‹ Du système de m.Louis Blanc: ou, Le travail, l'association et l'impôtChapitre 3 sur 7 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

LES AjCTES nu LUXEMBOUR»,

Le jour où la monarchie s'abîmait, frappée de terreur et cprpme paralysée dans ses moyens de résistance, sans provoquer un effort de la part de cette classe bourgeoise dont elle avait fait son point d'appui., et sou§ la rude njain d'usée multittude qui n'avait qq'à se. présenter pour vaincre; dan» rémotion qui suiyit le combat, au milieu de cette population soul^Viée qui cherchait à orgapi^er sa victoire, les chefs que la voix publique improvisait semblent avoi^ éprouvé , dans leur dévouement , mpip& d-eotboufijasiu^ encoue quQ de craîfite. Va n'oi^jl, pas s^^Im^a ew eetj^ suMîmoe co^fiMM^Wit

fait passer l!ame de la nation dans Tame de ceux qui la conduisent. Us ont cru apparemment qu'aucune puissance humaine n'était capable de diriger la force immense qu'ils voyaient déchaînée, car ils se sont abandonnés à tous les mouvemens du flot populaire. Sans l'héroïque, inais accidentelle fermeté, avec laquelle M. de Lamartine, à travers les balles et sous la pointe des baïonnettes, protesta contre le drapeau rouge, ce flot, qui débordait d'heure en heure, allait les emporter, et avec eux les derniers débris de Tordre.

A l'exemple des tribus sauvages qui, dans leur naïve ignorance , adorent les élémens qu'elles voudraient conjurer, certains membres du gouvernement provisoire ont traité le peuple comme une idole à laquelle il fallait sacrifier, entre autres holocaustes, les bases fondamentales de la société. Au lieu de faire appel à la noblesse, à la générosité de ses sentimens, on n'a songé qu'à exalter son orgueil et qu'à désarmer sa colère. On a mis le gouvernement à ses pieds: on lui a tenu, comme pour le tenter, ce langage que l'esprit du mal tient au Christ dans l'Évangile : a Le pouvoir t'appartient. Regarde ces villes, ces châteaux, ces richesses; tout cela est à toi; » et si le peuple, malgré les flatteries dont on l'enivrait, n'a pas oublié qu'il avait des devoirs aussi bien que des droits, il faut Fattribuer à sa nature, qui est d'une bonne trempe,

et aux lumières de notre époque , qui condamnent trop hautement les excès pour que les excès deviennent possibles.

La monarchie a été le gouvernement des classes moyennes, gouvernement égoïste et exclusif; veuton nous donner une république tout aussi exclusive? Avons-nous fait une dernière révolution pour substituer la domination d'une classe à celle d'une autre classe, ou plutôt pour remplacer le privilège par le droit, pour confondre la bourgeoisie et le peuple dans l'unité fraternelle de la nation? Pourquoi perpétuer une distinction qui n'a plus de sens, en opposant les ouvriers aux maîtres? Pourquoi dire aux uns 'qu'ils sont les vainqueurs, et aux autres qu'ils sont les vaincus, comme si la monarchie avait dû entraîner la moitié de la société dans sa chute? Pourquoi scinder la France en deux camps ennemis, comme si nous pouvions nous dévorer les uns les autres, sans que l'Europe vînt prendre part à la curée? On abolit les titres, on proclame la déchéance des lumières.(i) , on méconnaît les services rendus, et l'on créerait un nouveau droit de naissance I L'aristocratie de la blouse, pour emprunter une expression déjà consacrée, supplanterait toutes les aristocraties ! Ce serait donner gain de cause à

(1) Voir La circulaire de M. Garnot.

- Sfe -

eeax ^i oift omptfré, airec owe fèmëëte joie, TaVénement'du pewple àlMnvasion des barbares.

La monarchie a corrompu les dassés tnoyennes en leur livrant le 'pays à exploiter. Est-îl à propos de répandre la 'mêiiie corruption daiïs 1^ rangs des classes laborieuses? Le pouvoir pense avoir gardé sa dignité , parce qu'il ne les a pas ouvertement cràviées au partage des honneui^ et des places; mais n'a-t-il pas à se reprocher d'avoir excité en bas cette ambition de la richesse quiavait exercé en haut une influence démoralisante? La révolution, qui se montre si grande et si ptire partout où notre exemple Ta propagé^, en Italie, en Allemagne, ne va-t-elle point pâlir et descendre en se concentrant chez nous dans des questions de potau-feu? Je suis transporté d'admiration, lorsque j'entends les véritables ouvriers s'écrier : a Nous avons trois mois de misère au service de la république; » mais j'éprouve un tout autre sentiment, lorsque je lis dans «le premier décret de la république, décret qui porte la signature de M. Louis Blâme : «^ Le gouvernement provisoire rend aux ouvriers, auxquels il appartient, le million qui va écheoir de la liste civile. i> Si l'on entend faire de ce million une aumône aux combattans des barricades, on les insulte; on déshonore leur triompha, si c'est là une part du butin. Dans tous les cas, l'argent versé par les contribuables t'appartient en

propriété & ^aucune da^se â^otnmes; en perdant sa destinaticm légale, il doit faire retoqr à l'état.

fiC gouvéraeHtônt , qui représente les droits de to^ les citoyens , est te tuteur obligé de ceux qtii se ^rouvetft les pl4i& tnaltraités par la nature ou par la fortune. Il personnifie à leur égard la prévoyance et la fraternité soèiaies. De même que dans la famille la sollicitude des parens s'attache de préférence duxetifang les moins i^obùdtesou les plpîsijettnes, ainsi /dans la famille politique, Tétat, an nom et éomm0 mandataire des aînés de F intelligence et de la ridbeàse, 'doit tendre la -main à tous cettx qui ont besoin de consefl et d'«ppui. Le sort des classés laborieuse^ et lès conditions du travail ont drottàSapremièi*e pensée. Il faut que les gouvememens se. mocrtrent jaloux du bien-être du. plus grand nombre, avec la même ardeur que le pouvoir en avait mis «jusqu'ici à rôchei^cher des avantages commerciaux ou des accroissemens de territoire. Cette préoccupation devient Surtout légitime, an lendemain d'tme révolution qui à déplacé beaucoup d'existences, et qui a rendu plus précaires les ressources de éhacnu; car la îsympatWe dés uns se mi^nre naturellement à la faiblesse des autres.

n convemait à Un gouvernement républicain d'arborer bien haut ce principe. Cependant,^i noiis appr0cm»iis Intendance, nous n'accorderons pas le

même éloge aux moyens d'exécution. Que le gouvernement provisoire s'occupe du sort des travailleurs, c'est son devoir encore plus que son droite mais il n'y avait ni nécessité ni opportunité à mettre les travailleurs en demeure de s'en occuper eux-mêmes. Je comprends l'agitation quand on veut renverser un obstacle; je ne la conçois plus, le jour où il est question de fonder, de constituer, d'organiser. Rien de ce que l'on improvise n'est durable. Les réformes sérieuses et solides demandent de la réflexion et de la maturité. On reproche à la chambre de 1830 d'avoir bâclé en quelques jours une charte politique, et l'on voudrait aujourd'hui faire bâcler la pharte du travail au hasard par je ne sais quelle assemblée populairel On appellerait les passions du moment à trancher des problèmes sur lesquels l'expérience avait projeté long-temps les clartés les plus vives, sans en dégager l'inconnue I

Dans les derniers jours de février, un combattant, un ouvrier, qui avait pris au pied de la lettre ces belles promesses, pénétra dans la salle où siégeait le gouvernement provisoire, réclamant impérativement et sur l'heure l'organisation du travail. On lui représenta d'abord qu'il fallait du temps pour préparer un système; puis, comme il insistait : a Asseyez- vous là, lui dit M. Louis Blanc

lui-même, prenez une plume et donnez-nous vos

idées. -^ Je ne sais pas écrire. — Qu'à cela ne tienne, je vous servirai de secrétaire; dictez. » L'ouvrier dicta ces mots sacramentels qui forment la tête du chapitre socialiste : a organisation du travail;» mais il ne trouva rien au-delà. « Vous voyez bien, reprit son interlocuteur, que Forganisation du travail n'est pas une chose si facile. » L'ouvrier, cependant, aurait pu mettre les rieurs de son côté et renvoyer la leçon au gouvernement provisoire. Il ne réclamait en eflét que ce qui lui avait été promis; il se montrait pressé , parce que l'on avait excité son impatience; il supposait le problème résolu, parce qu'on l'avait convié, avec tant d'autres, à mettre la main à l'œuvre. L'humble maçon arrivait avec sa truelle , demandant à grands cris à voir le plan et à connaître l'architecte; pourquoi Tarracher à son labeur quotidien , si l'on n'avait à bâtir qu'une ville dans les nues?

Par un décret en date du 25 février, le gouvernement provisoire a déclaré que a la république s'engageait à garantir du travail à tous les citoyens, et l'existence de l'ouvrier par le travail, d En d'au* très termes, il a proclamé ce que l'on est convenu d'appeler, dans l'école sociétaire, a le droit au travail. D Mais le gouvernement ne pouvait pas s'en tenir au principe abstrait , à une formule philosophique. Reconnaître à tous les citoyens le droit d'exiger que la société les fasse travailler, c'est ad-

— ea —

mettre psr cela seul cpie la société doitiesBeunk. Nous voyons donc sans la moindre surprise qia^en garantissant le travail à louvrier, le gouvernement provisoire lai ait aussi garanti l'existence; mais il faut voir où cela conduit. En proclamant -le droit au travail, MM. Garnier-Pagès et Louis BlftDccnt érigé rétat en assureur de loutes les fertutoes^eten entrepreneur de toutes les industries; ils ont 'décrété implicitement un maxirmtm p0ûr le prix des denrées, et un minimum pour le laux des salaires. Voilà le baptême par lequel ils ont consacré le pouvoir nouveau. • '

Le droît au travail estime question mal posée. Je rends hommage auxrnteniicms de ceux qui ont prétendu l'ériger en principe; en appelant là société au soulagement des lirisëres individoelles, ils ne veulent pas avoir l'air de provoquer ni d'encourager l'oisiveté. Us demandent du travail comme au moyen-âge on demandait Taumôue; aux largesses des couy eus, ik substituent celles des ateliers nationaux. La taxe des pauVres était déjà un pro- « grès sur la subvention allouée à la mendicHé par les ordres religieux; fera4-on un pas de plus, et sera-ce un pas en avant que d'imposer à la société une sorte de taxe des salaires?

^ Le •droit au travail suppose l'einsteooe pernnatiente, la puissance indéfinie de la i^ôduction, queHes que soient les circonstances^ et quelle que

puisse êbraK'ongairisatipQ delasodété. Quelle valeur aurait en effet un principe que l'on placerait, en dehprfi des réglions du possible? Or, il n'existe ^as d'étot social qui aasure:la permanence, ni la mgain If^rité de la produdâon. Qu'une crisie. commerciale survienne^ ou qu'uû ralentissement quelconque dansttetConsoixiBiation rende l'offre sapérieujre à la dqmande, et njous verrez un certain nombre d/ater lifm difoinuer ou suspendre leur activité. L'indus*- Um^ con»nie. l'année solaire, a ses saisons^ et la moissw du traivail , comme celle des fruits de la tertre, a $6S. années de stérilité ainsi que ses aouées dSabondaiKe. :

hià, pi^évoganoe de l/hpmme tient en réserve.poop ces momens difflcil[e& les ca[»taux accumulés pav Fépargne; mais elle, ne rend pas à volonté l'impul^ aio» èla puisseoice qui produit, et elle ne crée pas le travail d'un coup de sa baguette. L'homme petit toiqours employer son intelligence et ses bras; mais» le mouvement esjb autre cbose.que le travail, L'écuceuil né travaille pas ei» fiBbteant tourner \^ ronedeisacagej lès môuvemensdu prisonnier dans le tmad^mill sont dev la force dépensée en puce perte; l'antiquité mystique^ (knscettëimagequ'elle nous présente de Sisyphe roulant jusqu'au som« met d'udie napntagne un roisber qui retombe sans oea^eviOi ai paa: entendu nous peindre ui^travailleui^

elle n'a montré aux regards qu'un condamné et des tortures.

Le travail , c'est l'emploi utile des forces; on le reconnaît à ses produits. Le laboureur travaille quand il déchire le sol en y enfonçant la charrue pour le préparer à recevoir la semence, quand il arrache les herbes parasites qui étoufferaient le bon grain, et quand il creuse des fossés pour l'écoulement des eaux qui détruiraient, en séjournant dans les champs cultivés, la fécondité de la terre. L'ouvrier travaille en tissant la toile ou en foulant le drap. Le terrassier ou navigateur travaille quand il nivelle les routes ^ creuse les canaux ou construit les chemins de fer, qui , en facilitant la cii^ culation'des produits, en augmentent aussi la va-' leur; mais les quarante mille travailleurs que l'on occupe , depuis les journées de février, à remuer des terres au Champ-de-Mars et aux Champs-Elysées, ne travaillent pas, car il né peut résulter pour le pays aucun avantage de cet immense déploiement de pioches, de brouettes et de bras. .

Pour créer à volonté la production , il faudrait être en mesure de développer la consommation et d'en reculer devant soi les limites, car les produits les plus nécessaires n'ont de valeur que par l'usage que l'on en fait. Que servirait, par exempte, d'entausser des montagnes de blé ou des troupeaux

de bœufs dans une ville déserte, et à quoi bon leà richesses du Mexique dans des circonstances où un kilogramme d'argent ne procurerait pas une once de pàm? Si les difficultés devaient cesser quand on a dit que l'ouvrier a droit àu*tràvail, la recette serait bien simple : Tétat n'aurait qu'à fournir des fonds au}L ateliers qui seraient au moment de s'arrêter et qu'à ordonner aux fabricans de produire. Mais ce n'est pas tout de fabriquer : il faut vendre, il faut trouver des acheteurs pour les marchandises que l'on crée, et non ajouter à l'encombrement stérile des dépôts; il ne faut pas que la production augmente précisément lorsque le marché se ferme ou se restreint. Ajouter, en pareil cas , à la maçse des produits, c'est les aVilir. Pour soulager les souffrances du présent, on lègue ainsi de nouveaux embarras à un avenir très prochain. L'on retarde enfin l'heure où, après avoir liquidé leurs désastres pyassés, le commerce et l'industrie vont se remettre en marche.

Je sais que la misère et le crime ont leur budget qui envahit, dans les crises industrielles, si la société n'y met ordre, le terrain que perd le travail. A mesure que les usines chôment et que les ateliers se ferment, on voit augmenter d'heure en heure la population des dépôts de mendicité, des hospices et des prisons. Il y a là comme un tribut que nous devons payer, sous une forme ou soUs une autre,

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^l|a, gratuité des cu^^islBnfws, ^4, suj^vei^i^ que ïop lîç&i^.QU qu^ Tqû up peut p^4pnner aw ater UeF^. Qst rçclaméç pa^ Içs bureaux de bieufaisapçe Qi par Ifi justice répressiye. Il y a perte certejoe poi^ç 1& o^i^^lité, sa^s çompensaljoa ^^aque pour l^,];ic)|/çs$e dapaya. I4 politique et T humanité c<Hir Si^i)l^^|l^âoucau.gQuyçrxi#^aieii|t,, lorsque rindu3U:ie souffre,, dexie paM^^^^i* ^^ foi^çes qu'elle employait iq^ptiyoSf En pfireil cas, l^s oavriers.(;^iso)^t forcés 4^ qyuittei: les n^anufactures se réfugient ckos les ({li^t^ra oi^\ertp su;: l^s voies.de çommuoic^tion; ïjji^ qet expédient est précaice ,, et, à qjiçlqpes ég^d^, contre, nature., Les ouvriers f^eu^s ou. tis- ^grs, )/es bijoutiers çt men^i; lisa forgerons font de ]^ t^istç. besogne, qju^iyl on les appelle à remner de ]|i terre, pour trancher les collines ou pour former de^ remblais. %x^ o^ire^ on ne peut pas oFgî^fiseï^ ces tiraiyau;^ sw une grandie.écl^Ue. Lç gouvjeçneipçnt brit^npique Ta tenté en. li^land^, où près de deux millions d'ouvriers, pfendantHiivçç de 184^7., ^laieifMaiçloy^siLijçpaRer ouàçQpstry^i;e des tqute^. Ces. gi:an4& rassembJenjens d^bommesi, pour Iç^qjLjeb. il ^^ait tout ij:pprovis$r, n'oijt produit (p^j gaspillage et désordre. Plutôt qne de continuer 4^^t^aya^;s^ qjgij^ n'a^yaient aucun résultat util^, le fffiVi^^vx^^vfi^jii anglais a, pFéféi;é nourrie Tlf land.e pjçq^ajat sis;; mois dans unç, oisiveté complète. . ^\^ ]^ Q\yf\l^^}^ ayamqe,. et plus la ppigçaoce

<jhi g0umimm%i^. ^mQVi^ dosis la spciété; plue? U est pui^safîjb, ^tpUiSiU dpittêtre huiiiaii>.NéâsiT)oinfi, en le xQ^ttoat en demeure d'embrasser daossai p^é* voyance ^te$t l^s iafortunes et toii^ le$ accîdens di9 te '^ie, oa lai <iéeero0Fait ijine sQirte diomoipo-. tence. Lacépiibbiique ékrgit^ul est vrai, la base dn pouvoir, maisi le pouvoir de tous est eocore borné el( flaUHbi^iQonnn^a.tout ce qmtientià l'buaianàté.

(îuaQfl on pos^ une question de droit sans iodir quer la limite, sans mettre le devoir à côté^, r©» ppse< iine< quf^stiooj de violj^nce. Si vous djiles^ que ]#a ou^vfiiers oat droit au> travail et par le. tirayaiji à^re^^iâtence, v^s r econpji^sei^ ^lofFs que tousicew^ qui soni m^QO^k^m de lei^r spf i peuvent prendre la soçiéM' à parUf^; vous. les. end^oi^^gei; à proplai^er^ ceU|B df^yise quj, a taiii Qouler tant de sai^g à LjQïi. : % Vivre en travaillapt ou mourir en, com-r l^aii^nl; », V0U& relevez, sqivapt une parole, bien ioji^udenle de At Louis Blanc^ L ejt(çn<|ard de Spar*taciis;.yous appelez à rinsurr^ctioi^, pour continuer Ip, mét^bore, les e^qlaves ^ la ^i^> et sacbez-te tû^iiydlâib yotre co^u^ qn frémir, vous don^ea^ le signal de la guerre sociale.

Le' christianisme, tel que le comprenaient les premiers apôtres, prêchait le renoncement absolu aux biens de ce monde ic'était immoler Findividu à la société. L^s apôtres du socialisme npuvea)j, en i;^m^k^daM\^kXlf.omxn^ la recherche exçlur

siye du bonheur, en mettant en première ligne, dans leur code, les droits de la personne, immolent la société à Tindividu. L'une et l'autre doctrine

dans l'application seraient également dangereuses : quand on enseigne à l'homme qu'il doit tout soufrir, l'on condamne la liberté, la richesse et l'industrie; quand on lui apprend , à cet être dont la yie est semée de douleurs, qu'il doit écarter à tout prix la misère et la souffrance, on lui interdit la vertu.

€'était peu de proclamer le droit au travail. Le gouvernement provisoire a prétendu changer^ les conditions du travail dans la société. Ce qui eût semblé déjà téméraire par un temps prospère et pour un nid à expériences comme la principauté de Monaco ou la république de Saint-Marin, on va le tenter au milieu d'un état social battu par la tempête et pour une république de trente-six millions d'habitansl Pourquoi pas? Nos modernes Archimèdes n'ont-ils pas trouvé le levier avec lequel on peut soulever le monde? Voici les considérans du décret qui institue la commission des travailleurs :

K Considérant que la révolution faite par le peuple doit être faite pour lui; qu'il est temps de mettre un terme aux longues et iniques souffrances des travailleurs; que la question du travail est d'une importance suprême, quMl n'en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations d'un gouvernement républicain; qu'il appartient

surtout à la France d'étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd'hui chez toutes les nations industrielles de l'Europe; ^u'il faut aviser, sans le moindre retard, à garantir au peuple le fruit de son travail;

« Le gouvernement provisoire de la république arrête : '

<( Une commission permanente , qui sera intitulée : Commission du gouvernement pour les travailleurs, va être nommée avec mission expresse de s'occuper de leur sort.

« Pour montrer quelle importance le gouvernement de la république attache à ce grand problème, il nomme président de la commission du gouvernement pour les' travailleurs un de ses membres, M. Louis Blanc, et pour vice-président un autre de ses membres, M. Albert, ouvrier.

« Des ouvriers seront appelés à faire partie de la commission. Le^siége de la commission sera au palais du Luxembourg. »

Louis BtANc, Armand Marrast, Garnier-Pagés.

Voilà quels ont été leâ humbles débuts du pou-' Yoir qui exerce déjà un si fatal ascendant sur nos destinées. Inventée pour servir de centre au:ç études du gouvernement et des ouvriers eux-mêmes, cette commission consultative est bientôt détenue un instrument d'action, un véritable Comité de SalutPublic. Ses délibérations ne portaient d'abord que sur des questions générales, mais elle n'a paé

à iatee^eoif dam J^a diffàrmd^.des WNSÎars:

ft¥ee. les ps^ons et à s'érigev en arbitre: euftn, elle a pendu des décrets qui prescriTent des règles et qui prononcent des peines. Aujour^hui, son président a une armée derrière lui , et il absorbe en lui. le gouvernement, dont ses collègues ne sont dIus que les njfinistres.

Çn exposautces faits, je ne blâme pas, je raconte. A la rigueur, il suffirait à la commission, pour ^jfiifqf^t ce^ usurpation rapide eiconiplète, d'inymf^^ le$: Im. de la nécessité. Le gouvernenoenè est «liargé immi. d'étudier, mais d'agir. Dès queïoa donnaitsuMl Louis Blanc une question à examiner, il' d6VBil> se sentir «entraîné à la résoudre. Dès que cette question embrassait le domaine actif de la société, on lui décernait la dictature. Il ne reste donc plus qu'à rechercher s'il en a fait usage dans l'intérêt de la vérité, du pouvoir et du pays.

Lff Gomiftisriaii dt» tra^ail>^ ou, pcNir emprunter le style barbare du décret, la commission pour les ù^m^illfsiim^, i^% aftOSiCOptcedit, anî«iiéed!un anvour aîwèD^. dti.lHd^^ snaàssestprieniiiers aet^s n^ r^spi- E^B^up^ glande s|tge&$e.X^sdiscoiH;sde]H4 l4.puis l^lm0 sant f s^agérés et violeop$,ses résoliatipns» sans n^uire. j^ recommence périodiquement le mêm^ e3q)Ofi($4'<ii>6tt>éQPi^v ai^^ bouiâe kqueUe Q^^se pr^n se^t^ i^m» ^iw.CQ»clusifm Ispi soit, peu gçaMqjij^.

liée ainm à une ditedtion qui dceude l0s dé^ltMs lés plus opposés : lès tâtOnne«iéïfô d«!ns l-drbitrairè.

Maiis de quels élément se <îôitypoé6'Céft ai'éopdg^ industriel?'*!. liouis Mauc, cédarit à defe préoccupations ëxclusi'ves, n'y avait d*è(bofd ^^qjfelé que* tes délégués des otivrieiis; on se i*avisa cependant) et « considérant, dit naïvement rai*rèté, qu'il «si juste qu'à lerir tour les délégués des patrons *ou chefs d'industrie soient convoqué», » On indiqua pour ceux-ci nîP>e Tée»ion qui ti'^^Kefi que te n mars, dix-sept^ouRPs après la première ^éunioii des ouvriers eux-îriiêmes. Dans TintervaMe, la i^ortf)mission crot devoir s'entourer des libft»*rieB*cotn^ pétens (car c'est airisi^^e kMonitemrleséègigm), et ces hdlmïies corapétens^f urent priSylidn pas ptinni les chefs dHndu^trle que rëcômffîandait unelcHîgué expérience, non paspanmi les é(3onè^fVfistes sérieux, les historiens ou les philosophes, mais parmi les socialistes, dont le bon sens national avait constamment repoussé les utopies. Maintenàtit, là commission a ses grandsjours, dans lesquels sourprésident tient une espèce de lit de justice pour faire comparaître la société èsabarre; les délégués y «iége»t, mais en personnages à peu près^muëts, et saftt^ Q autre fonction apparente que celle S'acclamer. En dehors de ces solennités du travail, figurent les comités auxquels assistent, avec voix délibérative^ les

délégués de» délégués, que l'on choisit, pour plus d'égalité, par la voie du' sort. Là se débattent les problèmes dont la solution a été renvoyée à la commission. Quant au compte-rendu de ces débats à huis-clos, il n'est publié dans le Moniteur, encore ,avec force corrections et mutilations (4), que lorsqu'il convient au président et au vice-président de le produire (2).

Quelles étaient, sous F influence des premiers décrets du gouvernement provisoire e^ au moment où la commission du travail a pi^is possession du Luxembourg, les principales demandes des ouvriers, la rançon de la société, les conditions que faisaient les combattans'pour poser les armes? Ces demandes peuvent se réduire à quatre principales, savoir : la diminution de la durée du travail, l'abolition dii marchandage, l'élection par les ouvriers des contre-maîtres et même des chefs de service,

(t) C'est ainsi que le Moniteur, dans le compte-renda de la séance du 20 mars, tronque et défigure Topinion défendue par M. Wolowski. L'impartialité et Ve^actitude semblaient cependant de rigueur, «n parlant d'un homme qui avait eu le courage de lutter seul durant pires de quatre heures contre tous les socialistes réunis autour de M. Louis Blanc.

(2) C'est ainsi que le Moniteur a passé sous silence une séance postérieure, dans laquelle MM. Pereire, Lechâtelier et Wolowski avaient combattu, avec Fautorité du talent et de Texpérience, les idées de: M. Louis Blanc sur les chemins de fer.

enfin la participation des ouvriers et des employés aux bénéfices des entrepreneurs et des capitalistes. Supposez un temps plus calme et un gouvernement de sang-froid : Ton eût cherché à faire comprendre aux ouvriers à quel point de pareilles prétentions allaient contre leurs intérêts véritables. La commission qui siège au Luxembobrg n'en a repoussé aucune; elle accorde sa tolérance à celles qui n'obtiennent pas sa sanction. Voici le premier décret et le plus grave, il porte la date du 1®' mars :

« Sur le rapport de la commission du gouvernement pour les travailleurs, considérant :

« \ ^ Qu'un travail manuel trop prolongé non-seulement ruine la santé du travailleur, mais encore, en Tempèchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de Fhomme;

«. 2** Que Fexploitation des ouvriers par les sous-entrepreneurs ouvriers, dits marchandeurs ou tâcherons, est essentiellement injuste, vexatoire et contraire au principe de la fraternité;'

«Le gouvernement provisoire de Id république décrète:

d {" La journée de travail est diminuée d'une heure. En conséquence, à Paris, où elle était de onze heures, elle est réduite à dix, et en province, où elle avait été jusqu'ici de douze heures, elle est réduite à onze;

a 2** L'exploitation des ouvriers par les sous-entrepreneurs, ou marchandage, est abolie.

ft II est bien entendu que les associations d'ouvriers qui n'ont point pour objet l'exploitation des ouvriers les uns

]L.e i^pcret 4p goiiveni^fpent prpvispire n'admet P^S; pour ]si (^urée du tf^^vail i^us la capitale, la njêipe Ijmjte q^i eçt ppsée, ds^iis les dppartemens, ^iix labiei|r§ c^e chaque jour, ^l'ouvrier ^e proylnce doit r^t^r 2|S.sv!J^t(i à iine corvée quoti^jienqe de 9{i^^ l^eureç, tan^lis que la lâcUe de rouvrjer parisien n'excédera pas <Jix ^çuf p§. Pourquoi faire 4çux catégories de travailleurs pour la France, et sur quelle raison de droit ou de fait se fonde ici l'inégalité de traitement? Ce n-est pas le gouvernement républicain qui peut distinguer entre les provinces ni entre les habitans des villes et ceux des campagnes. Aux yeux du pouvoir comme devant la loi, to^s les citoyens ont les mêmes droits, et 1^ faveur que Fqn ^cpofderait aux uns (Reviendrait une injustice à régar4 des attires.

Comme tous les grands centres de riphesse e\ d^ consomme^tion , Paris attire les oufriers tes plus habiles, à la condition de les rémunérer par des salaires plus élevés; mais ce n'est pas là un privir lége gratuit. Si l'ouvrier de Paris est mieux pétribué, il travaille aussi davantage. En fait, la durée du travail est communément de douze heures dans .les ateliers de la capitale, et ces douze heures, par Tftptiyitp ^n^ r9uvrjer déploie^ en valent treize ou

quatorze* ie t^voilleu^ p^rif^Q e9t peutrâto^ ]% seule espèca d'bcunmes qui rivalise d'ardeur M de persévéranpe avec le travailleur anglais. En réduisaut à ^ix l^eures la dqréedu travail quptidieu dans la métroj>ote de notre industrie, on a donc diniinué la journée non d'une heure > mais de deux heures; dansi tous les ateliers auxquels le décret peut être applicable, Ton retranche ainsi un sixiènie ou tout au moins un septième de la production.

Je sais que les ouvriers, v^s la fin d'une journée qui se prolonge trop, ne font quedes efTort^langur»sans, et qu'ils ne produisent pas tout ce qu'ils pour-o raient produire,. Le sentiment de la fatiguer remporte, dans ces momens, surcelui du devoir et même sur celui de l'intérêt personnel. Eu retranchant deux heures de la journée, l'on ne retranche donc pas une quantité proportionnelle de travail; ce résultat est démontré par de nombreuses et con-t cluantes expériences; néanmoins, au total, il doit exister une différence trèst sensible dans les résul-r tats. Deux heures de trs^vail supprimées équivau^ dront toujours, pour l'effet utile de la prodiitttioii et pour Is^ riche^e du pay^y à une diminution quelconque. Oa aura peut-être soulagé l'ouvrier, maia on aur4 iai^é une foroe très réelle sans emploi*

Le courait auquel on oppose une digue artifl-r cielle finit toujours par s'ouvrir une autre issue. La production ne dûniouera pap^ asauvénaent pavo^

qu'il aura plu au gouvernement de réduire la durée du travail dans les manufactures; cartes besoins de la société restent les mêmes, et les producteurs doivent toujours y pourvoir. Mais si Ton gêne les manufacturiers dans l'emploi des ouvriers, ils remplaceront les ouvriers par des machines. C'est ainsi que les coalitions et les exigences incessantes des ouvriers ûleurs en Angleterre ont amené les filateurs à doubler la longueur des mule-jennys et à les porter de trois cents broches à sept cents, ou à se servir de ces machines à filer qui seipblent se mouvoir d'elles-mêmes et que les ouvriers anglais désignent par le sobriquet de fileurs en fer. Si le décret qui réduit la journée de travail à dix heures survit aux circonstances exceptionnelles qui l'ont inspiré, il est probable que les fabricans feront face à la difficulté par un accroissement de leurs moyens mécaniques. Dans ce cas, la production restera la même; mais le rapport du capital fixe au capital roulant devra se modifier : le manufacturier dépensera en matériel ce qu'il ne voudra pas dépenser en salaires.

En réduisant, par un acte du législateur, la durée du travail, on veut ménager les forces de l'ouvrier et lui donner le temps de cultiver son intelligence. C'est là une pensée qui ne rencontrera que des sympathies; mais les moyens que l'on prend répondent-ils au but que Ton se propose, et suffit-il.

pour que le travail s'arrête, de dire au travailleur : «Tu n'iras pas plus loin?» Le décret du 1" mars n'a pas de sanction. En supposant que l'on oblige la grande industrie, celle qui agglomère les ouvriers par centaines dans une manufacture, dansune usine ou dans un atelier, et qui fait dépendre l'action des bras de celle des machines, à ne travailler que dix ou onze heures, comment imposera-t-on la même loi aux ouvriers infiniment plus nombreux qui ^ exercent leur activité dans l'étroite enceinte d'une échoppe ou d'une mansarde, aux ouvriers des champs à qui les saisons mesurent le travail, à ces femmes qui vivent de leur aiguille, à ces tisserands qui promènent la navette sur le métier quinze ou seize heures par Jour? Le décret va rendre la prépondérance dans l'mdustrie au travail parcellaire. L'ouvrier domestique pouvant, loin du contrôle que le gouvernement exerce, travailler plus longtemps que l'ouvrier des manufactures, lui fera une concurrence terrible de souffr£|hces et de privations. On verra s'étendre à la France entière l'état social de la Saxe et de l'Irlande. Réduire par ordre la durée du travail, ce ne sera pas seulement contrarier et diminuer la production; ce sera, de plus, diminuer le salaire, enlever à la population ses moyens naturels d'existence, augmenter la misère et provoquer le désordre. Encore faudrait-il avoir

mt te pays lih (liH)ît de cotiquéte pôtli^ âoilriët ainsi partout le éotitte-fe« .

Le parlement britantliquie, ett abWgeatttlâ durée du travail dans les grands ateliers, pouMes etifans, pour les jeunes gens et pour les femtnes, ti'atàit pas entendu eiercer la plus légère influence sur le taux dès salaires. L'acte du 8 juin 1S47, le plus rigoureux datis celte longue série de lois, laifese pourtant aux transactions entre le maître et l'ouvrier la liberté la plus entière. La réforme) que la clameur publique impeëait et dont les ouvriers cnt pris l'initiative, s'accomplit, de TaUtro côté de la Manche, à leurs risques et périls. Ici, nous allons bien au-^delà de ce qui s'est fait en Angleterre. Le décret du 1" marine se borne pis, comme les lois anglaises, à protéger contre les abus du travail les ^res faibles qui ne peuvent pos se protéger euxménies^ il stipule pour les adultes, pour ceux qui ont acquis avec l'âge la plénitude de leurs forces, de leur réflexion et de leur libertés C'était peu de régler la durée du travail; bn aggrave la difficulté eii réglementant les salaires. A la vérité, le décret ne s'explique pas sur ce point déltoat; mes les conférences qui en ont- précédé Id proniulgation, et le commentaire que les exigences Victorieuses des ouvriers en ont donnéi ont fait cesser toute équivoque. *

(?ëst ûû^ préddctipaiioh côii^âtite pouif les on^ Vrieri âe tous les pays que rambîUbri de dëtètitiiner à leur gré et de rendre en quelque^ sorte pei*niànent le tàiix dès salaires. Uignorancë et les pt^éjugés entrent pout beaucoup dans cette direction que suiveiit leurs idées; iliâis il fâilt Vbii* aussi sous l'influence de quelle nécessité Ils erilreprehnient de changer les conditions dit travail. La blasse riloyenne, plus éclairée cepéhddtit et plus riche que les classes laborieuses, récheréHë avec avidité les emplois dont le gouvernertiétit dispose. Depiiis îqiu'elle occupe le pouvoir, elle d multiplié le§ places jusqu'à faire des employés Une nation dans la nation. D'où vient cette tavetlr dont les fonctions publiqiies jouissent? Pout^quoi leS préfèi*e-l-ôri à des industries pliis lucratives, si ce n'est parce qu'elles sont plus solides et qu'elles participefat plus ou moins du caractère de l'inamovibilité? Là fixité du salaire exerce sur l'ôtivrier là rtiême fascination et à plus juste titre. L'ouvrier n'a pas uâ capital en réserve qui le soutienne dans les mauvais jours et contre les mauvaises chances de l*industrie. 11 iie fait pas vblôUtiërs des épargtles dans lés temps pf*6spefés. S'il doUsent à pt^élevéi^ Utié faible dîme sur le salaire, c'est pour contribuer au fonds de secours auquel il puise en eas de ma- Iflâte. Ceftùmé ressource dôhtre de (rrécoees infir^^

miâ oti mm là fiëiuésse/u'â^-ii pskm uftpi-

taux, dans lesquels se réfugie une si grande partie de la population urbaine qt où vient mourir la moitié de Paris?

La devise de la civilisation parvenue à son âge viril : a Aide-loi, le ciel t'aidera, » n'est pas encore entrée dans nos mœurs (1). Les classes moyennes, pour lutter contre les nécessités matérielles de l'existence, éprouvent toujours le besoin de s'appuyer sur le gouvernement; les classes laborieuses, comme des enfans qui s'abritent derrière leur mère, chargent la société de prévoir à leur place, et se reposent sur elle dans toutes les crises du travail. L âge de la force et de l'habileté pratique pour l'ouvrier ne dure pas, selon les professions, plus de vingt à trente ans. C'est pour cette période de la vie qu'il demande un salaire fixe et proportionné aux besoins de sa famille, qu'il aspire, en un mot, à la condition de pensionnaire de l'industrie.

Les classes laborieuses ont poursuivi cet idéal sous diverses formes. Pendant long-temps, et lorsque le souvenir des corporations n'était pas encore effacé, elles demandaient que l'état promulguât des tarifs obligatoires et uniformes, soit pour le travail à la tâche, soit pour le travail à la journée.

(1) La formule anglaise est plus positive, mais elle a une couleur moins religieuse : Help yournlf, aide*toL L'Anglais ne compte que sur lui-même et supprime l'assistance du ciel.

Ce fut ainsi que les tisserands de Londres provoquèrent Tacte éphémère de Spitalfields. De la même manière, les ouvriers de Lygn, un moment maîtres de la ville en i832, imposèrent à la municipalité vaincue un tarif des fsiçons qui ne serait pas resté en vigueur pendant trois mois, quand même Tautorité supérieure aurait revêtu de sa sanction cette violence faite "à la liberté industrielle. Aujourd'hui les ouvriers ne' demandent plus directement la permanence des salaires; c'est sous une forme indirecte, c'est par la réduction des heures de travail combinée avec le maintien des prix actuels, qu'ils s'efforcent de convertir les salaires en traitemens réguliers.

Les variations du salaire, dans l'état de l'industrie et de la société, sont à peu près mortelles pour les classes laborieuses. Il faut donc rendre ces classes prévoyantes et au besoin prévoir pour elles. L'état, qui doit se borner à une attitude d'observation dans les temps prospères, a certainement, dans les époques de crise, un rôle actif à ren^plir; mais il est insensé de l'appeler, comme on le fait aujourd'hui , en garantie du salaire, car la justice distributive exigerait qu'après avoir ga-r ranti le prix du travail, il assurât la rémunération de l'intelligence et le loyer du capital. Quelle valeur pourrait avoir la garantie de l'état, si elle s'élendeHt à tou$ les rpiiages de la production , si

Tas^reur et Tasstiré éteôeot la ïBêmë pèrâotlné^ e*est^-dire tout Id monde?

Le décret du 2 mars û'a pas même ce caractère d'opporiumté qui fait quelquefois brèche aux principes. On l'a rendu dans un moment où toutes les industries étaient en souffrance^ où les chefs d'industrie s'imposaient déjà les plus grands sacrifices pour entretenir le moutement de letirs ateliers, où la durée du tratail allait se réduire, mais avec le salaire, et où cette réduction forxée devenait le seul nloyen d*en conjtirer la suspeiision proebaiue. On a précipité ainsi la crise; pour améliorer le sort des traYailleurs, on n-a pas craint d'attaquer les sources mêmes du trayail.

f ajoute que le décret du 2 mars a été principalemeikt réclamé par des ouvriers privilégiés dans leur intérêt exclusif et au détrhnent de tous les Mitres. Ce sont des mécaniciens et des ouvriers constructeurs qui ont porté ces plaintes, ceux qui oMenaient déjà les salaires les plus élevés pour la journée la plus courte. Ce sont les hommes, en petit nombre, qui ne peuvent travailler qu'à l'aide des machines^ qui ont fait la loi pour ceux et à jceux. qui travaillent avec la seule assistance de leurs bras (i).

(i) Voici Vadresse pi'éieBtéè par Ic^b ouvriers du chemin d*Or- Wans a« gonTeraeineiit provisoiffe. Le» duvriert du chemin du

llàtS celte iôt (tUlîs otit àfrâëHée àii gôtiVé^ethfent, robsërvenl-ife eut-fflêmes? Assiil^éméiit fibn. L'bii M (jué léë oti^rJërs Éoiistructelifè ne ëdiisehtèilt pas géhérâléifiènt^ deptiis que le décret à été reridu, â traVàillëi" jJlùfe de tieaf heures, qu'ils né sont restés dans les atélierë (|U*â cette condition, et qu'ils exigent, pour iieUf heures de travail, le méirie salaire qii'ils dbtenaieiit dupaf avant tioiir douze. Ainsi , le décret, qhi rançonné le n[iaiiùfàctai*ier, ne le met |)as à l'abri d'uhe râhçoii plus dure; et au-dess(is dé Vbtdré légal èe place encore la loi du plus fbi't.

Nord et (iresqiie fons ëeilJÈ àéi antres gràtids ËiëHers dé éon^ tthietion oui mis en ayant les mêmes demandes :

«Bravés citoyens,

« Vos Sympathies pour nos souffrances nous sont comlùes et nous garantissent sûrement Totre approbation à ce qne nous désirons faire relativement à Vorganisation du travail; voici ce qtiè nous croyons être en droit de réclamer.

k\à tfova désirUns faire inoins d*heurés de li*atkil potir âvdr le temps de nous livrer à Finstruction qui moralise et qui donné oonnaissanee des devoirs.

« 20 Nous désirons que notre salaire soit plus élevé, car il ne peut pas suffire à la satisfaction de nos besoins de première nécessité.

« 30 Ntius déèirons VabolitioU radicalemeiii ebiiipi'isé de tbuté espèce de marchandage.

« Citoyens, nous comptons sur votre fraternelle amitié et sur votre sagesse pour rédiger le programme des conditions avec lésqiïélles nous reprendrons nos travaux. 9

Jusque dans la sanction pénale attachée au décret, on reconnaît la partialité du législateur. La peine de l'amende, et, en cas de récidive, celle de la prison sont prononcées contre le chef d'atelier qui admettrait ses ouvriers à prolonger la journée de travail au-delà de dix heures, quoique cela ne puisse arriver que de leur consentement, et, pour ainsi dire, avec leur complicité. En revanche, l'impunité la plus complète est réservée aux ouvriers qui travaillent moins de dix heures, et cela malgré le scandale des violences qui ont troublé un grand nombre d'ateliers. M. Louis Blanc dit quelque part dans une de ses proclamations ; a Ne pas limiter le travail , c'eût été méconnaître ce qu'avait de légitime ïuniverselle réclamation des travailleurs; le trop limiter, c'eût été courir le risque de ruiner des établissemens'qyi emploient beaucoup de bras; c'eût été, dans les circonstances actuelles, s'exposer à rendre plus redoutable la concurrence étrangère. » Eh bien I la limite posée par M. Louis Blanc, limite déjà fort onéreuse, n'est pas respectée par les ouvriers. Les établissemens les mieux organisés sont livrés à l'anarchie et tombent dans une dissolution complète. La concurrence de l'étranger peut se donner carrière, car on désorganise notre industrie et on la met pour long-temps hors d'état de soutenir la lutte. C'est au profit de l'Angleterre que M. Louis Blanc réglemente le travail en France;

chaque entrave qu'il apporte à l'activité de Paris, de Rouen ou de MulhQ]use, est une prime donnée à Factivité de Manchester et de Glasgow. J'ai entendu accuser la monarchie de détruire le prestige de notre influence morale en Europe; si Ton paralyse aujourd'hui le principe de la richesse, que restera-t-il désormais au pays?

Les ouvriei*s seront les premières victimes du système. Les ateliers de Tindustrie privée se fermant Tun après l'autre, il ne leur restera bientôt plus d'autre ressource que les ateliers nationaux. Ceux qui gagnaient depuis 3 fr. jusqu'à 5 fr. par jour devront se contenter de i fr. 50 ôent. ou de 2 francs au maximum; ils tomberont à la charge du gouvernement, qui, pour entretenir 75,000 ouvriers à Paris sans compter les femmes, devra ouvrir un emprunt ou établir de nouveaux impôts, c'est-à-dire enlever aux capitalistes et aux chefs de l'industrie les ressources à l'aide desquelles ils auraient pu, un peu plus tôt, un peu plus tard, rendre l'impulsion au travail. Cette transformation ne peut désormais avoir qu'un seul genre d'utilité : c'est de montrer, par le plus irrésistible des argumens, par l'expérience, à quel point toute organisation artificielle du travail dans la société est stérile et éphémère.

En décrétant l'abolition du marchandage, H. Louis Blanc n'en voulait qu'aux tâcherons, qui sont à

rOttWié^, Qkx\i rétat de liberté, èë (|iië lé ëôttiiftSflfléuf , ddhâ tiôè colonies, eât à i^esclàVe. Il jft'entenflaît proscrire iii le travail à la tâché, ni lé iliat^ehanddgë par association, ceô deux pt'ogrès qtié là liberté dé l'industrie amètie avec elle- niais la {ièn- It j séè deë ouvriers allait plus loin, et ils se sont fchargés de compléter le décret. En vertu de la théorie qui prétëfld fait^e ï'égner Fégalité dès salaires, ils ôtil inteMIt lé travail à la tâche comitie tendant à ftîèttre deÉ différëtlces entre lëà travailleurs. Le marchatldagë pat* associâtlôri n*a pas trouvé grac8 I dëVadt letir politique radicale ^ et cepéhdatit il y avait là un gernie fécond d'entreprise. Celle eépèce de marchandage était, dans lès grands ateliers, là véritable et la meilleure. orgaiiisàtittti du ti*atail. L'ouvrier devenait entrepreneur, 6t l*ëntfëprëfteùr pouvait s'éléVer à l'état de capitaliste. Plusieurs oiivrief-s s'associant ptrur entreprendre, à un pfïx débattu , la façon de tel ou tel ouyragè, se dislHbuaieot les tâdhes dans la ttiesuré dëS facultés dé chacun; le salaire était prbportiorihé à l'habileté, et le bénéfice au salaire. Chaque ëtëliér dans l'tisine se transformait aihsi en uhe répilblique industrielle, que surmotitail l'impulsion unitaire du manufacturier. Voilà le progrès nàtutél et précieux que l'on a détruit pour y stibstituef des ëotnbinaisons fchimèri^ueè. Noué rëftiiontohs diisi, à la Voix tjui part dti Lûiëittliotlf ë/ Ife «rtifarit dé

rbistdifë. Èû tiiàiiërë d^ifidtiétHë, lëi éefiëlôfiâ Stl progrès étaieflt d'abord lé travail servile, t)uîs là corvée, le travail a la tâche et érifln lé travail à l'entreprise. On à déjà supprimé les deux derniers j ne va-t-on pas rétrograder, par le ctiemin de la corvée, jusqu'au sanctuaire de l'esclavage?

Réduire le travail dans les ateliers en maintenant le taux des salaires, c'est changer led conditions dans lesquelles l'industrie est habituée à f)ro^ duire; c'est modifier d'dn trait de plume tous les contrats. De inêmé que la monnaie sert de mestire aux valeurs, la maift-d'œtivre forme la basé dti prix qu'obtiennent les marchandises. Toiite liausse des salaires oblige le manufacturier à vendre plus cher ses produits, ou le constitue en perte, s'il ne parvient pas à faire rembourser par l'acheteur la prime qu'il a payée à l'ouvrier. Quand le salaire s'élève par le seul effet des lois qui président à la production, le producteur en subit les conséquences, bonnes ou mauvaises. Mais le gouvernement, en s' arrogeant le droit de les fixer, troublé le cours naturel des choses, et crée ce cas de force tnëjéurë qui est la clause résolutoire, tacite ou exprimée, dans tous les contrats.

Un entrepreiieur de carrosserie, M. A. Getting, écrit à la Preéht :

(c Gonstructear de Siàtéri^l, fedgagé paT traités àtec

diverses compagnies pour la fourniture de leurs wagons de voyageurs, mes prix ont été basés sur douze heures de travail. La réduction à dix heures constitue une perte d'un seizième sur la main-d'œuvre, ou de 46 pour lOOJ sur la fabrication. i

« En effet, sur le prix d'un wagon qui coûte 9,000 fr.; la main-cTœuvre est appréciée à 4,500 francs, dont le sixième est de 750 francs, qui représentent Tintérêt à 16 pour 100 de la somme de 4,000 fr., considérée comme chiffre de la main-d'œuvre.

a Les bénéfices accordés par les compagnies sont à peu près de 40 pour 400. C'est donc 6 pour 100 net que nous perdons sur notre fabrication. Il reste les loyers, frais généraux, etc., etc.

(( Si, par les mêmes motifs, le prix des marchandises que nous employons s'élève en raison directe de l'augmentation du salaire par la réduction du travail, il s'en suivra que nos pertes pourront dépasser le chiffre de 31 à 30 pour 400.

« Qui viendra à notre secours? les compagnies, ou h gouvernement? »

Les constructeurs atteints par la hausse des sa laires ont déjà exercé, ainsi que le faisait pressenti la lettre de H. Getting, leur recours contre les com pagnies desquelles ils tenaient les commandes. 1^ demandent pour la plupart que le prix des wagod soit augmenté dans la même proportion que \ main-d'œuvre. |

Les compagnies ne peuvent pas s'y refuser; caJ

à défaut de la loi , la raison d'équité les oblige. Mais un recours leur est ouvert à leur tour contre Fétat. C'est par le fait du gouvernement qu'elles voient se modifier l'évaluation de leurs dépenses, que leur capital peut devenir insuffisant et que l'argent peut manquer aux travaux. Le gouvernement a causé le préjudice; c'est à lui de le réparer, soit par un remboursement direct, soit par un supplément d'avantages. Ainsi, de proche en proche, la perturbation se communique à tous les intérêts. En modifiant par un décret le premier et le plus élémentaire de tous les contrats, celui du salaire, on bouleverse tous les autres, depuis le contrat de vente jusqu'au budget, qui est le contrat de l'état avec les contribuables. ,

Une fois que l'état s'est immiscé dans les transactions industrielles, il se voit forcé d'intervenir en toute chose et partout. Ou nous dit que cette intervention de la part de l'autorité qui siège au Luxembourg a été purement officieuse, que ce sont les ouvriers et les patrons eux-mêmes qui prennent la commission pour arbitre, et enfin qu'elle n'impose pas ses décisions, qui sont librement acceptées. Cette explication , vingt fois répétée , n'en est pas pour cela plus sérieuse. La commission se pose en oracle; c'est apparemment pour que les ouvriers et les patrons la consultent. Son arbitrage , dont elle &it valoir le désintéressement, nous parait dé-

titèt tiéCèssâtrement de FattitHâë qu'elle â prise. Les ouvriers y oilt recours daiis Fe^ttoit dfe dôâber ftinsi è leurs exigeheeé^ là sanction dii goiivét^bement, et quand les patrons rihvoqliertt, c'e^.ftfln de diminuer leurs sacHflbes, en s'abaiidonnant à celui de leurfe deux adversalt^S qui leur Semble le plus éclairé. Au reste, la commission n'y va pas de itiaib iborte. Après avdir réglé les heures de travail, feUë est en train de i'églfer les salaires. Leè cochers d'ombibtis, les' paveUrs^ les boulangers, les débàhlëtirs, ont déjà leurs tarifs. Il ne reste plus qu'à imposer tin inaxifhum à la production et qu'à refiftermët la consommation dans certaines limites. NoUS jpbui'rblls alors bous croire à Saliçnte, et il sera prouvé que M. Louis Blanc , coitlhie le voulait ie philosophé de Lou vain -, a été élevé dans là lecture étclusite de Télème^è.

Nous venons dé passer en rëvlië ce que la comhiissiotl a fait ^ Voyous maintenant ce qu^elle a laissé teii^ë.

Leé dbVriers véulebt élire lëbfS chefs. Dès les premiers Jours de la république. Une proclamation affibbéë à tous !és côibs de rtië éipribialt ce Vdëu dé la manière là f)lus absolUë et la ))lus ébet-gique : d Plus de pHtIlégës èbtre nouS èl les fcitôyeftS (jtil dbiVëbt nbtls Sëhril^ dé guides dàbs l'ekécuti^^ de béé tràVttUi. Il ëSt de ticmté âëèësSitê i^tië, dàÂs ctiàctUëfttelM^^ dâtiS«lfaiqtië Mttttbl^i^Midll, lëb M^

^rleiis em^iôlent ia Voie de l'éleéttôn pour hbthriiéi^ eurs cbntre-ttiaîtres; croyôtts qiie cette mesuré naîntiendria Tufiion poui» le bien de tous, ti'étant )lns obligés' d obéir à un chef imposé. » De la docrine On n'a pas tardé à passer aux actes. Les durriers, non contens de nommer les cOntre-tnaîtres, mt poilssé leur ambitioti jusqu'à désigner les ingénieurs et les administrateurs. Quand ils tie pouraieftt pas [procéder par ro\e d'élection, ils agissaient par Voie d'exclusion. Ceux qui étaient tm-- [)loyés au chemin du Nord ont exclu de leurs rangs, taalgré l'administration , plusieurs contre-maîtresceux de Versailles ( rive gauche) ont destitué l'ingé- Qieur et deux administrateurs. La mêrhe tentative 1 été renouvelée sur la lighe d'Orléans, où il a fallu, pendant quelques jours, remettre l'autorité au* taains de deux commissaires. On aurait de la péinë maintenant à trouver un seul atelier daus la capitale où le chef ose commander et où l'ouvrier veuille 3béir.

Les otivrîêt^, avec le bon sens qui leiir est naturel, comprendront bien vile les nécessités dé là ne politique; niais il y a trop peu dé temps qli'lfe )nt reconquis leuHs titres pour qu'ils puissent distinguer eilfre les fonctions diverses de la ébciété. l^oyant que le pouvoir datas Tétat Velève de l'élëdlion, ils ont ct'u que rélectioil deVail être le prihbîpé ^énératëtlt êd (ôuté tàtbe tetiVé. 8ëS hÔttUi^éS QUI

ont entendu dire qu'il convenait d'élire leurs ju| ne se livrent pas assurément à un paradoxe beaucoup plus étrange, en supposant qu'il leur appartient d'élire leurs chefs d'atelirr.

Le pouvoir doit venir d'en bas, lorsqu'il impliqua un mandat ; il doit émaner d'en haut , quand il su| pose la capacité et la responsabilité. Le peuple choi^ sit ses représentai! s, et la garde nationale élit chefs , parce que les représentans du peuple et le chefs de la garde nationale sont, avant tout, les] dépositaires de sa conflance et les garans de sa Ii-| berté; mais l'armée n'élit pas ses généraux, ni le bataillons industriels leurs officiers , parce que h multitude n'est jamais assez éclairée pour désigne les plus capables de la conduire. Il faut être su] rieur à celui que Ton choisit pour faire un.boi choix. J'ajoute que le travail des ateliers exige une forte discipline : un chef quQ ses subordonnés pour* raient faire et défaire ne prendrait qu'avec peins l'autorité nécessaire au commandement. Si les ouvriers nommaient les contre-maîtres, les contre-maîtres les ingénieurs, et les employés les administrateurs, le pouvoir changerait de mains toutes les semaines. Dans un atelier, on ne pourrait pas réponére de la direction à donner aux travaux. Sur un chenjin de fer, on n'obtiendrait ni la réga« larité, ni la célérité, ni la sûreté du service ; la iÀ des voyageurs serait à chaque instant en péril. Dani

la hiérarchie industrielle, Félection c'est le désorïre.

Parmi les articles de ce programme que les ourriers imposent à la société, nous rencontrons en lemier lieu le partage des bénéfices. Voici la formule qui traduit ces prétentions avec le plus d'exactitude et de simplicité. Je l'emprunte à une affiche qui est signée par H. Olinde Rodrigues.

« Désormais, dans toute entreprise industrielle, tous les travailleurs, ouvriers, contre-maîtres, employés, ingénieurs, directeurs et gérans, seront associés avec les ac-, tionnaires en raison du travail des uns et du capital des fliutres.

« Les bénéfices restant disponibles après le paiement des salaires des travailleurs et après celui des dividendes du capital pour intérêt/ et amortissement seront répartis entre tous, selon le chiffré du salaire et du dividende de chacun.*»

Jfe ne repousse pas absolument cette combinaison. En i 831 , pour mettre quelque chose de pratique à côté des visions des saint-simoniens, je la proposai moi-même (1). Je l'ai reproduite depuis dans les Études sur F Angleterre, dont on me permettra de rappeler ici quelque^ lignes.

(1) bans le jouroal le Temps. Cette combinaison fut alors robjet d'une polémique assez vive entre le Tempe et le Cornmerce.

KPTftûQP^ te «y^l^e ipd\istriçl U]ç^^\\ f^is^, ue cherchons pas à lui enlever Tindividualité des intérêts qui fait sa fo|fçç; bornons-^Q^s à souhaiter qu'il e|Qploie les hommes autrement que les machipes, et que rouvricr soit intéressé au succès du maître , dont il demeure aujourd'hui séparé par sa position non moins que par ses préjugés.

« C'est dans la pratique des nations qu'il faut chercher les bases du nouv«au eontpat. En l'interrogeant avec soin, l'on y trouver^ des indications précieuses. Dans la pèche au filet , sur les côtes méridionales 3e l'Angleterre , la moitié du produit appartient aij propriétaire du bateau et du filet, l'autre moitié appartient aux pêcheurs qui montent le bâtiment. Une répartition semblable des profi^ s'opère entre les armateurs et les équipages des vaisseaux envoyés à Terre-Neuve, ainsi que des navires baleiniers. Toute maison de commerce ou de banaue qui veut exciter le zèle de ses employés leur attribue un intérêt dans ses affaires. Lesfabricansqui cherchent à diminuer le déchet des matières premières allouent à leurs ouvriers la moitié debrécoDorvie obtenue par leurs soins. A PaFÎs, uo peindre en bàtimépt, M. Leclaire, a eu )a bonne pensée d'asi^çu^r s^s, ouvriers à 1^ réparti^on des hé;iéfice^ faits dans son ^t^t4iss^iuent, et Tét^blissecçient pro^pièrç.

« Le même principe pe^t s'appliquer aux grandes ni:inufactures; je dirai comment. Il n'en est pas en Angleterre du manufacturier comme du propriétaire foncier. Celui-ci n'est qu'un capitaliste, qui, ayant placé son capital en fonds de terre, en reçoit l'intérêt des mains du fermier. Le manufacturier, au contraire, réunit en lui la

do^bl^ qualité 4^ propriétaire et de fern^ieç, ^e capit^ d'^Jiploit^fif^p ou fpn4$ dp roulô^^pi^t lui apy[^j*fi^pt ai^sj bien que 1^ papitf^} rçpré^eot^ par Fusine, par les macbii^p^ qu'tîllp repferipe &\ par le çpl sur leque) s'^t^Y^nf le§ b^r tixqeos; \C(\\\. cel^ n'a de valeur que par sou industrie. Les iilateur^ du Laucashire, pour se rendre compte de$ résiiltats de }eur§ opérations, mettent d'ahoT4 en ligne d^ compte rintérèt et Taroortissemenl; de leur capital, ainsi que l^s SQfH^fpe^ 4ép^psée^ ppur Facl^f^t des i^ftt^^res première, pour le salaire des ouvriers, pour Fentretien et pour U réparation d^ machiqes; cç qui reste, après ce^ diverses attrit).utions , des spmmes réalisées par la vente des produits constitue leurs bénéfices. '

<x p^ns une ^sqçiation qui mettrait en présence, d'u^ côté le manqfactiirief, çtt de l^ptre 1^ corps 4^3 employé^ attachés à son établissement, la répaictitioi^ dçyr^it naturellepfient se modifier. On ppser^^U d'abord en principe que toute fonction doit être rétribuée, e\ le D^^pv facturier s'alloueri^it pijt traitement, de même qu'il paie ^ux ouvriers up salaire. Le salaire, ^taqt une marcf^^qdise, se réglerait selpn les cours ^dmis sur le marc];^^. Viendraient) ensuite 1§S 4épens!e^ 4'^^tr6t^^°f d^ réparation et d'amélioration. L'intérêt du cap^ti^l pe' serait prélçyé que pendant |£^ duré^ dç l'amorti^^pient. Qu^pt au^ ^énéfices^ après avoir mis à part un cinquième pour le fpnds de réserve, on les partagerait, par égales moitiés, entre le maître et le corps des ouvriers. 11 va sans dire que j'entends ce partage comme unp concession volontaire, h laque^^ chaque manufac^^irier apporterait ses conditions. Oncon^prend eiicoj'e que tous les ouvriers ne devraiçnt pa^ y ^\v^

indistinctement admis. Une certaine résidence ferait titre, si d*ailleurs la bonne conduite du co-partageant ne s'était pas démentie. Le fabricant n'aurait point à produire ses livres, il serait cru sur parole. Il conserverait aussi le droit d'indiquer l'emploi de cette libéralité, et d'eiiger, par exemple, que chaque ouvrier versât une certaine somme à la caisse d'épargne, afin de s'assurer une pension viagère pour ses vieux jours.

(( J'ai la ferme conviction que le premier fabricant qui aura le courage d'appeler ceux qu'il emploie au partage dé »on gain annuel ne fera pas, en résultat, un sacrifice. Il est clair que cette concession attirera auprès de lui les meilleurs ouvriers, que le travail s'accomplira avec plus de soin et de zèle, et que les produits gagneront en quantité ainsi qu'en qualité. Il s'établira, de cette manière, entre les ouvriers et les maîtres une solidarité intime à l'épreuve du temps et des circonstances. Ceux qui auront partagé la bonne fortune de la maison s'associeront plus volontiers à ses revers, et le poids des mauvais jours s'allégera, lorsque chacun en voudra prendre sa part. Les coalitions cesseront du côté des ouvriers, car elles n'auront plus d'objet. La cheminée de la manufacture deviendra comme le clocher de la nouvelle communauté, et les bohémiens de la civilisation industrielle auront enfin une patrie, un foyer. »

L'association des ouvriers avec les chefs du travail, association qui est l'avenir nnême de Findustrie, perd ce caractère réparateur dès que le contrat cesse d'être volontaire. Je ne la comprends que

dans la plus entière liberté; elle devient impraticable et contraire à Téquité dès qu'elle s'impose. La compagnie d'Orléans admettaitdéjàlesemployés de son administration à participer aux bénéfices de l'entreprise. Les ouvriers de ses ateliers en réclament aujourd'hui leur part. Les ouvriers du chemin du Nord, qui faisaient valoir les mêmes prétentions dans une attitude menaçante, ont forcé la main à la compagnie. A quel titre et en vertu de quel droit? C'est ce que Ton peut examiner.

Dans le colonage partiaire, le métayer a droit à la moitié des fruits que produit le sol cultivé par ses soins. Pourquoi cela? Parce que, dans cette association, le travail et le capital courent les mêmes chances. Le métayer ou colon ne reçoit pas de salaire; il n'est rémunéré de sa peine que par le prélèvement qu'il fait sur les produits. Le propriétaire, de son côté, ne touche pas l'intérêt du capital que représentent la terre, les bâtimens d'exploitation, les instrumens aratoires et les bestiaux. Ainsi, le travail et le capital s'associent sur le pied d'une égalité parfaite. Comme ils s'exposent aux mêmes perles, ils ont un droit égal au partage des bénéfices ou plutôt des produits bruts.

Mais, dans l'industrie manufacturière, le travail est à l'abri de tous les risques auxquels le capital se trouve exposé. Que le chef d'atelier fasse des pertes ou des profits, l'ouvrier n'en perçoit pas

vmo?^ tpi^ lesjour^l^ rétribution des$i mmM'c^Ji)yr§, Ui lailairç ^st privilégia , et H 4wt i'ôtre. J^e §ala\re, représentant rex,i$tence de chaque Umilk, ï}e peut pas 44pendre d^ la bonne ou iM Ij^ «mauvaise i$3ue d'une spéqulation qui p'a pa$ n^ême pjour base, comme Vagriculturc' J^ r^tawrpériçH dique, c|t ccirtaiq dp3 moisçonp^ PréciséawBnt snmi parce que te §alçiireest prélevé, par privilège, sur Je$ produits, le traya^ ne saurait être^ r^nge^ sur la même li^pe.quele capital pouï" les éyçptnftUtés ul-^ té,wu^*es^ Çonftuie il ne snpporte pailles perl^^ il n'a ps^ 4roit ^u:;^ bénéfices. Âmçun de» élémeos d^ 1^ prç4ucUQfl, ni Içnnalu-d'ou^vre, vh\ le capMal, ni t'iAtelligençiB, ne ^Qtt s'attribn^r m% dépens, de$

autres la p^rtdM Uou»

ReconpaUre aux, ouvriers, le drqit de piijrtager avec les ct^efs d'at^li^r les.béuéfic^s de l'industrie, ce serajt établir. un impôt aur le capital au proftt de Ja inain-4'<wvre. Or, m ne taxe p^ )^ capital à volonté. Il ^t incQmpressîbte de aa nature» et U écbappe à la violence par sa mobilité mênoe. Dan$ touta çi^tirée où les manufacturiers se voient cm^r traii^ts ^ p^rt^gfr leurs bénéfices avec lea (Ottr vriers qu'ils emploient, il arriva nécesfiaireineii't , qu q*i'ilft cl^ercbwt un autre plaoe^îf nt pouf-tours capitaux ; ou qu'ils rattrapent, par un retrancbe^ ïmni mv ^^ salaires, l'équivalent 4ea part^ de bé^

On ifétU dakmei hn tfàv&il ntie juridiction, une main riilse feur U t)ropriélé du cieipital. On imagine titî6 espèce de droit dé l'ouvrier [\ ); de même que les Irlandais, dans leur haine pour les conquérans taxons, ont inventé un droit dri tefiancter à la possession de la terre qu'il occupe. Le résultat tournerait contré les ouvriers eux-mêmes. Si vous admettez le droit des ouvriers aux bénéfices d'une entreprise, le^ ouvrière évalueront en capital le profit annuel éiù41s eh retirent, pour vendre ce droit en se retîrant,'conime on vend une clientelle, à cfertx qui ëé présenterortf pour leur succéder. Vous aurez transformé, il est vrai, en capitalistes les premiers ouvrière qti recevront ce don de joyeuit avènement des maiiis de là république; maris tt)ttB aurez mis leurs successeurs dans la nécessftéd'àclïeter ledWitdetrataîUerott de demander Tanmône i vous aurez transporté, dans le donnainé du travail, le principe qui a présidé, en 1815, à la création des offices; vous aurez créé Une multitude infinie de privilèges pour remplacer ce qui vant tfiieu:^^ que tout le reste, la liberté de l'in- ^nstrie.

La paHicipatlon dés ouvriers aUt bériéfices est ,

dites-vous^ le principe de rapprochement entré

(i) i>atl8 raii^laid, l^antiChëse de^ deux termes est ptus éner-

Touvrier et le manufactuner, entre le travail et le capital, entre celui qui ne possède pas et celui qui possède! Hais il n'y a pas d'association en dehors de la liberté. En rendant la participation forcée , TOUS la rendez impossible. La servitude du capital n'est pas plus féconde que celle du travail , et l'on n'enrichit personne en faisant passer la propriété sous les fourches caudines.

Ne voyez-vous pas ce qui arrive partout où la religion de la propriété s'affaiblit? Le travail cesse et le désordre commence; mais qui sait où le dé* sordre s'arrêtera? Déjà la dévastation a été portée dans les forêts de l'état. On a brisé des presses, des métiers, des machines; on a brûlé des filatures et saccagé des maisons. Les propriétaires d'usines, désespérant de rétablir l'ordre et d'obtenir un travail utile de leurs ouvriers mutinés, viennent offrir leurs ateliers au gouvernement, demandant à être indemnisés de leur ruine dont l'état est la première cause. Dans certains faubourgs de Paris, les locataires insurgés contre les propriétaires qui refusaient de faire l'abandon de leurs revenus ont pendu ceux-ci en effigie, en plantant des drapeau;^ noirs sur les maisons comme en temps de guerre. Une ville entière, Limoges, désanqée par un coup de main audacieux, demeure encore, au moment où nous écrivons, au pouvoir des communistes; la première cité industrielle de la France, Lyon, est

disputée à Farinée et à la garde nationale par des ouvriers enrégimentés qui font, le sabre au poing, des visites domiciliaires et qui organisent la terreur. Y a-t-il bien loin de cet état de choses à la plus complète anarchie, et ne semble-t-il pas que la société ait été prise d'assaut, comme une place forte abandonnée par ceux qui devaient la défen«dre?

Je considère ce qui se passe aujourd'hui comme le juste châtiment des fautes que la bourgeoisie a commises. Je reconnais que les classes laborieuses, jusque dans leurs colères, sont les instrumens de la Providence, qui veut transférer le pouvoir dans d'autres mains : j'admets que la révolution de février, comme celle de 1789, amène dans la société une répartition nouvelle de la richesse; mais ce mouvement ne tournera au profit de personne, si l'on en fait un bouleversement radical. 11 n'y li pas d'édifice qui prenne son assiette sur des décombres.

Ce n'est ni au gouvernement ni à la loi d'opérer la distribution des fortunes. L'état n'a que des moyens d'action indirects. 11 lui appartient de lever les obstacles que la production rencontre en améliorant les voies de communication, et les moyens de transport pour les marchandises ainsi que pour les personnes; en provoquant le reboisement des terrains en pente, l'irrigation du sol cultivé, le dé-

fricheifiMt ûm téi^i» itfctiltéd, la colonisation: à ïiMtiëûT et à rextëriem^. L'état a (fnalîté pour mettre tes imtraineiis de trayafi à fa portée du plus grand nombre, en développant les institutions de crédit par un bon système de banques et par la réforme hypothécaire. H peut favoriser rélération des classes laborieoses par Fédocation et par les institutions d'épargne; il peut limiter rexpansion d» classe» sitpé^tirês en les appelanrt à supporter unefÉiw grande pttrt des charges publiques. L'knpèt est te TéritaMe levier an moyen duquel on agit sur bi répartitioo de la richesse. La réforme nrgeste atq^Mnrd'biii, la réforme poputerfre, est ceDe qui portera sur rttsiette de FimpÔt.

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