PREFACE
La crise dans laquelle le corps politique se trouve engagé depuis trente ans , a pour cause fonda-* mentale le changement total de système social ^ qui tend à s'opérer aujourd'hui , chez les nations les plus civilisées , en résultat final de toutes les modifications que lancien ordre politique a suc^ cessivement éprouvées jusqu'à ce jour. En termes plus précis , cette crise consiste essentiellement dans le passage du système féodal et théologique au système industriel et scientifique. Elle du-* rera^ inévitablement^ jusqu'à ce que la formation du nouveau système soit en pleine activité. Ces vérités fondamentales ont été jusqu'à présent f et sont encore également ignorées des gouvernés et des gouvemans; ou plutôt elles n'ont été et ne sont senties , par les uns et par les autres y que d'une manière vague et incomplète^ absolument insuffisante. Le dix-neuvième siècle est encore dominé par le caractère critique du dix-huitième; il ne s'est point encore investi du caractère organisateur qui doit lui être propre. Telle est la véritable cause première 4e l'effrayante prolongation de la crise ^ et des orages terribles dont elle a é^é accooijMignée jus^
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Obligé de lutter contre des habitudes opiniâtres et universellement répandues , je crois qu'il «est utile d aller au-devant d'elles , et d'anticiper tua peu sur une partie de mon tsUvail, en expliquant ici, d'une manière générale et sommaire^ l'influence qu'ont obtenue et que conservent en politique les doctrines vagues et métaphysiques, l'erreur qui les fait prendre pour la politique Téritable , et enfin la nécessité de les abandonner •aujourd'hui.
Le système industriel et scientifique a pris îiaissance, et s'est développé sous la domination ' du système féodal et théologique. Or, ce simple I rapprochement suffit pour faire sentir qu'entre .deux systèmes aussi absolument antipathiques , \ il a dû exister une sorte de système interniez •diaire et vague, uniquement destiné à modifier t l'ancien système de manière à permettre le dé- • Teloppement du système nouveau , et, plus tard, i à opérer la transition. C'est le fait historique général le plus facile à deviner d'après les données l que j'ai mises en regard. Aucun changement ne ! peut s'eflfectuer que par degrés au temporel I comme au spirituel. Ici , le changement était i tellement grand, et, d'un autre côté, le système féodal et théologique répugnait tellement par sa •^nature à toutes les modifications, qu'il a fallu , poisr qu'elles pussent avoir lieu^ l'action spéciale
(v) continuée pendant plusieurs siècles y de classes particulières dérivées de l'ancien système , mais distinctes , et jusqu'à un certain point, indépen- = dan tes de lui , et qui ont du conséquemment^ I par le seul fait de leur existence politique , con- | stituer au sein de la société ce que j'appelle par \ abstraction un système intermédiaire et tran- i sitif. Ces classes ont été au temporel celle des / l^istes , «t au spirituel , celle des métaphysiciens ; qui se sont étroitement combinées dans leur action politique , comme la féodalité et la théologie , comme l'industrie et les sciences d'observation.
Le fait général cjue je viens d'indiquer est de la plus haute importance. Il est une des données fondamentales qui doivent servir de base à la théorie positive de la politique. C'est celle qu'il importe le plus aujourd'hui de bien éclaircir, parce que le vague et l'obscurité dont elle a été enveloppée jusqu'à ce jour , sont ce qui complique le plus aujourd'hui les idées politiques , cp qui cause presque toutes les divagations.
Il serait absolument inphilosophique de ne pas reconnaître l'utile et remarquable influence exercée par les légistes et les métaphysiciens , pour modifier le système féodal et théologique , et pour empêcher qu'il n'étouflat le système in- ^dustpel et scientifique, dès ses premiers déve-
loppemens. L'abolition des justices, féodales, l'établissement d'une jurisprudence moins op-^ pressive et plus régulière^ sont dus aux légistes. Que de fois , en France y l'action des parlemens u'a-t-elle pas servi à garantir l'industrie contre la féodalité ! Reprocher à ces corps leur ambition, c'est blâmer des effets inévitables d'une cause Btile , raisoTïnable et nécessaire ; c'est se tenir a côté de la question. Quant aux métaphysiciens , c'est k eux qu'on doit la réforme du seizième siècle , et l'établissement du principe de la liberté de conscience qui a sapé dans sa base le pouvoir théologique.
' ' Je sortirais des bornes d'une préface en insistant davantage sur des observations que tout esprit juste développera aisément, d'après les I indications précédentes. Pour moi, je déclare r que je ne conçois point du tout comment l'ancien \ système aurait pu se modifier, et le nouveau se développer sans l'intervention des légistes et iijes métaphysiciens, (i)
D'un autre côté , s'il est absurde de nier la
(i) Cet intermédiaire était tellement commandé par > la nature même des choses, qu'on le retrouve jusque ; ians la manière de traiter les questions purement scienf tifiques. Qael est l'astronome , le physicien , le chimiste ; et le physiologiste )ui ne sait qu'avant de passer » dans
]^t spéciale d'atilîte des légistes et des métâ-* -physiciens pour l'ayancenieiit de la dvilisation^ il est très dangereoi de s'*exagérer cette utilièe » ^u ^ poar miemc dire , d'en méconiuiltre ia yéri«table nature. Par le fait mane de sa desduadon y i'iuikiexice politîque des légistes et des nwtaphj^sîcieas était Jxïmée à une eicistence passagère^ puisqu'elle n'était que modificatrice et tcaiiai-^ tîve^ et nnllement organisatrice. £Ue a eu remfyli toute sa fonction- naturelle 9 du moment que l'ancien système a perdu la majeure partie de sa fMiissanoe^ et que les forces du nouveau sont devenues réeUetnent prépondérantes dans la société y am temporel et au spirituel. Oose k ce |];oint^ui est€€»npléten^nt atteint depuis le nà" iien du siède deraier^ia «carrière poétique dois légisites et des mélapjiysîctens n'eut pas cessé 4d'être utâe^ bcmoraMe, tandis qu'elle est efiec- 4ivenient devenue t09it*-à*fait nuisible^ pour ^vok* dépassé sa ftmite naturelle.
Quand la révolution française s'est dédarée , \
il ne s'agissait pbis de modilîer le système féodal
chaque branche f des idées purement théologiques aux ! idées positives , l'esprit humain s'est servi pendant long- ' temps de la métaphysique? Chacun de ceux qui ont réfléchi sur la marche des sciences , n'est-iï pas convaincu ? que cet état intermédiaire a été utile , et même absdu- OAent indispensable peur c^rer la tranntioii?
pour des choses. De là Tidée généralement admise de la multiplicité presque infinie des systèmes politiques. Mais, dans le iait^.il n'y a^t il ne peut y avoir q.ue<ieux systèmes, d'organisation sociale réellement distincts , le système féodal ou militaire , et le système industi'iel ; et au spirituel, un système de croyances et.un système de démonstrations positives. Toute la durée possible de l'espèce humaine civilisée est nécessairement partagée entre ces deux grands systèmes de société. Il n'y a en effet pour une nation , comme pour un individu , que deux buts d'activité , ou la conquête ou le travail , auxquels correspondent ^iritueliement ou les croyances aveugles , ou les démonstrations scientifiques , c'est-à-dire , fondées sur des observations positives. Or , il faut que le but d'activité générale soit changé pour que le système social le soit réellement. Tous les autres perfectionnexaens , quelque importans qu'ils puissent être , . ne sont que des modifications , c'est-à-dire , des changemens de forme et non de système. La métaphysique peut seule faire envisager les choses différemment par la malheureuse habileté qu'elle donne, à confondre ce qui doit être distinct , et à distinguer ce qui doit être con- ^ndu.
. ha société a. été organisée d'une manière n^tte
tt caractéristique , pendant que le système féodal ou militaire a été en pleine vigueur^ parée qu'elle a eu alors un but dactiTité clair et déterïdiné , celui d'exercer une grande action gueprière , but pour lequel toutes les parties du corps politique ont été coordonnées. Elle tend aussi à s'organiser aujourd'hui d'une manière plus par* &âte, et non moins nette et caractéristique , pour le but d'activité industriel > vers lequel également seront dirigées en faisceau toutes les forces sociales. Mais depuis la décadence du système féodal ou militaire jusqu'à présent, la société n'a point été réellement organisée, parce que les deux buts ayant été menés de front , l'ordre politique n'a eu qu'un caractère bâtard. Or, ce qui ^tait utile et nécessaire même , comme état de choses transitoire et préparatoire , deviendrait évidemment absurde comme système permanent, aujourd'hui que la transition est vraiment t^xnainée sous les rapports principaux.
C'est là où conduisent néanmoins les doctrines des légistes et des^ métaphysiciens.
On ne saurait trop le répéter , il faut un but d'activité à une société, sans quoi il n'y a point de système politique (i). Or, légiférer n'est point
(i) Bonaparte avait senti cette vérité fondamentale , .^aand il entreprit de reconstituer le système féodal et
( xij ) un but, ce ne peut être qu'un moyen. TVe serait-il pas étrange qu'en résultat de tous les progrès de la civilisation, les hommes fussent arrivés au-» jourd'hui à se réunir en sociétés, dans le but de se faire des lois les uns aux autres (i)? Ce serait là, sans doute, le sublime de la mystification.
th^ologique. Seulement il en avait fait une fausse appli** cation qui tenait à son incapacité autant et plus qu'à fon ambition, puisque son éducation l'avait mis à portée de connaître quelle doit être aujourd'hui la directioa d'activité dans le chef d'une nation civilisée. A l'époque oii nous sommes , un ambitieux se fait militaire s'il se reconnaît incapable , et industriel s'il se sent capable.
(i) On dira , sans doute , que le but du contrat soèial
serait, dans cette hypothèse , d'assurer le maintien de la
liberté. C'est toujours tourner dans le même cercle
d'idées , et prendre un ordre de choses transitoire pour
le système à constituer.
Le maintien de la liberté a dû. être un objet de première sollicitude , tant que le système féodal et théologique a conservé quelque forcje , parce qu'alors la liberté âétait ex|>osée à des attaques graves et continues. Mais aujourd'hui il ne peut plus exister la même inquiétude en s'occupant de l'établissement du système industriel et scientifique , puisque ce système doit entraîner de toute nécessité ,'et sans qu'on s'en occupe directement, le plus haut degré de liberté sociale , au temporel et au spirituel. Dans un tel ordre de choses , un grand appareil de combinaisons politiques uniquement destiné à préserver la liberté d'atteintes auxquelles elle ne pourrait pi us étce
Ne sembleraît-il pas yoir des hommes qui réuniraient gravement afin de tracer de nouvelles
sérieusement exposée , ressemblerait beaucoup au com^ bat de don Quichotte contre les moulins k vent.
D'ailleurs , en aucun cas , le maintien des libertés in"* dividuelles ne peut être le but du contrat social. La liberté , considérée sons son yrai point de vue , est une conséquence de la civilisation , progressive comme elle , mais elle ne saurait en être le but. On ne s'associe pomt pour être libres. Les sauvages s'associent pour chasser , pour faire la guerre , mais non certes pour se procurty ia liberté; car, sous ce rapport, ils feraient mieux de rester i&olés. Il faut nn but d'activité , )e le répète , et la liberté ne saurait en être un , puisqu'elle le suppose. •Car la yraie liberté ne consiste point à rester les bras •croisés , si l'on veut , dans l'associatioa,; nn tel penchant doit être réprimé sévèrement partonf^fiit il existe ; elle consiste au contraire k développer , sans entraves et avec toute l'extension possible , une capacité temporelle ou spirituelle utile à l'association.
Observons en outre qu'à mesure que la civilisation fait des progrès , la division du travail , considérée au spiri-» tuel comme au temporel , et sous le point de vueje plus général , augmente dans la même proportion. 11 en résulte y de toute nécessité , que les hommes dépendent moins les uns des autres individuellement , mais que cha» cun d'eux dépend davantage de la masse , exactement selon le même rapport. Or , l'idée vague et métaphyfique de liberté , telle qu'elle est en circulation au jour-
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conventions pour les échecs y et qui se croirtienC des joueurs? Une absurdité aussi manifeste est
d'huî, si on continuait à la prendre pour base des doctrines politiques , tendrait éminemment à gêner Tactioa de la masse sur les individus. Sous ce point de vne, elle lerait contraire au développement de la civilisation et k l'organisation d'un système bien ordonné, qui exige que les parties soient fortement liées à rensemble et 4ans sa dépendance. • •
Je ne parle point de la liberté politique , parce qu'il est trop évident qu'elle peut bien moins encore que la liberté indiyiduelle, être considérée comme un but d'a$« iociation. Au reste , je puis faire observer à ce sujet ^ omime tendattlis caractériser le réritable état de choses ^ que le droit de sToccuper des affaires publiques'sans cou-* diiioD déterminée-jde capacité y conféré , en tbéorie , à tout citoyen coougp un droit naturel, et restreint seulement dans l'exercice , mais toujours sans condition de capacité, est la preuve la plus complète et la plus palpable du vague et de l'incertitude oii sont encore plongées lés idées politiques. Aurait -on jamais pu songer, tans eette cause , à déclarer en termes détournés , il est frai, mais dont le sens n'est pas douteux, qu'il ne faut aucune capacité naturelle ou acquise pour raisonner sur )a politique?
Pourquoi ne proclame-t-on pas que led Français qui payent mille francs de contribution directe sont aptes à fitire des découvertes en chimie , tandis qu'on établit au tmà UB principe abioliuQaeat pareil poui* la politique ,
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nëânTnoni&' naturelle , et consëquemment excn-^ sable dangles légistes^ dont le jugement est ordî-'
qui est cependant bien autrement difficile et bien autrement importante que la cbimie? Pourquoi ? parce que les conditions de capacité nécessaires pour s'occuper de'chi-> mie sont claires , et que celles relatives à la politique n«i le sont pas. Et à quoi tient cette différence? à ee que la* chimie est AUJoQrd'liqi une science positive , tandis que la politique n'est encore qu'une doctrine conjecturale, ; qui ne méjrite pas le nom de science.
C'est le propre de la métaphysique , précisément parce qu'elle n'enseigne rien de réel, de persuader qu'on est propre a tout sans avoir besoin de rien étudier, d'une manière spéciale. La circonstance remarquable que ]e viens d'indi* quer n'ex^teplns anjourdliiiî qme ponr la politique et lm\ philosophie, sa mère , parce ^'elles seules , parmi toutes les branches de nos connaissances, sont encore restées métaphysiques. Mais un fait analogue peut s'observer pour les sciences aujourd'hui les plus positives, à l'époque oii elles étaient encore plongées dans le domaine ténébreux de la métaphysique. Les conditions de capacité nécessaire» pour avoir le droit de les cultiver, ne sont devenues claires et précises , et n'ont cessé d'être universellement sujettes à contestation , que lorsque ces sciences ont pris lie caractère positif ou d'observation. Il en doit être absolument de n^me de la p6litiqae. On peut soutenir aujourd'hui , sans se courrir de ridicule , que la science politique est innée , ou qm'ii suffit d'être né Français pour être en état d'eu raii|jtaier : un tel langage est même
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nairement yicié par l'habitude de ne considérer que les formes. Mais de la part des industriels , habitués , au contraire , à ne considérer en tout que le fonds , la prolongation d'une telle erreur .gérait absolument inexcusable.
BÉlinons donc à la saine manière d'envisager les choses. Reconnaissons que l'iïifluence des légistes et des métaphysiciens a été long-temps utile «n modifiant le système féodal et théologiqûe^ et en facilitant par là le développement du sjrstème industriel et scientifique. Mais reconnaissons aussi que, par cela même, cette influence était destinée à s'éteindre après avoir aitleint son but,- et qu- eUe a par conséquent perdu aujourd'hui toute son utilité , puisque là modification de l'ancien système est telle, qu'il n'a plus assez de force pour contintier à servir de base à la société, et que le système nouveau est tellement développé , qu'il n'attend plus qu'une impulsion d'activité pour se constituer à la tête
réputé patriotique. Mais lorsque la politique sera montée i au rang des sciences d'obsjervation , ce qui ne saurait- ; être aujourd'hui très retardé | les conditions de capacité
deviendront nettes et détemmees , et la culture de la > politique sera exclusivetaentcdéttée à une classe spéciale
de^vitns qui impoiara silence ^Éfirlage.
du corps social. Les légistes et les métaphysi-^ ciens ont garanti le nouveau système dans soa enfance contre l'action de l'ancien système dans la plénitude de Tàge; mais depuis que l'enfant est devenu adulte , et que l'homme mûr est devenu caduc, toute intervention est inutile et nuisible , et le nouvel homme doit traiter direo tement avec le vi^llard.
Aujourd'hui^ en effet , l'interposition des lé^ gistes et des métaphysiciens entre l'ancien sy^» tème et le nouveau est la cause principale de l'inextricable confusion des idées politiques; c'est elle qui nous masque l'entrée du régime industriel. Mais que cet intermédiaire soit écarté , que les rapports entre les deux systèmes opposé! deviennent directs , et tout ce chaos ^e dëhronil^ lera comme par enchantement. On s'expliquena^ on s'entendra ; on ne pensera [dus iqu'mie sociéné puisse sid>^ter sans but d'activité ; et on recoi»« ndtra que , puisque l'ancien but militaire mé peut plus enster aujourd'hui , il faut s'occuper sans délai de s'orgumer pour le but industriel. Les classes féodale et théologique sentiront qu'eues n'ont aucun moyen de lutter contre les industriels et les savans pour enqwcher la constitution définitive du nouveau système. Les indusU*iels et les savans sentiront k levar tour qu'ils doivent dédommager les classa andenoes de la
clôture de leur cîarrière politique en leur facilitant 1 entrée de la carrière nouvelle.
J'ai peut-être trop insisté pour ce moment sur le fait fondamental que je viens d'examiner.
Mais il est d'une telle importance pour l'éclaircissement des idées politiques ^ que je ne saurais regretter cette extension. J'espère qu'elle facilitera l'intelligence de mon ouvrage en indiquant au lecteur le point exact d'opposition avec les idées généralement admises; car cet exposé a pour objet' essentiel de préciser plus nettement que je n'aurais pu le faire de toute autre manière , le véritable caractère du système industriel, en faisant sentir la différence absolue qui le distingue du système vaguement libéral , avec lequel on est porté à le confondre. En un mot, j'ai voulu exprimer la séparation de la politique scientifique, basée sur des séries coordonnées de faits historiques généraux , d'avec la politique métaphysique , fondée sur des suppositions abstraites plus ou moins vagues et plus ou moins creuses, qui ne sont qu'une nuance de la théologie.
Je n'ai considéré , dans tout ce qui précède , le grand mouvement moralauquel la société est appelée aujourd'hui, que sous le rapport du changement fondamental à opérer dans les doctrines. Mais il est un autre point de vue que je
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ne dois pas négliger d'indiquer en peu de mots dans cette Préface.
Les idées et les sentimens se tiennent et se correspondent nécessairement. Tout grand mouvement dans les idées en exige un semblable dans les sentimens. Sous ce rapport^ la philanthropie est l'analogue et l'auxiliaire indispensable de la j^ilosophie. Pour déterminer le grand mouvement philosophique qui doit avoir pour objet la refonte des idées générales , il est indispensable que l'activité philanthropique se développe dans tous les hommes susceptibles de sentimens élevés et généreux. La décadence des doctrines générales anciennes a laissé développer régoïsme, qui envahit de jour en jour la société, et qui s'oppose éminemment a la formation des nouvelles doctrines. Il faut donc mettre en jeu la philanthropie pour le combattre et pour le terrasser. Cette action n'est pas moins nécessaire que celle de la philosophie , et même elle doit la précéder. C'est pourquoi j'ai cru devoir , dès ce premier fragment de mon travail, faire un appel aux philanthropes, c'est-à-dire, à tous les hommes doués de sentimens généreux, quelle que soit leur existence sociale : qu'ils appartiennent à l'ancien système, ou au système nouveau, ou au système transitoire , cet appel terminera ce premier écrit.
Ce volume se compose de Lettres qui ont été envoyées aux personnes à qui elles sont adressées^ depuis le mois de juin i8ao jusqu'en janvier i8aï.
Cette Coirespondance a pour objet de faire monter^ par une pente douce , jusqu'au point de vue élevé d'où les choses sont envisagées dans Y Adresse aux Philanthropes^ qui la termina.