‹ Du système industrielChapitre 23 sur 23 · ADRESSE AUX PHILANTHROPES · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX PHILANTHROPES

i La passion qui vous anime est d'institution Jïvine ; elle vous place au premier rang des chrétiens, elle vous donne le droit, elle vous impose Je devoir de combattre les passions malfaisantes et de.Iutter corps à corps avec les peuples et avec les rois quand ils se laissent dominer par elles.

Vos devanciers ont commencé l'organisation sociale de l'espèce humaine, c'est à vous à terminer cette sainte «ntreprisè. Les 'ptvnridrs dirâ:ïens ohé fondé la morale gënérdie ién proçlâin'ànt'dàns les chaumières ainsi que âa^nà les palais te' principe divin , Tons les' hommes doivekt se rxgàbder

COMHE BES FRÈRES, ILS DOIVEHT s'AtMÉR ET SE

SECOURIR txs ITKS LES'AtHUES. IIs Ont Organisé une doctrine d'après ce principe , mais cette doctrine n'a reçu d'eux qu'un caractère spéculatif; et Hionneur d'organiser le pouvoir temporel conformément !i ce divin axiome vous a été réservé. Vous avez été destinés de toute éternité à démontrer aux princes qu'il est de leur intérêt et de leur devoir de donner à leurs sujets la constitution qui peut

tendre le plus directement à ramélioration de l'existence sociale de la classe la plus nombreuse; vous avez été destinés à déterminer ces chefs des nations à soumettre leur politique au principe fondamental de la morale chrétienne.

C'est vous qui avez sauvé l'espièce humaine de la dégradation lors de la chute de la puissance romaina Les. circonstances actuelles sont les mêmes (autant que la différence dans l'état de la civilisation puisse le permettre), et ce sont les mêmes causes qui ont produit de semblri>les effets. Vous devez , Messieurs, suivre l'exemple de vos devan*^ ciers , vous devez développer une énergie égale à la leur ; ili ont fondé la religion chrétienne, et vous devez la régéqérer ; vous devez compléter Torgà^^ nisation. du système de morale, vous devez y sou-& me^re le pouvoir tempprej;

Messieurs , rendonsrnous compte de Tétat actuel de la société , fixons d'abord notre attention sur la France , et commençons par examiner la situa-* tion oÎL .elle se trouve relativement à ses princi^ pales institutions, c'est-à-dire, par rapport au clergé, à la royauté et au pouvoir judiciaire.

Le clergé français est une fraction du clergé chrétien; ainsi il- a reçu de son divin fondateur Ift mission de .plaider sans relâche la cause des pauvres , et de travailler sans aucune interruption à l'amélioration morale et physique du s<9rt de cette

dernière classe de In société. Or, il est de fait qn*il a tBUem«it perdu âe vue sa mission céleste, que son ©ccupation unique consiste aujourd'hui à prêcher au peuple l'obéissance !a plus passive envers les puissans de !a terre, et qu'on ne lui voit plus faire Rucun effort généreux: pour rappeler aux princes, ainsi qu'à leurs courtisans, les devoirs que la religion leur impose à l'égarfl An peuple.

En France , comine dnns tou-te l'Europe , la royauté» ©té primitivement une institution barbare; c'est-à-dire que ^ette institution a été fondée ea Franee par les petiples barbares qui en ont chassé

^ MtàPti ^l>4c« ^i« i)è Ptidfee ,"9VibBM3ti^u'its aHient'Hd«f«ié'fa! i^âlgtiMfftréifënhéVéc ^s f lir-

de Roi par la grâce dë'THiër, v^l'Uà'-p^nkaicè titre dirétien, ils (rvaietit érîdGtnincrft'conii^'ète' rmgaçemeM ûe ïrttvaiWer sans relâche â Vam'éMoratioB du »drt iât'la''t:là^s« là phs DOinbreose de leurs sujets. 4>i,'il €èt im^té^ahlë que Ta royauté perd tont-à fant -deVue eet engagement toutes tes fois qu'elle ee laisse 'domt^r' par un clergé et par une noblcsïe qui ne"sont plus que .de vëritsibles sangsues à Tégard du périple.

Ëitân si nous considérens 'le potivoir judiciaire, nous Koonnftttrons d'usé part 'gne les fonctions diréliennet'dee jugeg-eoRsîatentàcDncifHerles àitfè-

(a7i ) ■Kids qui 3iirvienii«M; «Dtre les pttrtîoiiliera, et «ur^-^ tout à les défendre contre toute acliott arintmirt dtt gou versement, et d'une mutre pait|i|u'il semble s^êtpe donné dens ce moinent pour tâcbe d'étaUîr le ^ottYoir arbitnire le plus abseiu.

De tout ceci je ne prétends point conclure «pie tous les ecdésûstiques, 91e tous les ministres^ et €fmt tous Jes jvges soient raelinteatiiMiiiés ; je s«n persuadé an contraire ^ptik sont pres^foe tous de bonne £>k Us. font k mal^ mais ils ont riotentkm de bire le bien; et je suis mémo conivaincu que la plupart cfaingeront de conduite quand cèUe qu'ils devraient «tenir leur «era oomiue. i

Veus vojrei , Messieurs , que la situation poU* tique oit la Fivuioe se ironve dans ce moment, est hmï UxAkéme j fMUsqueksgramb. pouvoirs, dont l'crbjet dmélien est de stnmûller sans relAcbe^ et sous différeas apports^ à ramélioratien.daeort da penple, emploient nu contrai» la force 4|ui leur est oonfiée à établir un ordre de dioses qui soit tout à l'avantage des igeu^pemans^et au détnmentb des gouvernés.-

Une secemde observation très importante que nous àw>ns à faipe , >c'est qoisJe mal politifue, causé àuK ïVançais par la mauvaise direction de leurs gouvemans et par le snauvais emploi ^'Hm font de la force publique», n'est pas le seul ^qai les af-^ flige^ ils en épcmiyen^ un entre qui «st la sipte de

la paasion des conquêtes à InqiielLe ils se sont laissa entraioer par Bonaparte.

Tout peuple qui veut faire dés conquêtes esl obligé d'exalter en lui les passions malfaisantes, il esl oblige d'accorder le premier degré de coosidéralion aux hommes d'un caractère violent, ainsi qu'à ceux qui se montrent les plus astucieux. Tant que les hommes pourvus de ces qualités malfaisantes exercent leur activité sur l'étwi^r, les à* toyens paisibles qui coptÏDueDt it habiter la mère' patrie, cous«rvent .un.caractèce-aati^i^'quin'ert pas eotiàrement dépouillé de di^ité etlTélévatieni Mais du moment que la nkistance extérieure,.âe« vient plut grande quela^foroe expinsive-f .les effets de l'astuce et Ae la violeace ee font sentit au dedans. La cupidité avait été. un srattment .nan tional, et n'avait été épcoHvée p«E leftieiti^ns qne d'une manière collective; t 'audits devient le sentiment dominant chez tous les individus ; 1 egoïsme, qui est la gangrène morale de l'espèce humaine , s'attache au corps politique, et devient une maladie commune à toutes les classes de la société.

Les Français, au commencement de leur révolution (lorsqu'ils furent attaqués par ja féodalité européenne), contractèrent l'engagement solennel de ne combattre que pour la défense de leur territoire ; ils s'engagèrent aussi à regarder les autres, peuples comme des frères , et à faire cause cam-

' ( Ï.73 ) HTkUAe avôc eux tolntre les institutions surannéei^^ ^auxquelles l'Europe était encore asservie malgi^ le progrès des lumières.

Cette politique des Français était loyale, ell^ était sage, elle était la plus avantageuse qu'ils pus- ^nt adopter , elhe était vraiment chrétienne ; ils ^éuraient'dû la conserver, et malheureusement pout* ^ux îb l'(mt abandonnée. Ils se sont laissé persuader par des hommes astucieux qu'ils avaient droit à des indemnités, et ils ne se ^nt pas- aperçu qu'ils ne pouvaient obtenir ces indemnités iqu'aux dépens des peuples, puisque ce sont les' peuples qui produisent toutes les richesses. '

• Les Frani^s étaient entrés, en cdUipagne avec là simple intention de se défendre; ils n'ont pas tardé k faire de la guerre un objet de spéculation*; et cette conduite anti-chrétienae de l^f part a détehminé promptcmnent une ligue des peuples et de& rois contre eux. Deux foi? ils ont vu leur territoire occupé-en grande partie, et-leur capitale envahie: Eilfin depuis six années qu'ils se sont trouvés déci^ dément enfermés dans leurs anciennes limites , ils ont eu à supporter k leurs seuls dépens toute la considératicm et toute l'importance qu'ils avaient accordée pendant toute la durée de leurs conquêtes à leurs sabreurs et aux fonctionnaires civils que Bonaparte avait principalement employés à lui fournir de la chair à canon.

sûreté. C'est à Pabri de ce rempart que l'industrie, ainsi que les sciences positiTés, ont acquis les forces suffisantes pour lutter avec avantage contre le clergé et contre la noblesse. Il n'y a pas de doute que les théologiens et les che6 de la féodalité auraient fait les raisonnemens suivans^ si les métaphysiciens n'avaient pas détourné leur attention, et s'ils ne leur avaient pas fait perdre de vue la route qu'ils avaient intérêt à suivre.

La noblesse aurait Ait : si l'industrie fait des progrès, lé monde se civilisera, les guerres de» Viendront plus rares, l'importance des guerriers diminuera, et lesî chefs des travaux pacifiques {iniront par former la première classe de la sô^ ciété.

En conséquence de Ce raisoniiemefit , les chefà de la féodalité duraient enipéché Tindustrte de prendre son essor : ils en avaient alors tout pou* voir et tous moyens.

' D'une autre part les théc^ogiens se seraient dit : si nous laissons se former une corporation de sa*" Tans dont les travaux aient pour but de fonder toutes nos connaissances sur des obsei^vdtions , il arrivera nécessairement une époque où la théologie perdra tout son crédit , oh les hommes en reviens dront à la religion pure, et où; ils forceront tons les fonctiommin» pùblids de se conduire d'après le principe : Tous les hommes dowent se regarda

('76) fiiMil 4es/iws; ils dowent s'àïmer et se secourir les MMS tes autres.

Daprèscerusonneinent, le clergé, qui en avait aWn te pouvoir et les moyens, aurait rendu impossible les progrès de l'astroiioniie, de la physi- ^mC) de U chimie et de la physiologie.

Heureusement pour nous, et grâce aux mëtaphysKaees, d'une part les savans adonnés à l'étude des sciences d'obserTation, ont acquis des connaissauces plus positives que le clergé, et une capacité p^is grande pour &ire appHcation du principe de aMrale divine ', d'une autre part, les industriels ont riktoui par leurs travaux une plus grande masse 4e richesses que les nobles, et une plus grande ïflAuence sur le peuple; de manière que les forces pilîbques ont changé de mains , et qu'il est devenu BtHMtrueux et impraticable, que la direction des affaires publiques restât entre les mains du clergé et de la noblesse.

Une révolution était donc devenue inévitable ; nais cette révolution aurait promptement atteint son but, si les métaphysiciens n'avaient pas voulus'en mêler. Les métaphysiciens ont rendu un grand service à la société en préparant la crise ; ils lui OBt fait beaucoup de mal en voulant la diriger; de même que le clergé et la noblesse, ils ont proloDgé leurs travaux au-delà des besoins de la so- Ôété.

' Supposons pour un moment que la chambre des députés ne fût composée que de deux classes , savoir : d'une part, de nobles et de fonctionnaires publics occupés de l'administration; de l'autre , d'industriels et de personnes dont les travaux contribuent directement aux progrès de l'industrie , et que tous les juges, avocats et autres légistes en fussent exclus. Dans ce cas il s'établirait nécessairement une -discussion franche et positive entre les deux partis. L'objet de cette discussion serait de déterminer si la nation doit être organisée dans l'intérêt des militaires, des riches oisifs et des fonctionnaires publics , ou bien dans celui des pro* ducteurs ; et le résultat de cette discussion ne serait ni long à se manifester, ni incertain pour le succès, parce que l'immense majorité de la nation qui vit du produit de travaux productifs , se protioncerait en faveur des producteurs , et qu'il serait évidem* ment de l'intérêt du Roi d'adopter cette opinion , et d'y soumettre la conduite de ses ministres.

Dans ce cas, la politique deviendrait simple, elle deviendrait positive. On pourrait commencer rétablissement de l'ordre de choses qui convient à l'état des lumières, on pourrait rédiger le premier article de la seule constitution qui puisse acquérir de la solidité. Cet article dirait :

JJ objet de V association poUtiquê des Français

( ^79 ) tique) était tme èes makidies sociales que laFraace éprouvait dans ee moment.

Si nOQs résumons, Messieurs, cet examen de h, situation sociale des Français , nous trouverons qu'ils sont attaques à la fois par trois maladies « politiques bien distinctes.

1^ Les trois pouvoirs ëlémentaires qui sertent de base à Forganisation sociale de cette nation , ont pour guides des doctrines qui sont devenues vicieuses, parce qu'elles n^ont plus un but qui tende à l'amélioration du sort de la dernière et la plus nombreuse clasise de la société , et que ceux qui exercent ces pouvoirs ont perdu de vue le grand principe de morale auquel toutes les combinaisons politiques doivent être subordonnées.

a®. Le corps de la nation s'est livré à la passion des conquêtes , et les gouvernés se trouvent dans ce moment dominés ,' de même que les gouvemans , par Fégoisme qui est la suite nécessaire d'efForls faits pour exercer une domination injuste sur les autres peuples, eC des habitudes morales contiractées pendant la dorée de leurs succès militaires.

Et il résulte de Pétat présent de Pégoisme des gouvernés, l'impossibilité pour eux de fermer une opinion publique assez forte pour contraindre les gouvernans à rentrer dans la direction morale don-' née par la religion cbrétiemie*

( 28o ) . y, liç(l .gouvernés , ainsi que les gouvernails de toutes les classes et de toutes les opinioiis, sont ftominés et diriges dans ee moment par les metap^Yitkàeii& politiques , formés aux écoles où l'oa nm^g"" les codes des droits qui ont été constitués 4deS époques de barbarie, d'ignorance et de superstition ; d'où il résulte qu'il ne peut pas s'engager de discussion franche , et portant sur des questions positives : 4e manière qu'il n'existe point c^ chances dans cet état de choses, pour qu'il se forme dans. !■; tête du Roi et dans l'esprit de la nation une QpioioD nette sur les mesures à prendre pour tcr- ^flier la révolutjon.

(. .Plaçons-nous maintenant , Messieurs , à un point de vue plus élevé, et examinons la situation da \'£urope. .

; Pendant plusieurs siècles, c'est-à-dire depuis l'établissement de la féodalité jusqu'à la réformation de Luther, les Européens du centre et de VOcci^ dent ont été organisés sous ces deux rapports : ■ . 1°. Ils étaient tous soumis au régime féodal.

a". Ils avaient la même religion , et le clergé qui leur était commun était soumis à un chef et à un état-major placés dans une position qui les rendait, indépendans des gouvernemens particuliers des nations.

De manière que les Européens du centre et de

rOccident obéissaient à un même pouvoir spiri« tuel, et à des pouvoirs temporels qui étaient semblables.

La. désorganisation de la société européenne s'est successivement opérée depuis la réformation de ^Luther sous ces deux rapports :

1^. Le régime féodal a cessé d'être pur, d'abord en Angleterre; ensuite et successivement en France, en Belgique, en Espagne, en Portugal, à Naples, et dans plusieurs états d'Allemagne.

a"", La religion chrétienne s'est divisée en quatre grandes sectes , le catholicisme, le luthéranisme, le calvinisme et la reUgion anglicane.

Enfin la désorganisation de la société européenne a été complétée par la formation de la sainte aU liance; car la sainte alliance (qui est uniquement et exclusivement composée des chefs temporels des principales nations) s'est superposée aux chefs des différentes sectes de la religion chrétienne.. De manière que l'indépendance du pouvoir spirituel est complètement anéantie, de manière qu'il n'existe réellement plus de Ugne de démarcation qui sépare le pouvoir temporel du pouvoir spiri* tuel , de manière enfin que le pouvoir spirituel n'agit plus que d'une manière subalterne à l'égard du pouvoir temporel , dont il a consenti à se faire l'agent.

Ce court exposé de la situation de l'Europe»

suffit, je croi», pour vous prouver , Messieurs, tjae r«lat de chours actuel est moiulnieux , et qu'il ne peut pas durer.

Cet exposé, enBii, suffit pour vous prouver que ta criw actuelle n'est pas particulière à la France , (ju'elle est commune à t(Mite l'Europe, que la nation française ne peut pas Hre traitée et guérie isolément, que les remèdes qui peuvent la guérir doivent être appliqués à toule l'Europe, puisque la France se trouve dans une position qui la rend jusqu'à un certain point dépendante de ses voisins, et qui établit une espèce de solidarité politique entre elle et les autres peuples du continent.

Messieurs, comment guérir le corps politique européen , comment rétablir le calme dans continent, comment y constituer un ordre de choses politique stable ? voilà la véritable question que jai entrepris d'e-taminer avec vous. Ce sujet est beaucoup trop vaste pour qu'il puisse être épuisé dans un premier examen ; mais l'aperçu que je vais vous présenter renfermera, j'espère , les idées les plus importantes, ti suffira pour indiquer 1:^ J direction, et h mesure que nous marcherons, nous J apercevrons plus clairement le but.

Messieurs, les Italiens, les Français,, les Anglais i

et les Espagnols, ainsi que les autres peuples subjugués par les légions romaines , ont déjà essuyé

une crise sociale «emblahle à celle que rEurope «prouve dan» ce momciit» Cette première crise a même été beaucoup plus violente et plus dânge» reiiseï parce qu'elle est arrivée à une époque où la civilisation était encore peu avancée, è uneépo<* que où il n'exilait aucun priqcipe commun auK différentes nations qui s'y trouvaient engagées. Elis eut lieu lors de la décadence de l'empire romain.-

ToutieS' les nations soumises « oet empire fufeeni attaquées des trois maladies politiques que j'ai dé* crites au eoi^mencement de cette adresse* ; Leurs, institutions avaient vieilli, elles n'étaient plus en rapport avec L'état des lumières, elles agî^ saient dans une direction contraire aux intérêts des peuples; Cicéron ne concevait pas comment deux augures pouvaient se regarder sans rire; le sénat était avili, les chevaliers romains jouaient le premier rôle, c'étaient eux qui dirigeaient les affiùr res publiques, et ces chevaliers qui s'rarichissaient aux dépens de la nation, étaient les agens du fisc»

L'égowne s'était emparé de toutes les classes de la société, les sentimens d'honneur et depatrio» tisme avaient été remplacés par ceux de la plus insatiable avidité ; les intérêts communs avaient été entièrement perdus de vue; la passion des fêtes et -des spectaoies «veit remplacé dans le peuple l'ameur de Ja patrie.

On ut :s'occupail plus de l'eauimen d'aucune

(»84) yfci» fÊstim rrbtm à rblMt-plA)Kr;-Jeg Mfciffcwuwkwa s'êtaiait comtilniB' f iOife MMiih en yw to yna; ik &uicnt l'sttmion snr des 'è6iintlé>' Mhaas vaçacs, H. qui n'étaient ijkif) ^ffeBJâalMt

, l'espèce IritoaiDe teàMn*^ iwfciMiMI i se dégrader par Je mMvats enqrfoi «ÉR ca^MÎssaDGes acquises. Les ntalheunde la portion k plus éelairée de cette espèce étaient encore considérablement accrus par les încursiotis continuelles des peuples bai4>arefl qui venaient amalgamer leur carael^ sanguioaire-nux mœurs dépravées des Romains.

' Gomment la civilisation s'est -elle relevée de cette chute? comment l'tMrdre de choses auquel nous devons tous les progrès qu'elle a faits depuis, s'est-il constitué ? Voilà les faits historiques qui doivent fixer toute votre attention dans ce moment ; car l'étude de ces faits est la seule qui puisse vous conduire à la découverte des moyens que nous devons employer pour terminer glorieusement la crise politique actuelle.

Messieurs, à l'époque où l'empire romain tombait en dissolution , Disxj révéla aux habitans de la Judée le principe de morale qui devait servir de base à toutes les relations sociales , et diriger la conduite de tous les chrétiens. .11 dit : Tous iet

hommes doivent se regarder comme des /lires ^' ils doiçent s*aimer et se secourir les uns lei autres,

La parole de Dieu électrisa tos devanciers, elle les exalta au point que chacun d'eux , sitôt que la* conception divine lui fut connue , abandonna ses affaires personnelles , renonça aux entreprises qu'il avait faites, aux projets qu'il avait conçus pour combattre la croyance à plusieurs dieux, en prou-* vant que cette croyance était abjsùrde : '

Pour combattre Tëgolsme, en prouvant que cette passion aurait nécessairement pour résultat' final la dissolution de la société :

Pour combattre la tendance aux idées métaphy"* siques, en prouvant qu'elles faisaient prendre lef mots pour des choses, et qu'elles empêchaient les hommes de fixer leur attention sur le but vers lequel ils devaient se diriger.

La conduite de ces premiers chrétiens fut admirable sous tous les rapports; ils ont vaincu* les plus grandes difficultés que jamais les hommes* aient surmontés ; ils ont exécutée l'entreprise la plus difficile qui ait jamais été faite ; ils se sont montrés supérieurs en courage , en persévérance , ainsi qu'en sagacité, à tous les héros de l'antiquité; ils ont produit le catéchisme , qui est certainement le livre le plus estimable qui ait jamais été publié. Je ne parle poiol du catéchisme que' les jésuites '^

le mêipe but (Torganisation sociale de Tespèce hi^ maine), le même caractère (celui du dé&iotéresi sèment); mais ils n'ont pas toujours été de la même espèce : récapitulons la marche qu ils ont suivie , et donnons en même temps un coup d'œil général aux progrès de la société chrétienne.

A Torigine du christianisme, et pendant toute la durée de sa première époque, l'immense majorité de la population des pays ou il s'était établi, était plongée dans un état d'ignorance , tel qu'il n'étais pas possible de songer à la destruction de l'escla* vage; de manière que les travaux politiques des philanthropes de cette époque se trouvaient extrêmement limités, les pouvoirs temporels devant nécessairement conserver dans ces circonstançea un caractère fort arbitraire.

La première tache de vos prédécesseurs se trouva remplie quand ils eurent déterminé l'empereur Constantin à reconnaître l'existence d'un pouvoir spirituel chrétien , chargé de l'enseignement de la morale divine, à laquelle tous les hommes, quelque rang qu'ils occupassent, devaient se soumettre et se conformer.

Après ce succès obtenu, le zèle des philanthropes pour les travaux directement relatif à l'organisa-} tion sociale , dut diminuer ; car les philanthropes , pour être animés de la passion la p}us généreuse, n'en sont pas moins soumis aux lois qui régissent

l«8' tommes passionnés, loi d'après lesquelles ces homhics ne sont susceptibles de développer toute leur énergie que pour atteindre un but ctairemenf aperçu; les dangers augmentent leur zèle et leur anleur : mais ce n'est pas sur eili qu'il faut compter pour satisfaire les besoins de la société sous le rapport des travaux prépamtoires.

- lift seconde époque de la soà^ chrétïeaDe a donc commencé au cinquième siècle après la conventondeConstantin. Cette seconde époque a duré . jMqa'iu tremème sVfede aprSs la dernière croisade.

Pendant cette seconde époque les chrétiens fu' rent occupés de deax espèces de travaux ; les uns eurent pour but ta conservation de leur société , et les autres son oi^aoisation.

La société cbrétienne fut attaquée par les Saxons, par les Sarrasins et par les Normands. Le christianisme aurait été anéanti , au moins pour bien des siècles, si ces peuples, essentiellement conquérans, avaient réussi dans leurs projets. Les philanthropes de cette époque durent se Uvrer aux travaux militaires; c'est aussi ce qu'ils 6rent; et comme on ne peut s'occuper de deux choses à la fois, ils abandonnèrent le soin de l'enseignement de la morale et de l'organisation de la société à un clergé , c'està-dire, à des hommes gagés, et faisant ce métier par état. De là il devait résulter, et il résulta en

effet que la guerre fut bien faite, et que l'organisation sociale, donnée à la société chrétienne, ne fut pas libérale.

Les travaux de cette époque ont été bien mal jugés jusqu'à présent. Les philosophes du dix-huitième siècle ont beaucoup crié contre les croisades, et ils ont eu grand tort. Quand les Romains voulurent se débarrasser des Carthaginois, ils allèrent les attaquer chez eux. Les Sarrasins auraient continuellement renouvelé leurs incursions en Europe, si les croisés n'avaient pas porté la guerre chez eux, et s'ils ne l'y avaient entretenue pendant bien du temps. Ce peuple avait été fanatisé par Mahomet qui l'avait rendu pour bien des siècles inconvertissable à la morale chrétienne.

Sûrement il est regrettable que les philanthropes n'aient pas organisé eux " mêmes la société chrétienne, car cette organisation aurait porté Je cachet de leur désintéressement: mais encore une fois cela était impossible, puisqu'ils étaient pendant ce temps occupés de travaux indispensables pour la conservation de la société»

Au surplus , l'organisation de la société dire-' tienne , quoique très inférieure à ce qu'elle aurait pu être, quoique profondément imprégnée du caractère d'avidité que le clergé avait développé, se trouvait cependant au treizième siècle très supérieure à tout ce qui avait eiûsté jusqu'à cette épo-

(^9' ) de r espèce humaine^ le pouvoir spirituel aurait dû diminuer le nombre de ses membres , afin d'être moins à charge aux peuples ; il aurait dû s'occuper principalement de Tétude et du perfectionnement des sciences positives et de l'enseignement des connaissances utiles aux hommes pour l'exécution des travaux pacifiques.

Ces vérités furent profondément sentie^ par Itds philanthropes de cette époque , et dès la fin Ai treizième siècle, ils se livrèrent, d'une part, à l'étude des lois qui régissent les phénomènes, et d^une autre part, aux travaux industriels au moyen desquels les produits de la nature sont modifiés àe manière à satisfaire les besoins des hommes.

Voilà quelle fut la «érie la plus utile des tt^avaùJL auxquels les chrétiens se sont livrés pendaifit b troisième époque du christianisme.

Pendant toute cette époque le clergé et la noblesse se sont presque exclusivement occupés ffe défendre contre le peuplé les pouvoirs qu'ils âvaietit obtenus , et dont l'exercice, vu le changertienft dés circonstances, était dévenu en grande patrie plus nuisible qu'utile à la société.

Voilà en quoi a consisté la seconde des 'séries de travaux sur lesquelles j'ai cru devoir appeler votre attention.

La décadence successive des pouvoirs sp/frffuels et temporels pendant toute celte époque, malgré

tère qui lui est propre, et qui lui donne pour nous une beaucoup plus grande importance qu^ toutes les autres ne sauraient en avoir , c'est qu'elle est celle qui nous intéresse le plus , c'est qu'elle est la seule qui nous intéresse directement*

Messieurs, ce qui s'est passé depuis 1789 a servi d'introduction à cette quatrième époque , qui n'est réellement commencée que depuis quelques instans; elle date seulement du moment ou, par l'effet des changemens survenus en Espagne , en Portugal, en Italie et dans une partie de rAlle*» magne, la majeure partie de la population européenne s'est mise en mouvement pour travailler à la réorganisation de la société*

La France ne pouvait pas être réorganisée isolément, elle n'a point une vie morale qui lui soit' propre , elle n'est qu'un membre de la société européenne; il existe une communauté forcée entre ses principes politiques et ceux de ses voisins. En un mot, la plus grande utilité morale de la révolu-' tion française a été de déterminer la tendance au perfectionnement qui se manifeste aujourd'hui dafas toute l'Europe.

C'est de l'avenir que je vais vous parler; jugezmoi sévèrement , mais ne méjugez paç légèrement.

J'ai établi au commencement de cette adresse la comparaison entre l'état actuel des choses et la

c^ngemens politiques qui s.opèrçroat pei^daixt la quatrième époque du chii&tianisme ?

RÉPONSE. Je crois que pendant cette quatrième ^ époque il sera organisé un nouveau pouyoir spirituel et un nouveau pouvoir temporel.

Je crois que k nouveaxi pouvoir spirituel sera^ composé h so(i origine de toutes les Académies des sciences existantes en Europe , et de tout^ les personnes qui méritent d'être admises dans ces corporations scientijiques. Je crois que., ce nojrau une fois formé y ceux qui le . composeront^ s'organiseront eux-mêmes. Je crois que la direction de r éducation^ ainsi que de renseignement^ public f seracoryîée a ce nouveau pouvoir spiri*, tueL Je crois que. la morale pure de V Evangile servira de base a la nouvelle instruction publique^, et quelle sera pour le surplus poussée le plus loin^ possible sous le rapport des connaissances posi* tiçes , ptoportionnémerU au temps que lés enfans des dijférens degrés de richesse pqurront passer^ dans les écoles. Enfin je crois que le nouveau pouvoir spirituel établira un plus ou moins grand nombre de ses membres dans toutes les communes , et que ces savans détachés ai^ront pour mission principale d'eriflammer leurs administrés, spirituels de la passion du bien public.

Je crois que chez chaque nation européenne V administration des affaires temporelles sera

' 3^. En nous bornant à des considérations politiques, il. est évident. que les progrès" de la civilisation amèneront ce résultat; car les forces positives, tant intellectuelles que matérielles, se trouvent aujourd'hui dans les mains de ceux qui professent les sciences d'observatian, et de ceux qui entreprennent et dirigent les travaux industriels. Ce n'est que par l'effet d'une habitude anciennement contractée, que ta société porte le joug dés nobles, et des théologiens. Or, l'expérience a prouvé que la société se débarrassait toujours des habi-^. tudes qu'elle avait contractées quand ces habitudes devenaient contraires à ses intérêts , et qu'elle dé« couvrait un nouveau moyen de satisfaire ses be*. soins ; il est donc indubitable que les institutiona du clergé et de la noblesse seront abandonnées par elle ; il est indubitable que les pouvoirs politiques passeront dans les mains de ceux qui possèdent déjà la presque totalité des forces sociales, de ceux qui dirigent journellement les forces physiques^ de ceux qui créent la force pécuniaire, de ceux^ enfin , qui augmentent continuellement la force intellectuelle. ,

Deuxième QUESTION. Quelle sera la force qu»

déterminera ces changemens , et par qui cette force sera-t-elle dirigée?

REPONSE. La force du sentiment moral serck

gioB chrétienne a été l'apotre Paul, qui était un Romain; Polyeucte, qui appartenait aux premières classes de la société , a été un des premiers martyrs, et les premiers prédicateurs ont été souvent persécutés par les dernières classes du peuple.

La vérité , à cet égard , vérité qui a été constatée par la marche de la civilisation , c'est que la passion du bien public agit avec beaucoup plus d'efficacité pour opérer les améliorations politi-* ques , que celle de l'égoïsme des classes auxquelles ces changemens doivent être le plus profitables. En un mot , l'expérience a prouvé que les plus intéressés à rétablissement d'un nouvel ordre de choses ne sont pas ceux qui travaillent avec le plus d'ardeur à le constituer.

Messieurs, au fait très ancien que je vous ai présenté à l'appui de mon opinion , je vais ajouter un autre fait tellement récent qu'il n'est pas encore achevé.

Je travaille depuis six ans avec beaucoup d'ardeur à démontrer aux savans et aux industriels :

1^. Que la société manifeste dans ce moment une tendance évidente à s'organiser de la manière la plus favorable aux progrès des sciences et à la prospérité de l'industrie.

a*'. Que pour organiser la société de la manière la plus favorable aux progrès des sciences et à la prospérité de l'industrie , il faut confier le pouvoir»

( 3oo )

.spirituel aux savans, et l'administration du pouvoir temporel aux industriels.

3°. Que les savans et les industriels peuvent organiser la société d'une manière conforme à ses désirs et à ses besoins, puisque les savans possèdent les forces intellectuelles, et que les industriels disposent des forces innleri elles.

Ce travail m'a mis en relation avec un grand nombre de savans et d'industriels; il m'a fourni l'occasion et donné les moyens d'étiïdier leurs opinions et leurs intentions.

' Voici ce que j'ai observé : ■

J'ai reconnu d'abord qu'on pouvait considérer les hommes comme divisés sous le rapport moral en deux espèces différentes; savoir, ceux chez les- ^els te^ sentimens dominent les idées, et ceux chez lesquels les sentimens sont soumis aux combinaisons de l'esprit ; ceux qui lient l'espérance de l'amélioration de leur sort avec le désir de la suppression des abus, et ceux qui se proposent pour but spécial,dansteur3relationssociales, de faire tourner les abus à leur profit; en un mot , j'ai remarqué que les hommes savans et industriels, de même que les autres hommes, devaient être divisés en deux grandes classes, savoir, les philanthropes et les égoïstes.

J'ai ensuite observé que le nombre des pbilantWopes et celui des égoïstes augmente ou diminue

relativement , suivant les circonstances générales oîi se trouve la société , et que dans les circoastances actuelles le nombre des. égoïstes augmentait journellement ; mais qu'en compensation , les philanthropes se montraient plus disposés à unir leurs efforts et à agir avec énergie.

J'ai encore remarqué que les occupations auxquelles les hommes se trouvent livrés, contribuant infiniment à leur faire adopter la morale philaathropique ou les opinions de l'égoïsme , de manière que ceux qui ont des relations journalières avec le plus grand nombre d^individus, principalement de la classe du peuple, sont plus portée à la philanthropie, tandis que ceux qui vivent isolés parleurs occupations, ou qui sont essentiellement en rapport avec la classe riche , tournent à l'égoïsme, à moins qu'ils n'aient reçu de la nature une organir sation extrêmement heureuse.

J'ai doncle droit de conclure de ma propre expérience, comme des faits historiques, que les philanthropes seront ceux qui détermineront les nobles et les théologiens à supporter la conséquence politique générale du principe.de la morale divine; d'où il résulte que la société doit être organisée pour l'avantage du plus grand nombre.

Troisième question. Quels moyens les philanthropes emploieront-ils pour réorganiser la société ?

et le seul objet qu'ils se proposeront dans leurs prédications , sera celui de déterminer les rois à user des pou{H>irs que les peuples les autorisent a exercer pour opérer les changemens politiques des^enus nécessaires.

Je fonde , Messieurs, cette opinion que les philanthropes emploieront le pouvoir royal pour opérer la réorganisation de la société sur les trois raisons suivantes :

D'abord, les philanthropes qui conopléteront l'organisation du christianisme seront nécessairement animés du même esprit que ceux qui en ont été les fondateurs ; ils dévelc^eront donc le même caractère , ils suivront la même marche , ils emploieront les mêmes moyens.

Or, c'est un (mi bien constaté^ un fait sur lequel il ne s'est jamais élevé aucun doute , que les premiers chrétiens n'ont agi à l'égard des rois que par la voie de la persuasion ; ils n'ont aucunement lutté avec eux, ils se sont attachés à les convertir, et ils en sont venus à bout, soit en déterminant directement leur conviction , soit en faisant agir sur eux l'opknon publique , qui est la souveraine des rois.

Je conclus de ce fait que les philanthropes actuelç ne chercheront point à renverser les trônes, et qu'ils s'attacheront au contraire à rendre le pouvoir royal favorable à l'étabUsseraent des insttlu-

C3o/,) tions oécessaires pour conipléler l'organisation du christianisme.

Je dis ensuite que les pliilonthropes sernient bien maladroits s'ils concevaient le projet d'attaquei- le pouvoir royal, car ils ne pourraient aiicuDement réussir dans celte entreprise, l'opinion publique s'étanl prononcée le plus fortement pos' sible eu sa faveur en France, et même dans toute l'Europe.

Les deniiers mouvemens politiques arrivés en Espagne, ea Portugal et dans les états de Naples, ont été commencés par les militaires qui ont joué d'abord le priiuàpal rôle dans ces révolutions, et cependant la ro^rnuté héréditaire a été complètement respectée. On a vu les Espagnols, les Portugais et les Napolitains proclamer eux-mêmes, et de leur propre mouvement, la conservation des aacienoes dynasties, tout en renversant les gouvernemens despotiques , dont l'action s'opposait à leur prospérité nationale.

Je dirai enBn, que j'ai fait une expérience personnelle de l'état de l'opinion publique en France, relativement à la royauté. Je dirai qu'ayant entrepris de servir la cause des savans positifs et des industriels, j'ai reconnu qu'il était nécessaire, pour obtenir leur approbation , d'expliquer clairement que c'était le pouvoir royal héréditaire qui devait constituer leur nouvelle existence sociale , et

Anéantir l'action politique du clergé et celle àe ta noblesse.

L'intérêt qui m'est témoigné aujourd'hui par un assez grand nombre de savans et d'industriels j provient évidemment des efforts que j'ai faits dans lïies derniers écrits pour démontrer que les rois^ les savans et les inrdustriels avaient des intérêts comiiiuns, et ^ue ces intérêts (dont le caractère est vraiment chrétien, puisqu'ils tendent toujours à favoriser la classe la plus nombreuse) sont constamment en opposition avec les désirs du cierge et ceux de la noblesse.

En un mot, les savans et les chefs des travaux industriels désirent nécessairement un changement dans l'état présent des choses; mais ils veulent que ce changement s'opère comme conséquence du grand principe de morale divine; ils veulent qu'il s'effectue légalement, c'est-à-dire, par l'effet de la volonté du Roi.

Messieurs , je crois avoir suffisamment établi dans cette adresse ce qui arrivera, pourquoi cela arrivera, et comment cela arrivera. Je dois maintenant passer de la spéculation à l'action. Je vais sou* mettre au Roi quelques observations claires sur la marche que suit son ministère. Je vais prouver à Sa Majesté que la conduite de ses ministres est contraire aux intérêts de la couronne y à ceux de la

nation, et qu'elle est en opposition directe iaiTed If principe de morale que Dieu a donné aux homm^i Je dirai franchement au prince quels sont les seiuls moyens à employer pour établir un ordre de trhosfi» stable et satisfaisant pour les hconmes pàdfiqUos ^ bien intentionnés.

Soutenez-moi, Messieurs, et pour me soi^eniif convenablement, commencez aussi votre tâche chacun dans le pays que vous habitez. Prêchez aux peuples et aux rois que la seule manière de rétablir la tranquillité consiste à confier le pouvoir spirituel aux hommes qui possèdent les connaissances les plus positives, et k placer la direction des affaires temporelles dans les mains des hommes les plus intéressés au maintien de la paix, et les pluâ capa*^ blés en administration.

Dans l'état actuel de la civilisation , ces travaux ne vous exposeront pas à de grands dangers; mais dussions -nous éprouver les mêmes persécutions que les premiers chrétiens, cela ne devrait pas nous empêcher de remplir notre devoir et de nous acquitter de notre mission. Les hommes les plus courageux et les plus désintéressés ont toujours été et seront toujours ceux qui dirigeront la sociétés Le courage militaire est le premier de tous atux. époques d'ignorance (i) et de confusion; le cou-

(i) Mon intention n*est pas de parler seulement d«

Mge civil est celui qui rétablit Tordre et qui favorise le progrès des lumières.

Les travaux des philanthropes de la première «poque du christianisme ont consisté à faire adopter aux puissans de la terre le grand principe de la morale divine. Notre mission est une suite de la leur , elle consiste à déterminer les princes et les grands possesseurs des territoires européens , à rendre leur conduite politique conforme à ce principe , en organisant la société de la manière la plus ^avantageuse pour le plus grand nombre.

Mettons la main à Tœuvre le plus promptement possible ; nous pouvons compter sur la protection divine^ sur la coopération des hommes vraiment pieux, et franchement attachés au Roi et à la na«> tion, ainsi que sur l'appui des peuples.

Fixez un moment votre attention sur les travaux

politiques du parlement de France , examinez la

conduite de la chambre des députés , arrêtez votre

opinion sur ce qui s'est passé dans la séance du

, ^ février 9 vous reconnaîtrez que les chefs des deux

fm — ■— — ^— *^*w I M^—^1 I I I 1^^^^— ^— — ^^

rignorance absolue, je veux désigner aussi les époques d'ignorance relative, état de choses qui existe pour la. société quand elle veut constituer un nouvel ordre politique , et qu'elle ne connaît pas les moyens de l'établir, i^ous éprouvons les înconvéniens de ce genre d'ignorance depuis 1789 , et les militaire^ en ont profité pour jouer le premier rôle , malgré l'état très avancé de la civilisation.

iiiiMWiiiiMP ri Mil JtoiiiK; le tocû p woms reco»

iwiin^iy te mvwwmi où vous dnm «alrer en uuioiK <ai «In-iiWitn/ii^i Arrive, vous ■ iHK -4 «nu» iaWI)^/ >J)t)>uiiMtage à proi '>|)tMoii. «ïtiM,- Mit;ti^u liu&^ut le cli.imp lil>re aux ^uuImUtuv. iiMNiJtU-ltl 6UiHié4e à tous les maux qiw l'tccMi^ «l'ltil«&trrtl«^llii domination peuveotlui law» <w.ji.itJ. ■ '

Cr» j*.^-^iji-- |-l^■ ia cocarde tricolore et ceux da a oiirsrxl^ Manthe se sont défîés en employant des IK«K» oratoires pour masquer leurs véritables in- MMMOfc Eitpe qui celte lutte aurait-elle lieu si ^1^ aslotait i* ce sernit évidemment entre l'ancienne imàt "* la nouvelle, entre les anciens nobles et jtui créés par Bonaparte, entre ceux qui ont été ]e>i-liefe de l'administration de Napoléon, et ceux j [lui te Roi a confié la direction des affaires pu- Ui^ues.

Dans le cas où la cocarde blanche succomberait, l^Fraace serait dominée par les nobles et par les jabreurs de Bonaparle; dans le cas contraire, les ^tnçais rentreraient sous le joug de l'ancienne ftodalité. Ni l'une ni l'autre de ces deux per- ^MCtivcs ne peut plaire à la nation, ni convenir j^ philanthropes.

1^ signal est donné, le moment est arrivé où -gH^vons développer toute notre énergie ; pro-> i}.de nouveau le grand principe de nvral^

ilivine ; ce principe est le seul signe de ralliement qui puisse convenir aux Français, ainsi qu'à tous les peuples européens. Tirons hardiment la conséquence générale de ce principe, et déclarons hautement que les pouvoirs politiques doivent sortir des mains des militaires pour être confiés aux hommes qui sont les plus pacifiques^ les plus productifs, et les plus capables en administration. Nous n'avons, plus d'autres ennemis à combattre que les militaires , les nobles et les théologiens , et les seuls moyens qui doivent être employés pour les vaincre, sont la démonstration que leurs principes politiques sont contraires aux intérêts du Roi , ainsi qu'à ceux de l'immense majorité de la nation.

Je terminerai cette adresse, Messieurs, en appelant vos souvenirs sur la conduite propagatrice des premiers chrétiens; imitons-Ià, ne nous montrons point sévères à Tégard de ceux qui voudrotit entrer dans nos rangs , ne recherchons point leur vie antérieure , regardons comme frères tous ceux qui professeront Topinion que le pouvoir spirituel doit être confié aux hommes les plus éclairés , et que le pouvoir temporel doit résider dans la classe des citoyens les plus intéressés au maintien de la paix, ainsi que de la tranquillité intérieure, et les plus capables en administration.

Messieurs, quelques-uns de ceux qui ont él** des pjus marquans dans ies rangs des ultra , des

(3.0)' jncobins ou des bonapartistes , sont peut-être ceux que Dieu a choisis de préférence pour devenir les fondateurs du nouveau christianisme, du christianisme définitif, de celui qui sera entièrement dégagé des superstitions dont les vues ambitieuse! du clergé l'ont surchargé , et qui ont été accueillies par l'ignorance de nos pères. En an mot, admettons les hérétiques en momie et en politique , pourvu qu'ils abjurent franchement leurs hérésies et qu'ils travaillent avec zèle à l'établissement de la vraie doctrine.

Les hommes prudens et modérés sont très propres à maintenir un ordre de choses établi, ils sont même capables d'y introduire de légères modiëcations; mais ils n'ont point l'énergie nécessaire pour efTecluer les grandes améliorations, Les premiers chrétiens étaient des hommes passionnés, les nouveaux doivent l'être également, et les hommes passionnés sont exposés, par l'effet de leur caractère, à commettre de grandes fautes. L'apôtre Paul avait commencé par être un des ennemis lesjilus ardens du christianisme.

J'ai l'honneur d'être ,

Messieurs,

Votre très obéissant serviteur, HEMat SAINT-SIMON,

BnedeltichçUen, a' H:

POSr-SCRIl'TUM.

Se vous engage à lire avec beaucou]) d^ttention In 1 lies qui précèdent cette Adresse; tous y Irouvcrej Im argument nécessaire» ponr combattre le» sophiime» de» diverses faclioas; tous y rejiconlrerex ausii qu«lqu«s till» dei faits qui doivent servîrdebaseàladémonstraiic'ii t '{*>• le seul moyen pour les Earopûens de terminer la crUe politique que le progrès des lunûcres a d<^lorminée , cotuiste à retirer entièrement les pouvoirs poliliquf s dei inalua du théoiogiens , des nobles , des militaires et i«i m^laphy-

Jevous invite aussi d« lire mon ouvrage ayant pour titre l'Organisateur. Ces àtax livres sont Ciîrfainetneiit irèt inférieurs à ce qu'ils poucraient être; ils sont très inférieurs à ceux qui seront dcrils plus tard sur le inérne sujet ■ mais iU sont, quant à présent , les seuls où les choses ateiit été eonsidirées du point de vue que je vous ai indiqué dans cette Adresse.

Enfin , Messieun , je vous conseille de lire l'ouvrage da M. de Pradt, ayant pour tilre de tEurope et de t Amérique. Dans cet ouvrage , où l'auleur résume tous s?s travaux précédens , il considère les choses d'un point de vue très élevé. 11 ne s'occupe point d'indiquer le remède , mai* il conslale le caractère de la maladie sociale que nous ^Itrouvons , avec une sagacité vraiment remarquable.

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