; parce que, ayant égard aux penchans de l'homme, la récompense qu'il ne donnait pas au mérite sur la (erre, il la promettait dans le ciel.
Nous pensons , comme M. Louis Blanc , que la supériorité de force physique ou d'intelligence impose à cei)x qui en sont doués des devoirs plus étendus. Plus la sphère des facultés humaines s'agrandit, et plus la responsabilité devient manifeste; mais il n'y a de devoir qu'à la condition d'un droit qui y réponde. La direction de la société, dans l'ordre des richesses comme dans celui des connaissances et du pouvoir, appartient aux plus moraux et aux plus capables. C'est à eux ensuite de n'en user que dans l'intérêt du plus grand nombre.
Tout va bien quand la société prend pour mot d'ordre : a A chacun suivant sa capacité, et à cha-* que capacité suivant ses œuvres* » Tout irait mal, si Ton venait dire : «c  chacun selon sesbesoins^ b car le ventre, en ce cas, régirait le monde.
L'égalité des salaires suppose Tégalité du travail, car U y aurait la même injustice à rémunérer un ouvrier pour ce qu'il ne fait pas qu'à refuser à un autre la rémunération de ce qu'il fait. Ce serait donc peu, pour appliquer le système de H. Louis Blanc, de remplacer le travail à la tâche, ce progrès de l'industrie moderne, par le travail à la journée : on devrait interdire encore à tout travailleur Fusage de ses forces et de son aptitude au-delà de la limite commune. Il ne suffirait pas de planter dans chaque atelier cette inscription : a Tout paresseux est un voleur^ » car le vol pourrait être de deux natures : un ouvrier pourrait faire tort à son voisin, soit en travaillant moins, soit en travaillant plus que lui.
Le système de H. Louis Blanc semble n'avoir été inventé que pour attacher une sourdine à l'intelligence et pour mettre un frein au dé veloppement de la production (1). U a pris évidemment le tra-
(1) On )it dans la Presse :
« J*ai l'honneur de vous adresser un petit eiempie pr«tic|tie sur l'organisation du travail, bon à mettre en regard du sys-
tant cammeime'qiàiDtiié ligiiito,fiiisqu'ilf>rQ|^è éd le'distrSiuer en pftrts égales^ idotê réparfilioD devieùdràit împossibte en effet, «i la scuaime du travail devtÉt diminuer où s'aecrottre^: mi ne (partage pastrinocmiiii. Mids Supposons qu'an èieu de se borner à^égdiser des salaires, ia thadrie mlle^ de plein vaut, jtisqti'à «galiser la richesse : qu'en ré-
tômfi j^réÇéré par M. Li>ui« Blaac : Légalité dm salaire, rémulation par |6 point d'honneur du travail,
« Je suis un ex'fabricant de bouteilles. Dahs cette in.dustrie, les travailleurs sont et oiït été, dès rôrigitie, 'les associés du cà[^tâl/car le'^salai^è est payé àlailt db cent de'bduteilles faii^iquées. Ainsi l'Un ^et llautre sut<vent'iâs chances beiii^eiiseB oh fâcbem^es de la fusion des matières à réduire en verre.
« A rentrée d*une campagne, les six maîtres-ouvriers et leurs aides s'étant réunis, me 'proposèrent que le salaire ne fût pas pSàyé à chaétm'siirvant ce quMl attrait profit, biais qu'il fût fait iÀttSse dés 'bouteilles fabriquées, et qiie le 'prix éb'fâ^Véparti j^ltr siKièmeî^our chaque miùtne sottlileiirjedt'^és ^ides. Je m'empressai d'accepter cette communauté entre les travailleurs; mais, voulant conserver l'émulation, le rendement de chaque mdtre-ouvrier fut chaque jour affiché dans l'atelier.
'«( tf^vais donc hékïhé ïès éè^ termes du ^hébrèiiie de II. Louis BLahe^. -** égalité des sfedttired, *— ^poibt d'homae^ir du tcavail. U y mmt.'mpiàe en plus un ilitérêt personnel, ipour tous les ouvriers, d'unir leurs efforts pour hâter le travail, pour l'augmenter, et par suite le salaire commun.
« Au commencement, l'émulation fut assoE grande > il y avait lutte pour reconnaitpe la valeur relative de chaque ouvrier. Une fois établie, je trouvai d'abord le plus habile des ouvriers
siiltèraît-il aiÇdthraTiuî? Le teveriû anntiel 'de la France est' évahîé à 8 fnilliaffcls, aotiVViitipbt -prélève déjà le sixièmepôur les besoins de Tétat.'<]è qui reste, divisé par le nombre dés feabitans, donnerait à Tieme 55 centimes par tête et pafr jour. Voilà, dépouillé de son prestige et fixé dkns le inonde réel, TEldorado de nos socialistes.
se reposant, pendtmt que les autres trayaillaieiit. A mes plaintes, je reçus paur réponse : « Soyez sans inquiétude, je ferai bien autant de l)outeiUes que celui qui en fera le plus. » Cette position se fît "vite sentir d'échelon en éébelbh, et nos observations reçurent bientôt'pour réponse de ravant-^ernier des ouvriers : « Ce n'est pas n)oi qui ferai 1^ moins de bouteilles et le plus de rebuts. »
« Le classement des ouvriers resta le même pendant toute la campagne. Le point d'honneur du travail fiit donc ainsi satisfait. Cependant la production se réduisit petit k petit; p^r suite des Salaires, Ue makiiereque le huitième mois de la campagne offrait une différence en moins avec le premier 4'6nviron 20 pour 100.
« A la campagne suivante, je repoussai la communauté : chaque travailleur reçut le salaire dé ses' pMuits, et le résiiltat fut diamétralement opposé. L'ouvrier le plus fort 'entrisinait tous les aiitres; le dernier acquit aihsi par ses efforts une valeur supérieure à lui-même.
a Ainsi la pratique répond à M. Louis Blanc. Le point d'hon-^ tieur du travail seul a pour effet de prendre l'incapacité pour chef de file, et le cas le plus heureux est quand 'l'itica- . pacité n'est pas doublée de paresse.
f( EuMàinss GoDAtD. »
La division du travail, ce principe fondamental de rmdustrie moderne, a un tout autre sens et une bien autre portée. Elle reconnaît et met à profit la diversité des aptitudes; elle donne à chaque ouvrier ce qu'il peut faire, ce qu'il fait le mieux; elle ne laisse aucune force sans emploi, et rémunère l'emploi de la force, suivant l'effet utile que cette force a produit. La division du travail tend à simplifler les opérations industrielles, à réduire les prix de revient, et par conséquent à agrandir le champ de la production. Or, c'est là le but que doit envisager la société, dans laquelle chaque siècle et chaque peuple sont tenus d^accroître la richesse aussi bien que d'augmenter les lumières.
La division du travail et l'inégalité des salaires, fournissant à chacun l'occasion d'employer de la manière la plus utile les forces et l'intelligence que l'éducation a développées en lui, ont pour effet nécessaire l'accroissement du revenu social. L'accroissenient du revenu est le seul moyen de combattre efficacement la misère. Au rebours de cette méthode, qui est la seule vraie, pour diminuer l'intensité du itaal, M. Louis Blanc le généralise; il appauvrit les riches sans enrichir les pauvres; il enlève aux bons ouvriers une partie de leur salaire pour le donner aux mauvais; il fait produire moins et moins bien. Un pareil système éteindrait l'émulation, pour favoriser la paresse
et rignorance; et Ton ose nous y convier au nom du progrès !
Dans un discours prononcé le 7 avril devant la commission qu'il préside, M. Louis Blanc modifie quelque peu sa formule.
a Nul doute que T inégalité des salaires ne soit le système le plus approprié à^ notre éducation , à nos habitudes, à nos mœurs, à Tensemble des idées généralement répandues. Nul doute, par conséquent, que ce système ne fût préférable au point de vue purement pratique. Aussi n'avons-nous eu garde de Vexcluve,,, Nous n'avons jamais entendu appliquer Tégalité des salaires à rinilustric privée et dans le régime actuel de la concur-r rcnce. H est manifeste que là où les travailleurs ne sont attachés l'un à l'autre par aucun lien , les rétribuer également, ce serait offrir une prime à la paresse et défendre le ressort de l'activité individuelle... L'égalité des salaires n'a été indiquée par nous qu'en vue d'un régime tout différent de celui d'aujourd'hui, qu'en vue d'un régime d'étroite association et de solidarité. Car alors tout change : c'est alors que chacun est intéressé à stimuler le zèle de ses camarades, à activer un labeur dont chacun recueillera les fruits; c'est alors que le point d'honneur devient un ressort d'une énergie souveraine.
(( A Dieu né plaise, au surplus , que nous considérions l'égajité des salaires comme réalisant d'une manière complète le principe de la justice! Nous avons donné la vraie formule : que chacun produise selon son aptitude et ses forces, que chacun consomme selon ses besoins; ce qui
revient à dm <p}« Tégalité juste, ç'e^ la prioportionna" lité. Mais quoi! cette proportionnalité, elle existe aujourd'hui. Seuleipent, c'est au reboqrs de la ra|sop et de Féquité; car, au lieu d'être rétribué selon ses besoins, on est rétribué selon ses facultés, et au lieu de travailler selon ses facultés, on travaille selon ses besoins. Quelque imparfait qu'il soit, le système de l'égalité des salaires a du moins l'avantage de constituer une transition entre une proportionnalité fausse et la proportionnalité vraie.»
Cette expMcatîon est une véritable retraite. Averti de la répugnance que lesouvriers manifestent pour régalîtê des salaires, M. Louis Blanc relègue dans l'avenir Tapplication* de son système; encore n'estce là, selon lui, qu'un avenir de transition. L'avenir déQnitif, le règne de la justice, dans sa pensée, ne con^mençera qwe le jour pi^i le salaire de cha- Gua, aalieu de se proportionner à ses facultés, devra se proportionner à siçs besoins.
Les. choses ne se passent pas dans« l'ordre, actuel eemme M. Louis Blanc les présente. H- n'est pas vrai que chacun soit rétribué* suivant ses facultés, qu'il règle son travail sur ses besoins au lieu de travailler suivant ses forces, et que la richesse par conséquent sdit le prix de la nonchalance ou de l'inaction. Non, l'intelligence et la force physique i?iÇ constituent pas uif. capital privilégii^^t portant iji^éi;êiaML pi^ol^; djun troupeau (Jie sipécuf istes. La «fpLété iw,i;éouwièw4aKC?ft^^ qjJl'W^ ^Qtrib^aat
)m asmfei. Bai faii, les? onwi^ir» Ies> phifi inteligens et les ph^ sobustes Bcmt ceutx qui- tranKitltenl le plus. L'ouvrier de raee anglo-saxonâe, qui cditient les salaires les plusélerés, n'esl^il pas: aussi le pionofierle plusintelligent, la plqs: acti£, le/t)lu8 én^gique, le plQÇ perséi^éFand;/ dans te daàmae de Tinikistrie et de Tagiricaltuce?! Le mamibcto-^ rier panrient-il à la fortime aratrenu^ qaa par les voies du calcul bien entendu, deiTcordrej de.Kée0-t nomie, et en travaillant plu» qu'aucun de ses employés? Le gouvernemeni n'eitige^Kil pas de celui qui s'y prépare, comme de celui-qui tientles rêne» et le frein, un labeur auquel résistent rarement les forces du corps et Ipi fécondité de'' TinteUi-; gence?
Le travail est aujourd'hui la M commune^ iln^y, a guère pour personne, en France d'autres revenus que les salaires, et la classe des hommes de loisir, si nombreuse; dan& ks goUfVememens aristocratiques, n'existe pas chez nous. On s'explique aisé^ muent qxue le& ouvriers tes p^u& habiles soient aussp^ les. plus laborieux., car ib esi( d^na la nature que des facuUés flu$ déveteppées soHkitentil'homme à nme action plus éoergique, et les besoins augmentetik avecla riichesse. Quand) oa ne: produHi pas poip* ae^ eiïcltr^ te somme de ses jouissance, qu prodiiiffc p0UE a|<Hiteii à S^isanee dq sa funiUe.atefi vikada
Le principe de la rétribution selon les œuvres peut donner et donne en effet une mesure exacte, car le résultat se proportionne alors à l'effort; et les deux termes du rapport, le salaire et la production, sont rigoureusement égaux. La distribution de la richesse ainsi entendue n'est plus qu'une question d'arithmétique; mais si vous mesurez le salaire aux besoins, où sera la règle? Comment ne pas tomber dans l'arbitraire , et ne renverse-t-on pas toute notion, d'équité? Rien n*ëst élastique comme les besoins de l'homme : ils varient au gré des climats, des estomacs et de la position sociale. Donnerez-vous à un ouvrier le double de ce qui peut suffire à un autre, par cela seul que le premier mange deux fois plus? Si vous rétribuez un père de famille dans la proportion du nombre de ses enfans, vous encouragez l'imprévoyance et vous étendez bien vite la consommation au-delà des ressources de la production; vous organisez la société pour une orgie de quelques années, de quelques mois; vous appelez la famine. Vous traitiez l'espèce humaine, qui est précisément destinée à produire , comme les animaux qui , à moins de servir d'instrumens à l'homme, ne semblent créés que pour consommer. Au point de vue moral, la règle des besoins, excitant tous les appétits, mènerait droit à la débauche ; elle retrancherait de la société le dévouement et le sacrifice. Le sensualisme
le plus brutal régnerait sur la terre. Sardanapale recevrait 200,000 francs de rente, Watt toucherait 5 francs par jour, et Bossuet serait mis à la ration du prisonnier ou à celle du soldat. Dans cette prétendue ruche d'ouvriers, on finirait par étouffer le travail en excluant la morale. J'aime encore mieux régalité des salaires , que les salaires réglés selon les besoins, car ce dernier système est contraire à la morale et à Téquité; le premier ne serait qu'injuste.
En discutant les bases de Tutopie, on ne rencontre que le faux; mais, en arrivant à la conclusion, Ton tombe à corps perdu dans le vide. La panacée que M. Louis Blanc oppose à tous les abus, et par laquelle il prétend faire cesser le règne de la misère, n'est pas autre chose que l'institution d'ateliers sociaux fondés par l'état. Voici dans quels termes l'auteur en trace le programme.
<c Le gouTernement serait considéré comme le régulateur suprême de la production et investi, pour accomplir sa tache, d'une grande force.
« Cette tâche consisterait à se servir de l'arme même de
la concurrence pour faire disparaître la concurrence.
« Le gouvernement lèverait un emprunt dont le produit serait affecté à la création bateliers sociaux dans les branches les plus importantes de Findustrie nationale.
« Cette création exigeant une mise de fonds considérable, le noiBj)f§ (}es ateliers originaires serait rigoureuse-
Hfe^t qircooscrit; mai% ei^, vei|tD< d^, leuTr organisation mèm&y ils seraient 4pués d'une force d'oxpaasioa immense.
« Le gouvernement étant considéré comme le fondateur unique âes'ateliers sociatix^ ce serait lui qui indiquerait les statuts.
« Seraient appelés à travailler dans les ateliers sociaux., jusqu'à concurrence du capital primitivement rassemblé pour Tachât des instrumens de travail, tous les ouvriers qui offriraient des garanties de inordité../. Les salaires seraient égaux.
« Pour 1^ premijèrç année, le gouvernement réglerait I^ hiérarchie des fonctipns. Apres la preipière année, les tï^availleurs ayant eu le temps de s'apprécier Tun Fautrc, et tous étant également intéressés au succès, la hiérarchie sortirait du principe électif.
« On ferait tous les ans le compte du bénéfice net dont il serait fait trois parts. L'une serait répartie par portions égales entre les membres de l'association; l'autre serait destinée : 1*^ à l'entretien des vieillards, des malades et des ii|firmes; 2" à l'allégement des crises qui pèseraient sur 4'autres industries, toutes les industries se devant aide et secours; la troisième, enfin, serait consacrée à fournir des instrumens de travail à ceux q^ui voudraient faire partie de l'association, de telle façon qu'elle pût s'étendre indéfiniment.
(( Dans chacune de ces associations formées pour les industries qui peuvent s'exercer en graud, pour.rairnt être admis ceux qui appartiennent à des professions que l(çur qaturç oijême forpe à s'éparçilter etjà se localiser, si
professiofiS: diterses, gniupées ajirtour dttuie grafide kidustrie,paEti6sdtJ9Bérentes4'uQ laèmétout, obéissani^aai» mêmes lois, et participant auK. mêmes &yaatage&.
« Gbaqoe membre de Tatelier social aurait droit de <fi»poser de son salaire à sa convenance; mais Févideil^ éconoioie et Tiflcontestable excellence de la vie en com^ mun ne tarderaient pas à faire* naître, de l'associatton. des travaux, la volontaire associal^lon des besoins et des plaisirs.
« Les capitalistes seraient appelés dans Fiassociation et toucheraient l'intérêt du capital par eux versé, fequel intérêt leur serait garanti sur le budget; mais ils ne partie ciperaient aux bénéfices qu-en qualité de travaiilqur».
«Dans; toute industrie capitale, celle des machines^ 1^ exemple, ou celle de la soie, ou celle du CQUrn^ ou celle de rimpriiperie, il y aurait un atelier social {^M^ntcoan curj:ence à Tindustrie privée. La Ujtte sçrs^itrelle bien longue? Non, parce que Tatelier social aur,ait sur tout atelier individuel Tavantagequi résulte des économies de la vie en commun et d'un mode d'organisatipn où tou3 les. travailleurs sans exception sont intéressés à produire vite çtbien. La lutte serait-elle subversive? Non, parce que le gouvernement serait toujours à même d'en ambrtii» les effets en empêchant de descendre à un niveau ti^p bas les produits sortis de ses ateliers. Il* se servirait de le concurrence, non pas pour renverser violemment tio}* dustrie particulière, mais pi»ur l'amever à compositiiHi...
aCom^a une ipêmeiiKkistffiç, ne s'exerce pa^to^JQiijs p^mêiB^e. li^if.et q^i^'ell^ a difif^ei?i& f^:^mi il y W«rt Kffi
d'établir, entre tous les ateliers appartenant au même genre d'industrie, le système d'association établi dans chaque atelier particulier; car il serait absurde, après avoir tué la concurrence entre individus; de la laisser subsister entre corporations. Il y aurait donc, dans chaque sphère de travail que le gouvernement serait parvenu à dominer, un atelier central duquel relèveraient tous les autres en qualité d'ateliers supplémentaires. )»
Après avoir écrit l'exposé que nous abrégeons ÎQ] , M. Louis Blanc jette un regard de satisfaction sur son œuvre et s'applaudit de la simplicité de ses combinaisons. Cette simplicité, si elle existe dans la description,. ne s'étend pas assurément à la pratique. Une pareille organisation serait le chaos. Nous n'insisterons pas sur les contradictions dont ce plan fourmille; nous n'examinerons pas s'il est juste, s'il est logique, quand on a maudit la concurrence, de s'en faire une arme, et une arme destructive, pour ramener violemment toutes les industries dans le giron de l'état. Le procédé aurait évidemment quelque chose d'infernal; ruiner les geps pour les décider à entrer dans une assbeiation qui viserait au monopole industriel, ce serait imiter les dominicains qui préparaient par des autoda-fé la conversion des hérétiques.
Sans nous arrêter à la raison d'équité, M. Louis Blaac ne voit-il pas^ que c'est peu d'empêcher à l'intérietir la concurrence entre les ouvriers d'un
même atelier et entre les ateliers d'un même peu* pie, tant que les peuples pourront se faire concurrence entre eux par le génie industriel, par les capitaux et par la main-d'œuvre ? Voilà Tinconvénient de ces systèmes absolus que Timagination crée de toutes pièces; ils ne peuvent réussir, tant bien que mal, qu'à la condition vraiment trop problématique d'un consentement universel. M. Louis Blanc prétend faire de notre belle France un couvent industriel; ce n'est pas encore assez : la règle, pour être observée, devrait embrasser toute l'étendue du globe. Tant que la. liberté de l'industrie existera quelque part, elle menacera l'industrie cloîtrée de sa concurrence, et la contrebande brisera, dans les mains du gouvernement, ce sceptre régulateur dont M: Louis Blanc a prétendu l'armer. Est-ce que le pacha d'Egypte, quoique propriétaire du sol, capitaliste et fermier, reste maître de fixer le prix des cotons qu'il récolte? Le marché d'Alexandrie ne sifbit-il pas l'influence des marchés ouverts à la production, comme la Nouvelle-Orléans, Charlestown et New- York, ainsi que des marchés ouverts à la consommation , comme Marseille, Le Havre, Liverpool et Hambourg?
S'il y a quelque chose d'odieux à soulever la concurrence de l'état comme une sorte de bélier pour abattre l'industrie privée, cette concurrence, organisée comme M. Louis Blanc l'entend^ serait, à
vrai dîre^ tontrà-ftdt impuissante; M. Loniis BIhêdc fait intervenir le gouvemement dans la création des atelier^s sociaux; mais, ces ateliers étaUis, les ouvriers réunis en vue de Tœuvre commune^ la machine' montée en un mot, il retire le moteur; les associés sont abandonnés à eux-mêm^s. Là git le défaut capital du plan. On rapproche les indivi-dus, on fornie une collection des forces^ mais aucun lien ne les unit, aucun souffle ne les met en mouvement : on ne. voit pas planer au-dessus de Fassociation Tame qui doit donner la cohésion et la vie à cette poussière d'atomes. L'industrie dans les ateliers sociaux ressemble à la dapse des morts; Bncore y manque-t-il un coryphée qui mène ces vfivans spectres.
Mw Louis Bianc croit avoir donné un prinei|)e d'agrégation à tant d'élémens hétérogènes en invoquant Tintérét collectif; mais l'intérêt collectif comprend les intérêts individuels.: oe n'est pas une force qui ait une existence persmiitelle et indépendante^ c'est la résultante d'autres forces. L'amour de la patrie échauffe les cœurs, parce qu'il embrasse la cité, la famille et les personnes. Faites-en quelque chose d'abètraii : tt pourra touchen les philosophes, mais il laissera le peuple, froid. En
siupprimanii dans ses ateliers sociaux le. ressort de l'intérêt individuel, tt. Louis Blanc a séduit Vkir téirét coll^ctifi k n'étce plua qu'une; tetfara morte.
Maislœ t^ra^^^leurs associas n!oDt-il$)paS) comniQ le prélçQd M. (iOuis Blanc , a un. intérêt direct àf produire yite,et à produire bien? » Devant partager les résultats^ nie sont-ils pas intéir^sg^s à Taccroissemeat d^s bénéfices? Je céponds* que, dans une association qui compterait' les co-partageans par nulliers ou plutôt par millions, et qui admettrait régalité absolue des partages, Tattrait des bénéfices pour chacun n'aurait rien de sérieux. Les profils, quelg qu'ils fussent, deviendraient insensibles eu se divisant àl'infini. En supposant que l'atelier social gagnât 500 millions pair année, après le prélèvement des salaires, hypothèse fort généreuse assurément, cela doonerait, pour dix million3 de travailleurs effectifs, 50 francs par tête. Y a-tr-i^ dans cette maigre perspective de quoi échauffer rémulation des ouvriers?
M. Louis Blanc érige son atelier social en république. Il en est du ti:avaiL comme de la guerre, et les oui;]?iera, pour dompter la nDatière, comme les soldats poui? vaincre la résistancei ont besoin d'un chef. L'unité de direction n'est jamais plus nécessaire que là où la* moindre erreur de calcul, le moindre ralentissement dans la surveillance, la moindre incertitude dans les résolutions peut changer les profits en pertes. Tant vaut l'homme, tant vaut la chose; voilà ce qu'enseigne la pratique do l'industrie. Vexpén^jim d^. çisiltra Q^t wcw^
plus nécessaire que celle de Fouvrier à Fouvrier lui-même. ^Supprimer les patrons , ce ne serait pas, comme on Fa dit au Luxembourg, retrancher un ouvrage inutile; ce serait décapiter le travail et le conduire à la stérilité par Fanarchie. Au surplus, les faits ont prononcé. Tous les ateliers montés jusqu'ici par des ouvriers associés sans l'intervention d'un élément supérieur, après une gestion plus ou moins laborieuse, ont abouti à une liquidation volontaire ou à la faillite. S'il fallait produire des exemples, nous n'aurions que Fembarras du choix.
On allègue les avantages que donnerait à une association d'ouvriers Féconomie de la vie prise en commun. Cette économie est compatible avec tous les systèmes de travail. Un manufacturier peut la procurer aux ouvriers qu'il emploie aussi aisément que ceux-ci, dans un atelier social ou national, se la donneraient eux-mêmes. J'ai vu, en 1833, à la Sauvagère près de Lyon, quatre cents ouvriers prendre leurs repas dans un réfectoire commun où le diner de chacun coûtait 35 à 40 centimes. Quant au logement en commun^ il me paraît beaucoup moins séduisant, et, en définitive, moins avantageux. II suppose la vie cénobitique. Pour faire vivre ensemble, à toutes les heures du jour et de la nuit, plusieurs familles, il faudrait toute Fénergie du sentiment religieux le
plus exalté. La discorde entre les hommes et la promiscuité des femmes seraient les premiers effets de la vie commune dans les phalanstères.
Allons plus loin. En généralisant l'association des travailleurs jusqu'à régaler en étendue à l'état lui-même, on détruirait Fesprit d'association. L'intérêt de réunir ensemble des sentimens, des capitaux, des efforts, n'existerait plus, du moment que le pouvoir se chargerait de penser, de prévoir et d'agir pour tout le monde. Sans doute, il pourrait arriver que Ton prévînt ainsi, en cas de succès, des misères accidentelles et partielles; mais, lorsque des individus ou des associations privées se trompent en matière d'industrie, ces mécomptes ne frappent que des individus ou des localités. Supposez le gouvernement directeur de l'industrie; les erreurs se produiront sur une plus grande échelle, la ruine frappera le pays tout entier, une faillite sera un véritable cataclysme.- ^ En faisant de l'état le chef de l'atelier social , M. Louis Blanc l'a évidemment supposé infaillible; il l'a placé dans ces régions élevées d'où l'on peut apercevoir et par conséquent régler les destinées du genre humain. Par une témérité qu'explique seul l'élan des révolutions, il l'a égalé à la Providence. Yoilà le rêve, voilà de quelle hauteur il faudra descendre pour se placer dans la triste réalité.
NiNi8.aYOQ8axafiaiQélattiéarie;de 1|« LofiifrBlwc; il' no^s reste à la. ypif* à L'œuyre« Aprè^^ Fauto^r, Tiendra le dictateur.